Elections présidentielles 2011 en Haïti

Dossier spécial rédigé par Thomas Poulin

19 mars 2011

 

Initialement prévues pour l’automne 2005, les élections municipales, parlementaires et présidentielles ont été reportées à quatre reprises par le gouvernement haïtien de transition. Finalement, l’élection présidentielle a eu lieu le 7 février 2006 et les élections municipales et parlementaires se sont tenues le 21 avril 2006. René Préval, qui avait déjà occupé la présidence haïtienne, a été élu à la tête de l’État au premier tour avec 51,21% des voix.



Contexte historique :

La constitution lui interdisant de briguer un troisième mandat, la présidence de René Préval devait prendre fin le 7 février 2011, date à laquelle il était censé transmettre le pouvoir à un nouveau président élu. Afin de respecter ce calendrier électoral, des élections présidentielle et parlementaire devaient se tenir le 28 février 2010, avec un second tour au besoin le 3 mars 2010. Cependant, le 12 janvier 2010, un tremblement de terre de magnitude sept frappe Haïti. Ce séisme a causé la mort de plus de 220 000 personnes. Plusieurs dizaines de milliers d’Haïtiens ont été blessés gravement, et plus de 1.5 million se sont retrouvés sans-abri. Dans les jours qui ont suivi cette catastrophe, il est devenu évident que les élections prévues en février ne pourraient en aucun cas avoir lieu et que le gouvernement, dont certains membres étaient morts ou encore portés disparus, ne serait pas en mesure de redevenir rapidement fonctionnel. Cette situation a ouvert la porte à une nouvelle période d’incertitude politique pour le pays.

 

Le 3 février 2010, le gouvernement haïtien annonce que les élections sont reportées « à une date ultérieure » non déterminée. Très rapidement, divers acteurs cherchent à dissiper les craintes et laissent entendre que les élections se tiendront avant la fin de l’année 2010. Le 26 avril 2010, René Préval demande l’aide de la communauté internationale afin d’organiser les élections. Face à l’incertitude, le sénat autorise le président à rester en poste jusqu’au 14 mai 2011 si les élections ne peuvent pas avoir lieu en 2010. Cette décision suscite de vives protestations de la part de l’opposition qui y voit une menace à la démocratie. Pour sa part, le Chef de la MINUSTAH, Edmond Mulet, estime en mai 2010 qu’il est techniquement possible d’organiser des élections en Haïti avant la fin de l’année 2010, mais souligne également les risques politiques et sécuritaires potentiels pouvant découler d’élections précipitées et manquant de crédibilité. De plus, le 4 juin, le Conseil de sécurité de l’ONU autorise l’envoi de 680 policiers supplémentaires au sein de la MINUSTAH en prévision des élections.

 

C’est dans ce contexte que le 30 juin 2010, le président haïtien René Préval demande au Conseil électoral provisoire (CEP) d’organiser un scrutin présidentiel et parlementaire en date du 28 novembre 2010. Cette annonce est aussitôt saluée par le Secrétaire général de l’ONU qui souligne que la MINUSTAH et le PNUD ont déjà commencé à mettre en place les moyens nécessaires à une assistance technique, logistique et sécuritaire pour les élections.

Premier tour

La première étape du processus électoral, outre la mise en œuvre des nombreux préparatifs logistiques et sécuritaires, a été la période de validation des candidatures des prétendants aux plus hautes fonctions de l’État. Cette étape a principalement été marquée par le rejet de la candidature du chanteur populaire Wyclef Jean par le CEP. Le chanteur voulait se présenter à la course à la présidence de son pays d’origine pour le parti Viv Ansanm (Vivre ensemble). Cependant, le 20 août, le CEP approuve 19 candidatures pour l’élection présidentielle et en rejette 15 autres, dont celle du chanteur Wyclef Jean qui ne répondait pas à tous les critères posés par le CEP. Frustré dans ses ambitions, M. Jean annonce son intention de porter la décision en appel. Le CEP répond qu’il est impossible de porter en appel la décision en raison de l’article 191 du code électoral, décision appuyée une semaine plus tard par le Secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), José Miguel Insulza. Wyclef Jean se voit ainsi définitivement écarté de l’élection présidentielle.

 

Par ailleurs, un autre évènement important qui marque cette période est la décision prise à la dernière minute par le parti Inité (Unité) du président Préval de ne plus soutenir l’ex-Premier ministre, Jacques-Édouard Alexis. En effet, le parti Inité préfère plutôt appuyer Jude Célestin, directeur de la principale entreprise publique de construction en Haïti, le Centre national des équipements. Cette décision surprend plusieurs observateurs de la vie politique haïtienne, puisque M. Alexis était un ami et un allié politique de longue date du président Préval. Cependant, l’annonce de la candidature de M. Alexis sous la bannière du parti présidentiel avait généré de profondes divisions au sein de la formation politique au point de sérieusement en menacer son unité. M. Alexis se présentera finalement tout de même à l’élection présidentielle avec le parti Mobilisation pour le Progrès d’Haïti (MPH).

 

Au moment du lancement de la campagne électorale, le 27 septembre 2010, les 19 candidats présidentiels approuvés par le CEP sont les suivants : Jacques-Édouard Alexis, Michel Martelly, Jude Célestin, Léon Jeune, Axan Delson Abellard, Yves Cristalin, Génard Joseph, Leslie Voltaire, Charles Henri Baker, Jean-Hector Anacassis, Éric-Smarki Charles, Wilson Jeudi, Jean-Chavannes Jeune, Garaudy Laguerre, Jean-Henry Céant, Gérard-Marie-Necker Blot, Yvon Neptune, Mirlande Manigat et Anne-Marie-Josette Bijou.

 

 

La campagne électorale haïtienne est aussi bien entendu marquée par l’épidémie de choléra qui frappe le pays à partir de la fin octobre 2010. Le 21 octobre 2010, l’Association médicale haïtienne annonce que le nord du pays est touché par une épidémie de choléra qui a déjà fait 135 morts et infecté 1500 personnes. Le lendemain, le Président Préval organise une réunion de crise sur la question afin d’organiser la réponse de son gouvernement. À l’issue de cette réunion est décrété l’état d’urgence sanitaire. Alors que les organisations d’aide humanitaire et les agences de l’ONU organisent la réponse d’urgence, le bilan de l’épidémie, qui s’alourdit d’heure en heure, fait monter les tensions dans le pays. Le 27 octobre, un centre de traitement du choléra de Médecins Sans Frontières, installé dans la ville de Saint-Marc, est attaqué par des manifestants qui brûlent des tentes, retardant les efforts de l’organisation pour lutter contre l’épidémie. La colère de la population se tourne aussi rapidement contre la MINUSTAH et contre le contingent népalais, que certains accusent d’être à l’origine de l’épidémie. Le 1er novembre, les Centers for Disease Control and Prevention semblent confirmer la rumeur en annonçant que la souche de choléra qui sévit à l’heure actuelle en Haïti provient probablement de l’Asie du Sud-Est. L’arrivée de l’ouragan Tomas ne fait rien pour arranger les choses et vient s’ajouter aux nombreuses épreuves que doit déjà surmonter la population haïtienne.

 

Alors que le pays se remet du passage meurtrier de l’ouragan, que l’on compte les victimes du choléra par centaines et que l’animosité de la population envers la mission de l’ONU ne cesse de croître, Edmond Mulet réaffirme le 8 novembre qu’il n’y a aucune raison objective pour ne pas tenir des élections le 28 novembre, car techniquement, logistiquement, au niveau sécuritaire et budgétaire, tout est en place. Toutefois, la tension continue de monter. Le 15 novembre, la MINUSTAH annonce que plusieurs personnes ont été blessées à Cap-Haïtien, dans le nord du pays, lors de heurts entre Casques bleus et manifestants. D’autre part, dans la ville d’Hinche, au centre du pays, des Casques bleus népalais ont été victimes de jets de pierres. Le lendemain, la police haïtienne rapporte que des barricades de pneus en feu ont été érigées et que des coups de feu ont été tirés dans ces deux villes.

 

 

Devant la situation, quatre des 19 candidats à la présidence, soit Josette Bijou, Gérard Blot, Garaudy Laguerre et Wilson Jeudy, demandent un report du scrutin à cause de l’épidémie de choléra qui a déjà fait plus de 1000 morts. Ils exigent la création d’une commission d’enquête indépendante pour déterminer l’origine de l’épidémie, et plus précisément le rôle de la MINUSTAH dans son déclenchement. Cependant, l’idée de repousser les élections est rejetée par plusieurs acteurs internationaux, notamment par l’UE et par l’ONU qui estiment qu’un tel report pourrait mettre en péril la stabilité politique du pays.

 

 

De plus, quelques jours avant les élections, il devient très clair qu’une partie importante de la population s’attend à ce que d’importantes fraudes électorales aient lieu le jour du scrutin. Le 22 novembre, les médias haïtiens font état de manifestations dans la ville de Miragoâne, au sud du pays, où la population locale a érigé des barricades afin de protester contre une supposée collusion entre les observateurs électoraux et le parti au pouvoir. Deux jours plus tard, le directeur du registre électoral national haïtien exprime son inquiétude face aux fraudes qui pourraient survenir lors du vote. Il estime ne pas être certain que les 33 000 travailleurs électoraux soient intègres et qu’il faudrait une participation massive et beaucoup d’observateurs et de journalistes pour empêcher les fraudes. Finalement, deux jours avant le scrutin, le candidat à la présidence haïtienne et chanteur populaire, Michel Martelly, dit craindre que le scrutin soit entaché d’irrégularités et qu’il perde ainsi toute crédibilité et légitimité. Le lendemain de cette déclaration, alors que la campagne électorale vient de prendre fin, le convoi de M. Martelly est victime d’une embuscade et est la cible de tirs d’arme automatique.

 

 

La journée des élections le 28 novembre se déroule relativement bien malgré un certain nombre d’incidents à travers le pays. Plus de 3 200 agents de police de la MINUSTAH, 4 500 policiers haïtiens et 4 200 agents de sécurité ont été déployés pour assurer la sécurité des élections. Malgré cela, de violents incidents ont lieu à travers le pays. Des coups de feu sont entendus à Verrettes (Artibonite), Port-au-Prince et Carrefour, tandis que des urnes contenant des bulletins de vote sont vandalisées dans le quartier Tabarre 27 de Port-au-Prince. Des incidents éclatent aussi dans un bureau de vote de Desdunes où un mandataire du parti Inité est brièvement pris en otage par des manifestants. Des blindés de la MINUSTAH sont dépêchés dans cette ville, où les violences ont coûté la vie à deux personnes. Le CEP déclare toutefois que la journée électorale est une réussite, notant que le scrutin n’a été annulé que dans 56 des 1500 centres de vote et garantissant que des mesures seront prises pour corriger les cas d’irrégularités. Le CEP confirme donc la validité du scrutin.

Contestation des résultats

Le jour même où le CEP valide le vote, douze des candidats présidentiels demandent son annulation, dénonçant un « véritable kidnapping » du scrutin. Des milliers d’Haïtiens manifestent en ce sens à Port-au-Prince. Cette manifestation, organisée moins de 24 heures après la fermeture des bureaux de vote, marque le début d’une longue période de protestation des résultats des élections. Cependant, l’un des principaux favoris dans la course à la présidence, Michel Martelly, change d’avis le lendemain et retire son nom de la déclaration commune de 12 candidats demandant l’annulation du scrutin, affirmant que les fraudes sont moins importantes que prévu. Il est rapidement imité par Mirlande Manigat.

 

 

La réaction des observateurs électoraux quant à elle varie beaucoup. Alors que le Center for Economic and Policy Research qualifie le scrutin de « farce évidente », la mission d’observateurs conjointe de l’OEA et du CARICOM estime pour sa part que les irrégularités, actes de violence, manifestations et problèmes d’organisation n’empêchent pas le scrutin d’être valide. Les résultats officiels devaient initialement être annoncés le 5 décembre, mais cette date est ensuite reportée au 7 décembre. Pendant ce temps, la publication de nombreux résultats non officiels ajoute à la confusion déjà importante. Ceux-ci placent Michel Martelly et Mirlande Manigat largement en tête du scrutin. L’avance des deux candidats est si grande que le parti Inité annonce être prêt à accepter une défaite de son candidat, Jude Celestin, avant de se raviser deux jours plus tard en affirmant être en position de remporter la présidence au premier tour.

 

 

Face à la prolifération des déclarations et des résultats officieux, l’ONU appelle la population à rester calme et à attendre les résultats officiels. Le 2 décembre, ils sont une centaine de personnes à manifester pacifiquement à Port-au-Prince pour exiger l’annulation des élections. Trois jours plus tard, les forces policières dispersent plus de 2000 manifestants à coups de gaz lacrymogènes, lorsque certains des manifestants tentent d’accéder à la zone du palais présidentiel. L’ONU est aussi accusée d’avoir manipulé le vote lors du transport de certaines urnes par la MINUSTAH.

 

 

La journée de la divulgation des résultats, la tension est palpable dans la capitale et les écoles du pays restent fermées par crainte d’une flambée de violence. Jusqu’à quelques heures avant la divulgation officielle, de nombreuses sources laissent entendre que Martelly et Manigat disposent d’une avance confortable sur les autres candidats. C’est donc la surprise qui prévaut lorsque le CEP annonce avec trois heures de retard que Mirlande Minigat arrive en tête avec 31% des voix et que Jude Célestin, avec 22%, devance légèrement Michel Martelly qui obtient 21% des voix. Immédiatement, cette annonce entraîne des manifestations violentes dans les rues de la capitale. Dans les jours qui suivent, des barricades sont érigées dans les rues de la capitale et des affrontements avec les forces de l’ordre font quatre morts et plusieurs blessés. Le quartier général d’Inité, des bureaux de la direction générale des douanes, des impôts, du ministère des Finances et du parquet, ainsi qu’une antenne du CPE sont également détruits par les manifestants. Tous les aéroports d’Haïti sont aussi fermés suite aux manifestations.

 

 

Face à cette situation, le CEP décide d’enclencher le 9 décembre une procédure d’urgence exceptionnelle de vérification au centre de tabulation des procès-verbaux, précisant que ce mécanisme concerne les trois premiers candidats en lice. Jude Célestin accepte cette procédure et appelle ses partisans au calme. Par contre, la procédure fait l’objet de nombreuses critiques. Michel Martelly et Mirlande Minigat refusent d’y participer estimant qu’elle manque de transparence et qu’elle est trop restreinte. Au final, cette annonce ne parvient pas à rétablir le calme chez les partisans de Martelly. Ce dernier propose d’ailleurs d’effectuer un deuxième tour avec tous les candidats. La France, elle, propose un deuxième tour incluant les trois premiers. L’Envoyé spécial de l’ONU pour Haïti, Bill Clinton, se déclare pour sa part en faveur d’un recomptage objectif et indépendant des votes.

 

 

Finalement, l’OEA décide de mettre sur pied à la fin décembre une mission d’assistance technique afin de superviser le recomptage. En attendant ses résultats, le CEP décide de repousser à une date ultérieure le deuxième tour qui était initialement prévu pour le 16 janvier. Le Président Préval quant à lui rejette l’idée de former un gouvernement provisoire si son successeur n’est pas désigné avant la fin de son mandat, le 7 février. Il affirme qu’il restera en poste jusqu’à ce qu’un nouveau président soit élu, et ce, afin de favoriser la stabilité du pays. Finalement, le 13 janvier, la mission de l’OEA remet son rapport final aux autorités haïtiennes dans lequel elle recommande l’élimination du candidat d’Inité, Jude Célestin. Le gouvernement haïtien et le CEP n’adoptent pas immédiatement les conclusions de ce rapport ce qui suscite de vives réactions internationales. De nombreux partenaires bilatéraux et plusieurs organisations internationales exercent des pressions pour que le gouvernement et le CEP respectent leurs engagements et garantissent la crédibilité du processus électoral dans un délai acceptable.

 

 

Finalement, c’est le parti Inité qui prend l’initiative dans le dossier en annonçant par communiqué le retrait de son candidat en conformité avec les recommandations du rapport de l’OEA. Cependant, Jude Célestin lui-même ne confirme pas cette annonce, ce qui génère une certaine confusion puisqu’en vertu de la loi électorale, seul le candidat a l’autorité de faire le retrait de sa candidature par acte notarié. Malgré la confusion, le 29 janvier, le CEP annonce la tenue du deuxième tour pour le 20 mars 2011. Les résultats finaux du premier tour, qui sont publiés le 2 février, placent Martelly et Manigat en tête. Ces résultats suscitent de vives réactions au sein du parti Inité qui estime que ces résultats sont le produit de l’ingérence étrangère dans le processus électoral haïtien. Jude Célestin considère pour sa part qu’on lui a volé l’élection. Inité accepte malgré tout les résultats afin d’éviter des sanctions économiques contre Haïti et de favoriser l’apaisement social. Les résultats sont par contre très bien reçus par les deux candidats vainqueurs et par la communauté internationale qui estime que la volonté populaire est respectée et que le processus électoral haïtien peut aller de l’avant.

Deuxième tour

Après l’annonce des résultats finaux du premier tour par le CEP, les candidats au second tour n’ont pas attendu le début officiel de la campagne le 17 février pour remettre en marche leur machine électorale. Dès le 8 février, Martelly demande à ce que le CEP soit remanié et réformé. Quelque jour plus tard, Martelly et Manigat participent à une réunion de la Commission internationale pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) au cours de laquelle ils exigent des résultats concrets et rapides de la part de celle-ci, notamment en ce qui concerne l’état de droit et la réduction de la pauvreté. La qualité de la gouvernance et l’efficacité de l’aide internationale sont enjeux récurant du deuxième tour qui est fixé pour le 20 mars.

 

 

D’autre part, la campagne du deuxième tour est marquée par les retours le 16 janvier et le 18 mars 2011 de l’ancien dictateur Jean-Claude Duvalier et de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide. Le retour des anciens chefs d’État a jeté une zone d’ombre sur le processus électoral. Le motif exact du retour de Duvalier n’est pas connu, mais ce dernier affirme être revenu pour aider à la reconstruction de son pays. Certaines sources proches de l’ancien dictateur ont même affirmé que celui-ci nourrissait des ambitions présidentielles. Quoi qu’il en soit, peu de temps après son retour, il est appréhendé et inculpé pour corruption, détournements de fonds et de crimes contre l’humanité. Quelques jours après le retour de Duvalier, l’ancien président Jean-Bertrand Aristide fait savoir qu’il désire lui aussi revenir au pays. En réaction à cette annonce, le gouvernement haïtien laisse entendre que si la demande lui était faite, il serait prêt à accorder un passeport diplomatique à l’ancien président. Ce passeport est effectivement délivré le 7 février. Malgré les nombreux appels lui demandant d’attendre la fin des élections avant de rentrer au pays, Aristide revient en Haïti le 18 mars 2011.

 

 

Bien que ces retours inquiètent les partenaires internationaux et bilatéraux, qui les considèrent comme de regrettables diversions, les anciens présidents reçoivent un accueil moins froid de la part de candidats présidentiels. En effet, Martelly et Manigat ne s’opposent pas du tout au droit des anciens présidents de revenir au pays ou même de participer à la vie politique. Michel Martelly déclare même qu’il est « prêt » à travailler avec quelqu’un ayant servi la dictature des Duvalier et « intéressé » à ce que les anciens présidents puissent servir comme conseillers spéciaux. Cependant, les deux candidats demandent à Aristide d’attendre la fin du deuxième tour avant de revenir afin de favoriser le bon déroulement du scrutin.

 

 

Au cours de la campagne électorale, Michel Martelly semble être plus en mesure que son opposante de récolter le soutien des candidats défaits au premier tour. Dès les premiers jours de campagne, le Parti agricole industriel national (PAIN) apporte son appui par voie de communiqué à la candidature de Martelly parce que la plupart de ses priorités sont très proches du programme du PAIN. Le 14 mars, les candidats vaincus Josette Bijou, Wilson Jeudy, Genard Joseph, Chavanne Jeune et Éric Smarki Charles appuient la candidature de M. Martelly et le félicitent pour esprit d’ouverture dont il a fait preuve durant sa campagne. M. Martelly affirme aussi bénéficier du soutien de plusieurs membres du parti politique d’Aristide. Le 9 mars, trois partisans de Mirlande Minigat sont retrouvés morts après avoir été arrêtés par une patrouille de police, alors qu’ils collaient des affiches électorales près du palais présidentiel. L’ONU prévoit d’ailleurs renforcer son soutien à la police nationale d’Haïti en vue du deuxième tour des élections présidentielles afin dissuader tous ceux qui souhaiteraient créer des problèmes.

Acteurs internationaux

Les acteurs internationaux ont joué un rôle très important dans l’organisation et le déroulement des élections. Haïti est à la base un pays où un nombre important d’acteurs internationaux est présent en permanence dans presque tous les aspects de la vie publique. Cela est encore plus vrai depuis le tremblement de terre de 2010. Le gouvernement s’est retrouvé complètement désorganisé et a vu ses capacités d’action complètement paralysées. Les acteurs internationaux sont de facto devenus les principaux intervenants sur le terrain. Cela a eu d’importantes répercussions dans l’organisation de l’élection.

 

 

Dès le 26 avril, le président Préval a demandé l’aide de la communauté internationale pour organiser les élections nationales, constatant que celle-ci était un élément essentiel à la réussite et à la crédibilité du scrutin. L’ONU, l’OEA, le CARICOM et plusieurs autres partenaires bilatéraux dont les États-Unis, le Canada et la France, ont aussitôt commencé à contribuer à l’organisation du scrutin. Le 10 mai, le Groupe de travail sur les élections de l’ONU s’est réuni pour la première fois lors d’une rencontre co-présidée par le président Préval, et le Chef de la MINUSTAH, Edmond Mulet. Le rôle de la MINUSTAH a été particulièrement important dans les préparatifs tant sur le plan sécuritaire qu’organisationnel. Cependant, la mission n’étant pas habilitée à effectuer de l’observation électorale, cette tâche a entre autres été confiée à une mission conjointe OA/CARICOM composée d’une centaine d’observateurs. D’autres missions d’observation de moindre importance ont été déployées par diverse ONG et organisations privées. Une deuxième mission d’observation OEA/CARICOM qui comptera jusqu’à 200 observateurs a aussi été déployée afin de superviser le déroulement du deuxième tour.

 

 

En raison de leur importante présence sur le terrain, les acteurs internationaux, dont principalement l’ONU, sont fréquemment intervenus dans le débat politique haïtien, que ce soit pour lancer des appels au calme ou pour recentrer le débat sur des enjeux importants à leurs yeux. La place des femmes dans la vie politique du pays, l’importance des efforts de reconstruction ou de la lutte contre l’impunité et la pauvreté sont autant de sujets qui ont été soulevés par des intervenants issus des divers organismes de l’ONU. L’ONU s’est aussi retrouvée au cœur d’une controverse ayant profondément influencé la dynamique électorale quand les Casques bleus népalais ont été accusés d’avoir causé l’épidémie de choléra. C’est aussi l’OEA qui a dépêché une mission d’assistance technique pour superviser le recomptage afin de mettre fin à la crise politique à l’issue du premier tour. Finalement, le rapport de cette mission a été adopté par le gouvernement haïtien et le CEP seulement après d’intenses pressions diplomatiques de la part de nombreux pays, dont les États-Unis et le Canada, et de la part d’organisation internationale comme l’ONU, le CARICOM et l’OEA.

Les élections et le mandat de la MINUSTAH

Le mandat de la MINUSTAH prévoit explicitement une participation active de la mission dans le processus électoral haïtien. La résolution 1542, adoptée le 30 avril 2004, établit que la MINUSTAH doit entre autres :

a) Pourvoir, à titre d’appui au Gouvernement de transition, à la sécurité et à la stabilité propice au bon déroulement du processus constitutionnel et politique en Haïti […]

b) Appuyer le processus constitutionnel et politique en cours en Haïti, notamment par ses bons offices, et promouvoir les principes de la gouvernance démocratique et du développement des institutions ;

c) Soutenir le Gouvernement de transition dans les efforts qu’il déploie pour engager le dialogue et la réconciliation dans le pays ;

d) Aider le Gouvernement de transition à organiser, surveiller et tenir au plus vite des élections municipales, parlementaires et présidentielles libres et régulières, en particulier en fournissant une assistance technique, logistique et administrative, en assurant le maintien de la sécurité et en appuyant comme il convient des opérations électorales qui permettent la participation d’électeurs représentatifs de l’ensemble de la population du pays, y compris les femmes ;

e) Aider le Gouvernement de transition à rétablir l’autorité de l’État sur toute l’étendue du territoire haïtien et favoriser la bonne gouvernance au niveau local.

 

 

Pour consulter l’évolution quotidienne de la situation en Haïti depuis le report des élections en février 2010, cliquer ici.

 

 

Thomas Poulin
Agent de recherche 
Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix

19 mars 2011

 

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