Fiche d'information de l'État : Éthiopie Éthiopie

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Éthiopie

La République démocratique fédérale d’Éthiopie est un État de la Corne d’Afrique et l'un des États à avoir conservé sa souveraineté lors de l’époque coloniale. L’Éthiopie est membre de trois organisations habilitées à conduire des opérations de paix : les Nations Unies (1945), l’Union Africaine (1963) et l’Autorité intergouvernementale sur le développement (1986).

POLITIQUE DE MAINTIEN DE LA PAIX

 

L’Éthiopie est un acteur central dans le maintien de la paix. En tant que seul État africain indépendant au sein de la Société des Nations (SDN), l’Éthiopie se prononce déjà en 1935, lors du célèbre discours de l’Empereur Haile Selassie, contre l’agression de l’Italie fasciste et pour une solidarité internationale et un multilatéralisme efficace. Au sein du mouvement des non-alignés, elle s’engage pour un dialogue Nord-Sud, la cohésion Sud-Sud et la décolonisation. Membre fondateur des Nations Unies (ONU), l’Éthiopie participe à la première opération de paix (OP) onusienne en Corée en 1951. Elle contribue également à d’autres missions de l’ONU, dont celle au Congo en 1960. Parallèlement, l’Éthiopie s’engage à renforcer la cohésion entre les États africains en s’impliquant dans la création de l’Organisation de l’Unité Africaine en 1963 (Union Africaine depuis 2002). Addis Abeba devient la capitale de l’organisation. La capitale éthiopienne gagne alors en importance sur la scène internationale, devenant le siège de la Commission Économique des Nations Unies, mais aussi de nombreux autres agences et programmes internationaux. Elle est ainsi considérée comme la troisième capitale diplomatique après New York et Genève. Durant le régime du Derg (1974-1991), junte militaire d'inspiration soviétique, le maintien de la paix éthiopien passe au second plan Depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle constitution en 1995, qui proclame la République fédérale démocratique d’Éthiopie, l’engagement éthiopien dans les actions de sécurité collective retrouve son importance. La prévention des conflits, le règlement pacifique des différends et la participation au maintien de la paix sont les crédos de l’Éthiopie en matière de politique étrangère. Elle promeut la paix et la stabilité, notamment dans la région de la Corne d’Afrique et sur l’ensemble du continent Africain. Depuis 2016, l’Éthiopie est le plus important contributeur de troupes pour les OP des Nations Unies, étendant ainsi son rayonnement diplomatique sur la scène internationale.

 

STRUCTURES DÉCISIONNELLES POLITIQUES ET MILITAIRES

 

La République démocratique fédérale d’Éthiopie souscrit au maintien et à la consolidation de la paix conformément aux dispositions internationales. La Charte de l’ONU, la Charte d’Addis Abeba de l’Union Africaine (UA) et l’Accord de l’Autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD) constituent les dispositions juridiques internationales qui permettent à l’Éthiopie de participer aux OP. La Constitution éthiopienne de 1995 ne prescrit aucune procédure décisionnelle spécifique pour le déploiement des troupes au sein des missions de paix. Une législation parlementaire régissant la participation éthiopienne au maintien de la paix fait également défaut. Cependant, la constitution définit le Premier Ministre comme chef d’état-major suprême des Forces de défense nationale éthiopiennes (ENDF) qui, en conséquent, détient la responsabilité d’engager les troupes éthiopiennes à l’étranger dans des OP. Le chef de l’État peut consulter plusieurs instances politiques et militaires avant de prendre sa décision finale. Parmi elles, on retrouve le Ministère d’État chargé de la Défense Nationale, le Ministère des Affaires Étrangères et sa division du maintien de la paix, ainsi que la Commission fédérale de police. Le Ministère des Affaires Etrangères prend un rôle d’intermédiaire entre le gouvernent éthiopien et le Département des Opérations de Maintien de la Paix (DPKO) auprès des Nations Unies en menant les négociations sur les conditions de la participation éthiopienne aux OP. La Mission Permanente de l’Éthiopie auprès de l’ONU s’occupe des aspects logistiques et des remboursements. Tant qu’il ne s’agit pas d’une mission de combat, aucune discussion parlementaire n’a lieu sur le déploiement des troupes au sein d’OP. Une fois que la décision sur le déploiement éthiopien est prise par le Premier Ministre, les ENDF, le Chef d'état-major de la défense, le Centre Éthiopien d’Entraînement aux Soutien de la Paix (PSTC) et le Directeur de la Police fédérale mettent en œuvre les étapes opérationnelles et techniques, dont la sélection et l’entraînement du personnel qui sera déployé. Les ENDF sont regroupées autour du Ministère d’État chargé de la Défense Nationale. Elles sont composées des armées de terre et des forces aériennes. Une marine nationale fait défaut depuis 1996. Ces forces constituent les composantes militaires opérationnelles qui participent au maintien de la paix.

L’ENGAGEMENT DE L’ÉTHIOPIE

 

Dès les premières OP de l’ONU, l’Éthiopie contribue au maintien de la paix. Suite à la chute du régime du Derg dans les années 1990, l’engagement éthiopien au sein des OP s’accroît fortement. Durant les deux dernières décennies, cet engagement se concrétise surtout dans le cadre de missions sur le continent africain, menées par l’ONU. Il y a plusieurs explications à l’importante contribution de l’Éthiopie aux OP. L’engagement s’explique tout d’abord par l’intérêt politique et sécuritaire de stabiliser la région de l’IGAD, afin d’assurer la sécurité et le développement éthiopien. La participation au maintien de la paix agrandit également l’influence régionale et internationale de l’Éthiopie au niveau de la politique étrangère. L’important remboursement onusien pour les efforts éthiopiens dans les OP explique d’ailleurs pourquoi l’engagement de l’Éthiopie s’effectue notamment dans le contexte de l’ONU, et moins dans le cadre d’organisations régionales. Grâce à sa contribution significative aux OP, l’Éthiopie bénéficie également d’un grand soutien bilatéral au niveau de l’entraînement et de l’équipement, ce qui permet une modernisation régulière de son armée. Finalement, l’engagement éthiopien se justifie historiquement : face à l’échec de la Société des Nations, l’Éthiopie attache beaucoup d’importance au système de sécurité collective de l’ONU, au multilatéralisme et au maintien de la paix. Actuellement, les ENDF sont déployées sur quatre théâtres d’opération : au Soudan du Sud (MINUSS), au Darfour (MINUAD), à Abiyé (FISNUA) et en Somalie (AMISOM).

Dans le contexte onusien

 

Depuis 1951, plus de 80000 personnels civils et militaires éthiopiens ont été déployés dans une dizaine d’OP des Nations Unies. Après une longue contribution au maintien de la paix, l’Éthiopie devient le plus important contributeur aux OP onusiennes en 2016. Entre janvier 2016 et juillet 2018 l’effectif varie entre 8215 et 8420 hommes déployés. Actuellement, l’Éthiopie participe à trois OP des Nations Unies : à Abiyé avec la FISNUA, au Soudan du Sud avec la MINUSS et au Darfour avec la MINUAD. En termes d’effectifs, l’Éthiopie déploie actuellement un total de 7854 hommes et de 654 femmes, dont 8242 soldats, 64 policiers, 109 officiers d’état-major et 93 experts en mission. Le nombre de soldats est particulièrement élevé, représentant 97% des personnels éthiopiens actifs, tandis que le nombre d’Éthiopiens dans des rôles dirigeants restent relativement faible. L’Éthiopie est également le plus grand contributeur de femmes aux OP onusiennes. Le contingent au sein de la FISNUA est avec 4452 hommes et femmes le plus important contingent éthiopien actuellement déployé. L’Éthiopie fournit ainsi quasiment toutes les forces onusiennes présentes à Abiyé, en fournissant 97% des forces sur place. L’Éthiopie a participé à des opérations onusiennes en Corée, en ancienne République du Congo, au Rwanda, au Burundi, au Libéria, au Mali, en Côte d’Ivoire, en Haïti, au Soudan et Soudan du Sud. Elle a également contribué aux OP en fournissant des équipements, comme par exemple cinq hélicoptères pour la MINUAD entre 2010 et 2013. L’Éthiopie siège au Conseil de sécurité des Nations Unies en tant que membre non-permanent pour la troisième fois (1967-1968, 1989-1990, 2017-2018).

 

Dans le cadre de l’UA

 

Sur une plus petite échelle, l’Éthiopie participe également au maintien de la paix dans le cadre d’organisations régionales, telles que l’UA et l’IGAD. Membre fondateur de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), l’Éthiopie a toujours soutenu une coopération plus importante entre les États africains. Elle a contribué de manière décisive à la création des différents organes et programmes de l’UA, comme à ceux du Conseil de paix et de sécurité´, et elle continue de plaider pour « des solutions africaines aux problèmes africains ». Le siège de l’union se trouve dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, ce qui montre l’importance du rôle que l’Éthiopie a joué et continue à jouer au sein de l’UA. Le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi a présidé l’OUA de 1995 à 1996. Hailemariam Desalegn a repris son engagement pour la promotion de la paix et de la sécurité lors de sa présidence de l’UA entre 2013 et 2014. De 2003 à 2004, l’Éthiopie a participé à la Mission Africaine au Burundi (MIAB) menée par l’UA. Depuis 2014, elle s’engage également au sein de la mission de l'Union Africaine en Somalie (AMISOM) avec plus de 4400 hommes. L’Éthiopie soutient d’ailleurs le développement de la Force africaine en attente (FAA), avec Addis-Abeba comme quartier général. Il s’agit d’une force de maintien de la paix internationale sous la direction de l’UA qui n’a cependant pas encore vu le jour, faute de financement. Des exercices de commandement et de préparation ont tout de même déjà lieu à Addis Abeba. La capitale éthiopienne accueille également la base logistique de la Force en attente d’Afrique de l’Est (EASF), l’une des cinq brigades régionales de la future FAA, qui s’est déclarée opérationnelle à partir 2014.

 

Dans le cadre de l'IGAD

 

L’Éthiopie fait partie de l’organisation régionale IGAD. Regroupant huit États de l’Afrique de l’Est, l’IGAD a été fondée pour un meilleur contrôle de l’environnement et du développement de la région. Depuis deux décennies, elle participe également au maintien de la paix. Cet engagement pour la sécurité et la paix régionale a été fortement encouragé par le Premier Ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, notamment lors de sa récente présidence de l’IGAD. À partir de 1993, l’IGAD entame le dialogue avec le Mouvement populaire de libération du Soudan. En 2002, des progrès significatifs sont enregistrés lors du processus de paix, sous les auspices de l’IGAD, menant à la signature du Protocole de Machakos en juillet. La Mission préparatoire des Nations Unies au Soudan (UNAMIS) soutient l’IGAD dans ses efforts à partir de 2004. La Mission de soutien de la paix de l'IGAD en Somalie (IGASOM) a été établie en 2005 pour aider le gouvernement transitoire dans son contrôle du territoire. Les forces de cette mission n’ont cependant jamais été déployées. En 2007, l’AMISOM remplace le mandat de l’IGASOM. L’IGAD coopère régulièrement avec l’EASF, notamment dans le cadre de l’entraînement et de la coordination.

 

Coopération multilatérale et bilatérale

 

Dans le cadre de la coopération multilatérale et bilatérale, l’Éthiopie participe à des projets de coopération militaire, notamment avec les États de la région de l’IGAD. Elle coopère également avec l’UA et l’Union Européenne. D’autres partenaires stratégiques importants sont les États-Unis, mais aussi la Chine et le Japon. Les différents programmes multilatéraux et bilatéraux visent à l’acquisition de matériels, à la formation militaire en Éthiopie, à l’entraînement des troupes éthiopiennes et à l’appui et au renforcement infrastructurel. En dehors des coopérations mentionnées, une coopération Sud-Sud de plus en plus approfondie prend corps, permettant des échanges entre États africains, mais également entre l’Éthiopie et le Brésil par exemple. Ainsi, une coopération dans le cadre de l’entraînement des forces de maintien de la paix avec le Brésil est mise en place.

FORMATION

 

Le déploiement des forces éthiopiennes au sein d’OP requiert une préparation adaptée aux théâtres de conflit et un entraînement spécifique. Afin d’optimiser cette préparation, l’Éthiopie a créé le Centre Éthiopien d’Entraînement aux Soutien de la Paix (PSTC), qui a été inauguré à Addis Abeba en 2015. La création du centre a été soutenue par plusieurs États partenaires comme l'Allemagne, la France, les Pays-Bas et le Danemark. Le PSTC remplace le Centre Éthiopien d’Entraînement au Maintien de la Paix (EIPKTC), créé en 2011 avec le soutien financier du Japon. Le PSTC favorise un entraînement intégré, et permet également aux autres pays de la région de suivre une formation dans le maintien de la paix. Ainsi, il prépare les militaires, policiers et civils pour les OP en cours, mais aussi pour les missions africaines à venir, dans des théâtres de conflit de plus en plus complexes. Pour une préparation optimale, le PSTC favorise l’interopérabilité et une coordination effective entre les différentes unités africaines et internationales. Dans une approche multidisciplinaire, la formation pratique ainsi que théorique permet de préparer les futurs personnels à la prévention des conflits, à l’analyse des conflits, à la gestion de crise et à la reconstruction post-conflit. Le PSTC est en échange constant avec d’autres centres de formation et d’entraînement, afin d’optimiser ses programmes de recherche et de formation.


Léonie KUNZE
Stagiaire au Centre d'Etude des Crises et des Conflits Internationaux (CECRI)