Historique de l'opération IGASOM

< Retour au détail de l'opération IGASOM

IGASOM       Somalie

Mission de soutien de la paix de l'IGAD en Somalie (2005-2007)

 

La mission de soutien de la paix de l'IGAD en Somalie a été officiellement établie en avril 2005 afin d'aider au retour du gouvernement fédéral transitoire et de lui permettre d'exercer un contrôle sur l'ensemble du territoire, à l'exception du Somaliland. Cette mission a été endossée par l'Union Africaine en mai 2005 et mandatée par le Conseil de Sécurité de l'ONU en décembre 2006 (Résolution 1725). L'IGASOM n'a toutefois jamais été déployée. Le mandat onusien voté le 19 février 2007 autorisant l'établissement de la Mission de l'Union Africaine en Somalie (AMISOM) annule par la même occasion la résolution 1725 qui autorisait le déploiement de l'IGASOM.



Depuis l'éclatement de la guerre civile en 1991 et la déclaration d'indépendance du Somaliland, la Somalie est privée de gouvernement central, déchirée par une lutte interclanique. Malgré les tentatives de médiation de la Communauté internationale, l'échec des missions humanitaires et d'imposition de la paix mandatées par les Nations Unies a aggravé la situation sécuritaire du pays.

 

Le 10 octobre 2004, Abdullahi Youssouf Ahmed est élu président et un Gouvernement Fédéral Transitoire est formé. La situation ne lui permettant pas de s'installer sur le sol somalien, le gouvernement représente officiellement et dirige virtuellement le pays depuis le Kenya. Le 25 octobre 2004, le nouveau président somalien demande à l'Union africaine de déployer une force de 15 000 à 20 000 membres afin de désarmer les chefs de guerre et leurs troupes en Somalie. Il réitère sa demande devant le Conseil de sécurité de l'ONU en novembre 2004, demande accueillie avec prudence par les intéressés. L'UA en accepte toutefois le "principe" en janvier 2005. À Mogadiscio, des manifestations hostiles accueillent l'éventualité de ce déploiement de forces étrangères.

 

Lors de sa première réunion le 15 janvier 2005, le gouvernement somalien crée une commission chargée d'étudier la question de son transfert vers la Somalie. Le 31 janvier, l'IGAD se déclare disposée à participer à une future mission de paix de l'UA en Somalie. Le 7 février 2005, le Conseil de Paix et de Sécurité de l'UA autorise l'IGAD à déployer une mission d'appui à la paix et invite la communauté internationale à y apporter son soutien en attendant le déploiement d'une mission de l'UA. D'importants chefs de guerre somaliens consentent au déploiement de la force, à condition que les pays limitrophes impliqués dans le conflit en soient exclus. Pour sa part, le Conseil de sécurité demeure prudent et, après avoir recommandé le renforcement de l'embargo sur les importations d'armes imposé en 1992, rappelle qu'un tel déploiement doit obtenir l'appui de la population somalienne.

 

La décision de l'IGAD instituant l'IGASOM intervient en avril 2005. La mission est toutefois retardée faute de moyens et de consensus sur les États participants. Le 12 mai 2005, le parlement somalien approuve l'installation du gouvernement dans deux villes somaliennes, en raison, d'une part de l'insécurité qui règne à Mogadiscio, et d'autre part des divisions au sein même des Institutions Fédérales Transitoires. À la suite de cette décision, l'UA autorise le lancement de la phase I du déploiement de la mission de soutien de la paix de l'IGAD en Somalie (IGASOM) et annonce le déploiement d'une force initiale de 1700 soldats ougandais et soudanais pour aider au retour du gouvernement. À l'issue de cette première phase, une mission de l'UA devrait succéder à l'IGASOM.

 

Les premières estimations du Colonel Peter Marwa, chef des opérations de maintien de la paix à l'IGAD prévoyaient de déployer les premiers éléments de la Force de maintien de la paix en Somalie avant la fin du mois de septembre 2006. Il s'agirait d'un déploiement de huit bataillons devant aider au rétablissement de la paix comprenant au total 6800 hommes. L'Ouganda et le Soudan ont été pressentis pour envoyer des troupes, car n'étant pas limitrophes de la Somalie. Ces deux pays auraient envoyé les deux premiers bataillons dans la ville kenyane de Garissa, à la frontière avec la Somalie d'où les bataillons se seraient déployés ensuite à Baïdoa, au Nord-Ouest de Mogadiscio, ville où siègent les institutions gouvernementales de transition. Le déploiement initial de l'IGASOM a toutefois été retardé par la réticence du Conseil de Sécurité de lever l'embargo sur les armes, imposé depuis 1992. Cette levée d'embargo risquait, pensait-on, d'aggraver la situation. Pourtant, selon un rapport du Secrétaire Général des Nations Unies daté de novembre 2006, l'embargo était loin d'être effectif. À cette date, l'apparition d'un nouvel acteur, l'Union des Tribunaux Islamiques, a commencé à menacer le peu de légitimité des institutions gouvernementales de transition. Depuis juillet 2006, sortis vainqueurs des combats qui les ont opposés aux Seigneurs de guerre soutenus par les États-Unis, les combattants des Tribunaux Islamiques ont peu à peu étendu leur contrôle dans le sud du pays, restaurant un semblant d'ordre, notamment par l'instauration de la Sharia. Devenant un acteur politique majeur, les Tribunaux Islamiques ont entrepris de négocier avec le gouvernement transitoire, mais ces négociations, sous l'égide de la Ligue des États Arabes sont menacées par la régionalisation du conflit : l'Éthiopie, soutenant le gouvernement transitoire, et l'Érythrée, soutien précieux des Tribunaux Islamiques s'apprêtent à mener en Somalie une guerre par procuration alors qu'un différend frontalier opposent toujours ces deux pays.

 

Devant les risques d'escalade, le Conseil de Sécurité a voté la levée officielle de l'embargo et autorisé le déploiement de l'IGASOM, une décision critiquée par les Tribunaux Islamiques qui menacent tout soldat étranger de représailles. La décision du Conseil de Sécurité, qui semble prendre fait et cause pour le gouvernement transitoire au détriment du dialogue entre les parties au conflit, semble avoir aggravé la crise, ce alors même que le déploiement de l'IGASOM demeure hypothétique. En effet, des rares pays membres de l'IGAD et susceptibles de déployer une force (i.e. non limitrophes de la Somalie) seul l'Ouganda s'est déclaré prêt à déployer 800 hommes, entraînés par les États-Unis, alors que le Soudan, qui avait donné son accord en 2005, s'y oppose en fin de compte, réticent à accepter un pareil déploiement au Darfour.

 

Face à l'avancée des combattants des Tribunaux Islamiques, l'Éthiopie, décidée à protéger le gouvernement transitoire qu'elle a aidé à établir, et à éviter l'instauration d'un gouvernement islamique en Somalie déploie ses troupes en terre somalienne. L'affrontement entre les troupes éthiopiennes, soutenant les forces gouvernementales, et celles de Tribunaux Islamiques tourne rapidement en faveur des premières. Après une dizaine de jours de confrontations réelles, les Tribunaux Islamiques abandonnent leurs dernières positions à Jilib et à Kismayo le 1er janvier 2007. La fin des combats ne signifie cependant pas la fin de la guerre et, au vu du regain d'insécurité dans les rues de Mogadiscio, une force internationale d'envergure s'avère nécessaire. Toutefois, l'IGAD n'est pas plus en mesure de fournir une telle force qu'elle ne l'était auparavant. C'est donc dans le cadre élargi de l'Union Africaine que se produira le déploiement d'une Mission Africaine en Somalie (AMISOM).