Fiche d'information de l'État : Croatie Croatie

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Croatie

Ancien territoire de l’ex-Yougoslavie, la République de Croatie est un État des Balkans, devenue indépendant le 25 juin 1991. Bénéficiaire jusqu’en 1998 d’opérations de paix, le pays a ensuite lui-même progressivement joué un rôle plus proactif dans ce type d’opérations. Actuellement, la Croatie est membre de quatre organisations habilitées à conduire des opérations de maintien de la paix : l’OSCE (depuis 1992), l’ONU (depuis 1992), l’OTAN (depuis 2009) et l’UE (depuis 2013).

Politique de maintien de la paix

 

La Croatie participe au maintien de la paix et de la sécurité internationale conformément à ses engagements internationaux. Son rôle dans les opérations de paix (OP) n’a cessé de croître depuis la fin de la Guerre froide. La Croatie qui a longtemps accueilli sur son territoire des missions de paix est désormais encline à déployer des contingents au sein d’OP internationales. Son objectif stratégique, comme détaillé dans son « Strategic Defence Review » de 2013, est autant d’assurer son intégrité et sa souveraineté nationale que d’accroître sa participation au sein des OP. Pour ce faire, elle entend améliorer ses capacités de défense et de sécurité en accentuant sa contribution aux missions de paix au niveau régional dans un premier temps, entre 1991 et le début des années 2000. Dans un deuxième temps, depuis son intégration dans les structures de l’Alliance atlantique en 2009 et son adhésion à l’Union européenne en 2013, cette contribution s’opère à l’échelle globale. Par ailleurs, la Croatie semble avoir progressivement délaissé les OP dans le cadre onusien pour favoriser sa participation à celles se déroulant sous l’égide d’autres organisations comme l’OTAN et l’UE, qui semblent être devenues ses vecteurs privilégiés.

 

Structures décisionnelles politiques et militaires

Dans le cadre de leur intégration à l’OTAN, les Forces armées croates (FAC) ont été appelées à se réorganiser et à se moderniser dans le but de créer une petite armée professionnelle et capable de mener des OP à travers le monde. Toutefois, des difficultés économiques ont retardé ce processus de modernisation. Certains projets, comme par exemple le remplacement de certains équipements d’origine soviétique désormais obsolètes, ont dû être retardés, ralentissant ainsi le processus de montée en puissance des FAC.

Le processus qui déclenche la participation des FAC à une OP est initié par les décisions des instances internationales (ONU, OSCE, OTAN, UE) dans lesquelles la Croatie est membre. Par la suite, il est nécessaire d’obtenir l’approbation du Parlement qui entérine la décision de déployer des unités dans le cadre d’une OP. Le Parlement doit approuver les déploiements. La décision finale est du ressort de l’exécutif, regroupé autour du président de la République. Celui-ci prend sa décision après consensus avec plusieurs instances gouvernementales (dont le Ministère des Affaires Étrangères et Européennes (MAEE) et le Ministère de la Défense (MD)). Des séances de consultations sont aussi menées au sein d’autres agences gouvernementales (dont les Affaires intérieures, services de renseignement…) avant la prise de décision finale. À tous les 6 mois, les unités déployées effectuent une rotation. Après chaque rotation, un rapport du MD (incluant des informations sur le comportement des FAC dans les missions de paix) est présenté au Parlement. Ces rapports sont utilisés lors des décisions de renouvellement des mandats. Si nécessaire, le Parlement peut renouveler à tous les deux ans, le mandat des unités déployées dans les OP. En vertu de la constitution nationale, le commandement des FAC est sous l’autorité du chef d’état-major des Armées, qui répond du MD et du chef de l’État croate.

En 2002, le Parlement croate adoptait une loi régulant la participation de ses citoyens à des OP (Law on Participation of Military Personnel, Police, Civil Defence and Civil Servants in Peace Mission and Other Activities Abroad). Cette loi a servi de base légale pour la participation de la Croatie à des OP, celles-ci s’effectuant principalement au travers de l’envoi de personnel militaire sous la direction du MD. Par ailleurs, avec l’adoption d’une loi en 2008 sur le développement, la coopération et l’aide humanitaire à l’étranger (Law on Development Cooperation and Humanitarian Aid Abroad), la Croatie implique également son MAEE dans les OP. Celui-ci est désormais en charge de toutes les missions de développement et de coopération pour la Croatie. Depuis 2008, le MAEE s’implique donc activement dans les OP, en se concentrant sur les aspects civils de celles-ci. Cette approche est validée dans le plan stratégique du MAEE 2013-2015, qui met en avant les apports que la Croatie peut apporter dans le processus de reconstruction post-conflits grâce à l’expérience acquise durant son propre processus de reconstruction suite aux guerres qui ont suivi l’éclatement de la Yougoslavie. Pour finir, en 2013, afin d’augmenter la synergie entre l’aspect militaire (sous la responsabilité du MD) et l’aspect civil (sous la responsabilité du MAEE) et ainsi accroitre son efficacité lors d’OP, le gouvernement croate a décidé de créer le « Comité pour les missions et les opérations internationales ». Ce comité est présidé par le ministre des Affaires Étrangères et Européennes et regroupe des membres du MD et d’autres ministères (Justice, Intérieur, Finances) ainsi que des représentants du Président, Premier ministre et des Forces armées.

 

L’engagement de la Croatie dans les Opérations de paix

 

Depuis la fin de la guerre en ex-Yougoslavie, la Croatie a cherché à modifier son image sur la scène internationale en s’impliquant dans la coopération régionale et en participant aux OP. La Croatie a participé à sa première mission de maintien de la paix au sein de l’ONU en 1999 avec la MINUSIL (envoi de 10 observateurs militaires pour la surveillance des accords de paix en Sierra Leone). Cela fait donc maintenant presque vingt ans que la Croatie est impliquée dans des OP. Bien que la région des Balkans constitue toujours une zone stratégique pour le pays, la Croatie entend désormais étendre sa participation à plusieurs théâtres d’OP à travers le monde pour renforcer ses structures de défense et de coopération au sein du système de sécurité collective. Actuellement, des troupes croates sont déployées dans le cadre de sept missions internationales à travers le monde. En 2018, ce sont un peu moins de deux cent soldats répartis dans diverses OP, allant du Cachemire (9) au Sahara-Occidental (7) en passant par l’Afghanistan (98), le Liban (48), le Kosovo (33), la Méditerranée (1) et le golfe d’Aden (1). Sans oublier les missions d’observations pour compte de l’OSCE au Kosovo (1) et en Ukraine (11). Il est toutefois important de noter que ce chiffre est en nette diminution depuis quelques années, à savoir que le nombre de soldats déployés dans les OP en 2009 était de 433, soit plus du double du chiffre actuel.

Dans le contexte onusien

Depuis sa première participation à une OP de l’ONU (MINUSIL) en 1999, la Croatie a participé, en envoyant du personnel militaire ou civil sur des zones de conflits, à de nombreuses OP sous l’égide des Nations unies :

-       MINUSIL (Mission des Nations unies en Sierra Leone)

-       FNUOD (Force des Nations unies chargée d'observer le désengagement)

-       GOMNUIP (Groupe d'observateurs militaires des Nations unies pour l'Inde et le Pakistan)

-       MINURSO (Mission des Nations Unies pour l'Organisation d'un Référendum au Sahara Occidental)

-       MINUL (Mission des Nations unies au Libéria)

-       MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti)

-       ONUCI (Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire)

-       UNFICYP (Force des Nations unies chargée du maintien de la paix à Chypre)

-       MINUK (Mission d'administration intérimaire des Nations unies au Kosovo)

-       MINUS (Mission des Nations unies au Soudan)

-       MANUTO (Mission d'appui des Nations unies au Timor oriental)

-       MINUT (Mission intégrée des Nations Unies au Timor-Leste)

-       MONUG (Mission d'observation des Nations unies en Géorgie)

-       FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban)

-       ONUB (Opération des Nations unies au Burundi)

-       MINUEE (Mission des Nations unies en Éthiopie et en Érythrée)

-       UNMIN (Mission des Nations unies au Népal)

-       MONUT (Mission d’observation des Nations unies au Tadjikistan)

-       MINURCAT (Mission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad)

Sous l’égide de l’ONU, la Croatie déploie, en ce moment, 64 personnes dans trois OP. Le pays est actuellement le principal contributeur (en termes de nombre de soldats) pour la mission GOMNUIP au Cachemire, avec 9 observateurs déployés sur place. A cela, il faut ajouter 7 observateurs au Sahara-Occidental dans le cadre de la MINURSO, et depuis peu 48 soldats au sein de FINUL. Il est également important de noter que la Croatie a, pour la plupart de ses participations aux OP de l’ONU, favorisé l’envoi de petits groupes d’observateurs militaires au détriment de contingents plus conséquents. Toutefois, le pays a également participé à deux reprises de façon plus significative à des OP des Nations Unies, à commencer par la mission UNDOF dans le Golan, où, entre 2008 et 2013, la Croatie a déployé une compagnie complète de 95 soldats avant de retirer ses troupes en 2013 à cause de l’aggravation du problème sécuritaire à la frontière israélo-syrienne. De plus, à partir d’avril 2018, un contingent d’une cinquantaine de soldats croates ont intégré, sous commandement italien, la mission FINUL, au Liban.


Par ailleurs, en signe de récompense pour son implication dans la résolution de crises internationales, la Croatie fut élue en 2007 membre non-permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies pour la période 2008-2009. De plus, grâce à l’expérience que le pays peut apporter dans les processus de reconstruction post-conflit à travers le monde, la Croatie fut nominée en 2012 pour une durée de deux ans, par l’Assemblée générale de l’ONU, membre, puis présidente, de la Commission de consolidation de la paix (CCP).

Au sein de l’UE et de l’OTAN

La Croatie accorde une importance toute particulière à sa participation à des OP dans le cadre de l’OTAN et de l’UE. En effet, comme expliqué dans deux documents officiels (« Strategic Defence Review » de 2013 et le « Strategy on Participation of Croatia in International Missions and Operations » de 2014), la Croatie préfère inscrire sa participation à des OP dans le cadre d’alliances avec ses partenaires stratégiques privilégiés, à savoir les autres pays de l’Union européenne et les États-Unis.

C’est pour cela que, depuis sa candidature pour une adhésion à l’UE en 2003, la Croatie souhaite jouer un rôle actif dans la politique européenne de sécurité et de défense (PESD), et ainsi déployer des unités militaires et policières dans les OP menées au sein de l’UE. En 2007, elle a pour la première fois participé à la mission de police de l’UE en Afghanistan (EUPOL-Afghanistan). Avant même son accession au statut d’Etat-membre, la Croatie a également participé – et participe toujours – à l’opération Atalante (EU NAVFOR) au large de la Somalie et du golfe d’Aden. Depuis l’adhésion du pays à l’UE en 2013, la Croatie poursuit cette politique et souhaite jouer un rôle actif au sein de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC), successeur de la PESD. L’UE est désormais considérée, avec l’OTAN, comme le moyen de participation privilégié à des OP, les OP de l’ONU étant de plus en plus reléguées au statut de « priorité secondaire ». C’est à ce titre que la Croatie est aujourd’hui également impliquée, quoique de façon très minime, au sein de l’opération Sophia (EUNAVFOR Med).

La Croatie est également particulièrement impliquée dans les OP sous l’égide de l’Alliance atlantique. La Croatie, accordant une importance toute particulière à sa relation avec les pays membre de l’OTAN et plus spécifiquement les États-Unis, est présente en Afghanistan depuis 2002 au sein de la « Force internationale d'assistance à la sécurité » (FIAS). A ce jour, l’engagement de la Croatie en Afghanistan se fait dans le cadre de l’opération otanienne « Resolute Support » au côté de son allié américain, avec en 2018, 98 soldats déployés dans le pays.

Enfin, la Croatie ne négligeant pas sa sécurité régionale, elle est également impliquée au Kosovo, où 33 soldats croates sont actuellement déployés au sein de l’OP de l’OTAN « Kosovo Force » (KFOR). Par ailleurs, toujours dans le Kosovo voisin, la Croatie est également impliquée dans le cadre européen en fournissant 2 membres de ses forces de police à la mission « EULEX Kosovo », tout en offrant un support logistique à la mission « EUFOR-Althea », cette fois en Bosnie-Herzégovine.

Au sein de l’OSCE

La Croatie, en tant que membre de la communauté internationale, participe également activement à des missions de l’OSCE. Après avoir dans un premier temps bénéficié, au cours des années 1990, de l’aide internationale et de l’expertise de l’OSCE lors de son processus de reconstruction post-conflit, la Croatie est aujourd’hui un pays contributeur dans les activités de l’organisation. C’est à ce titre qu’elle envoie des diplomates et autres personnels gouvernementals afin de réaliser des missions de l’OSCE en Europe. Comme en 2005, quand un ancien ministre croate, Miomir Žužul, est nommé représentant personnel du président de l’OSCE lors d’une mission en Géorgie visant à résoudre un incident frontalier entre la Géorgie et la Russie.

En 2017, il y avait au sein de la Mission spéciale d’observation de l’OSCE en Ukraine et la mise en œuvre des Accords de Minsk, 11 observateurs croates. Sans oublier 1 croate déployé, toujours pour le compte de l’OSCE, cette fois en mission au Kosovo.

Formation militaire

En matière de formation militaire, la Croatie dispose de plusieurs centres militaires, dont le Centre de Simulation Militaire pour le Haut-Commandement et le Personnel des Forces Armées Croates (CLSSC). Ce centre jouit d’une grande réputation internationale, notamment grâce à la qualité de la formation (plusieurs observateurs militaires déployés dans les OP de l’ONU y ont été entraînés). Plusieurs cours et exercices militaires y sont donnés en concordance avec les modules de formation de l’ONU, pour adapter l’expertise des FAC au contexte international d’OP ainsi que pour faciliter l’interopérabilité avec les autres forces armées des pays membres de l’OTAN. En outre, la Croatie entretient une coopération en matière de formation militaire avec plusieurs pays, dont les États-Unis et le Canada.

Coopération multilatérale

Au niveau multilatéral, outre son adhésion à l’OTAN en 2009 et à l’UE en 2013, la Croatie (faisant partie des régions de la Méditerranée, de l’Europe Centrale et de l’Europe du Sud-est) entretient des relations privilégiées avec l’Italie, la Hongrie, l’Autriche et la Slovénie pour améliorer la coopération régionale. À cet effet, elle soutient les efforts de plusieurs pays sous-régionaux souhaitant rejoindre l’Union européenne et l’OTAN. La Croatie est également membre des États participants au Processus de Coopération de l’Europe du Sud-est (SEECP), avec l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Grèce, la Macédoine, la Serbie, le Monténégro et la Turquie. Cette structure régionale entend renforcer les alliances militaires et stratégiques pour une meilleure harmonisation des politiques de ces pays, avec les structures euro-atlantiques, dans le contexte de la paix et de la sécurité régionales.


Mountaga Diagne

Doctorant et Chargé de cours


Fiche mise à jour le 1 juillet 2018 par Paul-Alexander Cramers,
Stagiaire au Centre d'Etude des Crises et des Conflits Internationaux (CECRI)