Historique de l'opération FMO

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FMO       Égypte

Force multinationale et observateurs

 

La Force multinationale et d’observateurs (FMO) a été créée à la suite des accords de Camp David en 1978 et du Traité de paix israélo-égyptien de Washington du 26 mars 1979. Elle a pour mandat de veiller au respect des limitations en personnel et équipement militaires dans les zones du Sinaï établies par le Traité de paix. Ne relevant pas des Nations Unies, elle est financée principalement et à parts égales par les États-Unis, l’Égypte et Israël – en plus des contributions des Etats participants.



Suite à la création de l’État d’Israël, des conflits successifs éclatent entre le nouvel État et ses voisins arabes. Ces conflits, à l’origine intercommunautaires, se généralisent et s’amplifient jusqu’à devenir des guerres israélo-arabes. Pour mettre fin à ce cycle de violence, plusieurs tentatives d’offrir une paix durable à la région voient le jour. Ainsi, la signature des accords de Camp David le 17 septembre 1978 par le président égyptien Anouar el-Sadate et le Premier ministre israélien Menahem Begin, sous la médiation du président américain Jimmy Carter, puis la signature du Traité de paix en 1979, marquent la fin de l’état de guerre entre l’Égypte et Israël. L’Égypte devient ainsi le premier pays arabe à reconnaître Israël et à signer un traité de paix avec ce dernier.

 

Les Accords de Camp David

A la suite de la naissance de l’Etat d’Israël en 1948, une série de guerres et une instabilité structurelle éclosent dans la région, notamment la crise de Suez en 1956, la guerre des Six Jours en 1967 et la guerre du Kippour en 1973.

En janvier 1977, le nouveau président américain Jimmy Carter souhaite relancer le processus de paix au Proche-Orient. Le président égyptien Anouar el-Sadate le devance en tenant un discours en novembre 1977 devant le Parlement israélien, annonçant une ouverture de son pays vers l’Etat d’Israël. Il est le premier dirigeant d’un pays arabe à entrer directement en dialogue avec les Israéliens. Les discussions s’ouvrent alors à Camp David entre les dirigeants égyptiens et israéliens sous la médiation du président américain. Elles aboutissent à la signature des accords de Camp David le 17 septembre 1978 et du Traité de paix entre les deux pays le 26 mars 1979 à Washington.

Le Traité de paix prévoit le retrait des troupes israéliennes du Sinaï et entérine la reconnaissance mutuelle de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance des deux États. Il délimite quatre zones, trois en Égypte (A, B et C) et une en Israël (D), à l’intérieur desquelles le niveau de personnel et d’équipement militaires autorisé est réduit et contrôlé. Il prévoit également le déploiement d’une force multinationale et d’observateurs des Nations Unies, dans son Annexe I.

Le rejet onusien du processus de paix partielle

Plusieurs pays arabes sont assez hostiles au rapprochement entre l’Egypte et Israël. En effet, à la suite des accords de Camp David et du Traité de Washington, plusieurs Etats arabes (l’Irak, la Syrie et la Libye dans un premier temps) se réunissent pour adopter une série de sanctions à l’égard de l’Egypte, estimant que Le Caire n’a pas assez défendu les intérêts arabes et s’est de surcroît rendu coupable d’avoir mis de côté la question palestinienne.

Au sein de l’ONU, les positions de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité sont assez contrastées. Au travers de plusieurs résolutions, l’Assemblée générale juge irrecevables et condamne les « accords partiels et traités séparés » conclus entre l’Egypte et Israël. Ceux-ci sont en effet élaborés en dehors du cadre des Nations Unies, n’apportent aucune solution globale et surtout, n’intègrent pas l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Du côté du Conseil de sécurité, aucune condamnation formelle n’est formulée mais l’hostilité à l’égard des accords de paix israélo-égyptiens est tangible. Deux missions des Nations Unies ont été déjà envoyées en Egypte : la Force d’Urgence des Nations Unies (FUNU I) lors de la crise de Suez en 1956 et la FUNU II à la suite de la guerre du Kippour en 1973 et dont le mandat expire en juillet 1979. Les membres du Conseil décident de ne pas le renouveler mais ne refusent pas explicitement la demande formulée dans le Traité de paix de 1979 de déployer une force de maintien de la paix dans le Sinaï. Ce n’est que le 18 mai 1981, suite à une demande formelle du Représentant permanent de l’Egypte aux Nations Unies, que le Président du Conseil de sécurité indique l’échec des tractations visant à établir la mission onusienne.

Afin de respecter les termes du Traité de paix en attendant la décision du Conseil de sécurité, le président américain Carter s’était de son côté engagé auprès des présidents égyptien et israélien à assurer le déploiement de la nouvelle force de maintien de la paix dans la péninsule du Sinaï. Par conséquent, pendant près de deux ans, ce sont les Américains qui assument les responsabilités de la Force prévue dans les accords de 1979.

La création d’une nouvelle structure internationale : la FMO

Suite au refus de la part du Conseil de sécurité de l’ONU de déployer une nouvelle mission, des négociations s’ouvrent entre l’Égypte, Israël et les États-Unis et aboutissent, lors de la signature du Protocole au Traité de Paix le 3 août 1981, à la création d’une Force multinationale et d’observateurs (FMO).

Cette Force opère en Israël et en Egypte, et a pour mission principale de soutenir l’accord de paix et de prévenir toute difficulté liée à l’application de celui-ci. Elle est chargée d’observer et de rapporter toute violation de la limitation en personnel et en équipements militaires définie dans les quatre zones de sécurité établies dans l’Annexe I du Traité de paix.

Concrètement, la FMO vérifie fréquemment la bonne application du Traité de paix, effectue des patrouilles de reconnaissance et d’observation et assure la liberté de navigation dans le détroit de Tiran (voir les zones de responsabilité). Depuis septembre 2005, la Force a la responsabilité supplémentaire de surveiller le déploiement de gardes-frontières entre l’Egypte et Gaza (nord de la zone C).

L’Egypte, Israël et les Etats-Unis ont ainsi créé une structure internationale inédite. Cette nouvelle organisation, indépendante de l’Organisation des Nations Unies, est financée à parts égales par les trois Etats (31.3%), ce qui assure l’implication de chacun et leur participation au processus de décision. Certains membres fournissant du personnel même extérieurs à la mission (comme l’Allemagne et le Japon) peuvent également contribuer à son assise financière (6% du financement en 2014). Cette Force multinationale et d’observateurs dépend donc de deux instruments juridiques : le Traité de paix de 1979 et le Protocole du 3 août 1981.

Fonctionnement de la Force

En janvier 1982, la FMO est formée de 2669 hommes provenant de dix Etats : Etats-Unis, Colombie, République des îles Fidji, Italie, Grande-Bretagne, Pays-Bas, France, Australie, Nouvelle-Zélande et Uruguay. Elle est alors initialement financée à hauteur de 103 millions de dollars. Certains mettent à disposition de la Force du matériel et d’autres des effectifs. Les trois principaux pourvoyeurs de troupes, à savoir les Etats-Unis (1200), la Colombie (500) et les Iles Fidji (500) se voient confier un secteur de la zone C, réservée à la Force multinationale et d’observateurs.

La FMO est dirigée par un Directeur général nommé conjointement par l’Égypte et Israël. Basé à Rome, il a deux représentants, l’un au Caire et l’autre à Tel-Aviv. Ces derniers assurent la liaison avec leur gouvernement et avec les ambassades locales des pays participant à la Force. Ils gèrent également les questions de transport et de logistique.

Le Directeur général est assisté par un Commandant de la Force, qui a le rang d’officier général, et qui commande la FMO sur le terrain. Le quartier-général de la Force, situé à El Gorah, est responsable du commandement, du contrôle et de la sécurité de la Force. La majorité des troupes est basée au Camp nord de la Force, à El Gorah. Un Camp sud se trouve près de Sharm-el-Sheikh.

Par ailleurs, la FMO n’a pas subi de pertes liées à sa mission ; un accident d’avion en 2007 dans leur secteur d’opérations a néanmoins coûté la vie à huit soldats français et un soldat canadien.


Défis à venir

Malgré les efforts entrepris, la péninsule du Sinaï connait une instabilité croissante depuis 2004. Afin de lutter contre les groupes terroristes, l’Egypte et Israël se sont entendus pour y faire entrer sept nouveaux bataillons égyptiens.

Début 2011, le printemps arabe et la chute du régime de Hosni Moubarak en Egypte renforcent l’instabilité dans la région du Sinaï. Israël reste assez silencieux mais s’inquiète des conséquences éventuelles sur l’accord de paix signé entre les deux pays en 1979 et se demande si ce dernier sera maintenu avec le nouveau gouvernement au pouvoir. Israël est donc partagé entre la lutte conjointe avec l’Egypte contre le terrorisme dans cette région et le futur des relations avec ce même pays. Néanmoins, l’actualité sécuritaire sous le mandat d’al-Sissi, formellement élu en mai 2014, démontre que l’opposition de principe fait largement place à la coopération anti-terroriste. Le troisième partenaire des accords, les Etats-Unis, surveille également de près la situation en Egypte et espère un retour rapide vers la stabilité pour que cet Etat garantisse ainsi la stabilité dans la région. Par ailleurs, la Force multinationale et d’observateurs évolue dans un environnement changeant et instable où les pressions externes et les violences se font plus nombreuses alors qu’elle n’est pas configurée en tant que force d’intervention.

Au travers du dernier rapport annuel de la force, il est possible de noter la persisitance de l'insécurité dans la région du Sinaï, qui se place définitivement comme le foyer traditionnel et le plus fort des groupes armés insurrectionnels et terroristes causant des troubles en Egypte. En effet, les actes de violence terroriste connaissent une fréquence et une médiatisation toujours plus fortes. L’actualité sécuritaire du Sinaï est ainsi marquée par plusieurs dizaines d’incidents mortels causés par les groupes armés : attaques simultanées des forces de sécurité, assassinat de touristes étrangers, de magistrats, attentats à l’explosif, actions de rétorsion après la répression de groupes terroristes islamistes internes à l’Egypte ou alliés à l’extérieur, comme l’Etat Islamique.

L’allégeance de groupes armés locaux à cette dernière organisation, comme l’était le processus d’obtention du « label » Al-Qaïda précédemment, suggère le maintien voire l’aggravation du phénomène terroriste dans la zone. Le bilan sécuritaire au Sinaï et à la frontière avec la bande de Gaza en particulier n’est pas satisfaisant, et ne laisse donc présager ni une amélioration à moyen terme, ni un allégement des tâches de la FMO.

 

 

Actualisation en juillet 2015 par Benjamin Gillet, Chercheur-stagiaire au Centre d’études des Crises et des Conflits internationaux (CECRI), Université catholique de Louvain

Documents

Références

 

28 févr. 2013

Armed Groups in the Sinai Peninsula


NATO Civil-Military Fusion Centre

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Liens

Carte de déploiement