Fiche d'information de l'État : Colombie Colombie

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Colombie

La République de la Colombie est un pays d’Amérique latine. Elle partage ses frontières avec le Brésil, l’Équateur, le Panama, le Pérou et le Venezuela. La Colombie est membre de deux organisations internationales conduisant des opérations de paix : l’ONU (1945) et l’OEA (1948).

Politique de maintien de la paix

 

Depuis le milieu des années 1960, la Colombie connaît de nombreuses instabilités sur le plan interne dues au conflit armé colombien. Dans une violence extrême se confrontent l’Etat colombien, des narcotrafiquants, des groupes paramilitaires et des guérillas marxistes telles que l'Ejército de Liberaçion Nacional (ENL) et les Fuerzas armadas revolucionarias de Colombia - Ejército del Pueblo (FARC-EP), principale guérilla armée du conflit. Résultant initialement d’oppositions idéologiques, le moteur du conflit est aujourd’hui le narcotrafic. La politique de maintien de la paix de la Colombie est influencée de deux façons par le conflit armé interne sévissant dans le pays. Premièrement, les autorités politiques ont tenté de gagner l’appui des divers gouvernements pour augmenter les chances de trouver une sortie négociée au conflit national. Deuxièmement, sur la scène internationale, la politique colombienne en matière de maintien de la paix est déterminée par l’agenda interne du pays. Cette politique pourrait cependant évoluer du fait de l’accalmie des tensions internes, résultat de la signature d’un accord de paix entre le gouvernement et les FARC-EP fin 2016.

 

Sur le plan interne, une des priorités du gouvernement Ernesto Samper (1994-98) fut l’obtention du certificat états-unien de lutte contre les drogues illicites. Il s’agissait d’un outil de légitimité essentiel pour faire avancer non seulement un agenda de paix, mais aussi l’ensemble des politiques gouvernementales, ce gouvernement ayant été mêlé à un scandale concernant le possible financement de sa campagne électorale par le Cartel de Cali –à l’époque, l’ELN avait refusé de « dialoguer » avec les autorités à cause de leurs liens éventuels avec les narcotrafiquants. Dans le même ordre d’idées, la « Diplomatie pour la paix » du gouvernement d’Andrés Pastrana Arango (1998-2002), cette fois-ci clairement articulée autour d’un processus de paix avec les FARC-EP, visait à générer un soutien externe à son agenda. Durant ses deux mandats, le président Alvaro Uribe (2002-2010) mena une « politique de défense et de sécurité démocratique », politique se caractérisant par une augmentation importante des effectifs de la force publique, une conciliation avec des groupes paramilitaires tels que les Autodefensas Unidas de Colombia (AUC) et une intransigeance face aux guérillas. Le président Uribe bénéficia d’un soutien américain important au travers du « Plan Colombie », signé en 2000 par les gouvernements américain et colombien. Celui-ci visait à réduire la production de drogue en Colombie, le pays étant alors le principal pourvoyeur de drogue des Etats-Unis.  A partir de 2003, il fut suivi par le « Plan Patriote », stratégie anti-narcotique établie et financée par les États-Unis pour renforcer stratégiquement les Fuerzas Militares de Colombia (FMC) dans leur lutte contre cette activité économique. A partir de 2012, sous l’égide de Cuba et de la Norvège, furent entrepris des dialogues de paix entre le gouvernement colombien du président Juan Manuel Santos (2010-...) et les responsables des FARC-EP. Ils aboutirent à la signature d’un accord sur la question agraire - premier point à l’ordre du jour lors des pourparlers entre les deux partis - le 26 mai 2013. Un accord définitif de paix - et ainsi un cessez-le feu bilatéral - fut signé le 23 juin 2016 à La Havane, devant des responsables des Nations Unies. L’accord prévoyait un désarmement progressif sur 6 mois, contrôlé par l’armée colombienne, les FARC-EP et des observateurs de l’ONU –dans le cadre d’une mission spéciale de l’ONU mise en place en 2016 pour douze mois par la résolution 2366, adoptée à l’unanimité par les quinze membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Parallèlement devait être créée une « Juridiction Spéciale pour la Paix », un système de justice inédit garantissant que les responsables des crimes de guerre les plus graves soient soumis à des enquêtes, jugés et condamnés par un tribunal. A la suite du rejet de l’accord par la population colombienne lors du référendum populaire du 2 octobre 2016, le gouvernement et les FARC-EP trouvèrent un nouvel accord, garantissant davantage les mécanismes de la « Juridiction Spéciale pour la Paix », qui fut successivement ratifié par le Sénat le 29 novembre 2016 et par la Chambre des Représentants le 30 novembre 2016. Par ailleurs, un nouveau commandement fut créé, chargé de la transition et garantissant la place centrale des forces armées nationales dans le processus de démobilisation et de reconstruction post-conflit. En juin 2017, la mission spéciale de l’ONU en charge de la supervision de l’application des accords de paix estima que toutes les armes avaient été rendues par les FARC-EP. Une nouvelle mission, débutant à l’expiration du mandat de la première, fut cependant mise en place le 17 juillet 2017 par la résolution 2381 du Conseil de Sécurité. Elle vise à s’assurer du désarmement effectif des anciens combattants ainsi que de leur réinsertion politique, économique et sociale. Depuis 2004, l’OEA mène également une mission de maintien de la paix en Colombie avec « The Mission to Support the Peace Process in Columbia ».

 

Sur la scène internationale, la Colombie adhère aux principes de règlement pacifique des différends sur la base de l’égalité souveraine des États, de la non-intervention, de la bonne foi, et de l’esprit de coopération. Le gouvernement reconnaît la nécessité et le bien-fondé des interventions de l’ONU pour éviter des crises humanitaires majeures. Toutefois, l’agenda concret se limite à traiter d’enjeux comme le narcotrafic, la neutralisation de groupes armés, le contrôle du trafic illégal d’armes légères, et le recrutement d’enfants soldats. Cinq points particuliers, liés aux positions adoptées par le Groupe de Río et le Mouvement des pays non-alignés (voir plus bas), complètent la position du pays dans ce domaine :

- Il est essentiel d’améliorer la fluidité des communications entre le personnel sur terrain et le siège de l’ONU, et entre New York et les pays contributeurs (surtout quand le personnel est en situation de risque).

- Les mécanismes de remboursement des frais initiaux de déploiement doivent permettre un paiement plus rapide aux pays contributeurs.

- Le Département d’opérations de maintien de la paix de l’ONU doit définir des mécanismes pour permettre une représentation géographique équitable des pays contributeurs de troupes dans la composition interne des Opérations de paix.

- La sécurité sur le terrain (du personnel civil et militaire) doit être renforcée.

- L’exploitation et l’abus sexuels doivent être traités par des outils d’intervention spécifiques inclus dans les Opérations de paix.

 

De plus, au travers de la Communauté d’Etats latino-américains et caraïbes (CELAC -2010), la Colombie a affirmé son soutien à la non-prolifération nucléaire, au désarmement et à l’utilisation pacifique de l’arme nucléaire. Cependant, du fait de la dégradation de la situation politique interne du pays depuis les années 1990, la Colombie est peu engagée militairement dans des missions de maintien de la paix. Elle continue cependant de prendre part aux débats multilatéraux au travers de l’ONU, de l’OEA et de la CELAC.

 

Structure décisionnelles politiques et militaires


Relativement aux autres pays d’Amérique latine, la Colombie se caractérise par une forte stabilité institutionnelle. La Constitution colombienne, adoptée en 1886, ne fut révisée et modifiée qu’en 1991. Selon celle-ci, la Colombie est une république présidentialiste. Le pouvoir exécutif est responsable de la gestion de la défense colombienne, le Ministère de la Défense exerçant le commandement de l’armée et de la police. Le président colombien se voit quant à lui confier le statut de commandant en chef des armées.

 

La défense et la protection des intérêts nationaux de la Colombie sont assurées par les Fuerzas Militares de Colombia. Elles sont divisées en quatre grandes sections : l’Ejército Nacional de Colombia, la Fuerza Aérea de Colombiana, l’Armada Nacional Colombiana et l’Infanteria de Marina de Colombia. L’Armée nationale colombienne est tout particulièrement impliquée dans les opérations de maintien de la paix relatives au conflit armé colombien et soutient la police colombienne lors d’opérations de lutte contre le trafic de drogue. L’instabilité intérieure causée par ces deux facteurs fut à l’origine d’une triple réforme de l’armée. Les effectifs furent augmentés, les forces furent modernisées et de nouvelles stratégies militaires furent adoptées. Alors que l’armée colombienne comptait théoriquement 120 000 combattants au début du mandat du Président Andrés Pastrana Arango en 1998, celle-ci compte plus de 500 000 hommes sous Juan Manuel Santos en 2016. Par ailleurs, les forces colombiennes mettent l’accent sur le renseignement et l’identification de cibles à haute valeur ajoutée ainsi que sur le développement de forces spéciales.

Évolution de la participation

 

La participation de la Colombie aux opérations de paix de l’ONU trouve son origine dans les années 1950, quand les gouvernements des conservateurs Laureano Gomez (1950-1951) et Roberto Urdaneta Arbelaez (1951-1953) autorisèrent l’envoi d’un contingent de 1000 soldats, 83 officiers, et d’une frégate en Corée du nord, en réponse à la résolution 83 du Conseil de Sécurité de l’ONU. Par la suite, le gouvernement de Gustavo Rojas Pinilla (1953-57) déploya un bataillon de 490 soldats et officiers à Gaza (UNEF I). Il s’en suivit une période d’inactivité brisée par le gouvernement de Julio César Turbay (1978-82), qui collabora avec les forces de paix au Sinaï, à travers l’envoi d’une force de 500 effectifs dans le cadre des accords de Camp David. Au début des années 1990, la Colombie maintint une participation en Amérique centrale (ONUCA), au Salvador (ONUSAL), en Angola (UNAVEM II), au Cambodge (APRONUC) et au Guatemala (MINUGUA). Au Salvador, par exemple, des observateurs policiers furent intégrés aux effectifs d’ONUSAL. Il faut également souligner que l’ex-Président Belisario Betancur (1982-86) fut, avec Reinaldo Figueredo Planchart - ex-ministre vénézuélien des Relations étrangères - et Thomas Buergenthal - ex-Président du Tribunal interaméricain des Droits Humains -, l’un des membres de la Commission de la vérité établie par les Accords de paix de Chapultepec, qui mirent fin au conflit armé salvadorien.

 

Toutefois, depuis 1990, on assiste à une transformation majeure du conflit armé colombien. Malgré le succès des gouvernements de 1986-90 et 1990-94 pour désarmer, démobiliser, et réintégrer (DDR) un total de 5000 guérilleros en provenance du Movimiento M-19, du Partido Revolucionario de los Trabajadores (PRT), d’une section du Ejército Popular de Liberación (EPL), du Movimiento Armado Quintin Lamé (MAQL) et de la Corriente Renovación Socialista (CRS), le nombre de combattants des FARC-EP passa de 9 500 en 1994 à 16 492 en 2002. De plus, en avril 1997, les groupes contre-révolutionnaires se regroupèrent sous la bannière des Autodefensas Unidas de Colombia (AUC). Pendant cette période, on observa un retrait progressif de la Colombie des efforts multilatéraux en matière de maintien de la paix. Depuis lors, la Colombie ne participe plus aux diverses missions de l’ONU, même lorsque celles-ci concernent un pays d’Amérique latine et engagent des pays voisins comme la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti de 2004 à 2017, mission regroupant presque exclusivement des pays d’Amérique latine tels que le Brésil, l’Argentine ou le Chili.

 

Les autorités colombiennes tentèrent néanmoins de maintenir une présence internationale active via d’autres engagements. D’une part, le pays continua de participer aux débats multilatéraux directement ou indirectement liés au maintien de la paix. Par exemple, en tant que président du Groupe des pays non-alignés (1995-98), la Colombie favorisa des initiatives liées à la lutte contre les drogues dans une perspective de coopération sud-sud. Dans le même ordre d’idées, les autorités colombiennes profitèrent de leur passage à la tête du Secrétariat du Groupe de Río (2000-01), entité créée en 1986 par l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, l’Équateur, le Mexique, Panama, le Paraguay, le Pérou, le Venezuela et l’Uruguay – le groupe Caraïbes/CARICOM étant représenté par un délégué - pour assurer une participation colombienne plus active au sein de l’Assemblée générale de l’ONU. De plus, la Colombie occupa le siège de membre non-permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies à sept reprises, son dernier mandat datant des années 2011-2012. Elle prit ainsi position en faveur de l’instauration de mesures de lutte contre le terrorisme en 2001 ainsi que pour la création d’une Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) visant à soutenir les forces afghanes dans leur lutte contre le terrorisme. En 2011, la Colombie approuva la résolution 1973 du Conseil de Sécurité, permettant aux pays volontaires de contribuer à une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye afin de protéger la population civile. Depuis 2010, la Colombie est membre de la Communauté d’Etats latino-américains et caraïbes, un organisme intergouvernemental régional regroupant 33 Etats d’Amérique latine et de la communauté caribéenne (Caricom). Cette communauté se veut être la successeure du Groupe de Rio et est perçue comme une alternative à l’OEA. Les chefs d’Etats et de gouvernement des Etats membres, dont la Colombie, ont exprimé leur volonté de définir une position commune quant aux questions de la non-prolifération nucléaire, du désarmement et de l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. En 2016, les Etats membres ont ainsi affirmé, devant l’Assemblée Générale des Nations Unies, la nécessité de développer des mesures légales concrètes visant à garantir un monde sans armes nucléaires. En 2017, ils rappellent la nécessité de consolider l’Amérique latine et les caraïbes comme « zone de paix ». Bien que non-décisifs, ces positionnements permettent à la Colombie d’affirmer sa présence sur la scène internationale.

 

D’autre part, le pays fournit de l’aide technique ponctuelle dans le cadre de certains efforts multilatéraux de paix. Sur le plan continental, et sous la présidence de César Gaviria - qui deviendra Secrétaire général de l’Organisation d’États américains, OEA, de 1994 à 2004 -, le gouvernement fournit du financement, du matériel et de l’assistance technique pour mettre en œuvre la première étape d’un plan de l’OEA de déminage au Honduras. Sur le plan international, en septembre 2006, la Colombie consentit - avec le Secrétaire général de l’ONU et le Secrétaire général adjoint du Département de maintien de paix - à l’envoi d’une unité de police aéroportuaire spécialisée en contrôle du narcotrafic dans le cadre de la Mission des Nations Unies pour la stabilité en Haïti (MINUSTAH). Toutefois, il s’agissait d’efforts plutôt timides, les 400 377 effectifs des FMC étant surtout assignés à des responsabilités liées au maintien de la sécurité interne. En 2008, le gouvernement colombien considéra la possibilité d’envoyer des soldats en Afghanistan, en renfort des troupes espagnoles déployées dans le cadre de l’OTAN. Cette déclaration n’aboutit cependant à aucun envoi de contingents. Par ailleurs, et en raison des implications du conflit interne sur la paix et la stabilité régionale, la Colombie demeure un des centres d’attention des pays latino-américains, notamment des États de la région andine.

 

Élimination de ressources économiques et militaires, et maintien de la paix

 

L’importance que les autorités colombiennes octroient au trafic de drogues comme facteur incitateur de la violence est intimement lié au rôle de cette activité illicite dans le financement de groupes armés au pays. Selon les chiffres du Ministère colombien de la défense, 97% des revenus des FARC-EP provenaient, en 2003, du narcotrafic, de l’extorsion et des enlèvements - les activités liées aux drogues atteignant 45,8% des recettes totales-. Selon la même source, ce montant représentait en 2005 environ US$ 600 millions. Se basant sur ces chiffres, les autorités affirment que le narcotrafic permet aux groupes armés illégaux - pour les uns des terroristes, pour certains des guérillas marxistes, pour d’autres des groupes « bolivariens » -, d’acquérir les moyens militaires nécessaires pour maintenir l’effort de guerre. Dès lors, il est possible d’affirmer que le maintien de la paix passe par l’élimination de ce type d’activités économiques et par la suppression du commerce illégal d’armes.

 

Puisque la question des drogues est considérée comme un obstacle à la paix et à la sécurité internationale, la Colombie demande aux pays où la demande pour ce type de produits est la plus élevée de contribuer, sous le principe de la « responsabilité partagée », à l’éradication des cultures illicites. Sur la question des armes, les autorités définissent les plans DDR comme des pièces maîtresses dans l’obtention des conditions minimales de sécurité, mais aussi comme des facteurs potentiellement déstabilisateurs dans d’autres pays - surtout si ces plans ne sont pas dotés de mesures pour éliminer les armements -. En d’autres termes, les surplus d’armes deviennent facilement des « facteurs externes » pouvant rendre possible le début ou la poursuite des hostilités ailleurs dans le monde. Étant donné le rôle de l’ONU en matière de maintien de la paix et l’expérience accumulée dans le domaine du DDR, il est clair pour la Colombie que cette organisation est dans une position privilégiée pour assurer la destruction des armes, du moins là où elle est appelée à diriger, superviser, ou appuyer, des transitions de la guerre à la « paix ». En effet, bien que accords de paix furent signés entre le gouvernement et les FARC-EP, le conflit armé colombien se poursuit entre le gouvernement colombien, des guérillas armés telle que l’ENL - qui refuse de déposer les armes - et divers groupes paramilitaires.


Fernando A. Chinchilla - Candidat au doctorat, science politique (Université de Montréal)

Chercheur invité, science politique (Universidad de Los Andes)

Janneth Angélica Vargas - Étudiante de maîtrise, science politique (Universidad de Los Andes)

Fiche mise à jour le 1 juillet 2018 par Julie Wagner,
Stagiaire au Centre d'Etude des Crises et des Conflits Internationaux (CECRI)