Équipe opérationnelle intégrée

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Les Equipes opérationnelles intégrées rassemblent dans une structure formelle le personnel politique, militaire, de police et d’appui aux missions dans le but d’assurer une gestion intégrée des opérations de paix de l’ONU.

 

Elles sont également soutenues par d’autres spécialistes, si nécessaire, notamment dans le domaine du désarmement, de la démobilisation et de la réintégration, de la réforme du secteur de la sécurité ou de l’égalité des sexes. Elles sont les principaux interlocuteurs des missions de maintien de la paix pour toutes les questions à caractère politique, relevant de la planification intégrée ou d’ordre opérationnel. Ces équipes assurent également les contacts avec les pays fournisseurs de contingents et d’effectifs de police, avec les Etats Membres et avec d’autres partenaires concernés, sur des questions concernant une mission en particulier. Elles veillent à fournir aux missions, mais aussi à leurs contacts au Siège, des conseils, un appui et des informations, de façon intégrée et cohérente. Depuis 2007, deux départements sont en charge de la gestion des opérations de paix. Le Département de l’appui aux missions soutien logistiquement et administrativement les opérations de paix tandis que le DOMP est en charge de la conduite politique et de l’orientation stratégique de ces opérations. Les EOI revêtent donc une importance particulière car elles sont l’outil principal de coopération entre ces deux départements, comme l’indique leur organigramme.

 

Au nombre de huit, les équipes opérationnelles intégrées dépendent d’une division régionale au sein du Bureau des opérations du DOMP et sont compétentes pour une ou plusieurs opérations :

 

Division Equipe opérationnelle intégrée Opération de paix
Division Afrique I EOI pour le Soudan MINUAD
MINUS
EOI pour l’Afrique de l’Est MINURCAT
Equipe d’appui aux activités de l’Union africaine
Division Afrique II* EOI pour l’Afrique de l’Ouest ONUCI
MINUL
EOI pour la région des Grands Lacs MONUC
Division Asie et Moyen EOI pour l’Asie MINUT
UNMOGIP
EOI pour le Moyen Orient et le Sahara occidental FINUL
MINURSO
FNUOD
ONUST
EOI pour l’Afghanistan MANUA
Division Europe et Amérique Latine EOI pour la Division Europe et Amérique Latine ** MINUSTAH
MINUK
UNFICYP

 

* Cette division comporte un 3e élément qui est le Groupe de coordination et de planification pour la Somalie

** Cette EOI est également en charge, d’après le site du DOMP, du « dispositif mis en place suite à la liquidation de la MONUG

L’évolution du concept depuis la recommandation du rapport Brahimi

Le besoin de mettre en œuvre une gestion intégrée des opérations de paix s’inscrit dans la logique de l’intégration des missions le mot d’ordre de la réforme du maintien de la paix de l’ONU depuis la fin des années 1990. Les opérations de maintien de la paix de l’ONU ne se limitent plus au déploiement sur le terrain de capacités militaires. Elles sont devenues complexes et multidimensionnelles et sont composées de personnels militaire, civil, de police et humanitaire. La notion d’intégration des opérations de paix a été évoquée dans le Rapport Brahimi qui recommandait déjà la mise en place d’ « équipes spéciales intégrées », qui seraient mises en place dès la phase de planification et maintenues ensuite, éventuellement sous une forme plus réduite, pour assurer un soutien efficace à la mission déployée sur le terrain. Une telle équipe serait « une entité unique qui rassemble tous les personnels d’appui et tous les experts nécessaires, détachés de divers services du Siège correspondant à toutes les fonctions des missions ». Le rapport Brahimi insistait sur la nécessité de ne pas limiter ces équipes à un rôle purement consultatif mais de les rendre compétentes pour prendre des décisions relatives à la planification et à la gestion de la mission.

 

La constitution de ces équipes devait permettre d’instaurer plus de coordination au sein même du DOMP, mais aussi avec les autres départements de l’ONU, les Agences, Fonds et Programmes des Nations Unies et les pays fournisseurs de contingents qui devraient tous être intégrés à l’équipe à un moment donné.

 

Cinq ans après le rapport Brahimi, en 2005, le Département a mis au point une stratégie de réforme intitulée « Opérations de paix 2010 » pour définir les politiques et les procédures qui lui permettront d’appuyer les efforts de maintien de la paix au cours des dix années suivantes. Ce programme de réforme comprend une initiative visant à la « création de structures organisationnelles intégrées au Siège et sur le terrain ». Au Siège, le DOMP a proposé de créer des « équipes intégrées qui assureront de façon groupée toutes les fonctions d’appui aux missions. Ces équipes seront constituées d’experts dans différents domaines : politique, personnel militaire, police, personnel civil, logistique, finances et personnel. Elles bénéficieront d’une assistance technique pour exécuter des activités d’appui fonctionnel y compris, mais sans s’y limiter, dans les secteurs suivants : déontologie et discipline, formation intégrée, politique, doctrine et orientation, désarmement, démobilisation et réintégration et état de droit ». La mise en place d’une capacité de communication avec les partenaires extérieurs du Département constituera également un élément important de cette initiative.

 

Dans sa résolution 61/279 du 1er août 2007 relative au renforcement des capacités de l’Organisation des Nations Unies sur le plan de la conduite des opérations de maintien de la paix et de l’appui à leur fournir, l’Assemblée générale a approuvé le concept d’équipes opérationnelles intégrées comme un moyen d’assurer la « coordination horizontale et l’intégration des opérations » dans l’ensemble du DOMP et du Département de l’appui aux missions. Ce dernier a été crée par la même résolution de l’Assemblée générale.

 

La première équipe opérationnelle intégrée a été constituée pour aider à la planification de la MINUAD en 2007. L’expérience de cette première EOI a permis d’élaborer un plan de travail à l’appui de la formation et de la constitution des équipes en mettant l’accent sur le recrutement, les orientations, la formation, la gestion de l’information et l’amélioration des processus. Six autres équipes devaient être constituées la même année. En 2010, elles sont au nombre de huit.

Un concept à évaluer et à améliorer

En août 2008, un premier bilan d’étape a permis d’identifier les problèmes apparus au début de la mise en place des EOI et notamment des divergences de perception quand à la structure hiérarchique étant donné que les différents spécialistes continuent de relever de leur domaine fonctionnel respectif et non du Bureau des opérations. Un manque de cohérence s’agissant des fonctions, pouvoirs, autorité et actions menées par les responsables des équipes a également été constaté.

 

Les EOI présentent l’intérêt d’offrir une structure unique pour fournir orientations et appui aux missions s’agissant des questions transversales.

 

Une évaluation des EOI a été entreprise en 2009 et montre les limites des progrès réalisés dans leur fonctionnement. Il est encore nécessaire de renforcer les objectifs, les rôles et la composition des équipes et d’appliquer plus de flexibilité dans l’affectation de spécialistes aux équipes pour assurer une utilisation optimale de ces capacités pour survenir aux besoins opérationnels.

 

L’évaluation de 2009 a montré que les équipes avaient notamment amélioré le niveau de soutien apporté aux missions travaillant à un rythme opérationnel soutenu. Elles permettent en effet de gagner du temps en consultant un « guichet unique » plutôt que diverses structures pour obtenir les directives nécessaires au déploiement de l’opération sur le terrain.

 

Néanmoins, des difficultés persistent notamment en ce qui concerne la délégation de pouvoirs et la responsabilité. Il est essentiel que les EOI soient clairement dotées de la capacité de prendre des décisions et pour cela, elles doivent être composées de personnels d’un rang suffisamment élevé. Les membres de l’équipe sont encore trop souvent obligés de faire remonter les informations et de demander une prise de décision de la part de leurs supérieurs dans leur bureau respectif.

 

De plus, ces équipes n’intègrent pas encore de représentants des autres fonds et programmes de l’ONU ou des pays fournisseurs de contingents comme le préconisait le rapport Brahimi. Les diverses formules de coordination avec ces organismes ont donné lieu à des critiques car le DOMP assurerait un rôle prédominant peu apprécié.

 

En 2009, le Comité spécial des opérations de maintien de la paix a demandé un rapport sur la mise en service des EOI mais celui-ci n’a pas été présenté. Il est nécessaire de préciser les rôles, les fonctions et la composition des EOI, notamment la répartition des tâches et des responsabilités au sein du Secrétariat. En outre, le Comité des 34 a demandé que soient clarifiés les mécanismes de coordination et de présentation des rapports au sein de EOI afin d’assurer la cohérence et la complémentarité des efforts.

 

Le potentiel présenté par la mise en place d’EOI est très fort dans le cadre de l’intégration des missions. Un fonctionnement efficace, une définition claire de leurs responsabilités et pouvoirs et une participation active de tous les partenaires concernés garantirait une gestion optimale des missions sur le terrain en facilitant la communication et la coordination entre celles-ci et le Siège et en assurant une prise de décision rapide dans les situations d’urgence. Ce mécanisme relativement neuf doit être amélioré à cette fin et intégrer tous les partenaires.

 

Catherine Délice
Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR)


1er décembre 2010

 

Cet article n’engage que son auteur. Il ne reflète pas les vues ou les opinions de l’Organisation des Nations Unies, de l’UNIDIR, de son personnel ou des Etats ou institutions qui apportent leur concours à l’Institut.