Force de réaction rapide

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La capacité à intervenir dans les plus brefs délais lorsque le silence des armes se fait est une des conditions incontournables de la réussite d’une opération de paix. Dans son rapport publié en 2000, le Groupe d’études sur les opérations de paix de l’Organisation des Nations Unies (Rapport Brahimi) a estimé que « les 6 à 12 semaines qui suivent un accord de cessez-le-feu ou de paix constituent souvent la période la plus critique pour l’instauration d’une paix stable et la crédibilité d’une opération de maintien de la paix.

 

Toute perte de crédibilité ou d’élan politique au cours de cette période sera souvent très difficile à rattraper ». Mais les forces déployées rapidement doivent aussi répondre à des critères d’efficacité. La volonté de la communauté internationale de déployer des hommes sur le terrain ne suffit pas. Il faut qu’elle s’en donne les moyens.

 

Les fournisseurs de contingents étant majoritairement des pays en développement, il est apparu que les personnels déployés sur le terrain ne disposaient pas toujours du matériel nécessaire et n’avaient pas reçu de formation adaptée à leur fonction d’interposition.

 

Le déploiement d’une force de réaction rapide implique donc la disponibilité quasi-immédiate d’un personnel formé et de l’équipement nécessaire. Un tel objectif a mis du temps à être adopté, mais depuis une dizaine d’années, plusieurs dispositifs se mettent en place tant au niveau mondial qu’au sein d’organisations régionales, pour permettre d’intervenir aussi rapidement que possible.

Evolution du concept de réaction rapide

Le dispositif des forces en attente, difficilement mis en œuvre, intègre peu à peu la notion de réaction rapide. La Charte des Nations Unies prévoit, dans son article 43, que les Etats membres mettent à la disposition du Conseil de sécurité les forces armées et autres facilités qui doivent lui permettre d’assumer son rôle de gardien de la paix et de la sécurité internationale. Or, les Etats ne se sont jamais engagés à lui fournir ces moyens. Dès les années 1960 et l’intervention de l’ONU au Congo, le Secrétaire général Dag Hammarskjöld fait remarquer qu’il est nécessaire que les gouvernements soient « prêts à répondre aux appels éventuels de l’Organisation » en vue du lancement d’une opération dont la planification lui reviendrait. Seuls quelques Etats répondent alors à cette demande en mettant des forces à disposition de l’ONU.

 

Quelques idées sont lancées, comme la constitution d’un fichier indiquant quelles forces les Etats seraient prêts à mettre à la disposition du Conseil de sécurité. Les gouvernements ne se bousculent pas pour répondre.

 

L’Agenda pour la paix du Secrétaire général Boutros Boutros-Ghali, en 1994, est à l’origine de la mise en place du Système d’arrangements relatifs aux forces en attente des Nations Unies (SAFANU). L’incapacité de l’ONU à déployer rapidement une force de maintien de la paix au Rwanda en 1994 a néanmoins montré qu’un tel système ne suffisait pas, aucun gouvernement n’ayant honoré son engagement à fournir des troupes. Il apparaît également que de telles situations nécessitent une intervention immédiate.

 

Mettre en place une force de réaction rapide devient dès lors une priorité, formulée ouvertement dans le Supplément à l’Agenda pour la paix en 1997. Le SAFANU va alors être renforcé par une Brigade internationale de réaction rapide (BIRFA) au sein de laquelle une quinzaine d’Etats se sont engagés à fournir dans un délai limité des troupes pour les opérations de l’ONU. Les organisations régionales, OTAN, Union européenne, Union africaine, qui ont, ces dernières années, déployé leurs propres opérations de paix, se sont également fixé des objectifs en vue de l’augmentation de leurs capacités d’intervention rapide.

Délais de déploiement

Le Rapport Brahimi souligne qu’il n’existe pas de critère défini concernant le délai maximum dans lequel l’ONU doit être en mesure de déployer une force sur le terrain. Le Groupe d’étude a donc proposé que l’ONU soit en mesure de « déployer pleinement une opération « classique » de maintien de la paix dans les 30 jours qui suivent l’adoption de la résolution pertinente par le Conseil de sécurité, et dans les 90 jours pour les missions complexes ». Il précise que dans le cas des missions complexes, « le quartier général de la mission devrait être installé et fonctionner pleinement dans un délai de 15 jours. » Ces délais devraient être respectés lors du déploiement d’opérations de paix, car comme nous l’avons vu, il importe de saisir les opportunités de paix dès qu’elles se présentent.

 

Il faut néanmoins noter qu’un déploiement immédiat (quelques jours) peut être nécessaire dans le cas de catastrophes naturelles ou de crises humanitaires. À ce jour, l’OTAN a montré qu’elle était capable de réagir en quelques jours, notamment suite au tremblement de terre au Pakistan ou au passage du cyclone Katrina. Les Forces africaines en attente prévoient également une intervention en moins de 2 semaines.

 

Dans cette même optique, le Secrétaire général de l’ONU a proposé de créer une réserve stratégique composée d’équipes spéciales d’environ 1250 militaires et placées sous le commandement national du pays fournisseur. L’objectif était d’obtenir un accord préalable du gouvernement à déployer cette équipe pour certaines missions prédéterminées et sous 7 jours. Cette proposition n’a pas été approuvée.

Les dispositifs actuels

Au niveau de l’ONU

Nous l’avons évoqué, deux dispositifs permettent le lancement d’opérations de l’ONU, l’un onusien, le Système des arrangements relatifs aux forces en attente des Nations Unies (SAFANU), l’autre interétatique, la Brigade internationale de réaction rapide des forces en attente des Nations Unies (BIRFA).

 

Le SAFANU est basé sur les promesses faites par les Etats de déployer un certain nombre d’hommes dans un délai et des conditions déterminés. Jusqu’en 2002, le niveau d’engagement le plus élevé prévoyait le déploiement des troupes dans les 60 jours suivant la décision du pays contributeur d’envoyer ses troupes. La mise en œuvre des recommandations du Rapport Brahimi a permis de créer un niveau de déploiement rapide, soit l’envoi des troupes dans délai de 30 à 90 jours et la mise en place du quartier général dans un délai de 7 à 14 jours.

 

BIRFA : Avant la mise en place du niveau de déploiement rapide dans le cadre du SAFANU, certains Etats avaient répondu aux exigences du Supplément à l’Agenda pour la paix en créant cette brigade. L’objectif de la BIRFA est de déployer de 4000 à 5000 hommes dans un délai de 15 à 30 jours et pendant deux mois. Une mission de la BIRFA ne peut excéder six mois, à l’issue desquels, si nécessaire, une autre force peut prendre la relève.

 

Le dispositif onusien, largement insuffisant, est donc complété par celui de la BIRFA. Le SAFANU n’est en effet pas totalement satisfaisant dans la mesure où les délais de déploiement ne sont pas calculés à partir de la résolution créant l’opération, mais de la décision du pays contributeur.

Au niveau régional

Répondant à l’appel des Secrétaires généraux de l’ONU pour plus de participation des organisations régionales au maintien de la paix, ces dernières interviennent de plus en plus souvent dans les conflits. Elles peuvent tout autant devancer l’ONU, qui pourra ensuite venir renforcer la mission régionale ou en prendre la relève, ou au contraire venir soutenir une opération de l’ONU.

 

La Force de réaction de l’OTAN (NRF - NATO Response Force), lancée en 2002, est prévue pour être entièrement opérationnelle en octobre 2006. Elle a déjà été activée, notamment en 2005 (Ouragan Katrina aux États-Unis et tremblement de terre au Pakistan). La NRF est appelée à intervenir également en dehors de la zone de l’OTAN. Les opérations qu’elle mène vont de l’évacuation à l’intervention en appui à la diplomatie. Il est en effet prévu que la NRF soit déployée dans le cadre de la gestion des crises. Son rôle est d’être « la première force sur le terrain et la première force à quitter le terrain ». Le Conseil de l’Atlantique Nord est compétent pour autoriser le déploiement de la NRF, par consensus. La NRF doit pouvoir être déployée dans les 5 jours pendant 30 jours. Elle compte 25 000 hommes, comprenant forces terrestres, navales et aériennes, ainsi que des forces spéciales.

 

Pour compléter le dispositif de l’OTAN et intervenir là où cette dernière ne peut pas le faire, l’Union européenne a souhaité se doter de capacités militaires d’intervention. L’ « objectif global » défini lors du Conseil européen d’Helsinki consiste en la capacité de déployer une force de réaction rapide comprenant jusqu’à 15 brigades, c’est-à-dire 60 000 hommes et capable de mener à bien l’ensemble des Missions de Petersberg (missions humanitaires ou d’évacuation, maintien de la paix, gestion des crises, y compris les opérations de consolidation de la paix). Cette force de réaction rapide doit être déployée dans un délai de 60 jours et pendant au moins un an. Il ne s’agit pas d’une armée européenne, l’engagement et le déploiement des troupes restant soumis à une décision de chaque État membre. L’Union européenne a lancé sa première opération de maintien de la paix en 2003 : Opération Concordia en ex-Yougoslavie. Elle est aussi intervenue la même année hors d’Europe avec l’opération Artémis en République démocratique du Congo.

 

Les forces africaines en attente, qui doivent être constituées d’ici 2010, s’appuient sur des brigades (3500 à 6500 hommes) abritées par les cinq sous-régions du continent. Elles seront gérées au niveau des organisations régionales, mais, à l’exception de la CEDEAO et de la SADC, c’est l’Union africaine qui donne mandat à ces forces d’intervenir. Les missions d’observation ou de maintien de la paix classiques doivent être déployées dans un délai de 30 jours suivant la résolution créant la force. Pour les missions complexes, un délai de 90 jours est fixé, la composante militaire devant, elle, être déployée dans les 30 jours. Enfin, le dispositif prévoit une intervention d’urgence dans un délai de 14 jours (par exemple en cas de génocide).

 

Catherine Délice

Doctorante au Centre d’études sur la sécurité internationale et les coopérations européennes, de la Faculté de droit de l’Université de Grenoble II

 

Références

 

30 juin 2006

L'aptitude des Nations Unies au déploiement rapide


Josiane Tercinet, Défense et sécurité internationale, no 17, pp. 40-42.

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30 nov. 2004

L'Union européenne, nouvel acteur du maintien de la paix : le cas Artemis en République démocratique du Congo


Thierry Tardy, dans Guide du maintien de la paix 2005, J. Coulon dir., Outremont: Athéna.

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