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Corée du Sud

La République de Corée, également connue sous le nom de Corée du Sud, est un pays d’Asie du Nord-est. La Corée du Sud est membre d’une seule organisation intergouvernementale engagée dans la conduite d’opérations de maintien de la paix : l’ONU (1991).

Politique de maintien de la paix

 

Afin de bien comprendre la politique de maintien de la Corée du Sud, un petit retour historique s’impose. La République de Corée a été le théâtre du premier déploiement militaire autorisé par le Conseil de sécurité de l’ONU lors du conflit ayant opposé, de 1950 à 1953, le Nord communiste soutenu par la Chine et l’URSS au Sud anti-communiste appuyé par les Etats-Unis.

 

Cet épisode sanglant de l’Histoire de la région a eu des conséquences durables sur la politique étrangère de la Corée du Sud en général et sur sa politique de maintien de la paix en particulier. En effet, la persistance de la précarité de la situation politique sur la péninsule coréenne et la politique américaine d’endiguement face au communisme feront en sorte que les Etats-Unis maintiendront une présence militaire conséquente en Corée du Sud. L’importance stratégique de la République de Corée sur l’échiquier de la Guerre froide, poussera donc les Etats-Unis à forger une relation spéciale avec le pays, ce qui en retour aura un impact direct sur la politique étrangère de Séoul. L’animosité et les tensions entre le Nord et le Sud, alimentées par la présence militaire américaine au sud du 38ème parallèle et la paranoïa du leadership du Nord, aboutiront en 2006 à l’acquisition de l’arme nucléaire de la part de Pyongyang.

 

Entre 1953 et 2003, la Corée du Sud est passée du statut de pays du Tiers-Monde à celui de puissance économique de premier rang. L’importance relative du pays sur la scène internationale est d’ailleurs principalement due à son poids économique. L’histoire récente du pays, son besoin d’un environnement géopolitique stable pour continuer à prospérer économiquement, sa dépendance militaire vis-à-vis des Etats-Unis, sa proximité face à la menace nucléaire nord-coréenne et au géant chinois et son idéal de réunification avec Pyongyang font de la Corée du Sud un fervent défenseur du multilatéralisme, de la diplomatie et des OMP.

 

La participation de la Corée du Sud à des OMP est relativement récente, le pays n’ayant rejoint l’ONU qu’en 1991, conjointement avec la République démocratique de Corée (Corée du Nord). Cette adhésion tardive à l’ONU est due au blocage de l’organisation, au cours de la Guerre froide, par l’opposition entre Washington et Moscou, notamment en ce qui a trait à l’adhésion de nouveaux Etats-membres. Depuis 1991, la Corée du Sud a cependant trouvé sa place dans les OMP et sa transformation, en quelques décennies à peine, d’un pays détruit par la guerre en une puissance économique doublée d’une démocratie florissante, est une source d’inspiration et d’espoir pour tous les pays du Tiers-Monde. L’élection, en 2007, de l’ancien ministre des affaires étrangères du pays, Ban Ki-moon, en tant que Secrétaire général de l’ONU, puis sa réélection en 2011 pour un second mandat, représentent probablement la consécration du poids croissant de la République de Corée dans le domaine de la paix et de la sécurité internationales.

 

Les efforts de la Corée du Sud dans le maintien de la paix sont axés sur des tâches non-militaires. En effet, bien que la grande majorité des personnels déployés par le pays dans des OMP soient des soldats, ceux-ci font principalement partie d’unités médicales ou d’ingénierie. Les mandats qui leur sont assignés allient donc reconstruction, aide humanitaire et promotion culturelle. A titre d’exemple, le contingent sud-coréen déployé au Liban au sein de la FINUL s’occupe, outre de surveiller le cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, de répondre aux besoins médicaux de la population locale, de paver des routes et de reconstruire des écoles, ainsi que de donner des cours de taekwondo, de coréen et d’informatique. Au sein du ministère coréen de la Défense, cette stratégie d’implication des militaires dans les domaines civils est appelée « Vague de paix ». L’un des objectifs de cette stratégie est de développer des relations avec les populations locales tout en promouvant la culture et les exportations du pays. Avec son excellence pour l’ingénierie, la Corée du Sud se spécialise donc avant tout dans la reconstruction des infrastructures dans des zones en conflit ou post-conflits.

 

La politique de maintien de la paix de la Corée du Sud ne donne la priorité à aucune zone géographique en particulier en termes de déploiement. Ainsi, les plus importants contingents sud-coréens à date ont été déployés au sein de l’ONUSOM II (Somalie), de l’UNAVEM III (Angola), de l’ATNUTO (Timor Leste), de la FINUL (Liban) et de la MINUSTAH (Haïti).

 

La capacité du gouvernement à engager des troupes dans les OMP est toutefois tributaire de ses relations avec le Nord. En effet, en période de tensions, les autorités du pays préfèrent avoir le plus grand nombre possible de ses soldats au pays.

 

Structures décisionnelles civiles et militaires

 

La Constitution sud-coréenne stipule en préambule que le pays a pour ambition de contribuer à l’établissement d’une paix mondiale. A ce titre, l’article 5 du document indique que la Corée du Sud s’engage à maintenir la paix et renonce à toute guerre à caractère offensif. L’article 60 octroie quant à lui au Parlement la responsabilité « de déployer les forces armées dans des pays étrangers ».

 

Le document régissant le déploiement de troupes sud-coréennes dans le cadre d’OMP est la Loi sur la participation à des opérations de maintien de la paix de l’ONU, adoptée en décembre 2009 et entrée en vigueur en avril 2010. Cette loi a pour but de « permettre à la Corée de participer aux OMP de l’ONU plus activement et plus rapidement afin de contribuer à créer et à maintenir la paix mondiale en stipulant la manière dont doivent être déployées et retirées les unités militaires prenant part à des OMP ».

 

La Loi comporte deux types de provisions : elle décrit les procédures à suivre pour déployer des troupes et elle fixe des limitations à de tels déploiements.


Les procédures

 

Lorsqu’il reçoit une requête de la part du Secrétariat de l’ONU pour participer à une mission, le ministère sud-coréen des Affaires étrangères informe le ministère de la Défense afin de discuter de la faisabilité de l’engagement. Une mission d’évaluation est envoyée sur zone afin de juger de la situation, notamment au niveau sécuritaire. Les membres de cette mission d’évaluation rédigent ensuite un rapport. A la lumière de ce rapport, le gouvernement accepte ou rejette la requête de l’ONU. S’il accepte, le gouvernement décide des modalités du futur déploiement (taille, lieu d’envoi, durée, tâches…). Ces modalités doivent ensuite être approuvées par le président du pays avant d’être soumis pour approbation au Parlement. L’engagement du pays dans une mission de paix peut se terminer de trois manières : (1) si le mandat de l’OMP arrive à échéance (alors celui du contingent sud-coréen s’achève également) ; (2) si le gouvernement sud-coréen décide d’interrompre la mission de ses troupes ou (3) si le Parlement décide d’interrompre la mission de ses troupes. Par ailleurs, ce document décide de la mise sur pied d’une force en attente de 1000 soldats prête à être déployée en tout temps dans le cadre d’opérations de maintien de la paix.


Limitations

 

En vertu de la Loi sur la participation à des opérations de maintien de la paix de l’ONU, la Corée du Sud ne peut déployer plus de 1000 militaires dans une même mission. Le document stipule également que l’engagement de troupes sud-coréennes dans une OMP ne peut excéder un an : leur mandat doit donc être renouvelé, au besoin, chaque année par le Parlement. Selon la loi, afin que des troupes sud-coréennes puissent se déployer dans une OMP, il faut que celle-ci ait reçu le consentement du pays hôte. Enfin, le document indique que toute participation sud-coréenne à une OMP est conditionnée à une non-participation des contingents du pays à des opérations de combat.

 

Il est également intéressant de noter que la loi stipule que pour qu’une mission puisse être libellée « OMP », celle-ci doit obligatoirement être sous commandement onusien. En d’autres termes, selon la nouvelle législation sud-coréenne, toute mission menée par une organisation régionale comme l’OTAN, l’UA ou l’UE, ne peut être considérée comme une OMP, même si elle est autorisée par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela ne signifie toutefois pas que le pays ne peut participer aux opérations menées par l’OTAN : cela signifie juste que l’éventuel déploiement de troupes coréennes à de telles missions tombe en dehors des provisions – et donc des limitations - de cette loi. Le but de cette faille est de ne pas porter atteinte à l’alliance stratégique avec les États-Unis en donnant aux autorités du pays la possibilité de participer au besoin à une mission à caractère militaire.

 

Évolution du maintien de la paix

 

Depuis la première participation de la Corée du Sud à une OMP, en 1993, la participation sud-coréenne aux missions de paix a peu évolué sur le plan qualitatif. Celle-ci s’est en effet concentrée sur des tâches d’interposition jumelées à des tâches de reconstruction et d’aide humanitaire. Il convient toutefois de noter ce qui semble être un intérêt grandissant du pays pour la consolidation de la paix, celui-ci ayant notamment siégé sur la Commission de Consolidation de la Paix en 2009-2010.

 

Sur le plan quantitatif, les efforts sud-coréens en termes de participation aux OMP de l’ONU se sont renforcés par paliers, au gré de certaines missions et de la situation dans la péninsule coréenne. Ainsi, de 251 Casques bleus en septembre 1993, la Corée du Sud est passée à 476 en septembre 2000 pour tomber à 30 en 2006, année de l’acquisition de l’arme nucléaire par la Corée du Nord, avant de remonter à 727 en juillet 2011, auxquels s’ajoutent 350 personnels dans l’Équipe Provinciale de Reconstruction de la province afghane de Parwan que déploie le pays dans le cadre de la FIAS.

 

Parmi les dates marquantes de l’évolution de la participation sud-coréenne aux OMP, il faut souligner le passage du pays au Conseil de sécurité de l’ONU, en tant que membre non-permanent, de 1996 à 1997. A cette occasion, et plus encore lors de son passage à la présidence tournante du Conseil, le pays a multiplié les efforts pour améliorer la protection des travailleurs humanitaires venant en aide aux réfugiés dans les zones de conflit.

 

Tel que mentionné plus haut, l’année 2007 a également été une année charnière pour le pays avec l’élection de Ban Ki-moon au poste de Secrétaire général de l’ONU, mais aussi de Lee Myun-bak à la présidence de la Corée du Sud. M. Ban a en effet encouragé l’envoi de personnel sud-coréen dans les OMP et il a trouvé en M. Lee un fervent défenseur de la participation sud-coréenne aux opérations de paix. Le nombre de personnels déployés sans la bannière onusienne est ainsi passé d’une moyenne d’environ 40 entre 2004 et 2006 à 400 en 2007.

 

Parallèlement, le délai de déploiement des troupes sud-coréennes a été grandement réduit entre 2007 et 2011. Le déploiement au sein de la FINUL aura en effet nécessité quasiment une année entre la demande de l’ONU et l’arrivée des troupes sur zone, alors qu’en 2010, le délai de déploiement du premier contingent sud-coréen à participer à la MINUSTAH, suite au tremblement de terre qui a dévasté le pays, n’aura été que de deux mois. L’expérience logistique accumulée au fil des 20 dernières années, l’amélioration de la coopération et de la consultation intra-gouvernementale et l’adoption de la Loi sur la participation à des opérations de maintien de la paix de l’ONU ont bien évidemment porté fruit.

 

Avec plus de 53 millions de dollars US pour l’année 2010, la Corée du Sud est le 11ème plus gros contributeur au budget de l’ONU. Au 31 juillet 2011, la Corée du Sud déploie 1077 Casques bleus dans neuf missions différentes. Ses plus gros déploiements sont au sein de la FIAS, de la FINUL et de la MINUSTAH.

 

A terme, les autorités sud-coréennes ont pour objectif d’avoir 3000 personnels déployables, dont 1000 pour la seule force en attente que compte mettre en place le pays. Avec cet objectif ambitieux, la République de Corée du Sud se donne la chance d’atteindre un objectif avoué : celui de siéger une seconde fois au Conseil de sécurité de l’ONU pour la période 2013-2014.


Damien Larramendy

Agent de recherche, Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix


31 août 2011


Sources :


Loi sur la participation à des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Parlement de la République de Corée, décembre 2009.


White Paper on Diplomacy 2010, Ministère sud-coréen des Affaires étrangères.