Genre

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Traduction littérale du terme anglais Gender, la notion de genre est généralement employée pour désigner l’appartenance sexuelle (homme\ femme). Plus particulièrement, la stratégie d’’intégration du genre insiste sur l’égalité des sexes et sur la prise en compte des préoccupations et des expériences des femmes et des hommes dans toutes les sphères politiques, économiques et sociétales. Une mention particulière est fréquemment accordée à la parité des sexes sur tous les programmes touchant les aspects de la prévention, du règlement des conflits, du maintien et de la consolidation de la paix.

 

En mars 2000, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a reconnu que l’égalité entre les sexes était essentielle à la paix et a convoqué une session spéciale afin d’examiner la situation des femmes dans les conflits armés. Le 31 octobre 2000, la Résolution 1325 a été adoptée, appelant la communauté internationale à faire participer les femmes aux négociations et aux accords concernant le règlement des conflits et la consolidation de la paix. Il s’en est suivi une série de mesures internationales visant à faire intégrer la perspective du genre dans le maintien de la paix.

 

Il s’agissait principalement d’accroître :

 

  1. la participation des femmes aux processus de paix ;
  2. la formation en matière d’équité genre entre les sexes dans le cadre des opérations de paix ;
  3. la protection des femmes et des filles et le respect de leurs droits ;
  4. l’inclusion dans les rapports institutionnels et gouvernementaux, de l’information sur l’intégration des questions de parité entre les sexes relativement aux conflits et à la paix et à la sécurité internationales.

Les dispositions normatives en faveur de l’implication du Genre

La participation des femmes dans les opérations de paix est régie sur le plan international et juridique par des textes qui mettent l’accent sur l’application du genre pour la gestion des conflits et le maintien de la paix. Il s’agit principalement de :

La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des Femmes (1979

Cette convention entrée en vigueur en 1981, condamne toute discrimination de la femme. Elle contient une disposition en vertu de laquelle, les États acceptent que des mesures temporaires spéciales soient prises pour instaurer l’égalité de fait entre les femmes et les hommes sans que l’on puisse considérer qu’il s’agit là d’acte de discrimination.

La déclaration et Plate-forme de Beijing (1995)

La plate-forme de Beijing adoptée à la 4e conférence mondiale sur les femmes, organisée en Chine en 1995, aborde la question des femmes et des conflits armés. La déclaration insiste sur le fait d’élargir la participation des femmes au règlement des conflits et au niveau de la sprise de décision. Elle met l’emphase sur la nécessité de protection des femmes dans les conflits armés et la réduction des violations des droits fondamentaux de la personne, en situation de conflit. Enfin, elle souhaite la promotion d’une contribution effective des femmes au développement d’une culture de la paix

La Déclaration de Windhoek : Plan d’action de la Namibie sur l’intégration d’une démarche soucieuse de l’équité entre les sexes dans les opérations multidimensionnelles de paix (2000)

Il contient des dispositions qui demandent d’accorder une place prépondérante aux questions de parité hommes/femmes dans le Département des opérations de maintien de la paix de l’ONU. Le plan reconnaît la nécessité d’inclure quelques spécialistes des questions de parité entre les sexes au sein du Groupe de la démarche de planification stratégique des opérations de maintien de la paix, afin qu’une démarche sexo -spécifique soit intégrée à tous les aspects de ses activités.

Résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies (CSNU) sur les femmes, la paix et la sécurité (2000)

En octobre 2000, le Conseil de Sécurité des Nations Unies ouvrit une discussion sur les femmes, la paix et la sécurité. Il s’agissait principalement d’accroître la participation des femmes à tous les niveaux de prise de décisions et dans les opérations de maintien de la paix.

L’implication des Organisations Internationales

De nombreuses organisations, notamment le G8, l’Union Africaine, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), la CEDEAO (Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest ... ont fait des déclarations insistant sur le rôle crucial des femmes dans la prévention des conflits et se sont engagées à tenir compte des questions relatives à l’égalité des sexes. Parmi ces mécanismes institutionnels, nous retenons les mesures essentielles de l’UNIFEM (Fonds de Développement des Nations Unies pour la Femme) en matière de participation des femmes dans les opérations de paix.

 

L’UNIFEM a pour mission de lancer et de soutenir des initiatives novatrices en matière d’égalité des sexes. Elle s’engage aussi à d’aider d’autres organismes s’occupant de recueillir et d’analyser des données sur l’impact des conflits armés sur les femmes et sur le rôle des femmes dans la consolidation de la paix. L’organisation a intensifié son action depuis 2000 sur quatre mesures essentielles : • Multiplier les informations relatives à l’impact des conflits sur les femmes et sur leur rôle dans la consolidation de la paix ; • Renforcer les mesures visant à protéger et à aider les femmes touchées par un conflit ; • Accroître la participation des femmes à la prévention et au règlement des conflits ainsi qu’à la consolidation de la paix, à l’échelle nationale, régionale et internationale après un conflit ; • Faire adopter une démarche sexo-spécifique dans le cadre des initiatives intergouvernementales de paix et de sécurité.

Problèmes et perspectives

Parmi les principaux obstacles qui s’opposent à l’application de la résolution 1325 aux opérations de paix, on peut citer le fait que le personnel féminin des missions de paix soit peu nombreux, qu’il n’y ait pas de structures permettant d’intégrer une démarche soucieuse de la parité entre les sexes et que le personnel onusien comprenne mal comment intégrer dans son travail quotidien la problématique de l’égalité entre les sexes.

 

L’intégration d’une perspective sexo-spécifique dans les opérations de paix pâtit aussi du manque de mécanismes appropriés et de la pénurie de ressources financières. Malgré les déclarations politiques de bonne volonté de la part des autorités institutionnelles et gouvernementales, l’intégration du genre dans les opérations de paix est loin d’être réussie. Jusqu’à présent, on ne constate aucune procédure commune et stratégie concrète pour la formation et la promotion des femmes dans des positions hiérarchiques importantes au sein des dispositifs institutionnels (ONU, UE, UA, CEDEAO...). De même, peu de mandats des missions de paix contiennent des références explicites sur la parité des sexes ou sur les incidences des conflits armés sur les femmes et aux petites filles. Les questions de genre sont souvent marginalisées et les femmes tenues à l’écart des initiatives de paix et des efforts de reconstruction post-conflit.

 

Pour remédier à ces problèmes, il est primordial que les femmes comme les hommes soient sensibilisés à l’intégration du genre dans les opérations de paix et qu’ils endossent une responsabilité conjointe à tous les niveaux hiérarchiques de la mission. Il est nécessaire de disposer de spécialistes des questions de parité dans toutes les sphères de maintien de la paix, aussi bien au siège des organisations que dans les missions, pour aider les responsables de haut niveau à s’acquitter de leur mandat en matière d’intégration d’une démarche sexo-spécifique.

 

En effet, il est important que les principes d’égalité, de parité et d’intégration du genre soient spécifiquement affirmés dans les éléments constitutifs de la mission onusienne de maintien de la paix. Une inclusion spécifique de ces questions dès le début de la mission éviterait toute action ou décision controversée sur le mandat de l’opération ; en outre, elle servirait également de rappel constant à ceux qui conduisent et participent à l’opération. La formation sur la parité sexuelle du personnel onusien chargé du maintien de la paix peut également promouvoir l’intégration de la dimension genre au sein de l’opération militaire, nonobstant le nombre et le niveau hiérarchique des femmes engagées dans la mission. Des approches concertées et une collaboration plus étroite doivent être encouragées non seulement par les gouvernements mais aussi par les Nations Unies et les organisations régionales.

 

De plus, il est nécessaire d’accroître la sécurité des femmes dans le contexte du maintien de la paix en sensibilisant les unités militaires et les forces de police civile aux questions de genre. Avec le support de l’UNIFEM et d’autres groupes de femmes sensibilisées sur ces questions, on peut espérer une amélioration des conditions des femmes dans les conflits armés. Pour ce faire, il convient de soutenir les activités des femmes dans le cadre d’initiatives locales et communautaires en faveur du maintien de la paix. Les acteurs intervenant dans les conflits devraient identifier et hiérarchiser les besoins des femmes et renforcer les capacités de celles qui assument des fonctions de direction au niveau communautaire. Ces mesures permettront d’accroître leur participation au processus de consolidation de la paix.

 

Mountaga Diagne

Doctorant et chargé de cours, 
Université du Québec à Montréal

2 mai 2006