Fiche d'information de l'État : Congo, Rép. dem. Congo, Rép. dem.

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Congo, Rép. dem.

La République démocratique du Congo, pays d’Afrique centrale, est membre de trois organisations habilitées à entreprendre des opérations de paix : l’ONU (1960), l’UA (1963) et la CEEAC (1983). La RDC partage des frontières avec pas moins de neuf pays : la République du Congo, la Centrafrique, le Soudan du Sud, l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie, la Zambie et l’Angola.


Politique de maintien de la paix



Régulièrement aux prises depuis son indépendance à de graves problèmes sécuritaires à l’intérieur des frontières du pays (le pays a d’ailleurs accueilli l’une des premières missions de paix onusiennes – l’ONUC – de 1960 à 1964), les autorités de la RDC peinent à établir une réelle vision stratégique de la politique étrangère du pays. Outre les problèmes sécuritaires qui secouent le pays, notamment depuis les années 1990, cette difficulté à penser et à mettre en œuvre une politique étrangère cohérente serait également due à des facteurs d’ordre politique et administratif : multiplicité de centres de décisions en matière de politique extérieure, conflits entre les différents ministères et services techniques dans les affaires diplomatiques, priorisation des intérêts particuliers et non de l’intérêt supérieur du pays, problèmes de communication entre Kinshasa et les missions diplomatiques congolaises à l’étranger, etc.


Il n’est donc pas surprenant d’avoir de la difficulté à identifier, tant dans les documents officiels émanant des autorités que dans la participation du pays, au fil des ans, aux efforts de paix, une certaine cohérence dans la politique de maintien de la paix de la RDC. Si celle-ci n’est enchâssée dans aucun document officiel et si elle dépend principalement de la volonté du Président au pouvoir,  elle semble toutefois basée sur plusieurs sources relativement stables de motivation, à défaut d’être définie par des principes stratégiques bien établis et clairement énoncés.

La première de ces motivations découle du désir de démontrer à la communauté internationale la reconnaissance du pays face à l’engagement de l’ONU en RDC, les Casques bleus étant présents en grands nombre au pays depuis 2002.  A ce facteur est étroitement associé celui de fierté nationale, les autorités faisant un point d’honneur à participer, lorsqu’elles le peuvent, aux efforts internationaux de paix, notamment en Afrique. Ensuite, la possibilité de recevoir des remboursements pour toute participation à une OMP est également un facteur important dans la décision des autorités de déployer du personnel à l’étranger sous la bannière de l’ONU. Enfin, de par sa position stratégique et le nombre important de pays (dont certains avec un passé turbulent) avec lesquels la RDC partage des frontières, Kinshasa est attaché à la stabilité de l’Afrique centrale et du continent en général, d’où la tendance des autorités à envoyer des personnels dans des missions déployées en Afrique. Les moyens matériels limités à leur disposition empêchent toutefois pour l’heure les autorités congolaises à participer de manière significative à d’éventuels déploiements en dehors du continent africain.


Parmi les principaux thèmes que la RDC défend dans l’arène internationale en termes de paix et de sécurité, il convient de mentionner la consolidation de la paix, la sécurité transfrontalière, les violences sexuelles et l’enrôlement des enfants par les groupes armés. Ces dernières années, la RDC a également joué un rôle important dans le traçage des armes légères, son implication ayant abouti à la Convention de Kinshasa[1] en 2010, ainsi que dans la lutte contre les « diamants de sang », grâce à son appui, à titre  de producteur de diamants bruts, au processus de Kimberley.

 

Structures décisionnelles


Selon la Constitution de 2006, le chef suprême des FARDC est le président du pays, alors que le gouvernement est chargé de définir, en concertation avec le président de la République, la politique de défense du pays. Le document régissant les Forces armées de la RDC (FARDC) est la loi de juin 2011 portant organisation et fonctionnement des FARDC. L’article 55 de cette loi stipule que la mission des FARDC est, entre autres, d’effectuer « des missions humanitaires, de maintien de la paix et de résolution des conflits dans le cadre des Nations-Unies, de l’Union africaine et des Accords bilatéraux et multilatéraux liant la République Démocratique du Congo ».


Lorsque les autorités du pays reçoivent une requête pour participer à une OP, le ministère des Affaires étrangères transmet la demande aux ministères de la Défense et de l’Intérieur. Une fois cette étape passée, aucun processus formel de décision n’est en place pour décider de la réponse à donner à cette requête. L’approche actuellement adoptée par les autorités semble ainsi être une approche ad hoc. Cette approche présente l’inconvénient de ralentir la prise de décision, à cause notamment d’une certaine lourdeur administrative, et de générer des problèmes de communication dans et entre les trois ministères concernés.

 

Évolution de la participation du pays aux OMP


La République démocratique du Congo est un contributeur relativement modeste aux opérations de paix, tant de l’ONU que des organisations régionales et sous-régionales dont le pays est membre. Cette faible participation est due à plusieurs facteurs. Tout d’abord, les tensions internes qui perdurent depuis quelques décennies, mais surtout depuis 1996, représentent le principal obstacle au déploiement de troupes congolaises dans les OMP. Étant un pays en situation globalement post-conflit avec certaines régions encore troublées par des violences, la RDC ne peut se permettre de déployer un grand nombre de ses troupes à l’extérieur du pays, alors même que le pays héberge la plus importante mission de paix au monde en termes de personnels. Puis, le manque de moyens matériels et humains qui satisfassent aux critères de l’ONU (matériel militaire obsolète, manque de formation du personnel militaire etc…) empêche le pays de participer de manière plus appuyée aux efforts internationaux de paix. Enfin, le pays manque des infrastructures politiques à même d’impulser une participation aux OMP : ainsi, par exemple, aucune cellule interministérielle de consultation n’est actuellement en place au sein du gouvernement, et sa Représentation permanente auprès de l’ONU ne dispose d’aucun attaché militaire. Ces carences limitent grandement la capacité du pays à mettre en place un processus cohérent, crédible et objectif de déploiement, ce qui nuit à la capacité des autorités du pays à répondre en temps voulu aux demandes de l’ONU et des organisations régionales et sous-régionales.


La première participation de la RDC à une mission de paix remonte à 1979 avec l’envoi de quelques soldats dans le cadre de la Force neutre de l’OUA au Tchad (1979-1980). Cette première expérience en termes de maintien de la paix semble concluante puisqu’en 1981, les autorités du pays décident de participer à la Force panafricaine de maintien de la paix au Tchad (1981-1982). Le reste de la décennie voit cependant le pays s’abstenir de toute implication en maintien de la paix et il faut attendre 1991 avant que Kinshasa ne déploie à nouveau des troupes, toujours sous la bannière de l’OUA, dans le cadre de l’Équipe d’observateurs militaires de l’OUA au Rwanda. Suite à ce déploiement, la RDC entre dans une période de turbulences internes avec la Première puis la Deuxième guerre du Congo (1996-1997 puis 1998-2002). Ces deux conflits ont pour double conséquence de stopper la participation du pays aux OMP de 1991 à 2007 tout en le transformant en l’un des États ayant accueilli le plus de missions de paix sur son territoire. En effet, depuis 1996, pas moins de neuf opérations de paix se sont déployées dans le pays.  


Il convient toutefois de souligner le rôle de la MONUC (1999-2010), de l’EUSEC (2005-), de l’EUPOL (2005-) et surtout de la MONUSCO (2010-), déployées en territoire congolais, dans la formation des forces de sécurité du pays. Outre les bénéfices des différentes formations dispensées par ces missions, la collaboration entre les Casques bleus et les FARDC permet à ces derniers d’acquérir de manière très concrète les valeurs propres aux troupes onusiennes et, ce faisant, augmente la capacité des personnels congolais à prendre part à des OMP sur le moyen et long termes.


L’engagement soutenu de la communauté internationale dans la réforme et la formation des acteurs congolais du secteur de sécurité et la stabilité découlant de cet engagement semblent influencer positivement, bien que dans des proportions modestes, sur la participation du pays aux OMP puisque la RDC déploie des personnels dans des missions de paix presque sans discontinuer depuis 2006, avec des participations à la MUASEC, à la MINUSTAH, à l’ONUCI et surtout à la MICOPAX où le pays déploie près de 140 personnels, ce qui en fait l’un des tout premiers contributeurs à la mission.

En date du 31 mai 2012, la RDC déploie 166 personnels dans deux opérations de paix.

 

Damien Larramendy

Agent de recherche au ROP

25 juin 2012

 


[1] Convention de l'Afrique centrale pour le contrôle des armes légères et de petit calibre, de leurs munitions et de toutes pièces et composantes pouvant servir à leur fabrication, réparation et assemblage