Historique de l'opération FNUOD

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FNUOD       Israël Syrie

Force des Nations Unies chargée d'observer le dégagement

 

Mission FNUOD – Force des Nations Unies chargée de surveiller le dégagement

La Force des Nations Unies chargée de surveiller le dégagement a été créée le 31 mai 1974 par la résolution 350 du Conseil de sécurité. L’objectif principal de la mission est demeuré identique depuis le déploiement de la Force : il s’agit de surveiller la mise en œuvre de l’Accord sur le dégagement des forces israéliennes et syriennes et le respect du cessez-le-feu dans la région. Initialement institué pour une période de 6 mois, le mandat de la mission a jusqu’à présent été renouvelé chaque semestre par le Conseil de sécurité.

(http://www.un.org/fr/documents/view_doc.asp?symbol=S/RES/350(1974) ).



CONTEXTE DU DÉPLOIEMENT DE LA MISSION


Suite à la création de l’État d’Israël en 1948, plusieurs conflits éclatent entre le nouvel État et ses voisins arabes. Ces conflits, à l’origine intercommunautaires, se généralisent et deviennent des guerres israélo-arabes. Le conflit de 1973 opposant Israël à la Syrie et à l’Égypte est la 4ème guerre israélo-arabe, faisant suite à celles de 1948-1949, de 1956 et de 1967.

 

Le 6 octobre 1973, la guerre éclate entre d’une part l’Égypte et Israël dans la région du Canal de Suez et dans le Sinaï et d’autre part entre la Syrie et Israël sur les hauteurs du Golan. Le 25 octobre, le Conseil de sécurité de l’ONU décide, par la résolution 340, l’envoi d’une force d’interposition entre les forces égyptiennes et israéliennes, la Force d’Urgence des Nations Unies (FUNU II), dans la région du Canal de Suez et plus tard dans le Sinaï. Tandis que la situation tend à se stabiliser sur le front israélo-égyptien, le conflit entre la Syrie et Israël s’aggrave à partir de mars 1974.

 

Une initiative diplomatique américaine parvient cependant à imposer la signature de l’Accord de dégagement le 31 mai 1974. Cet accord prévoit l’établissement d’une zone tampon et de zones égales de délimitation des forces et des armements de part et d’autre de la zone tampon.

 

CRÉATION DE LA MISSION

 

L’observation de l’application de l’accord est confiée à la Force des Nations Unies chargée d’observer le dégagement (FNUOD), créée le 31 mai 1974 par la résolution 350 du Conseil de sécurité. L’objectif de la mission découle aussi de ce qui est stipulé dans la résolution 338 du Conseil de sécurité, à savoir que le Conseil « demande à toutes les parties aux présents combats de cesser le feu et de mettre fin à toute activité militaire immédiatement ». Le 3 juin 1974, le Secrétaire général nomme un commandant intérimaire de la FNUOD qui arrive à Damas le jour même et met en place un quartier général provisoire dans les locaux de la Commission mixte d’armistice israélo-syrienne. Il y rejoint les 90 observateurs militaires de l’ONU chargés de la surveillance de la trêve (ONUST). Dans les jours qui suivent, les différents contingents et le personnel logistique arrivent dans la zone de mission. À la date du 16 juin 1974, la FNUOD est composée de 1218 militaires de tous grades, atteignant presque son effectif maximum autorisé fixé à 1250. La mission investit ensuite son nouveau quartier général, le camp Faouar. À ce moment, la Force opère depuis 2 camps de base, 20 positions permanentes, 8 positions de jour et 11 postes d’observation. Des patrouilles se relayent 24h/24, de jour comme de nuit, pour assurer une surveillance continue. La mission s’installe sur un territoire montagneux, dominé par le Mont Hermon. La plus haute position tenue par la FNUOD culmine à 2814 mètres.

 

Les activités de la FNUOD sont d’application à l’intérieur et aux abords de la zone de séparation qui s’étend sur approximativement 75 kilomètres et varie en largeur entre environ 10 km au centre et 200 m à l’extrémité sud. Aucune autre force militaire n’est autorisée au sein de cette zone donc le rôle de la Force est d’intervenir si d’autres militaires tentent de s’introduire ou d’opérer dans la périmètre. La Force s’emploie également à des activités de déminages et coopère avec le Comité international de la Croix-Rouge concernant le passage de courrier, de marchandises et de personnes à travers la zone de séparation. De part et d’autre de cette zone de séparation se trouve, selon l’Accord de dégagement, une zone de limitation des armements et des forces.

 

Au cours des premières années qui ont suivi, la force de l'ONU a efficacement rempli ses fonctions avec la pleine coopération des deux parties en présence. Dans le secteur
syro-israélien, la situation est restée généralement calme.

 

DÉFIS DE LA MISSION

 

A partir de l’annexion officielle des hauteurs du Golan par Israël en 1981, les relations syro-israéliennes ne cessent de se détériorer. Les négociations sur la restitution du Golan sont interrompues en 2000, entachées notamment par la question libanaise.

 

Il faut attendre le mois de mai 2008 pour voir la reprise de négociations indirectes sous la médiation de la Turquie. Les négociateurs communiquent par courrier interposé de mai à août 2008. La Syrie réclame la restitution complète du Golan tandis qu’Israël exige l’arrêt du soutien syrien au Hamas et au Hezbollah et de la coopération entre la Syrie et l’Iran, particulièrement sur le plan nucléaire. Les pourparlers sont toutefois suspendus temporairement suite à la démission du Premier ministre israélien Ehud Olmert et le déclenchement des élections en Israël, mais certaines tractations continuent. Ainsi, en décembre 2008, la Syrie fournit à Israël un document recensant les frontières du plateau du Golan, dont six lieux sur les rives du lac de Tibériade, afin de pouvoir reprendre rapidement les négociations de paix une fois la situation politique israélienne stabilisée.

 

Cependant, les pourparlers indirects par le biais de la Turquie cessent définitivement le 29 décembre 2008 suite à l’offensive israélienne sur la bande de Gaza, laquelle fait près de 400 morts. Le ministre turc des Affaires étrangères, Ali Babacan, affirme à cet égard que « la poursuite des discussions dans ces conditions est naturellement impossible (…). Faire la guerre du côté israélo-palestinien et au même moment faire la paix du côté israélo-syrien, ces deux choses ne peuvent pas aller de pair ». Effectivement, lors des pourparlers sous l’égide de la Turquie, la Syrie a toujours affirmé que la paix avec Israël était possible mais devait être précédée par la résolution du conflit israélo-palestinien.

 

Le résultat très serré des élections israéliennes mène à un gouvernement de coalition dirigé par Benyamin Netanyahu, le chef du Likoud, qui devient Premier ministre. En avril 2009, Avigdor Lieberman, nouvellement ministre israélien des Affaires étrangères, affirme qu’« il n’y a pas de résolution du cabinet israélien concernant les négociations avec la Syrie et nous avons déjà dit que nous n’accepterions pas de retrait du Golan ». L’approche préconisée par Lieberman, dite « paix contre paix », diffère de celle du « paix contre terre » utilisée dans les pourparlers depuis 1991. Cette position, contraire à celle mise de l’avant par le gouvernement d’Olmert quelques mois auparavant, est tempérée par Uzi Arad, le principal conseiller politique de Benyamin Netanyahou, qui estime que le plateau du Golan pourrait être occupé à la fois par Israël et par la Syrie mais qu’un retrait total est impossible. En réponse aux affirmations israéliennes, la Syrie maintient ses positions et réitère qu’il n’y aura pas de normalisation des relations avec Israël sans le retour du Golan. Toujours en avril 2009, le président syrien se porte garant du Hamas et du Hezbollah et soutient que ces derniers n’attaqueront pas Israël par la Syrie. Il demande que leur statut ne soit pas sujet des discussions lors des pourparlers, mais l’administration israélienne ne se satisfait pas de cela et affirme que la Syrie doit se distancer de l’Iran et des groupes armés de la région avant la tenue de pourparlers directs.

 

En février 2010 le gouvernement américain nomme un premier ambassadeur à Damas depuis 2005. Cette manœuvre vise à démontrer l’engagement américain sur les questions de paix au Moyen-Orient, notamment avec l’implication récente de l’émissaire spécial des États-Unis pour le Moyen-Orient, George Mitchell. En avril 2010, la joute diplomatique se corse lorsque le président israélien Shimon Peres accuse le gouvernement syrien d’avoir acheminé des missiles Scuds au Hezbollah. Bien que la Syrie rejette immédiatement ces allégations, l’administration américaine renouvelle les sanctions à son égard. Le gouvernement américain accuse la Syrie de soutenir des organisations terroristes et de chercher à détenir des armes de destruction massive.

 

À partir de 2011, la république arabe syrienne plonge dans une guerre civile sans précédent. Cette situation inquiète l’État d’Israël puisqu’elle pose à nouveau la question de la sécurité de la frontière entre les deux pays, risquant d’exacerber davantage les tensions et de remettre en cause le cessez-le-feu. Israël n’est officiellement pas impliqué dans le conflit syrien mais s’y trouve tout de même indirectement associé. En effet, certains tirs provenant des échanges entre les différentes parties belligérantes en Syrie atteignent le territoire israélien de manière involontaire. Quelques fois, ce sont les troupes israéliennes présentes sur le plateau du Golan qui sont visées, de manière volontaire cette fois. De graves violations de l’Accord de dégagement ont aussi eu lieu, mettant notamment en danger le personnel de la mission FNUOD. C’est pourquoi l’état d’Israël choisit depuis le début de la guerre de riposter à toute attaque provenant de la Syrie.

 

A cela s’ajoute le fait que le Hezbollah se positionne ouvertement comme l’allié du gouvernement syrien dans ce conflit, ce qui déplait fortement à Israël puisque tout armement pouvant venir renforcer les capacités militaires du Hezbollah est perçu comme un danger potentiel. L’Etat hébreux décide donc d’intervenir en attaquant les infrastructures de l’armée syrienne pouvant être utilisées par le Hezbollah. C’est ainsi qu’en 2013, Israël lance plusieurs attaques aériennes en Syrie visant à détruire certaines ressources stratégiques. Le gouvernement syrien, qui dénonce des attaques de missiles, décide alors de déployer deux batteries prêtes à frapper en Israël, forçant ainsi ce dernier à déployer deux batteries anti-missiles. Suite à ces évènements, le Secrétaire général de l’ONU appelle une nouvelle fois au calme et exige aux parties d’éviter une escalade du conflit. Depuis, des affrontements ont régulièrement lieu le long de la zone de mission, rendant le bon déroulement de celle-ci de plus en plus difficile.

Emilie LENARDUZZI
Stagiaire au Centre d'Etude des crises et des conflits internationaux (CECRI)
Fiche mise à jour le 25 mai 2016