Fiche d'information de l'État : El Salvador El Salvador

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El Salvador

La République du Salvador est un pays de l’Amérique latine (Amérique centrale). Elle partage ses frontières avec le Guatemala et le Honduras. Le Salvador est membre de deux organisations conduisant des opérations de paix: l’ONU (1945) et l’OEA (1948).

Politique de maintien de la paix

 

En juin 2008, dans une base du Commandement des forces spéciales de l’armée salvadorienne, le président du pays, Antonio Saca (2004-09), a officialisé l’envoi d’un groupe de soldats au Liban. Le Salvador devenait ainsi le premier pays latino-américain à déployer des troupes dans le cadre de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL, 1978-…). Il s’agit également de la première participation du pays, avec des troupes, dans une opération de paix de l’ONU. On donnait ainsi suite à la «certification» que le Salvador avait reçue en 2007, quand l’ONU a considéré que les Forces armées nationales étaient aptes pour joindre les rangs des Casques bleus.

 

Même s’il n’existe pas de document qui résume clairement la politique du pays en matière de maintien de la paix, le gouvernement salvadorien a manifesté publiquement, et à de multiples occasions, sa disposition à collaborer avec l’ONU dans ces efforts de paix. Cette coopération peut prendre la forme de l’envoi de petits contingents, «là où [les soldats] ne courent pas des risques et où ils peuvent aider la population». Selon le Livre Blanc (2004), la participation de l’État salvadorien à la construction d’un ordre international basé sur le droit, la paix et le développement soutenable est un «objectif national permanent» du pays. D’après les autorités salvadoriennes, les États-nations ne sont plus capables d’affronter les «nouvelles menaces» à la sécurité internationale, par nature multidimensionnelles et transnationales. Ces nouveaux enjeux comprennent le terrorisme, la prolifération d’armes à destruction massive, les génocides et le nettoyage ethnique ainsi que la dégradation de l’environnement, des problématiques pouvant être traitées plus efficacement en faisant appel au multilatéralisme. Pour cette raison, la protection des intérêts nationaux du Salvador passe par la participation du pays à diverses initiatives multilatérales, comme la Conférence des forces armées centraméricaines, le Traité cadre de sécurité démocratique en Amérique centrale, le Système d’intégration centraméricain, les réunions de ministres de la Défense des Amériques, l’Organisation des États Américains (OEA) et l’ONU.

 

Processus de prise de décision

 

Le président salvadorien, en tant que Commandant en chef de l’armée, propose l’engagement des troupes dans une opération de paix. Dans le cas particulier de la participation au Liban, par exemple, la demande pour engager le pays dans cette mission est venue de la part du Directeur de la politique de défense de l’Espagne (pays qui commandait la FINUL en 2008), qui s’est réuni avec les membres de la Commission de la Défense de l’Assemblée législative salvadorienne en mars de cette année. Une réunion avec le ministre de la Défense du Salvador a suivi, après laquelle le pouvoir exécutif a demandé formellement aux députés d’approuver l’engagement du pays. Une fois que l’Assemblée législative a autorisé, par majorité simple, l’envoi du contingent, le président Saca a signé le décret exécutif. Le principal parti de l’opposition, l’ancienne guérilla du Front Farabundo Martí pour la Libération Nationale (FMLN), ainsi que la Convergence Démocratique (CD) ont donné leur approbation à cette requête.

 

Évolution de la participation

 

Le Salvador a déployé 26 effectifs au sein de la Mission de l’ONU au Libéria (MINUL, 2003-…). De plus, depuis 2004, il collabore avec trois observateurs militaires dans ce même pays et trois au sein de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI, 2004-…). Aussi, six Salvadoriens participent à la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO, 1991-…) à partir de 1994, et cinq autres auprès de la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS, 2005-…) depuis sa création. Enfin, trois policiers salvadoriens ont été intégrés à la Mission des Nations Unies et de l’Union Africaine au Darfour (MINUAD, 2007-…), six sont attachés à la MINUL, trois à la MINURSO, quatre à la MINUS, quatre à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH, 2004-…), onze à la Mission intégrée des Nations Unies au Timor-Leste (MINUT, 2006-…) et huit à la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP, 1964-…).

 

Or, malgré les 128 effectifs déployés en 2008 dans diverses opérations de paix, la mission au Liban a une importance particulière. C’est en janvier 2007, lors d’une visite au Salvador de représentants du Département des opérations de la paix de l’ONU, que l’organisation demande aux autorités salvadoriennes de reconsidérer le rôle joué jusqu’à ce moment par leur pays et qui se limitait à l’observation. La visite des autorités espagnoles, qui se sont engagées à recevoir les troupes salvadoriennes à la base Miguel de Cervantes (pour les entraîner afin d’établir une zone libre d’armes entre le Liban et Israël, pour coordonner l’assistance humanitaire et pour aider au retour des déplacés), a suivi. À cette occasion, l’Espagne s’est également engagée à payer le transport des troupes, à assigner l’équipe à utiliser au Liban et à verser environ 30 euros par jour aux effectifs pendant leur entraînement. C’est ainsi que le pays est passé, pour reprendre les mots du ministre des Relations extérieures, «d’être observé à être observateur». C’est aussi de cette façon que les autorités salvadoriennes espèrent «générer du prestige sur la scène internationale [pour le pays et] […] rendre plus sophistiquées nos forces armées». Les Casques bleus salvadoriens sont chargés de surveiller le cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël en plus d’appuyer les activités de déminage. Les soldats ont été affectés aux troupes d’infanterie, aux brigades sanitaires, aux équipes spécialisées en désactivation d’explosifs et à des activités de liaison.

 

Le déploiement des Casques bleus au Salvador: un succès en matière d’interventions internationales en résolution de conflits

 

En août 2008, le Salvador a signé le mémorandum d’entente avec l’ONU, ce qui en fait un membre des pays pouvant envoyer des troupes aux opérations de paix de l’ONU. Les plans successifs de modernisation de l’armée, entamés avec sa nouvelle mission institutionnelle établie dans les accords de paix de 1992 et poursuivis avec les plans Arce 2000 (1995), Arce 2005 (2000) et Arce 2010 (2005), semblent donc porter fruit. Toutefois, malgré la participation croissante du pays aux opérations de paix, c’est plutôt l’intervention de l’ONU au Salvador, au début des années 1990, qui attire l’attention des experts dans le domaine.

 

La Mission d’observation des Nations Unies en El Salvador (ONUSAL) est souvent présentée comme un exemple de «succès» de la communauté internationale en matière de résolution de conflits, ce qui s’explique par au moins trois raisons. Premièrement, il s’agit d’une des premières opérations multidimensionnelles, qui a déployé des efforts dans quatre domaines: les aspects militaires (désarmement, démobilisation et réinsertion des ex-combattants, DDR), des activités de maintien de l’ordre (garantir la sécurité civile à court terme et établir un corps policier civique à long terme), des efforts en matière de protection des droits humains, et l’appui électoral (pour organiser les premières élections de l’ère postconflictuelle. L’ensemble des tâches a été accompli avec «succès» (si on les évalue à la lumière des objectifs poursuivis).

 

Deuxièmement, son mandat (qui ne se réduit pas au DDR des belligérants) est clair: il s’agit d’une opération de paix qui cherchait à déclencher une série de transformations institutionnelles – la création du Bureau du procureur des droits humains, le renforcement du système judiciaire, la création de la Police nationale civile, une réforme majeure de l’armée et l’instauration d’une académie nationale de sécurité publique, entre autres – pour assurer que la paix obtenue soit durable. Il faut souligner ici que la séparation de la sécurité externe (chargée de l’armée) et de la sécurité interne (responsabilité de la nouvelle police civile) est une des plus grandes réalisations du processus de paix. Par ailleurs, la professionnalisation atteinte par la police salvadorienne a permis au pays d’être plus dynamique en ce qui concerne sa contribution aux contingents de police civile déployés dans diverses opérations de paix. Depuis 2004, plus de quarante policiers salvadoriens ont ainsi intégré diverses opérations de paix de l’ONU; en septembre 2008, 7 nouveaux policiers ont été déployés, cette fois-ci au Soudan, au Darfour et au Libéria.

 

Troisièmement, l’ONUSAL a compté sur le consentement des parties pour accomplir efficacement ses obligations et tous les aspects de son mandat – lit-on dans l’accord de paix -, et pour y arriver, l’ONUSAL exige la liberté totale de mouvement partout sur le territoire. Il s’agit donc d’autoriser des interventions ciblées dans de multiples aspects du processus de maintien et de construction de la paix au pays. Par exemple, la création de la nouvelle police s’est faite avec «l’étroite coopération et supervision internationale, coordonnée par l’ONU», cela sans tenir compte du fait que l’ONU a dû aussi suggérer des experts internationaux sur le plan de la formation et du recrutement des enseignants de l’académie de police censée former le personnel de la PNC.

 

Aujourd’hui, les autorités salvadoriennes expriment, lors de leurs interventions, leur gratitude envers cet effort. En faisant référence au rôle de l’ONUSAL joué au pays, le ministre de la Défense nationale a signalé, lors de la cérémonie de départ des soldats salvadoriens vers l’Espagne et le Liban, que le pays remplissait ainsi «son obligation morale de rétribuer à la communauté internationale ses efforts pour atteindre et maintenir la paix [au Salvador] après [la fin de] douze ans de conflit armé interne».


Fernando A. Chinchilla

Ph.D. Chercheur associé, Groupe d’étude et de recherche sur la sécurité internationale (GERSI), Université de Montréal

7 novembre 2008