Force de réaction rapide de l'Union européenne

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Dans le cadre de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) – renommée Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) par le traité de Lisbonne – les Etats membres de l’Union européenne (UE) s’étaient engagés en 1999 à mettre en place une force de réaction rapide européenne dédiée aux opérations de maintien de la paix et de gestion des crises.

 

Cette initiative majeure, qui consacrait pour l’Europe l’importance de la projection de forces, accompagnait la nécessité de repenser l’architecture de sécurité européenne dans l’après-guerre froide. Une prise de conscience renforcée par l’expérience des guerres balkaniques, qui correspond aujourd’hui à un rôle de stabilisation dans la grande Europe, mais également, dans des contextes extra-européens, à un rôle de soutien aux Nations Unies et aux opérations de sécurité de l’OTAN. Un soutien tantôt militaire, tantôt largement basé sur des instruments opérationnels d’ordre civil.

L’Objectif Global 2003 : 60.000 soldats pour les opérations de paix

A l’issue du sommet de Cologne, dans le sillage de la déclaration franco-britannique de Saint-Malo (1998), les Quinze Etats membres d’alors décidaient que l’Union européenne (UE) devait « disposer d’une capacité d’action autonome, soutenue par des forces militaires crédibles, avoir les moyens de décider d’y recourir et être prête à le faire afin de réagir face aux crises internationales sans préjudice des actions entreprises par l’OTAN ». C’est six mois plus tard, à Helsinki, que se produit le grand bond en avant, puisque le Conseil européen y décide à l’unanimité de doter l’Union d’organes politico-militaires. Une décision rendue nécessaire par l’engagement des Quinze, d’ici 2003, à développer une force de réaction rapide non permanente, militairement autonome, de l’Union européenne. Ses 50.000 à 60.000 militaires – hors réserves – mobilisables par modules et en fonction des besoins, devaient pouvoir être déployés dans un délai de 60 jours maximum et capables de se maintenir une année durant sur le théâtre – la force pouvant être appuyée par des éléments aériens et maritimes, et devant disposer des infrastructures nécessaires en matière de commandement, de logistique et de renseignement.

 

Mieux connue sous le nom d’« Objectif global de capacités » (Headline Goal), cette force de réaction rapide devait permettre à l’UE d’entreprendre l’ensemble des « missions de Petersberg ». Ces missions avaient été intégrées deux ans plus tôt à l’article 17 du Traité sur l’Union européenne (TUE), à la demande des Suédois et des Finlandais, particulièrement impliqués dans les opérations de maintien de la paix.

 

Cette décision a constitué le véritable coup d’envoi de la PESD (Politique européenne de sécurité et de défense), qui n’avait depuis 1992 qu’une existence théorique à côté de la PESC (politique étrangère et de sécurité commune de l’UE) dans les traités de Maastricht, puis d’Amsterdam. Jusqu’alors, c’est l’Union de l’Europe occidentale (UEO) qui avait été pressentie pour mener à la demande de l’UE les missions dites « de Petersberg », définies par son Conseil des ministres en 1992 au Château du même nom en Allemagne. En 2000, lors de la conclusion du traité de Nice, la reconnaissance d’un rôle politico-militaire pour l’UE en tant que telle, dans le cadre de tâches relevant de la gestion des crises et du maintien de la paix (hors défense collective), avait entraîné la disparition quasi-totale de l’UEO. Et fait de l’Union européenne un acteur du maintien de la paix en puissance.

Une politique européenne de sécurité et de défense dédiée au maintien de la paix

S’il est un constat qu’il s’agit de poser d’emblée, c’est que la PESD fut, à sa naissance, entièrement dédiée au maintien de la paix – aux « missions de Petersberg ». Avant 1999, toute question liée à la défense ou aux aspects militaires dans le cadre de la construction européenne relevait du tabou, et intégrer les missions de Petersberg au traité d’Amsterdam avait constitué un véritable exercice d’équilibriste pour les tenants de l’intégration. Pourtant, les premiers projets de défense européenne dataient des années 1950. En 1999, il n’est pas question de mettre sur pied une armée européenne, mais bien une capacité d’action militaire pour le maintien de la paix et la gestion des crises. En conséquence, la politique européenne de sécurité et de défense favorise alors sans conteste le premier terme de l’expression.

 

Les missions de Petersberg furent définies par l’article 17.2 du traité sur l’Union européenne (TUE) comme « les missions humanitaires et d’évacuation, les missions de maintien de la paix et les missions de forces de combat pour la gestion des crises, y compris les missions de rétablissement de la paix ». En 2004, l’Objectif Global 2010 y ajouta deux types de missions supplémentaires : l’appui au désarmement et à la lutte contre le terrorisme à la demande d’un pays tiers. Le traité de Lisbonne, entré en vigueur en décembre 2009, confirme l’ensemble de ces missions en y ajoutant « les missions de conseil et d’assistance en matière militaire », « les missions de prévention des conflits » et «  les opérations de stabilisation à la fin d’un conflit » (article 43, alinéa 1, version consolidée du TUE). Se voulant plus global, le traité de Lisbonne suggère que l’UE est prête à dépasser le stade Petersberg.

 

La PESD – que le traité de Lisbonne rebaptise « PSDC », politique de sécurité et de défensecommune – est en effet censée prodiguer une « capacité opérationnelle » à l’UE dans le cadre de ces missions, en dehors de l’UE, « afin d’assurer le maintien de la paix, la prévention des conflits et le renforcement de la sécurité internationale conformément aux principes de la Charte des Nations Unies » (art. 42, al. 1, version consolidée du TUE). Cette référence explicite au renforcement de la sécurité internationale semble indiquer que l’UE est désormais prête à lancer des opérations ne relevant pas stricto sensu du maintien de la paix, à l’instar de l’opération EUNAVFOR, dite « Atalante », au large des côtes somaliennes et dans l’Océan indien.

 

Si la politique étrangère de l’UE, lancée en 1992, est encore relativement évanescente (désaccords sur des dossiers majeurs, mainmise des capitales), il faut admettre que la PESD/PSDC offre sans conteste une capacité opérationnelle à l’UE en matière de maintien de la paix. Cependant, ces missions ne constituent que la partie visible de l’iceberg : il convient d’y ajouter les politiques structurelles qui servent, dans le cadre de l’action externe de l’UE, beaucoup plus large, son appui à la prévention et à la gestion des conflits : dialogue politique, accords de coopération et de partenariat, d’association et de stabilisation, politique européenne de voisinage, coopération au développement, aide humanitaire et protection civile… la liste n’est pas exhaustive, mais elle est conforme à l’approche « multidimensionnelle » de la sécurité véhiculée par la Stratégie européenne de sécurité adoptée en 2003 par l’UE, et dont les orientations majeures ont été plébiscitées par un Rapport sur sa mise en œuvre cinq ans plus tard, fin 2008.

 

A côté de ces outils politiques au long cours, la capacité militaire autonome de l’UE contribue depuis 2003 au maintien de la paix selon deux modalités. La première relève de sa logique originelle, le maintien de la paix en Europe, en particulier dans les Balkans occidentaux : opérations de sortie de crise dans l’Ancienne République yougoslave de Macédoine (Concordia en ARYM en 2003) et en Bosnie-Herzégovine (EUFOR Althéa) où l’UE a pris la relève de l’OTAN depuis 2004. Les deux opérations furent menées grâce à un soutien des capacités et moyens de l’OTAN (voir les accords de « Berlin Plus »), mais pour le maintien de la paix dans les Balkans occidentaux, l’Alliance atlantique demeure uniquement impliquée au Kosovo avec la KFOR. La seconde modalité d’intervention militaire de l’UE relève du soutien à l’ONU, à travers des concepts d’opérations devant renforcer ou ouvrir la voie à une mission « Casques bleus » (bridging operation & stand-by operation). L’opération Artémis initia cette tendance : l’UE rétablit la sécurité à Bunia, chef-lieu de l’Ituri, en République démocratique du Congo, durant l’été 2003 – le temps pour la MONUC de s’adapter à un nouveau mandat, plus « robuste ». L’opération EUFOR RDCongo fut menée dans la même optique, le temps d’élections à haut risque à Kinshasa, en 2006. Avec EUFOR-Tchad/RCA, l’UE a déployé, en 2008-2009, une force de 3700 militaires pour sécuriser les zones à risques aux frontières du Darfour et faciliter le déploiement consécutif de la MINURCAT.

 

Mais à côté de ces opérations militaires, c’est sans doute le lancement d’opérations civiles, dès 2003, qui constitue la valeur ajoutée de l’UE en matière de maintien de la paix.

Les opérations « civiles » de gestion de crises de l’UE

Parallèlement au développement d’une capacité militaire autonome, les Etats membres décidèrent dès l’an 2000 de pourvoir l’UE, pour la gestion de crises, d’instruments opérationnels non militaires. Ainsi, des capacités dites civiles ont été développées dans le cadre de la PESD/PSDC, afin de contribuer à des opérations de gestion de crises, de maintien de la paix, de prévention des conflits, de stabilisation ou de reconstruction. Ce type d’opérations implique principalement des policiers, magistrats et autres officiers civils, le plus souvent détachés par les Etats membres (ministères de l’Intérieur, de la Justice, des Affaires étrangères, principalement). Militaires et gendarmes n’en sont pas absents, mais y sont déployés avec un statut civil. Leurs missions sont diverses : soutien à l’Etat de droit et aux réformes du système judiciaire (EUJUST Thémis Géorgie, EUJUST LEX Irak, EULEX Kosovo), missions de conseil, surveillance, formation et/ou réforme des forces de police ou de sécurité (MPUE BiH, EULEX Kosovo, EUPOL Proxima et EUPAT ARYM, EUPOL COPPS, EUPOL Kinshasa, EUPOL et EUSEC RD Congo, EU SSR Guinée-Bissau, EUPOL Afghanistan), de surveillance du désarmement (AMM Aceh/Indonésie) ou du cessez-le-feu (EUMM Géorgie), appui au contrôle des frontières (EUBAM Rafah, EUBAM Moldova-Ukraine), ou encore rétablissement de la confiance (Proxima en ARYM, EUMM Georgia).

 

Les mandats de ces missions sont soit exécutifs (EULEX Kosovo), c’est-à-dire qu’ils impliquent des pouvoirs exécutifs limités, soit non exécutifs (EUMM Géorgie), se bornant à l’observation. Une mission civile européenne peut être le fruit d’une initiative indépendante de l’UE en accord avec un Etat tiers (EUJUST THEMIS), être coordonnée avec une opération militaire de l’UE (MPUE avec EUFOR Althéa en Bosnie, EUPOL Kinshasa avec EUFOR RDC) ou être menée en soutien à une opération de paix dirigée par une autre organisation (à l’instar du pan civil de l’opération civilo-militaire de soutien à la Mission de l’Union africaine au Soudan, qui précéda le déploiement de la MINUAD). Eu égard à la multiplication des acteurs du maintien de la paix et à l’augmentation des interventions multinationales dans les conflits et les crises, ces missions civiles (tout comme les missions militaires de l’UE) s’insèrent soit en parallèle, dans des processus de soutien à des opérations tierces, soit de façon séquentielle, comme relève de ces opérations une fois la sortie de crise confirmée : ainsi EUPOL Afghanistan appuie-t-elle, dans le cadre de la reconstruction de l’Etat, la stratégie globale de l’ISAF en Afghanistan ; la MPUE prit le relais de l’ONU en Bosnie en 2003 et EULEX Kosovo succéda à la MINUK fin 2008.

 

Les forces de gendarmerie européenne, ces forces de police des Etats membres qui ont un statut militaire, sont tantôt déployées pour des missions de type militaire (Integrated Police Unit en Bosnie-Herzégovine, dans le cadre d’EUFOR Althéa), tantôt pour des missions de type civil (EUMM Géorgie où les gendarmes ne sont pas armés). Elles servent donc à la fois pour des tâches de maintien de l’ordre et dans des missions d’observation ou d’appui aux réformes des forces de sécurité.

 

L’impératif de la réaction rapide concerne également ces capacités civiles, qui doivent pouvoir être déployées rapidement dans certains cas, comme en septembre 2008 en Géorgie, où l’EUMM fut envoyée pour surveiller l’arrêt effectif des hostilités, le désengagement militaire des parties et pour contribuer au rétablissement de la confiance entre belligérants, suite à la guerre d’août 2008 entre la Géorgie et la Russie. Dans ce cas précis, la possibilité d’un déploiement rapide d’une mission civile européenne était une condition de succès de l’accord de cessez-le-feu négocié par la présidence française de l’UE avec le Président russe Dmitri Medvedev.

 

Grâce à ces capacités, l’UE a acquis un rôle spécifique en matière de gestion – civile – des crises et de maintien de la paix, suivant la tendance onusienne à l’élargissement des missions et tâches au sein des opérations de paix depuis le début de la décennie 1990. Ces outils opérationnels fournissent en outre à l’UE un avantage comparatif sur l’OTAN, qui en dépit de son statut de forum politique, demeure essentiellement outillée pour les opérations militaires.

Les Battlegroups, ou la réaction rapide en attente

Dans le volet militaire, le développement des groupements tactiques ou battlegroups de l’UE (BGUE), dès 2004 – groupements multinationaux de 1500 hommes formés pour des opérations extérieures en mode « réaction rapide » – coïncide avec la logique de soutien aux opérations de paix onusiennes. A la base de cette décision, trois constats semblent avoir convergé. D’abord, la mobilisation d’un catalogue de capacités militaires (Helsinki catalogue) des Etats membres à hauteur de 50.000 à 60.000 hommes connut des difficultés substantielles. Ensuite, il devenait évident pour les Européens que le format des opérations balkaniques (60.000 hommes lors du déploiement initial de l’IFOR) n’était plus de mise dans les années 2000 : la relève de l’OTAN dans les Balkans nécessiterait quelques milliers d’hommes pour la dernière phase de stabilisation (précédant une intégration ultérieure à l’UE) et il semblait clair que pour les opérations hors UE, ne touchant pas directement l’intérêt vital de l’Union, celle-ci ne déploierait que des forces de plus petite envergure. Bien entraînées, éventuellement disponibles pour des tâches de combat, mais pas pour assurer les mandats « XXL » et les engagements à long terme devenus monnaie courante pour les Casques bleus. Enfin, les opérations militaires plus risquées (stabilisation ou imposition de la paix) dans des conflits de basse intensité, moins sujettes à un consensus au sein du Conseil de l’UE, semblaient devoir être poursuivies au sein de l’OTAN : notamment via ses Etats membres européens, mais sans engager militairement l’Union. C’est le cas de la FIAS, en Afghanistan.

 

Le concept de Battlegroup – « groupements tactiques interarmées – proposé en 2004 semblait donc convenir à ces trois tendances : ils furent opérationnels à partir de janvier 2007. Composé de 1500 hommes entraînés pour le combat et appuyés par des éléments logistiques, un BGUE doit pouvoir être déployé dans les 5 à 10 jours qui suivent l’approbation, par le Conseil, des paramètres politiques et militaires d’une opération. Il est déployé pour une mission d’une durée initiale de 30 jours, extensible à un maximum de 120 jours. Multinational par essence, chaque BGUE est constitué de deux à quatre Etats membres. Le concept de BG constitue, selon l’UE, le type de force minimum militairement efficace, crédible, rapidement déployable, cohérente, capable de mener des opérations par elle-même ou d’assurer la phase initiale d’opérations plus larges. Ils correspondent particulièrement bien aux concepts d’opérations visant à renforcer provisoirement une force de paix de l’ONU, à lui ouvrir la voie sur le théâtre ou à seconder des opérations de paix d’autres organisations régionales, comme l’Union africaine.

 

Les Etats membres de l’UE se sont fixés l’objectif d’avoir constamment deux groupements tactiques en attente, afin de pouvoir entreprendre deux opérations de réaction rapide simultanées – c’est la capacité opérationnelle totale (Full Operational Capability), qui fut atteinte en janvier 2007. Selon une rotation semestrielle, deux Battlegroups dépendant de deux ou trois Etats membres sont ainsi prêts à intervenir (« on call »). Cependant, quatre ans après que le système ait été déclaré opérationnel, le Conseil européen n’a pas encore eu recours aux groupements tactiques.

Structures de décision politiques et militaires

C’est le Conseil de l’UE (qui réunit les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-sept) qui décide à l’unanimité, là où l’OTAN en tant que telle n’est pas engagée, de lancer et de conduire des opérations civiles ou militaires au titre de la PESD/PSDC, en réponse à des crises internationales. A côté de cet organe décisionnaire suprême, au sommet des institutions de l’UE, le Conseil « Affaires générales et relations extérieures » réunit les ministres des Affaires étrangères des Vingt-sept. C’est ce dernier qui prend les décisions nécessaires à la définition et à la mise en œuvre de la PESC, sur base des orientations générales décidées par le Conseil de l’UE ; il veille à la cohérence de l’action extérieure de l’Union. En outre, depuis 1999, le Haut représentant pour la PESC et Secrétaire général du Conseil (HRSG) joue un rôle croissant en matière de diplomatie européenne et en ce qui concerne les opérations de l’UE. En effet, le HRSG, qui est également depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne commissaire aux Relations extérieures et vice-président de la Commission européenne, veille notamment à la coordination des aspects civils et militaires des opérations, en contact étroit avec les structures politiques et militaires de l’UE. Le HRSG, à l’instar du Président du Conseil Herman Van Rompuy, joue en outre un rôle moteur en matière diplomatique, personnifie la PESC et assure la « mémoire historique » de la politique étrangère européenne par-delà les présidences tournantes. Catherine Ashton occupe ce poste à double casquette, ayant succédé à Javier Solana en décembre 2009.

 

Mises en place en 2001, trois structures politiques et militaires permettent à l’UE de mener des opérations de paix et de gestion de crises : (a) le Comité politique et de sécurité (COPS), qui occupe une position centrale dans la définition des orientations politiques dans les domaines de la PESC et de la PESD/PSDC, est au cœur du processus décisionnel en cas d’opération de gestion de crise par l’UE ; (b) le Comité militaire (CMUE), organe militaire le plus élevé au sein du Conseil, qui rassemble les chefs d’Etat-major des armées des Etats membres ou leurs représentants militaires permanents, conseille le COPS et formule des recommandations sur toutes les questions militaires au sein de l’UE ; (c) l’Etat-major de l’UE (EMUE), notamment composé d’experts militaires et civils détachés par les Etats membres au Secrétariat du Conseil, assure une fonction de soutien au Comité militaire de l’UE. Ces organes sont notamment soutenus par le Centre de situation (SitCen) pour l’alerte rapide, ou encore l’Unité politique qui élabore des propositions d’action politique.

 

Afin de préparer une réponse cohérente de l’UE à une crise donnée, le COPS, qui en exerce le contrôle politique et la direction stratégique, est secondé depuis 2008-2009 par deux nouvelles structures : le CMPD, Direction de la planification et de la gestion des crises, et le CPCC, la capacité civile de planification et de conduite. Le CMPD est responsable de la planification politique et stratégique des opérations civiles et militaires de la PSDC, notamment à travers la production du Concept d’opération (CONOPS). Cet organe permanent, placé sous l’autorité du HRSG, fait partie intégrante du Service européen pour l’action extérieure. Le CPCC, pour sa part, a la responsabilité de la planification et de la conduite opérationnelle autonome des opérations civiles de la PSDC, sous la direction politique et stratégique du COPS et sous l’autorité du HRSG. Son directeur, le « Commandant des opérations civiles » de l’UE, assure le commandement et le contrôle, au niveau stratégique, de la planification et de la conduite des opérations civiles de gestion de crises. Le CPCC assiste et conseille à cet égard le HRSG et la présidence de l’UE, notamment, et dirige, coordonne, conseille, supporte, supervise et révise les opérations civiles de la PSDC.

 

En ce qui concerne le quartier général d’une opération militaire, l’OHQ, l’UE a désormais trois options. La première, applicable dans le cadre d’une opération autonome de l’UE, consiste à s’appuyer sur les structures de l’un des cinq quartiers généraux d’opérations offerts par les Etats membres : l’OHQ français à Mont Valérien (Paris), le britannique à Northwood, l’allemand à Potsdam, l’italien à Rome et le grec à Larissa. La deuxième option, à travers le recours aux capacités et moyens communs de l’OTAN, s’appuie sur l’utilisation des options de commandement et de contrôle de l’Alliance : l’OHQ du SHAPE (Supreme Headquarters Allied Powers Europe) à Mons (Belgique) – le D-SACEUR (Deputy Supreme Allied Commander Europe) étant alors le Commandant de l’Opération. Depuis le 1er janvier 2007, une troisième option a été finalement rendue possible par la mise en place du Centre d’opérations de l’UE (EU Ops Centre) à Bruxelles, dans le cadre de l’Etat major de l’UE (EMUE). Cette option, qui dépasse le caractère ad hoc des précédentes, confère à l’UE la capacité de commander depuis Bruxelles des missions et opérations militaires de taille limitée (équivalent à celle d’un groupement tactique, soit environ 2000 hommes).

Mainmise des États membres

Nonobstant son évolution rapide ces dix dernières années, la PSDC demeure essentiellement une politique intergouvernementale, marquée par la mainmise des Etats membres et soumise à l’unanimité. Dès son lancement, des procédures permettant une certaine flexibilité dans le cadre des opérations de l’UE ont été mises en place, par le Traité sur l’Union européenne ou de manière ad hoc. Ainsi grâce à l’abstention constructive, une opération sous drapeau de l’UE peut-elle être lancée sans que l’ensemble des Etats membres ne votent effectivement en faveur de cette décision. En outre, une fois la décision prise, il n’est pas rare qu’une opération ne soit exécutée que par une partie des Etats membres de l’UE : chacun d’entre eux décide de sa participation, en termes de contingents civils ou militaires, de manière souveraine. Dans certains cas, un Etat membre en particulier peut même assurer la majeure partie de l’opération, grâce au concept de « nation lead » ou de « nation frame » : fournissant le gros des troupes et des capacités, et l’OHQ, il est alors uniquement secondé par d’autres Etats membres contribuant de manière moindre. La même logique est de mise en ce qui concerne les contributions au « Catalogue » des forces européennes et à la participation des Battlegroups pré-identifiés à une opération donnée. La participation à la PSDC elle-même fait l’objet d’une décision souveraine de chaque Etat membre : ainsi le Danemark a-t-il choisi l’« opting out », dès 1999, pour les missions militaires. A cet égard, la souveraineté nationale demeure l’une des contraintes majeures de la PSDC, le volontarisme des Etats membres sa clé de voûte, et la cohésion le principal défi des opérations de paix et de gestion de crises de l’UE.

 

Galia Glume - Chercheure 
Centre d’études des Crises et des Conflits internationaux (CECRI) 
Université catholique de Louvain


15 mars 2011

 

Les propos de l’auteur ne l’engagent qu’à titre personnel.

Liens et documents utiles


Documents officiels

Conseil européen, Rapport sur la mise en œuvre de la Stratégie européenne de sécurité. Assurer la sécurité dans un monde en mutation, S407/08, Bruxelles, 11 décembre 2008.

Groupements tactiques de l’UE, Factsheet, Groupements tactiques/05, Press/secrétariat du Conseil, septembre 2010.

La Capacité civile de planification et de conduite, European Union external Action/Press, CPCC/02, février 2011.

The EU Operations Center, Factsheet, Service Presse du Secrétariat du Conseil.

Versions consolidées du traité sur l’Union européenne et du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (tels qu’ils résultent des modifications introduites par le Traité de Lisbonne)

Politique de sécurité et de défense commune : Aperçu des missions et opérations de l’UE Février 2011 (lien internet direct vers le site du Conseil)

Catherine Glière (coord.), Sécurité et défense de l’Union européenne : Textes fondamentaux 2009, vol. X, Paris, Institut d’études de sécurité de l’UE, juillet 2010.

Analyses

Luis Simon & Alexander Mattelaer, EUnity of Command. The Planning and Conduct of CSDP operations, Egmont paper 41, Bruxelles, Institut Royal des Relations internationales, Janvier 2011.


Sven Biscop, From Lisbon to Lisbon : Squaring the Circle of EU and NATO Future Roles, Security Policy Brief 16, Bruxelles, Institut Royal des Relations internationales, janvier 2011.


Sven Biscop & Jo Coelmont, A Strategy for CSDP. Europe’s Ambitions as a Global Security Provider, Egmont Paper 37, Bruxelles, Institut Royal des Relations internationales, Octobre 2010.


Giovanni Grevi, Damien Helly & Daniel Keohane (ed.), ESDP : The First Ten Years (1999-2009), Paris, Institut d’études de sécurité de l’Union européenne, octobre 2009.


 

Documents

Références

 

31 déc. 2010

EUnity of Command – The Planning Conduct of CSDP Operations


Egmont - The Royal Institute for International Relations

PDF 668 Ko
 

 

31 déc. 2010

From Lisbon to Lisbon: Squaring the Circle of EU and NATO Future Roles


Egmont - The Royal Institute for International Relations

PDF 232 Ko
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