Srebrenica, quinze ans déjà

Galia Glume et Max D. Gyselinck (photoreportage)

26 juill. 2010

 

Ils ont marché depuis Mostar, Kankanj ou Tuzla. La plupart de ces « marcheurs pour la paix » sont venus de Rezuk, pour rallier dans le village de Potocari l’ancienne base de l’ONU où des milliers de civils avaient cherché refuge lors de la chute de Srebrenica, le 11 juillet 1995. Organisées par diverses associations en marge des commémorations, ces Marches pour la Paix ont rassemblé cette année près de 6 000 personnes [1]: des Européens, des Américains, mais surtout des Bosniens.


« J’ai voulu refaire la route qu’ils ont empruntée » explique Elmir, 19 ans, qui vient de parcourir, en sens inverse, la « route de la mort ». A travers les montagnes boisées des Balkans, sous le feu incessant de l’artillerie serbe, des milliers de Musulmans avaient tenté de rejoindre Rezuk et Tuzla, alors en « territoire bosniaque libre ». Nombre d’entre eux avaient été fait prisonniers puis exécutés, ou n’avaient pas survécu à cette fuite qui dura six jours. Des autres civils, ceux qui n’avaient pas pu fuir Srebrenica, nombre reposent aujourd’hui devant l’ancienne base du « Dutch Bat ».



Les 370 Casques bleus néerlandais présents sur place, légèrement armés, n’avaient pas pu protéger cette enclave musulmane entourée par les forces serbes de Bosnie. Pourtant déclarée « zone de sécurité » par l’ONU deux ans plus tôt [2], la ville de Srebrenica était tombée en quelques jours. Le piège s’était alors refermé sur les 50 000 Bosniaques (trois fois la population habituelle) qui survivaient dans la ville. Pris en otage, menacés par des forces serbes surnuméraires, les Casques bleus n’avaient pu obtenir à temps le soutien aérien de l’OTAN, jugé par la suite trop dangereux, et avaient fini par négocier leur repli, en livrant par la même occasion aux soldats du Général Mladic les civils réfugiés dans la base onusienne. Séparés des femmes et des enfants bientôt expulsés en territoire bosniaque, les hommes et les garçons adolescents seraient emmenés dans des bus et exécutés sur plusieurs sites aux alentours, des jours durant.

 

Cette tragédie – le plus grand massacre de civils en Europe depuis la Deuxième guerre mondiale – c’est d’abord celle de l’ex-Yougoslavie, mais c’est aussi celle de la communauté internationale toute entière, comme l’a souligné le Ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner lors des commémorations. Celle de l’ONUSOM en Somalie, de la MINUAR au Rwanda, de la FORPRONU en Bosnie : la « funeste trilogie », comme l’appelle Michel Liégeois, expert du Réseau – qui a engendré une remise en cause de la doctrine onusienne de maintien de la paix, mais a également initié des opérations de paix d’un nouveau genre, celles de nombreux Etats membres qui refusèrent par la suite de placer leurs soldats sous commandement onusien.

 

Ainsi, en quinze ans, la Bosnie-Herzégovine a vu déployer sur son territoire une série impressionnante d’opérations de paix et de reconstruction. Dans une paix certes encore « négative », au sein d’une situation régionale que seule l’attraction de l’Union européenne semble stabiliser, la Bosnie-Herzégovine apparaît comme le reflet d’un maintien de la paix en évolution constante. Et la ville de Srebrenica, comme le laboratoire peu prisé d’une difficile réconciliation.

Stabilisation et alerte précoce


« L’EUFOR, aujourd’hui, c’est un match Turquie-Autriche-Hongrie ». Ces propos d’un haut fonctionnaire de l’EUFOR résument sans ambages la situation actuelle de l’Opération militaire de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine. EUFOR Althéa, c’est en effet une opération en fin de course, qui voit nombre d’Etats ranger le drapeau et plier bagages. Avec le départ prochain des Italiens, les principaux contributeurs de troupes, à côté de l’Espagne et de la Bulgarie, sont aujourd’hui les Autrichiens, qui en assurent le Commandement, les Hongrois et les Turcs, en tant que partenaires de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC, ex-PESD). Une participation à l’EUFOR qui charrie avec force relents la persistance des intérêts géopolitiques, quand on se souvient qu’au XIXe siècle et au début du XXe, le contrôle de la Bosnie fut au cœur des luttes politiques entre l’Empire ottoman et l’Autriche-Hongrie. En dépit des guerres, y compris la Première guerre mondiale dont elle fut au cœur du déclenchement, Sarajevo garde dans son architecture cet héritage impérial.

 

Avec 2000 soldats déployés en 2010, EUFOR Althéa est aujourd’hui principalement une opération de veille. Déployées dans le pays et intégrées aux communautés locales, ses 38 équipes de liaison et d’observation (LOT, liaison and observation teams), comptant chacune huit militaires, tâtent au quotidien le pouls de la Bosnie-Herzégovine. Au quartier général du Camp Butmir, près de Sarajevo, deux forces sont stationnées et « toujours prêtes à intervenir » explique le Capitaine Saporano : le bataillon multinational et l’Integrated Police Unit (IPU). Leur mission : contribuer au maintien d’un environnement stable et sécurisé dans le pays. Si les premiers conservent un rôle de dissuasion et de réassurance, les seconds – forces européennes de gendarmerie pour l’essentiel – se spécialisent dans des missions de police, tâches de maintien de l’ordre et de contrôle des foules. Le soutien au renforcement des capacités et à la réforme du secteur de la défense indique, en outre, un glissement vers le « state-building ».

 

EUFOR Althéa est la troisième opération militaire de soutien à la paix déployée en Bosnie-Herzégovine depuis la conclusion de l’accord de Dayton, en novembre 1995. La première, une force multinationale commandée par l’OTAN, devait veiller à la mise en œuvre du volet militaire de l’accord de paix ; à cet effet, l’Implementation force comptait près de 60 000 soldats sur le théâtre. Après les déboires de la FORPRONU, l’IFOR s’annonçait comme une force de maintien de la paix, mais robuste, lourdement armée, se voulant dissuasive par rapport à toute résurgence de la violence. La Force de stabilisation de l’OTAN (SFOR), forte de 32 000 hommes, lui succéda un an plus tard, fin 1996. Elle consacrera près de dix ans de présence de l’OTAN dans le pays.

 

Pour l’opération militaire de l’UE, fin 2004, le profil retenu fut le même : avec 7000 soldats dans sa première phase de déploiement, EUFOR Althéa prit la relève de l’OTAN sous chapitre VII. Après la mission de sortie de crise Concordia dans l’Ancienne République yougoslave de Macédoine, l’Opération de l’UE en Bosnie-Herzégovine était perçue comme un test pour la Politique européenne de sécurité et de défense – la guerre en Bosnie étant précisément à l’origine du développement d’une « capacité militaire autonome de l’Union européenne » à partir de 1999, pour des missions de maintien de la paix et de gestion des crises. Mais parallèlement à EUFOR Althéa, attendue par les partenaires des Européens, notamment les Etats-Unis et le Canada, impliqués avec l’OTAN en Afghanistan dès 2003, l’Union européenne a développé en Bosnie d’autres instruments de maintien de la paix et de reconstruction – des instruments non-militaires, au long court.

De la tutelle à l’intégration


Dans le sillage des guerres balkaniques, l’UE a développé une série d’outils opérationnels et de politiques structurelles dédiés à la reconstruction et à la stabilisation. Le Pacte de stabilité pour l’Europe du sud-est fut la première initiative d’une longue série : à mesure que les instruments de la PESD se développaient, ils trouvaient en Bosnie-Herzégovine un terrain d’application. La Mission de Police de l’UE y prit ainsi le relais de l’ONU en 2003, pour des tâches de surveillance et de conseil de la police, fragmentée suite aux décentralisations autorisées par Dayton. En 2008, un accord d’association et de stabilisation vint renforcer toutes les dimensions de la coopération avec le pays. Enfin, pour chapeauter le tout, quatre Représentants spéciaux de l’UE se sont succédé à Sarajevo depuis 2002 [3].

 

Pour les Balkans occidentaux en général, l’objectif d’une adhésion à l’UE est devenu un puissant moteur de consensus. Mais en Bosnie, un moteur insuffisant. Ainsi, le Bureau du Haut Représentant de la Communauté internationale (OHR, Office of the High Representative) n’a pas pu se retirer comme prévu, en 2008, pour laisser la place à un processus d’intégration guidé par l’UE. Après qu’un paquet de réformes ait failli être adopté en 2006, la situation politique intérieure s’est dégradée pour entrer dans une longue crise qui perdure aujourd’hui.

 

Comme l’explique un membre de l’OHR, « l’accord de Dayton fut conçu pour arrêter la guerre, pas comme la base durable d’un Etat ; il n’est pas viable per se, mais on a négligé d’y inclure une clause transitionnelle ». La mission dont l’OHR ne parvient pas à venir à bout, c’est une réforme de la Constitution qui permette à l’Etat de fonctionner de façon stable, démocratique et prospère. Or la Bosnie-Herzégovine est un Etat jeune, et le consensus sur un avenir commun fait défaut « au sein des élites comme au sein de la population ». De surcroît, le mode décentralisé et le partage – voire le fractionnement – des pouvoirs prévus par Dayton n’ont fait que renforcer, depuis quinze ans, les divisions au sein de l’Etat, des entités fédérées, des cantons.

 

Certes, des résultats ont été obtenus : certains par la contrainte (les très contestés « pouvoirs de Bonn ») d’autres par le partenariat des années Paddy Ashdown. La mise en place des structures étatiques après la guerre, le retour de nombreux déplacés et réfugiés, le rétablissement des droits de propriété immobilière, la justice transitionnelle… d’un autre côté, la société civile est fragmentée en trois, la ségrégation se poursuit dans les écoles (nonobstant le travail de l’OSCE), les sphères politiques locales sont hautement corrompues et clientélistes, et en fin de compte, « la communauté internationale ne devrait pas prendre pour acquis le calme actuel », explique un fonctionnaire de l’OHR sous couvert de l’anonymat. « Un seul évènement, une seule escarmouche pourrait transformer la Bosnie-Herzégovine en Etat failli ».

 

Les résultats des élections d’octobre 2010 changeront-ils quelque chose ? L’OHR semble être dans l’impasse et avec lui le Représentant spécial de l’Union européenne – depuis 2009, les deux fonctions sont incarnées par un seul homme : Valentin Inzko.

La bataille des commémorations


Les commémorations, elles aussi, font parfois l’objet de récupérations politiques en ces temps de campagne électorale. Mais elles sont également l’occasion d’avancées. Ce dimanche 11 juillet 2010, le Président de Serbie Boris Tadic était présent aux cérémonies, après que le Parlement serbe ait reconnu en mars dernier une responsabilité du pays dans les massacres de Srebrenica. Même s’ils n’ont pas reconnu le génocide, « j’en suis content » raconte Admir, un jeune Bosniaque de 30 ans qui écoute les discours depuis la pelouse du cimetière, « parce que cela donne de l’espoir pour un avenir meilleur ». En ce triste jour, les familles inhumeront les restes de 775 personnes récemment identifiées grâce à l’ADN – et au travail de titan du Comité international pour les personnes disparues (ICMP). Nasiha, elle, attendra encore : de son frère, on n’a retrouvé qu’un morceau de talon – terrible conséquence du démembrement des corps déplacés dans des charniers secondaires, par crainte de la justice internationale.

 

Pour ces 8400 civils massacrés dont près de 2000 n’ont toujours pas pu être identifiés, l’ancien président des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic est aujourd’hui en procès à La Haye pour actes de génocide. Le Général Mladic, lui, n’a toujours pas été arrêté malgré l’amélioration, ces dernières années, de la coopération entre la Serbie et le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, sous la pression de l’Union européenne. De retour au pays, Tadic risque de payer cher sa présence ici. Pourtant, à côté du premier ministre turc et d’Yves Leterme, le premier ministre belge qui vient de prendre la présidence tournante de l’UE, tous les chefs d’Etat et de gouvernement des pays issus de l’ex-Yougoslavie sont présents. A l’exception de la République serbe de Bosnie.

 

En effet, pour leur part, les autorités serbes de Bosnie oscillent entre déni et rappel de leurs propres souffrances. Le lendemain des commémorations de Potocari, nous en faisons l’expérience à Bratunac, à quelques kilomètres de Srebrenica. Dans cette petite ville serbe, le 12 juillet, jour de fête religieuse orthodoxe, quelques centaines de personnes commémorent « leurs » victimes. Sous le regard sceptique de certains habitants, deux douzaines de fanatiques venus du Monténégro et de la Serbie voisine – des « Tchetniks », comme ils les appellent – s’essayent à un chant à la gloire de Mladic et Karadzic, avant d’être dispersés par la police. Difficile d’honorer la mémoire des victimes en de pareilles conditions. Pourtant, des mères pleurent aussi la sépulture de leurs fils, dans le cimetière de Bratunac.

 

Alors que le premier ministre de la Republika Srpska (RS), Milorad Dodik, rappelle dans son discours qu’il n’y aura pas de Bosnie-Herzégovine sans la République serbe, jouant sur les craintes d’abolition de la RS au sein de l’Etat, une large banderole est déployée : « Il n’y a pas eu de génocide ; Tadic tu n’es pas [digne d’être] serbe ». Derrière l’estrade officielle, un chiffre : 3267. Ce chiffre renvoie à autant de victimes, notamment celles de deux attaques contre des villages serbes, menées par des Bosniaques de Srebrenica pendant le conflit. La guerre des chiffres n’est pas terminée.

Mémoires et réconciliation

Éviter la guerre des chiffres et tenter de rétablir une vérité pour toutes les victimes, hommes et femmes, civils et combattants, c’est l’objectif du Centre de recherche et de documentation (RDC), une ONG établie à Sarajevo. Financée par des fondations internationales, le RDC a mené un travail de longue haleine, appuyé par de nombreux volontaires, recherchant la véracité pour les victimes de la guerre : photographier une tombe, vérifier le récit d’une exaction, retrouver les survivants. Avec une base de données très large, le RDC propose aujourd’hui une cartographie extensive des victimes du conflit – de toutes les victimes. Leur question n’est pas de savoir d’où est venue la balle ou le mortier qui a tué, mais de savoir qui a été tué. Ses conclusions sont sans détours : toute la Bosnie a souffert.

 

Face aux atrocités des crimes de guerre, certains cherchent à se souvenir de l’humanité qui se manifesta, nonobstant le conflit : les récits d’entraide, de solidarité, transcendant l’appartenance à une communauté ou à une autre. A Srebrenica, où elle a établi domicile après avoir travaillé pour le RDC, Jagoda interpelle : « Ma question aujourd’hui, c’est de savoir pourquoi on se souvient, et si se souvenir est une bonne chose ». Cette Polonaise dynamique de 26 ans travaille à la « Maison de la confiance » (Kuca Povjerenja), où elle tente de faire l’expérience de la mémoire et de la réconciliation avec des jeunes de la municipalité. « On me reproche parfois de ne pas avoir pris parti. C’est faux. Mon parti, c’est celui des victimes » explique celle qui n’a pas peur de parler ouvertement, dans une ville où on a parfois l’impression qu’une chape de plomb s’est déposée depuis quinze ans.

 

Srebrenica est en effet un symbole, dans la mémoire collective – mais pas le même pour tous. Srebrenica, pour la communauté internationale, c’est l’abandon d’une population civile au génocide. Pour les survivants, c’est l’extinction de familles entières, l’horreur et souvent l’exode. Pour certains jeunes migrants, nouvellement citoyens de l’Union européenne, revenus à l’occasion des commémorations, c’est la fin de leur ancienne vie et le deuil de leurs pères, frères ou cousins. Pour Svjetlana, c’est un départ forcé à la fin de la guerre et le début d’une vie dont elle n’a pas voulu. Son premier mari, croate, a été tué en 1994 – « en morceaux, ils l’ont retrouvé » raconte une proche. Après Dayton, lorsque les territoires ont été échangés entre les nouvelles entités de Bosnie-Herzégovine (République serbe de Bosnie et Fédération croato-musulmane), Svjetlana a été poussée comme de nombreux autres Serbes de Bosnie à quitter son village près de Sarajevo – par peur essentiellement – pour venir s’installer à Srebrenica.

 

Une fois vidée de ses habitants, « ethniquement nettoyée », l’enclave Bosniaque de Srebrenica, à l’instar de Zepa, a en effet été cédée aux Serbes de Bosnie par l’accord de Dayton. Difficile à reconnaître pour les médiateurs de l’époque, mais la chute de Srebrenica et de Zepa, enclaves musulmanes dans une Bosnie orientale alors majoritairement serbe, à la frontière avec la Serbie de Milosevic, ouvrait la voie à des cartes plus « claires », plus praticables pour un accord de paix. Quinze ans après, la peur rend toujours le retour impossible : peur de la ségrégation ou de ne pas retrouver de travail, tout simplement, dans un pays où vivre sous le seuil de pauvreté n’est pas un souvenir de guerre.

Srebrenica, ville-musée

Pourtant, la vie est d’autant plus difficile à Srebrenica. Avant la guerre, on recensait 8000 habitants dans la ville, 36 000 dans la municipalité. Pendant le conflit, les Serbes sont partis et les Musulmans des environs se sont réfugiés dans cette enclave où on mourrait de faim. Après Dayton, la ville est devenue majoritairement serbe – mais s’est transformée en village : on compte aujourd’hui à peine 2000 habitants dans Srebrenica même, 10 000 dans la municipalité entière. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) y a toujours un bureau, avec des projets de développement rural, des infrastructures et de bonne gouvernance. Au compte-goutte, d’autres initiatives sont menées : une association culturelle y promeut la musique, la coopération italienne au développement clôture un projet, des jeunes d’Emmaüs et du Forum international de solidarité construisent un centre social à Potocari. Mais pour le reste, la plupart du temps, Srebrenica est une « ville-musée ».

 

« Les gens d’ici, que pensez-vous que ça leur fait, quand au quotidien ils voient tous ces autobus internationaux visiter Potocari et passer leur chemin ? » s’exclame Jagoda. En deux mots, Srebrenica a tout d’une ville-zoo, un musée qui, bon an, mal an, perpétue les divisions de la guerre. Ici, se recueillir n’est pas neutre. Et quand bien même l’autobus s’arrêterait pour considérer les victimes des deux bords ? « Quand vous avez été victime », renchérit Jagoda, « avez-vous envie d’être vu comme une victime tout le reste de votre vie ? Voudriez-vous que cela devienne votre première identité ? ».

 

Avec le poids du passé, la ville de Srebrenica a-t-elle un autre choix ? Suite aux retours de personnes déplacées originaires de la municipalité, à la fin de la guerre et surtout depuis l’an 2000 pour les Musulmans, on y compte une partie de la population d’avant-guerre. Les autres sont des nouveaux venus, comme Svjetlana. Des Serbes, des Musulmans, qui parfois se mélangent. Les étiquettes demeurent : ce bar serait bosniaque, ce café serbe. Dans tous les cas, tous les établissements ferment à 22h, ce qui ne rend pas les soirées plus animées. « Vous ne vous imaginez pas les difficultés qu’on a à rassembler des fonds pour le festival de musique qu’on a commencé à organiser » raconte un jeune qui regarde du coin de l’œil la finale de la coupe du monde de football, qui oppose l’Espagne aux Pays-Bas.

 

Pourtant, Srebrenica, c’est aussi cela : une petite ville qui aspire à revivre, des jeunes qui étudient, qui cherchent un job pour l’été, qui se battent pour réaliser leurs projets d’avenir… qu’ils soient Serbes ou Bosniaques.

 

« Pour les Bosniens, qui ont tant souffert, il était évident que le pays devait être le premier Etat de l’ex-Yougoslavie à entrer dans l’Union européenne » explique Jagoda. « Mais l’adhésion à l’UE n’est pas un processus moral, c’est un processus d’ajustement légal, administratif et politique. Pour eux, c’est difficile à accepter ». Aujourd’hui, tous les habitants de Bosnie-Herzégovine ont besoin que cette perspective se rapproche. L’opération de paix de l’Union européenne la plus efficace pour la Bosnie-Herzégovine et la transformation du conflit sera sans aucun doute celle de son intégration.

 


Galia Glume est membre expert du ROP et candidate au doctorat à l’Université de Louvain, en Belgique.

Max D. Gyselinck est photographe professionnel.

26 juillet 2010.

 

[1] Selon les organisateurs

[2] UNSC Res. 819, 16 avril 1993.

[3] Lord Ashdown, Christian Schwarz-Schilling, Miroslav Lajcak, Valentin Inzko..

[4] Pouvoirs discrétionnaires en vertu desquels le Haut Représentant peut, s’il perçoit une menace pour l’intégrité de la Bosnie-Herzégovine en violation des engagements de Dayton, mettre à pied un homme politique du pays, annuler une loi ou prendre les mesures légales nécessaires si les organes législatifs du pays ne le peuvent pas.

[5] Chiffres du recensement de 1991 ; chiffres basés sur les estimations du UNHCR 2006 et sources locales.

 

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