Historique de l'opération BANUL

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BANUL       Liberia

Bureau d'appui des Nations Unies pour la consolidation de la paix au Libéria (novembre 1997 - septembre 2003)

 

Le Bureau d'appui des Nations Unies pour la consolidation de la paix au Libéria (BANUL) a été créé par le Conseil de sécurité de l’ONU le 1er novembre 1997 afin de poursuivre le soutien de l’ONU à la consolidation de la paix au Libéria après la fin du mandat de la Mission d'Observation des Nations Unies au Libéria (MONUL), qui s’est achevé en septembre 1997. Le BANUL avait principalement pour mandat de fournir des bons offices et d’autres services afin de dissiper les tensions en encourageant la réconciliation nationale et le règlement des conflits, et d’aider le Gouvernement libérien à appliquer les accords de paix. La BANUL ne parvient pas à éviter le déclenchement d’une deuxième guerre civile en 1999 mais continue son travail durant celle-ci. Le mandat du BANUL prend fin au moment de l’entrée en fonction de la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL), le 1er octobre 2003.



Historique

 

La première guerre civile du Libéria débute en 1989 lorsque Charles Taylor, alors chef de l'une des factions armées, déclenche, à la tête du Front national patriotique du Libéria (NPFL), une rébellion contre le régime de Samuel Doe.

 

Ce dernier, qui était arrivé au pouvoir en 1980 suite à un coup d’État sanglant, avait déjà été la cible de sept tentatives avortées de contrecoup d’État entre 1981 et 1985. Devenu de plus en plus paranoïaque et répressif, le régime militaire de M. Doe se repose de plus en plus sur l’ethnie Krahn, et le soutien populaire dont il a pu initialement bénéficier de dissipe rapidement. Après des élections présidentielles en 1985 marquée par la violence et les fraudes, Doe est de nouveau la cible d’une tentative de renversement. La répression politique prend alors une tournure ethnique, ce qui pousse les États-Unis à mettre fin à leur soutien au régime. Les  deux ethnies visées par la répression sont les Gio et les Mano, installées dans le nord du pays. C’est dans ce contexte que Charles Taylor met sur pied en Côte d’Ivoire le NPFL, principalement composé de Gio et de Mano. En décembre 1989, le NPFL occupe le compté de Nimba dans le nord-est du pays et en quelque mois réussit à contrôler la quasi-totalité du territoire. En juillet, les troupes de Charles Taylor assiègent Monrovia, dont tous les accès sont coupés. Durant les premier mois du conflit, les faction armées se multiplient et se polarisent autour du NPFL de Taylor et du Front patriotique national indépendant du Liberia (INPFL) de Prince Johnson, un ancien soldat de Taylor.

 

Étant donné la gravité de la crise, la CEDEAO déploie un groupe d'observateurs militaires au Libéria le 24 août 1990 à la suite d'une demande formulée par le président libérien Samuel Doe auprès du Nigéria. Cette mission, l’ECOMOG Libéria, est conçue comme une force d’interposition avec pour objectif de favoriser un cessez le feu et l’établissement d’un gouvernement intérimaire, de protéger les populations civiles et d’assurer l’évacuation des ressortissants étrangers. Le NPLF contrôle alors la majorité du pays et l’INPLF une grande partie de la capitale, Doe est quant à lui assiégé dans sa résidence. Malgré cela il refuse les propositions de la CEDEAO de démissionner et de s’exiler. Le 9 septembre, alors qu’il se rend au quartier général de l’ECOMOG, il est capturé par les forces de Johnson qui le torture et l’exécute devant les caméras. Dans les mois qui suivent le NPFL et l’INPFL se livrent une bataille sanglante pour le contrôle de la capitale. L’ECOMOG réussit néanmoins à reprendre le contrôle relatif de la capitale vers le mois d’octobre après des combats avec le NPFL. La mission appuie la formation d’un gouvernement d’intérim qui voit le jour en novembre. Cependant le nouveau gouvernement, soutenu par Johnson, ne contrôle que la capitale et les combats continuent contre le NPFL qui contrôle le reste du pays.

 

Dès le début des années 1990, l’ONU soutient les efforts de la CEDEAO au Libéria. En 1992, le Conseil de sécurité de l’ONU impose un embargo sur les armes à destination du pays et le Secrétaire général nomme un Représentant spécial pour le Libéria chargé de faciliter les pourparlers entre la CEDEAO et les parties belligérantes. Après la conclusion de pas moins de quatorze accords qui restent sans effet, l’Accord de paix de Cotonou est finalement conclu le 25 juillet 1993 grâce aux bons offices de la CEDEAO et de l’ONU. Suite à la signature de cet accord, le Conseil de sécurité met sur pied la Mission d'Observation des Nations Unies au Libéria (MONUL). Le mandat de la MONUL consiste notamment à appuyer le Groupe de contrôle de la CEDEAO en vue de mettre en œuvre l'accord de paix de Cotonou et, en particulier, à surveiller les procédures de sa mise en œuvre afin de vérifier son application impartiale par toutes les parties. Cependant, des retards dans l’application de cet accord et la reprise des combats entre factions libériennes empêchent la tenue des élections qui devaient avoir lieu en février/mars 1994. Des élections multipartites se tiennent finalement en juillet 1997, mettant ainsi fin, temporairement, à sept ans d’une guerre civile qui aura fait quelque 250 000 victimes ainsi que des centaines de milliers de déplacés et réfugiés. Ayant instauré un certain climat d’intimidation, Charles Taylor remporte le suffrage avec 75% des voix. Après avoir été intronisé le 2 août 1997, il forme un nouveau gouvernement et annonce la mise en œuvre de mesures de réconciliation et d’unité nationale.

 

Création de la BANUL

 

En prévision de la fin du mandat de la MONUL, le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, dépêche un Envoyé spécial et un Représentant spécial pour s’entretenir avec le président libérien Charles Taylor. Durant cette rencontre, ce dernier sollicite l’assistance de l’ONU pour mobiliser un soutien international en faveur de la reconstruction de son pays et exprime le désir de voir l’ONU demeurer au Libéria au-delà de l’expiration du mandat de la MONUL.

 

Dans son rapport du 13 août 1997, le Secrétaire général fait donc part au Conseil de sécurité de l’ONU de son intention de recommander la création d’un bureau d’appui à la consolidation de la paix pour prendre le relais de la MONUL. Le 2 septembre 1997, des discussions complémentaires ont lieu avec le président Taylor, qui accueille avec satisfaction la proposition de créer un petit bureau de l’ONU pour coordonner les activités de consolidation de la paix et pour harmoniser les efforts déployés par le système onusien dans le pays. Dans sa lettre du 22 octobre 1997 au Président du Conseil de sécurité, le Secrétaire général explique que les participants à la quatrième Réunion ministérielle de la Conférence spéciale ad hoc sur le Libéria, qui s’est tenue le 3 octobre, ont aussi exprimé leur ferme appui en faveur de la création d'un Bureau d'appui des Nations Unies pour la consolidation de la paix au Libéria. C’est donc à la demande du président libérien, et avec le soutien du Conseil de sécurité et des pays membres de la Conférence spéciale ad hoc sur le Libéria, que le Secrétaire général de l’ONU créé le BANUL le 1er novembre 1997 afin de poursuivre le soutien de l’ONU à la consolidation de la paix au Libéria après la fin du mandat de la MONUL. Le 12 décembre 1997, M. Felix Downes-Thomas est nommé à la tête de ce bureau. Il occupe également le rôle de Représentant du Secrétaire général au Libéria.

 

Le BANUL a initialement pour mandat de consolider la paix, promouvoir la réconciliation, renforcer les institutions démocratiques, soutenir les initiatives locales en faveur des droits de l’homme, s’assurer un appui politique aux efforts visant à mobiliser une aide et des ressources internationales pour le relèvement et la reconstruction du pays, et encourager dans le domaine de la consolidation de la paix une action coordonnée et ciblée des organismes des Nations Unies se trouvant au Libéria. Ce mandat est renouvelé jusqu’en 2002 par des échanges de lettres entre le Secrétaire général et le président du Conseil de sécurité.

 

 

 

Le BANUL et la deuxième guerre civile


Malgré les efforts de consolidation de la paix du BANUL, le gouvernement et les dirigeants de l’opposition se révèlent incapables de surmonter leurs différends. Les efforts de réconciliation nationale sont sapés par des violations systématiques des droits humains, le non respect des droits de l’opposition et l’absence de réformes dans le secteur de la sécurité. Cette situation mène finalement à une reprise des combats dans le nord en 1999, où le gouvernement affronte les Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD), un groupe opposé à M. Taylor et dirigé par Sekou Conneh. En 2001, le Conseil de sécurité de l'ONU impose de nouveau un embargo sur les armes au Libéria (résolution 1343). Début 2002, Charles Taylor décrète l'état d'urgence suite à l'avancée du LURD dans le nord-ouest du pays. Les combats se poursuivent au cours de l’année 2002.

Le 29 novembre 2002, le Conseil de sécurité propose au Secrétaire général d’apporter des modifications au mandat du BANUL afin d’aider le Gouvernement libérien à renforcer ses capacités dans le domaine des droits de l'homme et à préparer des élections, et d’élaborer une stratégie de consolidation de la paix intégrant les objectifs politiques, l'assistance aux programmes et des considérations relatives aux droits de l'homme. Dans la même lettre, le Conseil accueille également avec satisfaction la nomination de M. Abou Moussa comme Représentant spécial de l’ONU au Libéria et chef du BANUL. Lors de sa 4665e séance tenue le 13 décembre, le Conseil de sécurité réitère cette demande par une déclaration de son président. Un mois plus tard, le Secrétaire général informe le Conseil de sécurité qu’un projet de mandat révisé pour le BANUL a été communiqué au Gouvernement libérien, pour examen et approbation. À la mi-avril, après des consultations plus poussées avec le Gouvernement libérien, ce dernier approuve le mandat modifié du BANUL. Le Conseil de sécurité fait de même le 21 avril 2003 et se félicite dans sa résolution 1478 que gouvernement libérien ait accepté la modification du mandat du bureau. Malgré le renforcement de son mandat, le travail du BANUL est gravement compromis par l’incapacité du gouvernement libérien et de l’opposition à surmonter leurs différends sur des questions clefs de gestion des affaires publiques, par les violations systématiques des droits de l'homme, par l'exclusion et le harcèlement des opposants politiques de la part du parti au pouvoir, ainsi que par l'absence de réforme dans le secteur de la sécurité

 

En juin 2003, les groupes rebelles contrôlent les deux tiers du pays. Le président Charles Taylor annonce son intention de quitter ses fonctions, si cela peut ramener la paix au Libéria, mais seulement une fois le déploiement d’une force de maintien de la paix effectué. Le 17 du même mois, un accord de cessez-le-feu est finalement signé à Accra entre le gouvernement et les principales factions rebelles. Le président Taylor refuse toutefois de céder le pouvoir, ce qui entraîne le bombardement de la capitale par le LURD qui lance un ultimatum au président Taylor, avant d’annoncer le 27 juin un cessez-le-feu unilatéral. Le 22 juillet, le Conseil de médiation et de sécurité de la CEDEAO crée une force d’avant-garde, la Mission de la CEDEAO au Liberia (ECOMIL). Sa mission est d’assurer le respect du cessez-le feu conclu en juin, d’aider le gouvernement de transition à mettre en œuvre l’Accord, de créer une zone de séparation entre les forces belligérantes et d’établir un couloir de sécurité pour l’acheminement de l’aide humanitaire. Les premiers éléments de l’ECOMIL commencent à se déployer sur le terrain le 4 août 2003. M. Taylor démissionne alors le 11 août, quitte le pays et cherche refuge au Nigeria.

 

Du côté de l’ONU, le Secrétaire général décide le 8 juillet 2003 de nommer Jacques Paul Klein en tant que son Représentant spécial pour le Libéria avec la tâche de coordonner les activités des organismes des Nations Unies au Libéria et d'appuyer les nouveaux arrangements transitoires. Le 29 juillet 2003, le Secrétaire général indique qu'en raison de la nomination de M. Klein et de la création envisagée d'une opération des Nations Unies au Libéria, le mandat du BANUL devrait bien entendu s'achever. Il propose que les fonctions exercées par le bureau soient confiées à la nouvelle opération des Nations Unies au Libéria et que le personnel soit également transféré au besoin. Le 1er août 2003, le Conseil de sécurité se déclare, dans la résolution 1497, disposé à mettre en place une force de stabilisation de l’ONU, qui serait déployée au plus tard le 1er octobre 2003, et autorise le déploiement de l’ECOMIL en attendant le déploiement de cette force. Dans sa résolution 1509 (2003), qui autorise le déploiement de la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL), le Conseil de sécurité prend note de l’intention du Secrétaire général de mettre fin au mandat du BANUL et de transférer ses principales fonctions et, au besoin, son personnel, à la MINUL. Le mandat du BANUL prend ainsi fin au moment de l’entrée en fonction de la MINUL, le 1er octobre 2003.