Fiche d'information de l'État : Colombie Colombie

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Colombie

La République de la Colombie est un pays de l’Amérique latine. Elle partage ses frontières avec le Brésil, l’Équateur, le Panama, le Pérou et le Venezuela. La Colombie est membre de deux organisations internationales conduisant des opérations de paix : l’ONU (1945) et l’OEA (1948).

Politique de maintien de la paix

 

La politique de maintien de la paix de la Colombie est influencée de deux façons par le conflit armé interne qui sévit dans ce pays depuis 1962. Premièrement, les autorités politiques ont tenté de gagner l’appui des divers gouvernements pour augmenter les chances de trouver une sortie négociée au conflit national. Deuxièmement, sur la scène internationale, la position colombienne en matière de maintien de la paix est déterminée par l’agenda interne du pays.

 

Au plan interne, une des priorités du gouvernement (1994-98), par exemple, a été l’obtention du certificat états-unien de lutte contre les drogues illicites. Il s’agissait d’un outil de légitimité essentiel pour faire avancer non seulement un agenda de paix, mais aussi l’ensemble des politiques gouvernementales, ce gouvernement ayant été mêlé à un scandale concernant le possible financement de sa campagne électorale par le Cartel de Cali (à l’époque, le Ejército de Liberación Nacional, ELN, avait refusé de « dialoguer » avec les autorités à cause de leurs liens éventuels avec les narcotrafiquants). Dans le même ordre d’idées, la « Diplomatie pour la paix » du gouvernement de l’époque (1998-2002) visait à générer du soutien externe à son agenda, cette fois-ci articulée clairement autour d’un processus de paix avec les Fuerzas Armadas Revolucionarias Colombianas – Ejército del Pueblo (FARC-EP). Enfin, l’un des composants majeurs de l’action politique du président Alvaro Uribe (2002-) est le maintien de l’aide militaire externe pour avancer dans le démantèlement des groupes contre-révolutionnaires (les « autodéfenses » ou « paramilitaires »), reliés à la production (et trafic) de stupéfiants. Le « Plan Patriote » (deuxième étape du « Plan Colombie ») est une stratégie anti-narcotique établie et financée par les États-Unis pour renforcer stratégiquement les Forces militaires colombiennes (FMC) dans leur lutte contre cette activité économique.

 

Sur la scène internationale, la Colombie adhère aux principes de règlement pacifique des différends sur la base de l’égalité souveraine des États, de la non-intervention, de la bonne foi, et de l’esprit de coopération. Le gouvernement reconnaît la nécessité et le bien-fondé des interventions de l’ONU pour éviter des crises humanitaires majeures. Toutefois, l’agenda concret se limite à traiter d’enjeux comme le narcotrafic, la neutralisation de groupes armés, le contrôle du trafic illégal d’armes légères, et le recrutement d’enfants soldats. Cinq points particuliers, liés aux positions adoptées par le Groupe de Río et le Mouvement des pays non-alignés (voir plus bas), complètent la position du pays dans ce domaine : - Il est essentiel d’améliorer la fluidité des communications entre le personnel sur terrain et le siège de l’ONU, et entre New York et les pays contributeurs (surtout quand le personnel est en situation de risque) ; - Les mécanismes de remboursement des frais initiaux de déploiement doivent permettre un paiement plus rapide aux pays contributeurs ;

 

- Le Département d’opérations de maintien de la paix de l’ONU doit définir des mécanismes pour permettre une représentation géographique équitable des pays contributeurs de troupes dans la composition interne des Opérations de paix ;

- La sécurité sur le terrain (du personnel civil et militaire) doit être renforcée ;

- L’exploitation et l’abus sexuels doivent être traités par des outils d’intervention spécifiques inclus dans les Opérations de paix.

 

Évolution de la participation

 

La participation de la Colombie aux opérations de paix de l’ONU trouve son origine dans les années 1950, quand le gouvernement (1950-53) a autorisé l’envoi d’un contingent de 1000 soldats, 83 officiers, et d’une frégate en Corée du nord, en réponse à la résolution 83 du Conseil de sécurité de l’ONU. Par la suite, le gouvernement (1953-57) a déployé un bataillon de 490 soldats et officiers à Gaza (UNEF I). Il s’en suit une période d’inactivité brisée par le gouvernement (1978-82), qui a collaboré avec les forces de paix au Sinaï, à travers l’envoi d’une force de 500 effectifs dans le cadre des accords de Camp David.

 

Vers le début de la décennie 1990, la Colombie maintenait une participation en Amérique centrale (ONUCA), au Salvador (ONUSAL), en Angola (UNAVEM II), au Cambodge (APRONUC) et au Guatemala (MINUGUA). Au Salvador, par exemple, des observateurs policiers ont été intégrés aux effectifs d’ONUSAL. Il faut aussi souligner que l’ex-Président Belisario Betancur (1982-86) fut, avec Reinaldo Figueredo Planchart (ex-ministre vénézuélien des Relations étrangères) et Thomas Buergenthal (ex-Président du Tribunal interaméricain des Droits Humains), l’un des membres de la Commission de la vérité établie par les Accords de paix de Chapultepec, qui ont mis fin au conflit armé salvadorien.

 

Toutefois, à partir de 1990 on assiste aussi à une transformation majeure du conflit armé colombien. Malgré le succès des gouvernements de 1986-90 et 1990-94 pour désarmer, démobiliser, et réintégrer (DDR) un total de 5000 guérilleros en provenance du Movimiento M-19, du Partido Revolucionario de los Trabajadores (PRT), d’une section du Ejército Popular de Liberación (EPL), du Movimiento Armado Quintin Lamé (MAQL) et de la Corriente Renovación Socialista (CRS), le nombre de combattants des FARC-EP est passé de 9 500 en 1994 à 16 492 en 2002. De plus, en avril 1997 les groupes contre-révolutionnaires se sont regroupés sous la bannière des Autodefensas Unidas de Colombia (AUC). C’est pendant cette période que l’on observe un retrait progressif de la Colombie des efforts multilatéraux en matière de maintien de paix.

 

Malgré le besoin de concentrer les forces gouvernementales pour renverser les progrès stratégiques (1994-97) réalisés par les FARC-EP (conquête de territoire et attaque de bases militaires), les autorités colombiennes ont tenté de maintenir une présence internationale active. D’une part, le pays a continué à participer aux débats multilatéraux directement ou indirectement liés au maintien de la paix. Par exemple, en tant que président (1995-98) du Groupe des pays non-alignés, la Colombie a favorisé des initiatives liées à la lutte contre les drogues dans une perspective de coopération sud-sud. Dans le même ordre d’idées, les autorités colombiennes ont profité de leur passage à la tête du Secrétariat du Groupe de Río (2000-01), entité créée en 1986 par l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, l’Équateur, le Mexique, Panama, le Paraguay, le Pérou, le Venezuela et l’Uruguay – le groupe Caraïbes/CARICOM étant représenté par un délégué- pour assurer une participation colombienne plus active au sein de l’Assemblée générale de l’ONU.

 

D’autre part, le pays a fourni de l’aide technique ponctuelle dans le cadre de certains efforts multilatéraux de paix. Sur le plan continental, et sous la présidence de César Gaviria (qui deviendra secrétaire général de l’Organisation d’États américains, OEA, de 1994 à 2004), le gouvernement a fourni du financement, du matériel et de l’assistance technique pour mettre en œuvre la première étape d’un plan de l’OEA de déminage au Honduras. Au plan international, en septembre 2006, la Colombie a consenti (avec le secrétaire général de l’ONU et le secrétaire général adjoint du Département de maintien de paix) à l’envoi d’une unité de police aéroportuaire spécialisée en contrôle du narcotrafic dans le cadre de MINUSTAH . Toutefois, il s’agit ici d’efforts plutôt timides, les 400 377 effectifs des FMC étant surtout assignés à des responsabilités liées au maintien de la sécurité interne. Par ailleurs, et en raison des implications du conflit interne sur la paix et la stabilité régionales, la Colombie demeure un des centres d’attention des pays latino-américains, notamment des États de la région andine.

 

Élimination de ressources économiques et militaires, et maintien de la paix

 

L’importance que les autorités colombiennes octroient au trafic de drogues comme facteur incitateur de la violence est intimement lié au rôle de cette activité illicite dans le financement de groupes armés au pays. Selon les chiffres du Ministère colombien de la défense, 97% des revenus des FARC-EP provenaient, en 2003, du narcotrafic, de l’extorsion et des enlèvements (les activités liées aux drogues atteignant 45,8% des recettes totales) ; selon la même source, ce montant représentait en 2005 environ US$ 600 millions. Se basant sur ces chiffres, les autorités affirment que le narcotrafic permet aux groupes armés illégaux (pour les uns des terroristes, pour certains des guérillas marxistes, pour d’autres des groupes « bolivariens »), d’acquérir les moyens militaires nécessaires pour maintenir l’effort de guerre. Dès lors, il est possible d’affirmer que le maintien de la paix passe par l’élimination de ce type d’activités économiques et par la suppression du commerce illégal d’armes.

 

Puisque la question des drogues est considérée comme un obstacle à la paix et à la sécurité internationales, la Colombie demande aux pays où la demande pour ce type de produits est la plus élevée de contribuer, sous le principe de la « responsabilité partagée », à l’éradication des cultures illicites. Sur la question des armes, les autorités définissent les plans DDR comme des pièces maîtresses dans l’obtention des conditions minimales de sécurité, mais aussi comme des facteurs potentiellement déstabilisateurs dans d’autres pays (surtout si ces plans ne sont pas dotés de mesures pour éliminer les armements). En d’autres termes, les surplus d’armes deviennent facilement des « facteurs externes » pouvant rendre possible le début ou la poursuite des hostilités ailleurs dans le monde. Étant donné le rôle de l’ONU en matière de maintien de la paix et l’expérience accumulée dans le domaine du DDR, il est clair pour la Colombie que cette organisation est dans une position privilégiée pour assurer la destruction des armes, du moins là où elle est appelée à diriger, superviser, ou appuyer, des transitions de la guerre à la « paix ».


Fernando A. Chinchilla - Candidat au doctorat, science politique (Université de Montréal)

Chercheur invité, science politique (Universidad de Los Andes)

 

Janneth Angélica Vargas - Étudiante de maîtrise, science politique (Universidad de Los Andes)