Fiche d'information de l'État : Estonie Estonie

< Retour au détail: Estonie

Estonie

La République d’Estonie (Eesti Vabariik) est un Etat balte indépendant depuis 1991. Elle adhère à plusieurs organisations internationales habilitées à conduire des opérations de maintien de la paix (OMP) : l’OSCE (10 septembre 1991), l’ONU (17 septembre 1991), l’OTAN (29 mars 2004) et l’Union européenne (1er mai 2004).

Politique de maintien de la paix

L’Estonie a progressivement intensifié sa participation aux opérations de maintien de la paix, augmentation parallèle à son intégration graduelle dans les organisations régionales de sécurité collective. En 2016, les personnels des forces de sécurité estoniennes sont ainsi déployés simultanément dans des OMP de l’ONU, de l’OTAN et de l’Union européenne. L’Estonie, au même titre que ses voisins baltes, est un Etat fortement engagé, spécifiquement au bénéfice de l’OTAN, au regard de ses moyens limités. Cette configuration découle des deux piliers de la politique de défense nationale que sont le lien transatlantique et la défense collective.


Les grands engagements défendus et promus par l’Estonie au travers sa participation aux opérations de maintien de la paix peuvent être décrits par la communication officielle du Ministère des Affaires Etrangères. Ils s’inscrivent sur plusieurs axes : « Maintenir la paix et la sécurité pour combattre le terrorisme » et « Protéger et promouvoir le respect des droits de l’Homme ».


Le premier point est explicite et motive le principe même de l’intervention extérieure. Sur le point particulier du terrorisme, l’Estonie a signé les 12 conventions internationales relatives à la prévention et à la répression du phénomène. Toute participation aux opérations de maintien de la paix est basée sur ce principe.


Concernant le second axe, l’Estonie a ratifié toutes les conventions majeures relatives aux droits de l’Homme, de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) à la Convention sur l’élimination de toute forme de discrimination à l’encontre des femmes (CEDAW), ou encore la Convention internationale de lutte contre toutes les formes de discrimination (ICERD). L’Estonie est également un Etat observateur auprès du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme (OHCHR) et a ratifié le statut de la CIJ en qualité de membre fondateur le 30 janvier 2002.


Au cours de la 60ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies en 2005, l’Estonie a soutenu les efforts de réforme en matière de sécurité, en particulier les efforts de reconstruction post-conflit, en soulignant l’importance de la Commission pour la consolidation de la paix (PBC). Par ailleurs, les engagements en matière de développement (contributions régulières au CICR, à l’UNICEF, au HCR…) enrichissent et élargissent la notion de sécurité humaine envisagée par l’Estonie.


L’ensemble de ces adhésions et engagements donne un aperçu du substrat culturel qui contribue à motiver la participation estonienne aux opérations de maintien de la paix listées ci-après, ainsi que l’éthique attendue des forces nationales déployées sur le terrain.

 

Structures décisionnelles politiques et militaires

L’indépendance de l’Estonie en 1991 s’est accompagnée d’une réforme en profondeur de ses institutions. Le processus d’engagement de la force militaire a ainsi bénéficié de ces changements. L’importance accordée à ce mécanisme, strictement détaillé dans le droit interne, est à la hauteur de l’engagement de l’Estonie pour sa sécurité ainsi que pour la défense collective. L’assurance de cette dernière, pilier de la politique de défense, est assurée par l’adhésion à l’OTAN en 2004.


Le Parlement est l’organe possédant le pouvoir de décision en matière militaire, et donc de participation à une opération de maintien de la paix. Le processus légal est régi par l’article 128 de la Constitution, qui traite de tous les cas d’emploi de la force, de l’invasion à la participation à des opérations collectives régies par des institutions internationales.


Dans le cas des opérations de maintien de la paix, la décision d’affecter des unités estoniennes à des organisations internationales et des états-majors étrangers se fait avant le lancement de ladite opération. L’évaluation préliminaire de la nécessité de participation à une telle opération se fait au moyen d’un Comité des opérations réunissant ministre de la Défense et ministre des Affaires Etrangères, qui doivent transmettre leur analyse au Parlement. Après la décision parlementaire de déploiement, le Ministère de la Défense publie un décret autorisant l’opération, et les forces engagées peuvent automatiquement participer aux actions décidées par la hiérarchie au sein de l’OMP, sans interférence de la part du pouvoir politique estonien.


Le dialogue entre Comité des opérations et Parlement prend formellement neuf semaines, voire plus en cas d’action en coalition. Mais l’engagement en Afghanistan sous mandat de la FIAS a prouvé que cette durée peut être réduite si les besoins opérationnels l’exigent. Cette situation est spécifique : une telle rapidité est permise par l’unanimité que provoquent les opérations réalisées sous mandat de l’OTAN, facilitant l’obtention rapide de la majorité au Parlement.

 

Evolution de la participation aux opérations de maintien de la paix

Dans le cadre de l’ONU


Depuis la première opération de maintien de la paix à laquelle a participé l’Estonie en 1995, plus de 1300 personnels estoniens cumulés ont contribué à diverses OMP sous le mandat des Nations Unies. Les premières missions se déroulent en Croatie et au Liban.

Dans le premier cas, l’ONU avait décidé du déploiement de la Force de protection des Nations Unies (FORPRONU) en Croatie de 1992 à 1995 après l’éclatement de l’ex-Yougoslavie. L’Estonie commence sa contribution à la FORPRONU durant la dernière année du mandat autorisant cette mission, en 1995.


*Force Internationale des Nations Unies au Liban (FINUL)*


L’engagement au sein de cette force se déclenche à partir de 1996 : pendant un an, 136 membres des forces armées servent cette mission, en faisant le plus large contingent jamais déployé par l’Estonie au cours d’une seule opération de maintien de la paix. Depuis mai 2015, l’engagement estonien consiste en une section d’infanterie et quelques officiers d’état-major, tous intégrés au bataillon fenno-irlandais agissant dans le secteur Ouest du Sud-Liban. Les troupes ont pour mission de patrouiller et de sécuriser la zone, tout en coopérant avec les forces armées libanaises.


*Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST)*


L’Estonie initie sa participation à l’ONUST -opération lancée en 1948- en mars 1997 en tant qu’Etat observateur. La mission des personnels relève de la patrouille et de la surveillance. Aujourd’hui, seuls 2 observateurs estoniens sont toujours rattachés à cette mission (chiffre constant depuis juillet 2010) et sont déployés en rotation entre Israël, le Liban et l’Egypte.


*Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA)*


Dernièrement, l’Estonie participe à la MINUSMA depuis 2013, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali, selon les modalités de la résolution 2100 du Conseil de Sécurité. L’intégration à l’opération est rapide, son démarrage formel ayant lieu en avril de la même année.

Dans le cadre de l’OTAN


*Kosovo Force (KFOR)*


Cette mission est déployée le 13 juin 1999 d’après le mandat de l’ONU issu de la résolution 1244, et mise en œuvre par l’OTAN. L’armée estonienne envoie des troupes sur le terrain de 1999 à 2007. De novembre 1999 à décembre 2006, deux unités de police militaire, Estpatrol-1 et Estpatrol-14, sont intégrées aux unités italiennes de police militaire chargées de tâches générales de maintien de la paix. De 2007 à 2010, ce sont les unités de reconnaissance Estrif-1 et 6, englobées dans le contingent danois, qui assument la réalisation du mandat estonien sur le terrain. Depuis cette dernière date, l’Estonie n’est plus représentée dans la mission qu’au travers de la participation d’un sous-officier à l’Etat-major basé à Pristina.


L’Estonie est également engagée en Afghanistan aux côtés de ses partenaires de l’OTAN et ce, dès le début de la mission de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) en 2001, laquelle a pour but de porter assistance au gouvernement afghan, à sa nouvelle armée et police afin d’assurer la sécurité dans le pays. La participation du pays est constante de 2001 à 2014.


*Resolute Support*


La mission de la FIAS s’étant achevée le 31 décembre 2014, une nouvelle mission, baptisée Resolute Support, est instaurée dès le 1er janvier 2015. Ratifiée par le Parlement afghan le 27 novembre 2014 et soutenue par la résolution 2189 des Nations Unies adoptée à l’unanimité le 12 décembre 2014, ses objectifs consistent à conseiller et à assister les institutions et les forces de sécurité afghanes. Les quatre militaires Estoniens de cette nouvelle mission (chiffre de décembre 2015) contribuent à entraîner les forces locales et à appuyer les efforts gouvernementaux en matière de transparence, de génération de force ou encore de planification des politiques publiques. La mission est d’ores et déjà renouvelée pour l’année 2016.

Dans le cadre de l’Union européenne


*EUFOR ALTHEA*


La mission de l’UE ALTHEA, autorisée par la résolution 1575 du Conseil de Sécurité, prend ses racines dans l’intervention de l’ONU entre 1992 et 1996 en Bosnie-Herzégovine, suivie de l’IFOR et de la SFOR de l’OTAN jusqu’en 2004. Dès 1996, l’Estonie y déploie 30 policiers participant aux opérations de police de l’OMP. Son objectif, redéfini par la résolution 2183 de Conseil de Sécurité en 2014, est d’encadrer et former les forces de Bosnie-Herzégovine, et d’appuyer les efforts du pays pour assurer la sécurité de son environnement. Cette mission de stabilisation au long cours est donc poursuivie par l’Union européenne depuis 2004.


*Mission de surveillance de l’Union européenne en Géorgie (EUMM Géorgie)*


Après le conflit opposant Russie et Géorgie en 2008, une mission d’observation sous l’autorité de l’UE est implémentée dès le mois d’octobre de cette même année afin d’empêcher un retour des parties aux hostilités. La nécessité de la mission s’est faite d’autant plus grande que les tensions entre Géorgie et régions séparatistes ossète et abkhaze sont fortes. Tous les pays de l’Union européenne contribuent à cette mission, financièrement ou sur le terrain, et l’Estonie participe à cet objectif à hauteur de 3 hommes (chiffre de janvier 2016).


*Mission de formation de l’Union européenne au Mali (EUTM Mali)*


Un « concept de gestion de crise » pour le Mali est défini en Conseil des ministres de l’UE le 10 décembre 2012 et vise à former les forces armées maliennes, du fait de la menace constituée par les mouvements touareg et islamistes dans le nord du pays. Par la suite, le Conseil adopte la décision 2013/34/PESC le 17 janvier 2013, créant ainsi la mission de formation au Mali sur la base de la résolution 2071 du Conseil de Sécurité des Nations Unies ainsi que sur la base des articles 42 paragraphe 4 et 43 paragraphe 2 du Traité sur l’Union Européenne. Deux instructeurs estoniens, dans cette mission qui comprend des volets aussi bien militaires que civils, y sont rattachés depuis mars 2013 à des fins d’entraînement des forces. L’opération est officiellement lancée le 18 février 2013 et son mandat initial de 15 mois a été prolongé d’un second de 24 mois, portant l’horizon de l’EUTM Mali jusqu’en mai 2016.


Benjamin Gillet
Stagiaire au Centre d'études des crises et des conflits internationaux
27 décembre 2015