Fiche d'information de l'organisation : CPLP

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CPLP

La Communauté des Pays de Langue Portugaise (CPLP ou Comunidade dos Países de Língua Portuguesa) est une organisation regroupant les pays ayant la langue portugaise en partage. L’organisation, dont le siège est situé à Lisbonne, a été créée le 17 juillet 1996 lors du Sommet de Lisbonne. Ses pays-membres fondateurs sont l’Angola, le Brésil, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, le Mozambique, le Portugal et São Tomé-et-Príncipe. Le Timor Leste en est devenu pays-membre en 2002. La Guinée équatoriale, l’Île Maurice et le Sénégal ont le statut de pays observateurs. Au total, la CPLP regroupe plus de 240 millions d’individus.

Objectifs et principes

La CPLP se veut un forum de coopération entre les différents pays de langue ou de culture portugaise.

 

Parmi les principaux objectifs que se donne la CPLP, il convient de relever :

- La coordination politique et diplomatique entre ses États membres, de manière à renforcer leur présence sur la scène internationale;

- La coopération dans tous les domaines, y compris l'éducation, la santé, la science et la technologie, la défense, l’agriculture, l’administration publique, les communications, la justice, la sécurité publique, la culture, les sports et les médias;

- La matérialisation de projets pour la promotion et la diffusion de la langue portugaise. La CPLP est régie par les principes suivants: - l'égalité souveraine de ses États membres;

- la non-ingérence dans les affaires intérieures de chaque État;

- le respect de leur identité nationale;

- la réciprocité des traitements;

- la primauté de la paix, de la démocratie, du droit, des droits de l'homme et de la justice sociale;

- le respect de l’intégrité territoriale;

-la promotion du développement;

- la promotion d’une coopération mutuellement bénéfique.

Structures de la CPLP

L'acte de création de la CPLP prévoit la mise en place des différents organes :

La Conférence des Chefs d'État et de gouvernement

La Conférence des Chefs d'État et de gouvernement se réunit en session ordinaire tous les deux ans. Des sessions extraordinaires peuvent avoir lieu à la demande des deux tiers des États membres. La Conférence des Chefs d'État et de gouvernement, constitué par les plus hautes autorités de huit pays membres, est l’organe délibérant de la CPLP. Toute décision prise par cet organe est prise de manière consensuelle.

Le Conseil des ministres

Le Conseil des ministres est composé des ministres des Affaires étrangères des pays membres et se réunit une fois par an. Le Conseil des ministres peut convoquer une session extraordinaire à la demande des deux tiers des États membres et est responsable devant la Conférence des Chefs d'État et de gouvernement, à qui il soumet ses rapports. Le Conseil des ministres élit parmi ses membres un président pour un mandat d’un an. Cette Présidence est tournante.

Le Comité permanent pour la consultation

Le Comité permanent de consultation se réunit chaque mois à Lisbonne, au siège de la CPLP. Ce Comité est coordonné par le représentant du pays assurant la présidence tournante du Conseil des Ministres.

Le Secrétariat exécutif

Le Secrétariat exécutif est le principal organe exécutif de la CPLP. Il a la responsabilité de mettre en œuvre les décisions des trois organes directeurs de l’organisation (la Conférence des Chefs d'État et de gouvernement, le Conseil des ministres et le Comité permanent pour la consultation). Le Secrétariat est dirigé par le Secrétaire exécutif, qui est élu pour un mandat de deux ans, renouvelable une fois. Le Secrétaire exécutif est assisté dans ses fonctions par le directeur général.

 

En 2002, à Brasilia, la IVème Conférence des Chefs d’États et de gouvernements de la CPLP a procédé à une révision des statuts de l’organisation, créant les organes suivants :

Les Réunions ministérielles sectorielles

Les Réunions ministérielles sectorielles rassemblent les ministres et secrétaires d’État de tous les États membres. Cet organe est responsable de la coordination, au niveau ministériel, des actions de concertation et de coopération des États-membres.

La Réunion des Points focaux de Coopération

La Réunion des Points focaux de la coopération rassemble les unités responsables, dans leurs pays respectifs, de coordonner la coopération au sein de la CPLP. Cet organe est dirigé par le représentant du pays assurant la présidence du Conseil des ministres. Il est chargé de conseiller les autres organes de la CPLP sur les questions relatives à la coopération des États membres, coopération devant aboutir au développement de l’organisation.

 

Par ailleurs, le Conseil des Ministres s’étant tenu à Luanda, en 2005, a créé l’Institut international de la langue portugaise. Cet institut vise à la promotion, à la sensibilisation, à l'enrichissement et à la diffusion de la langue portugaise comme vecteur de culture, d'éducation, d'information et d'accès aux connaissances scientifiques, de technologie et de communication officielle dans les forums internationaux. Enfin, l'Assemblée parlementaire de la CPLP a été créée par le XIIème Conseil des Ministres de l’organisation en novembre 2007. L'Assemblée parlementaire est l'organe qui réunit des représentants de tous les parlements de la Communauté. Elle est établie sur la base des résultats des élections législatives de chaque pays membre.

La CPLP et les opérations de paix

Les fondements d’une participation lusophone aux opérations de paix

La CPLP, initialement pensée comme une organisation à visée culturelle, s’est dotée d’un mandat assez large pouvant être interprété comme incluant un volet politico-diplomatique. En effet, un des objectifs que se donne la CPLP est d’œuvrer à la coordination politique et diplomatique entre ses États membres, de manière à renforcer leur présence sur la scène internationale. Cet objectif, interprété à la lumière de l’un des principes régissant l’organisation, à savoir la primauté de la paix, de la démocratie, du droit, des droits de l'homme et de la justice sociale, peut donc être vu comme une porte ouverte (ou entrouverte) sur une éventuelle participation à des missions de paix.

 

De plus, les ministres de la Défense des États-membres du CPLP ont décidé de se doter, lors de la réunion ministérielle du 25 mai 1998 qui s’est déroulé à Praia, au Cap-Vert, d’une force de maintien de la paix. A cette fin, un document en cinq points a été approuvé pour définir les paramètres d’une coopération militaire entre les armées des pays-membres de l’organisation. La finalité de cette coopération militaire est la participation de l’organisation à des opérations humanitaires. En mai 1999, les ministres de la Défense de la CPLP ont ainsi convenu d’établir les mécanismes permettant une telle participation. Ainsi, depuis 2000, les États-membres de la CPLP procèdent à des exercices militaires annuels conjoints visant à améliorer leur coopération militaire, en vue de développer des procédures et une doctrine homogènes. La finalité de ces exercices militaires surnommés Felino est une éventuelle participation à des opérations de paix ayant reçu l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU.

Les raisons d’une contribution modeste

En dépit de ces aspirations, depuis 1996, la contribution de la CPLP aux opérations de paix (à ne pas confondre avec la contribution de pays membres de la CPLP sous la coupe d’autres organisations régionales) a été relativement modeste. Il convient d’en rechercher les raisons.

 

Tout d’abord, d’un point de vue juridique, un autre principe régissant la CPLP vient limiter la possibilité d’une telle participation : celui de la non-ingérence dans les affaires intérieures de chaque État.

 

Puis, d’un point de vue politique, les aspirations de la CPLP à jouer un rôle sur les questions de paix et de sécurité internationales sont freinées par plusieurs obstacles. Premièrement, si un consensus semble en train d’émerger au sein des États-membres de l’organisation quant à la pertinence d’un tel rôle pour une organisation initialement pensée comme culturelle, cela est une tendance nouvelle. Ainsi, jusqu’à récemment, le Brésil et l’Angola étaient par exemple réticents à l’idée de voir la CPLP jouer un rôle politico-diplomatique. Cette réticence découle notamment des craintes, de la part de certains pays africains, de voir la CPLP utilisée par le Portugal, ancienne puissance coloniale sur le continent, comme un outil de domination et de contrôle. Aussi, la CPLP ne couvre pas un bloc géographique homogène et n’a pas été créée dans un espace géostratégique vide. En effet, les pays membres de la CPLP sont disséminés sur quatre continents (Amérique, Europe, Afrique et Asie), ce qui implique que la CPLP fait face à une certaine concurrence de la part des organisations régionales et sous-régionales desquelles les pays lusophones font déjà partie. Certaines des ces organisations ont même une expérience certaine dans la mise en place d’opérations de paix et en font plus ou moins implicitement leur chasse gardée. L’attitude de la CEDEAO face aux efforts de médiation de la CPLP dans la gestion de la crise bissau-guinéenne en 1998 en est un exemple frappant.

 

Enfin, d’un point de vue logistique, la CPLP est encore une organisation de taille réduite dépourvue des structures, des capacités et de l’expertise requises pour devenir un acteur prépondérant dans les opérations de paix. Cependant, l’émergence économique du Brésil, sa participation accrue aux opérations de paix de l’ONU et son ambition à devenir un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pourraient donner plus de crédibilité et de capacités à la CPLP sur les questions de paix et de sécurité. De même, l’élection du Portugal au Conseil de sécurité de l’ONU pour la période 2011-2013 pourrait également donner un certain élan à d’éventuelles aspirations lusophones à jouer un rôle accru et concret dans le domaine de la paix et de la sécurité internationales.

La crise bissau-guinéenne : potentiel et limites des ambitions de la CPLP

L’intervention la plus marquante à date de la CPLP en termes de paix et de sécurité internationales concerne les efforts de médiation menés par l’organisation au cours de l’été 1998 en Guinées-Bissau, alors que le pays s’enfonçait dans une guerre civile entre le président Joao Vieira et son ancien allié, Ansumane Mané. Suite à l’échec de deux missions de médiation menées respectivement par la Gambie et par la Libye, la CPLP a mis sur pied un Groupe de Contact de haut-niveau afin de tenter de trouver une issue pacifique à la crise. Le 26 juillet 1998, un Mémorandum d’accord était signé entre les deux parties sous les auspices de l’organisation. Ce document incluait un accord de cessez-le-feu et prévoyait la mise en place de couloirs humanitaires par une force militaire lusophone « d’observation ou d’interposition ».

 

La CPLP n’a cependant pas eu l’occasion de mettre en œuvre toutes les dispositions prévues dans le document, dispositions par ailleurs très ambitieuses comparativement aux capacités de l’organisation : très vite, la CEDEAO s’est associée puis a repris à son compte l’initiative lusophone, déployant une mission de 600 hommes avec l’insuccès que l’on sait.

 

Si l’implication de la CPLP dans la crise bissau-guinéenne est généralement vue comme un demi-échec, elle a néanmoins permis d’entrevoir le potentiel politico-diplomatique de l’organisation tout en mettant en évidence le chemin à parcourir et les gestes à poser avant que l’organisation puisse prétendre à devenir un acteur sérieux en termes de maintien de la paix.

Une spécialité : l’observation électorale

La CPLP a effectué diverses missions d'observation électorale depuis sa création. L’organisation a notamment déployé des équipes d’observateurs lors du référendum sur l'autodétermination du Timor oriental (août 1999), lors des élections pour l'Assemblée constituante et des élections présidentielles au Timor-Leste (août 2001 et avril 2002), lors des élections locales, présidentielles et législatives Mozambique (novembre 2003-décembre 2004) et des élections présidentielles en Guinée-Bissau (mars 2004 et juillet 2005), des élections présidentielles à Sao Tomé et Principe (mars - avril et juillet 2006), des 1er et 2ème tour des élections législatives au Timor-Leste (juin 2007, des élections présidentielles au Timor-Leste (avril 2007-mai 2007), ainsi que lors des élections législatives et présidentielles en Guinée Bissau (novembre 2008 et juin 2009).

Autres initiatives

Outre l’observation électorale, la CPLP œuvre également dans le domaine de la consolidation de la paix et du renforcement des capacités civiles.

 

La CPLP est ainsi à l’origine de la création du Groupe international de contact sur la Guinée-Bissau (GIC-GB) qui a été créé le 21 septembre 2006 à New York. L’objectif de ce groupe est d’inciter la communauté internationale à soutenir la Guinée-Bissau dans le cadre du renforcement de ses capacités en matière de gouvernance politique et économique. Le GIC-GB est composé de l'Angola, du Brésil, du Cap-Vert, de l'Espagne, de la Gambie, du Ghana, de la Guinée, du Niger, du Nigéria, du Portugal, de l'ONU, de l'UE, du Secrétaire exécutif de la CPLP, de la CEDEAO et de la Banque mondiale. L’action du GIC-GB a notamment permis au pays de devenir membre de la Commission des Nations Unies pour la consolidation de la paix en décembre 2007.

 

Les initiatives actuelles de la CPLP comprennent également un projet d'appui d'urgence pour la reconstruction en Guinée-Bissau, ainsi qu’un projet de renforcement des capacités administratives et judiciaires au Timor Leste.


Damien Larramendy

Coordonateur adjoint au Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix (ROP)

 


20 janvier 2011