Fiche d'information de l'État : Gabon Gabon

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Gabon

Le Gabon est un pays d’Afrique centrale qui a adhéré à trois organisations habilitées à conduire des opérations de maintien de la paix : l’ONU (1960), l’UA (1963) et la CEEAC (1983).

 

Depuis 1960, le Gabon a privilégié, dans un premier temps, la voie diplomatique pour le règlement des conflits en Afrique en se conformant au chapitre VI de la Charte des Nations unies (Règlement pacifique des différends) et à la Commission de médiation, de conciliation et d’arbitrage de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA). Cette dernière est devenue l’Union africaine en 2002. Pour cela, le pays s’est beaucoup investi dans la résolution des conflits tels que Tchad-Libye, Angola, Namibie, Centrafrique, Congo-Brazzaville en offrant ses bons offices. De 2005 à 2010, le Gabon a été l’un des quinze membres du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine (CPS).

 

Dans un deuxième temps, c’est seulement depuis 1997 que les Forces armées gabonaises (FAG) commencent à participer aux opérations de paix en Afrique en général et en République centrafricaine en particulier. Aujourd’hui, les militaires gabonais ne sont présents que dans la Mission de consolidation de la paix en Centrafrique (MICOPAX).

 

Instances décisionnelles nationale et communautaire

 

Cette participation dans les opérations de paix s’est faite par la volonté du président de la République, car le Parlement - Assemblée Nationale et Sénat - n’est pas consulté sur la question de l’envoi des FAG dans les opérations de paix.

 

Les questions de défense et de sécurité relèvent du président de la République qui est également chef suprême des forces de défense et de sécurité nationales. Celles-ci assurent essentiellement la défense de la nation et la sauvegarde de l’ordre public. Ces forces garantissent aussi le respect des alliances, traités et accords internationaux.

 

Les forces de défense sont sous la tutelle du ministère de la Défense nationale et sont composées des Forces armées gabonaises (les Armées de Terre, de l’Air, de l’Aviation légère des Armées, de la Marine nationale, du Corps des Sapeurs pompiers), du Génie militaire, du Service de Santé militaire, de la Garde républicaine et la Gendarmerie nationale. Quant à la Police nationale, elle dépend du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique.

 

Au niveau de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique centrale, dans le cadre du Conseil de paix et de sécurité de l’Afrique centrale (COPAX), les forces armées sont chargées de prévenir et de résoudre les conflits et de mener des actions nécessaires à la consolidation de la paix et de la sécurité dans la sous-région. Dans la mise en œuvre des opérations de paix, c’est la conférence des chefs d’État du COPAX qui décide de la mise en place d’une opération de paix en déterminant le mandat et en désignant le président ad hoc chargé de l’exécution et du suivi de cette mission. Ensuite, c’est la Commission de défense et de sécurité (CDS) qui fait une évaluation stratégique et opérationnelle. Cette Commission est la structure de préparation des décisions réunissant des experts militaires et des diplomates.

 

C’est après que l’état-major général des FAG (EMGFA) met à sa disposition la nature et le volume des troupes demandées en tenant compte des impératifs techniques, d’efficacité et de la représentativité de toutes les forces armées, auxquelles sont parfois associées les forces de police.

 

Les différentes participations des forces armées gabonaises aux OMP

 

Depuis son engagement dans les opérations de paix, le Gabon a participé au niveau international aux missions des Nations unies et à l’échelle continentale à celles de l’Union africaine, de la CEMAC et de la CEEAC. Aujourd’hui, on peut évaluer à plus de 3.000 le nombre de militaires et de policiers qui ont pris part à ces opérations. Dans la plupart d’entre elles, c’est l’Armée de Terre qui fournit le gros des troupes (près de 80 à 90 % des effectifs selon les relèves) et le reste est complété par l’Armée de l’Air, l’Aviation légère des Armées, la Marine nationale, les Sapeurs pompiers, le Service de Santé militaire, la Gendarmerie nationale et la Police nationale.

 

Sous l’égide de l’ONU

 

Sous bannière onusienne, les Forces armées gabonaises ont participé à quelques opérations de paix sur le continent. La première, c’est la Mission des Nations unies en Centrafrique (MINURCA), d’avril 1998 à février 2000, avec un bataillon. Ensuite, le Gabon a envoyé quelques observateurs militaires dans d’autres missions de l’ONU en Afrique : l’Opération des Nations unies au Burundi (ONUB) de juin 2004 à décembre 2005, la Mission des Nations unies au Soudan (MINUS) de 2005 à 2008, la Mission des Nations Unies et de l’Union africaine au Darfour (MINUAD) de décembre 2007 à octobre 2008 et la Mission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT) où le pays était souvent représenté par un seul observateur militaire (2008-2010).

 

Dans cette collaboration avec l’ONU, les militaires gabonais ont servi auprès des Représentants du Secrétaire général. Ainsi, le colonel Alioune Ibaba et le contre-amiral Ignace Martin Mavoungou furent conseillers militaires du Représentant du Secrétaire général et Chef du Bureau d’appui des Nations unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau de 1999 à 2003. Le commandant-major Jean Bernard Nguema Bilong, seul observateur gabonais militaire dans la MINURCAT, était aussi conseiller du Représentant du Secrétaire général pour cette mission (2008-2009). Le lieutenant colonel Guy Claude Ndong Edou fut représentant de la MINURCAT à Bangui et également officier de liaison entre la BONUCA, les FACA et la MICOPAX (2009-2010). Quant au général Barthélemy Ratanga, il a été commandant de la MINURCA et a assumé également la fonction de chef de mission au sein de cette opération (1998-2000).

 

Sous l’égide de l’Union africaine et de la CEEAC

En marge de sa participation dans les opérations onusiennes, le Gabon n’est pas moins actif dans les organisations régionale et sous-régionale. A ce sujet, sa première participation dans une force militaire de l’OUA a eu lieu en juin 1978 dans la province minière du Shaba dans l’ex-Zaïre, avec une compagnie commandée par le capitaine Edouard Nkili Edjo. Composée d’autres contingents marocain, sénégalais, togolais et ivoirien, cette force avait pour mandat de rétablir l’ordre. Après, les militaires gabonais sont intervenus dans d’autres missions africaines : la Mission interafricaine de surveillance des Accords de Bangui en Centrafrique (MISAB) de février 1997 à avril 1998 ; la Mission de l’Union africaine au Burundi (MIAB) de mars 2003 à mai 2004 ; la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS), avec quelques observateurs militaires d’octobre 2004 à décembre 2007. Ces derniers ont été affectés à la Mission des Nations Unies et de l’Union africaine au Darfour (MINUAD) jusqu’en octobre 2008.

 

Au niveau de la sous-région d’Afrique centrale, de novembre 2002 à juillet 2008, le Gabon, le Congo-Brazzaville, la Guinée Equatoriale et le Tchad, membres de sa Communauté économique et monétaire (CEMAC), ont mis en place la Force multinationale en Centrafrique (FOMUC) pour résoudre l’une des nombreuses crises politico-militaires survenues dans ce pays. En ayant en charge le dossier centrafricain dans la sous-région, le Gabon assurait un rôle de leadership dans le cadre de cette force tant sur le plan humain que financier. Le contingent gabonais s’est déversé par la suite dans la Mission de consolidation de la paix en Centrafrique (MICOPAX) sous l’égide de la CEEAC, qui a pris le relais depuis le 8 juillet 2008. C’est l’ambassadeur Albert Akendengué qui en est le représentant spécial du président du Gabon, en poste depuis cette date. Notons que toutes les opérations effectuées en Centrafrique jusqu’en 2008 n’ont eu pour commandants que des officiers gabonais : trois (3) pour la MISAB, un (1) pour la MINURCA et quatre (4) pour la FOMUC.

 

Dans ces différentes missions, les FAG ont effectué les tâches classiques des opérations de paix : le désarmement des mutins ; la sécurisation des institutions, des installations et des localités ; l’assistance médicale ; la supervision des élections et de la distribution de l’aide humanitaire ; la supervision des opérations de Désarmement, Démobilisation et de Réintégration (DDR) ; l’observation du respect des accords de cessez-le-feu par les parties signataires ; la restructuration des Forces armées centrafricaines et la formation des policiers et des cadres militaires. De plus, des actions à caractère social et de développement ont été entreprises. Elles étaient axées essentiellement sur l’éducation, l’eau et les infrastructures routières comme en Centrafrique.

 

Dans cette participation gabonaise, les forces de police et les femmes sont sous-représentées. Ces dernières ne sont que trois à avoir pris part aux opérations de paix. Quant au personnel civil, il est quasi inexistant.

S’agissant des pertes en vies humaines au cours des missions, trois décès ont été enregistrés au niveau des FAG à ce jour : deux sous-officiers et un général de brigade.

 

En plus de sa participation dans les opérations de paix, le Gabon a accueilli en 2006 près de 1100 militaires de la Force de l’Union européenne (EUFOR) en partance pour la République démocratique du Congo (RDC) en vue de surveiller le processus électoral. Libreville servait de base de départ et de soutien logistique. Indépendamment de sa présence dans les opérations, la diplomatie gabonaise est toujours sollicitée pour le règlement de certaines crises en Afrique. Les questions du Congo (Brazzaville), de la Côte d’Ivoire, du Soudan, du Tchad, du Tchad-Soudan ou surtout de la Centrafrique sont souvent traitées à Libreville.

 

La formation des personnels des opérations de maintien de la paix

 

Pour être performantes sur le terrain, les forces de défense et de sécurité gabonaises bénéficient de plusieurs formations aussi bien dans les écoles de maintien de la paix que dans le cadre de la coopération militaire bilatérale avec ses partenaires. À propos des écoles de maintien de la paix, celles de Bamako (Alioune Blondin Beye, Mali) et d’Accra (Kofi Annan International Peacekeeping Training Centre (KAIPTC), Ghana) reçoivent des officiers stagiaires gabonais. A ces deux écoles, s’ajoute, au plan national, l’Ecole d’état-major de Libreville (EEML) qui est à vocation régionale (ENVR) accueillant des officiers stagiaires de divers pays africains. L’EEML organise chaque année des séminaires sur le maintien de la paix en collaboration avec le Centre Pearson pour le maintien de la paix du Canada, le Comité International de la Croix-Rouge, par son antenne de Yaoundé (Cameroun) et l’école de maintien de la paix de Bamako.

 

S’agissant de la coopération militaire bilatérale, des pays tels que l’Afrique du Sud, l’Allemagne, l’Angleterre, la Belgique, l’Egypte, les Etats-Unis, l’Italie et la Suisse ont assuré des formations aux militaires gabonais. Dans le cadre du programme français RECAMP (Renforcement des Capacités africaines pour le Maintien de la Paix), le pays a organisé une manœuvre « Gabon 2000» à Lambaréné et a participé à « Sawa » (Cameroun) en 2006. De plus, les Détachements d’Instruction opérationnelle (DIO), qui sont organisés par les Forces françaises au Gabon (FFG), donnent une formation poussée aux unités organiques des pays contributeurs, avant leur engagement dans les théâtres d’opération. Quant au programme américain ACOTA (Africa Cotingency Operations Training and Assistance), le Gabon en fait partie depuis 2004 et les formations se sont déroulées en 2005, 2006, 2007, 2009 et 2011.

 

Les militaires gabonais participent à d’autres séminaires de formation organisés par des centres tels que le Centre Pearson, le Centre d’Etudes Stratégiques africain (CESA) des États-Unis ou des organisations comme l’Union européenne ou l’Organisation internationale de la Francophonie.

 

Au niveau du Conseil de paix et de sécurité (COPAX) de la CEEAC, le Gabon participe à l’établissement de la brigade régionale, la Force multinationale d’Afrique centrale (FOMAC) qui s’inscrit dans le cadre de la Force africaine en Attente (FAA). La FOMAC doit appuyer l’action politique et diplomatique de la Communauté par des déploiements de terrain. L’état major régional (EMR) est installé à Libreville où travaillent des officiers selon des quotas par pays. Il en est de même du Mécanisme d’alerte rapide de l’Afrique centrale (MARAC), chargé d’informer et d’alerter les instances décisionnelles aux fins de la prévention des crises. La CEEAC a organisé des manœuvres dans le cadre du maintien de la paix. Le Gabon a accueilli la manœuvre «Biyongho 2003 » dans la province du Haut-Ogooué et a participé à l’exercice multinational de Brigade d’alerte rapide « Barh-El-Gazel » (Tchad) en 2007, ainsi qu’à l’exercice multidimensionnel « Kwanza 2010 » en Angola.

 

Retenons que c’est à Libreville qu’a été installé le Bureau régional des Nations unies en Afrique centrale (UNOCA) en mars 2011.

 

Lucien Manoukou

Institut de Recherche en Science Humaine, Libreville, Gabon

19 juin 2012