Force de réaction rapide de l'OTAN (FRO)

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La Force de Réaction rapide de l’OTAN (FRO) (Nato Response Force - NRF) a pour origine une proposition émanant de l’administration américaine, présentée lors d’une réunion informelle des ministres de la défense de l’Alliance Atlantique, à Varsovie en septembre 2002 et adoptée par les chefs d’Etat et de gouvernement, au sommet de Prague en novembre 2002.

 

Force interarmées et multinationale déployable rapidement, cet outil de gestion des crises le plus important de l’Alliance lui donne les moyens de répondre rapidement aux crises n’importe où et n’importe quand. La gamme des missions possibles va des opérations d’évacuation des non-combattants à des opérations de combat. Ayant atteint sa capacité opérationnelle initiale en octobre 2004 (8 000 hommes), sa pleine capacité opérationnelle est attendue pour octobre 2006 (21 000 hommes).

Structure et Missions de la Force

La Force puise dans les moyens militaires de l’OTAN et sera aussi complétée par d’autres moyens mis à disposition par les États membres de l’organisation. Son caractère de force à haut niveau de préparation réduit cependant le nombre de contributeurs nets, en terme d’effectifs / qualité.

Forte de 21 000 hommes, elle devrait avoir un haut niveau de disponibilité, être dotée de composantes en alerte rapide, prêtes à partir avec leurs équipements en quelques heures. La structure des forces à la disposition de l’OTAN se divise alors en deux : l’une prête à se déployer très rapidement (la FRO) et d’autres en cours d’entraînement et de préparation, prête au déploiement à moyen et long terme.

 

Le concept militaire de cette nouvelle force, préparé par le Comité militaire de l’OTAN et approuvé par le Conseil de l’Atlantique nord en 2003, détaille sa composition, ses missions et son fonctionnement.


À l’instar de toute force interarmées, la FRO fait appel à au moins deux des trois composantes militaires classiques, terre-air-mer, tout en optimisant l’utilisation des ressources disponibles, humaines et matérielles pour conduire des missions très variées.

 

La composante Terre permet le déploiement d’une force de la taille d’une brigade (5 000 soldats environ), soutien compris, capable d’exécuter tous types de missions terrestres dans un grand nombre de scénarios et de localisations géographiques. La composante Marine (groupe tactique avec porte-aéronefs, groupe opérationnel amphibie et un groupe d’action de surface) est destinée à conduire une gamme variée de missions maritimes telles que le transport stratégique, l’escorte, la lutte anti-sous-marine et anti-mine, la défense antiaérienne et l’attaque à terre (débarquement et bombardement). Enfin, la composante Air devrait pouvoir assurer une capacité de projection (de forces et de puissance) rapide en menant des missions aériennes « classiques » (combat, surveillance, interdiction, alerte avancée, ravitaillement, par exemple) et des missions de transport stratégique (personnels, matériels, logistique).

A travers ses composantes, la FRO apparaît davantage comme un corps expéditionnaire multinational d’intervention extérieure destinée à donner à l’Alliance les moyens d’exister, que comme une force destinée à effectuer des missions classiques de paix. Ce caractère expéditionnaire est d’autant plus marqué que la Force compte une branche « opérations spéciales », peu développée, et qu’elle s’est vue attribuée une variété de ses missions.

 

D’un part, la FRO a vocation à accomplir toute la gamme des opérations de l’Alliance, y compris celles découlant de l’article 5 du Traité de Washington (défense collective). Ce qui explique son degré élevé de disponibilité et de préparation. Entraînée et « certifiée » OTAN, elle pourra agir de manière autonome ou préparer l’arrivée d’autres forces. Elle doit disposer de sa propre logistique, être capable de rester sur le terrain au moins 30 jours (en attendant le ravitaillement ultérieur) et d’agir aussi en tant que force de combat offensive. Outre une activation dans le cadre de la défense de ses États membres, les missions assignées à cette force sont très diverses quant à leur nature et leur intensité. Ainsi elle sera appelée à être engagée pour des opérations classiques d’évacuation de ressortissant. Elle sera amené également à être utilisée dans un scénario d’opposition à l’entrée et la gestion des conséquences (y compris dans un environnement chimique, biologique, radiologique et nucléaire) ; de même elle opérera dans le cadre de missions de riposte aux crises, y compris des opérations d’imposition de la paix : opérations d’embargo (maritime, terrestre et opérations d’interdiction aérienne). Moins courant, ce type de forces pourra être impliqué dans des opérations nécessitant un engagement approprié et une dissuasion graduée et dans des opérations d’interdiction maritime et de déminage maritime.

 

Ce catalogue est non exhaustif et exige une polyvalence et un caractère interarmées permettrant une adaptation à toute nouvelle situation. Mais son fonctionnement reste tributaire de la volonté étatique d’engager leurs militaires pour ces opérations.

 

En effet, au plan politique, la décision d’activer la force de réaction de l’OTAN demeure prise à l’unanimité au sein du Conseil de l’Atlantique Nord (CAN). Lorsqu’une telle décision a été prise, le Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) choisit dans le catalogue de forces les éléments requis, qui relèveront de son autorité (niveau stratégique). Une fois ce choix effectué, les États membres confirment officiellement s’ils autorisent, pour l’opération en question, l’emploi des forces fournies à la FRO ou s’ils s’y opposent pour des raisons nationales.

Évolution et Réalisation et de la FRO

Lors de la réunion informelle des ministres de la Défense de l’OTAN à Varsovie, du 23 au 25 septembre 2002, ce sont les États-Unis qui proposent la création de cette force. Au sommet de l’OTAN à Prague, du 21 et 22 novembre 2002, les pays membres décident la mise sur pied de la Force de Réaction rapide de l’OTAN. Au cours de la réunion de printemps à Bruxelles, 12 et 13 juin 2003, les ministres de la Défense de l’OTAN approuvent un concept global de la FRO. Sur la base de ce concept, les militaires de l’OTAN définissent dans un plan détaillé les modalités de sa mise en œuvre, y compris les critères de la formation de ses personnels et sa certification OTAN, et créent des groupes de travail chargés de les mettre en œuvre.

 

La phase dite de « mise en œuvre » commence le 15 octobre 2003 et comporte, dans un premier temps, des capacités opérationnelles limitées et un délai de projection de 30 jours afin de vérifier l’efficacité des procédures et des structures. Après d’une année, la FRO atteint officiellement sa capacité opérationnelle initiale le 13 octobre 2004. Jusqu’en octobre 2006, l’objectif principal est de valider le concept et de « certifier » les éléments nationaux au sien des différentes composantes au travers des exercices Steadfast Jackpot/Jaws et des déploiements réels tels que Steadfast Jaguar, prévu en juin 2006 (au large du Cap Vert). L’annonce de sa pleine opérationnalité devrait être intervenir à l’automne 2006.

 

En attendant l’OTAN a fait appel à la FRO pour des missions de type humanitaire qui n’exploitent que très partiellement son potentiel. Ainsi, l’armée de l’air française, dans le cadre d’une des rotations de la FRO, a établi un pont aérien entre la base de Ramstein, en Allemagne, et les Etats-Unis pour y acheminer les dons européens destinés aux populations américaines affectées par le cyclone Katrina (septembre 2005).

 

De même, la force a été activée afin de porter secours aux populations lors du tremblement de terre qui ont touché le Pakistan, l’Inde et l’Afghanistan (octobre 2005). Les éléments de la force de réaction rapide ont mis à la disposition des pays touchés des moyens logistiques destinés à faire face aux conséquences du séisme. Présente dans les premiers jours après le séisme dans le but de fournir de l’aide nécessaire, une structure d’accueil aérien fut mise en place par les militaires de l’OTAN à Lahore. Cette structure a pour mission la gestion au sol du transit des moyens humains et matériels acheminés par la FRO au profit de l’aide humanitaire. Sous commandement français, la composante aérienne a mis en oeuvre ses moyens de commandement (JFACC) et des avions de transport, dont deux avions de transport tactique C-130, au profit de l’ONU pour constituer un pont aérien humanitaire entre Incirlik, en Turquie, et les zones sinistrées.

Débat en cours

Certains États européens redoutent que la FRO affaiblisse ou mine les groupements tactiques de l’Union européenne destinés aux missions de Petersberg. Malgré les ressemblances frappantes, notamment avec des forces nationales « à double casquette », les deux concepts veulent avoir des finalités totalement différentes. La NRF constituerait essentiellement une force de frappe destinée à des opérations de combat de haute intensité hors d’Europe, tandis que les groupements tactiques sont essentiellement conçus pour des opérations de paix et de stabilité dans et au pourtour de l’Europe. Le débat sur la nature des relations entre ces deux forces, concurrence ou complémentarité, reste ouvert.

 

Samir Battiss 
Chargé de recherche 
Chaire de recherche du Canada en politiques étrangère et de défense canadiennes
Université du Québec à Montréal (UQAM) 
Doctorant, Université Paris Panthéon-Assas (Paris II)

 

Références

 

31 déc. 2010

From Lisbon to Lisbon: Squaring the Circle of EU and NATO Future Roles


Egmont - The Royal Institute for International Relations

PDF 232 Ko
 
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