Le Timor plonge à nouveau dans la crise

Déploiement de l'opération ASTUTE

25 mai 2006

 

La République du Timor-Leste est plongée dans une grave crise politique et sociale qui a forcé plusieurs pays à intervenir militairement. Mercredi le 24 mai, répondant à l'appel du gouvernement timorais, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et le Portugal ont accepté d'envoyer en urgence des forces de sécurité afin de « restaurer l'ordre public, le respect de la loi, la normalité et la stabilité ».


La tache s'est cependant avérée plus ardue que prévu. Depuis le début de l'opération, les pays contributeurs ont dû revoir à la hausse leur participation. Le principal contributeur, l'Australie, déploie environ 1900 soldats au lieu des 1300 initialement prévus. La Malaisie a envoyé plus de 200 hommes tandis que la Nouvelle-Zélande a triplé sa contribution. Le Portugal y déploie également une force de 127 hommes. À l'exception de la police militaire portugaise qui demeure sous commandement national, les forces participant à l'opération ASTUTE sont placées sous commandement australien. Ce déploiement devrait permettre aux autorités timoraises de faire face à la rébellion provoquée par la révocation de près du tiers des effectifs des forces armées timoraises.

 

Indépendant depuis 2002

Quelque 600 soldats sur les 1400 que comptait l'armée ont en effet été révoqués en avril dernier après avoir déclenché une grève au mois de mars, réclamant de meilleures conditions de vie et la fin de la discrimination à la promotion. Ces soldats, pour la plupart originaires de l'ouest, et qui ont combattu pendant 25 ans pour l'indépendance du Timor, estiment que leurs homologues de l'est bénéficient d'un traitement de faveur. Ces combattants, qui ont acquis un statut de héros nationaux auprès de la population, se sentent délaissés par un gouvernement, lui-même en manque de crédibilité car composé d'anciens exilés. Ils rejoignent le rang des insatisfaits de l'après indépendance, ceux des combattants qui ont été démobilisés au moment de la constitution de l'armée nationale.

 

L'indépendance du Timor Oriental a été obtenue officiellement le 20 mai 2002 après 25 ans de lutte contre le pouvoir indonésien faisant des centaines de milliers de victimes, un referendum sanglant (plus de 1500 morts et des centaines de milliers de déplacés), une opération décisive d'imposition de la paix par une coalition menée par l'Australie et plus de deux ans d'administration onusienne. La première opération de paix, l'Administration transitoire des Nations Unies au Timor oriental (ATNUTO) a complètement pris en charge le territoire et a reconstruit ses structures politiques, policières, administratives, sociales et économiques pendant son séjour de décembre 1999 à mai 2002. Les soldats onusiens ont alors quitté le Timor et une autre opération de paix, la Mission d'appui au Timor oriental (MANUTO), a pris le relais jusqu'en mai 2005 avec comme mandat d'assurer le maintien de l'ordre et de la sécurité et d'aider à la mise en place d'un service de police. Lors de son retrait, la mission a laissé place à un Bureau des Nations Unies pour la consolidation de la paix.

Un État fragile

Un récent rapport du secrétaire général des Nations Unies s'alarmait de la fragilité de ce jeune pays dont la situation économique demeure incertaine et dont le gouvernement dirigé par Mari Alkatiri est de plus en plus impopulaire. La rébellion des soldats révoqués vient cristalliser une frustration grandissante de la population. Les manifestations en soutien aux soldats révoqués sont autant d'occasion de critiquer le gouvernement. Peu à peu, le premier ministre Mari Alkatiri est devenu la cible de la vindicte populaire, la survie du gouvernement devenant l'enjeu du conflit. La publication d'un rapport onusien sur le soutien gouvernemental à des milices irrégulières opposées aux soldats révoqués a amené le président Xanana Gusmao à réclamer la démission du premier ministre, démission qui lui a été remise le 26 juin.

 

Devant la situation, le 12 mai, le Conseil de sécurité a décidé de proroger le mandat du Bureau dans le pays et demandé au Secrétaire Général de lui proposer ses recommandations sur les formes d'assistance éventuelle de l'ONU aux autorités timoraises. Celles-ci appellent de leur voeu une présence onusienne renforcée, un appel appuyé par les contributeurs de l'opération ASTUTE. Parmi les missions urgentes qui réclament l'attention de la Communauté internationale figure la réforme du système de sécurité timorais. Dans un récent rapport sur le Bureau des Nations Unies pour la consolidation de la paix, le secrétaire général recommandait également la création, pour une période de 12 mois, d'un petit bureau intégré de l'ONU, chargé notamment d'apporter un appui au gouvernement timorais pour tout ce qui a trait à l'organisation des élections présidentielles et parlementaires de 2007.


Haingo Rakotonirina - Agente de recherche, Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix

 

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