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Géorgie

La Géorgie est un pays du Caucase qui a déclaré son indépendance face à l’URSS le 9 avril 1991 et qui fait partie de deux organisations habilitées à conduire des opérations de paix : l’ONU (1992) et l’OSCE (1992). La Géorgie a également été membre de la Communauté des Etats Indépendants (CEI) de 1993 à 2008 et de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC) de 1993 à 1999.

Politique de maintien de la paix

La politique de maintien de la paix de la Géorgie telle que menée actuellement par les dirigeants du pays est influencée par trois principaux facteurs qui peuvent difficilement être dissociés les uns des autres : les difficiles relations avec la Russie, les velléités indépendantistes de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie et le désir de Tbilissi de rejoindre l’OTAN.

 

Les tensions entre Tbilissi et Moscou s’expliquent en grande partie par le profond désaccord des deux pays face à l’avenir des régions séparatistes de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. Ce désaccord a d’ailleurs mené à une brève guerre entre la Russie et la Géorgie en 2008, guerre ayant renforcé le désir de la Géorgie de devenir un pays-membre de l’OTAN, cet objectif étant l’une des priorités énoncées dans le National Strategic Concept adopté en décembre 2011. Les aspirations atlantistes de Tbilissi permettent à leur tour de comprendre pourquoi la Géorgie tend à participer aux missions déployées par l’OTAN : le pays entend ainsi démontrer son désir de coopérer davantage avec l’OTAN et augmenter son interopérabilité militaire avec les pays de l’Alliance, dans l’optique d’une future adhésion. La logique sous-jacente à la participation géorgienne aux opérations de paix de l’Alliance atlantique est donc en grande partie liée à son désir de tisser des liens étroits avec l’OTAN tout en créant une quasi-obligation pour les pays-membres de l’organisation – au premier rang desquels les Etats-Unis – d’intervenir en Géorgie dans l’éventualité d’un nouveau conflit avec la Russie.

 

L’Alliance atlantique a annoncé lors du Sommet de Bucarest, en 2008, que la Géorgie deviendrait un Etat-membre de l’organisation. Si cette déclaration a été réitérée à diverses reprises depuis, aucun échéancier n’a été avancé.

 

Il existe toutefois d’autres raisons pour lesquelles la Géorgie participe à des opérations de paix. Parmi celles-ci, il convient de mentionner la volonté du pays d’envoyer ses troupes dans des théâtres d’opération difficiles afin de les former à moindre coût dans le cadre d’accords bilatéraux de coopération. Les troupes géorgiennes devant être déployées dans une mission de paix de l’OTAN sont ainsi par exemple envoyées sur une base américaine en Allemagne pendant un mois afin d’y suivre un entraînement militaire en complément d’une formation de cinq mois reçue au pays. En outre, la participation de soldats géorgiens à des missions de paix permet d’endurcir ces troupes tout en donnant au gouvernement l’opportunité de recevoir en retour une aide militaire et financière substantielle.

 

Bien que son expérience en termes d’opérations de paix soit relativement récente, la Géorgie a su, au fil de la dernière décennie, développer une certaine expertise dans l’ingénierie, les unités médicales et la protection des contingents. Sa contribution à la FIAS démontre également la qualité de ses forces spéciales dans les opérations de combat.

 

Bien qu’étant disposée à participer à des OMP aux quatre coins de la planète, la Géorgie attache une importance toute particulière à la sécurité et à la stabilité dans la région du Caucase et en Asie centrale. À cet effet, le pays milite au sein des forums internationaux en faveur d’une plus grande efficacité dans la lutte au trafic d’armes et de drogues, deux facteurs majeurs d’instabilité dans la région.

Structures décisionnelles

 

La Constitution géorgienne ne porte aucune mention référant à un éventuel déploiement des troupes nationales en dehors du pays. Elle indique toutefois dans son article 98 que la mission de l’armée est, outre de « défendre la souveraineté et l’intégrité du territoire national », d’honorer les obligations internationales du pays. Se basant sur une interprétation large de cet article, la Loi sur la participation des troupes aux opérations de paix 39 (44) a été adoptée le 22 juillet 1999 par le Parlement. Cette loi encadre le déploiement de militaires et civils géorgiens dans le cadre d’une mission de paix.

 

Ce document législatif, adopté quelques semaines seulement avant l’envoi d’un 1er contingent géorgien au Kosovo au sein de la KFOR, indique qu’aucun déploiement ne peut avoir lieu sans le consentement du Parlement. Ainsi, en cas de sollicitation de la part d’une organisation internationale, les ministères géorgiens des Affaires étrangères et de la Défense soumettent des recommandations conjointes au président du pays. Si ce dernier souhaite déployer du personnel dans une mission, une proposition en ce sens est soumise au Parlement pour approbation. Si la proposition est entérinée, il revient ensuite au ministère des Affaires étrangères de mener les négociations quant aux modalités de déploiement. Il est important de noter que la loi du 22 juillet 1999, précise également que le pays se donne la possibilité de participer à des missions d’imposition de la paix.

 

Evolution du maintien de la paix

 

Au cours de sa courte histoire, la Géorgie a participé à trois missions de paix sanctionnées par le Conseil de sécurité de l’ONU, mais en a hébergé cinq sur son territoire (la CISPKF, la JPKF, la MONUG et l’OSCE-Géorgie sont terminées, alors que la MSUE est encore déployée sur le territoire). Une de ces participations s’est déroulée au Kosovo dans le cadre de l’OSCE, au sein de l’OMIK. Les deux autres ont eu lieu sous la bannière de l’OTAN, organisation à laquelle la Géorgie est associée, notamment dans la cadre du programme Partenariat pour la Paix. Tel que mentionné plus haut, les premières participations de la Géorgie au maintien de la paix ont débuté en 1999 au Kosovo au sein de la KFOR et de l’OMIK. Entre 1991 et 1999, le pays fait face à de graves tensions avec les provinces séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, tensions qui mènent au déploiement de pas moins de quatre OMP simultanées. La situation interne permet donc d’expliquer la non-participation du pays à des OMP avant 1999.

 

Il est possible de découper en trois périodes l’évolution de la participation de Tbilissi aux OMP. De 1999 à 2003, celle-ci est relativement faible et comprend presque exclusivement des tâches non-dangereuses, avec une période de rodage, faite de tâches simples. Puis en 2003, le président de l’époque, Edouard Chevardnadze, annonce son intention de faire de son pays un État-membre de l’OTAN. En août de la même année, le pays s’engage dans l’opération militaire Iraqi Freedom aux côtés notamment des Etats-Unis et du Royaume-Uni, déployant jusqu’à 1850 soldats en 2007, notamment pour protéger la MANUI. En parallèle, Tbilissi décide en 2004 de participer à la FIAS en y envoyant une cinquantaine de militaires.

 

Le conflit armé entre la Géorgie et la Russie, à l’été 2008, constitue un autre point tournant dans la participation du pays aux OMP. Suite à cette courte guerre qui provoque d’une part le rapatriement d’une grande partie des contingents géorgiens déployés en Afghanistan et en Iraq et la perte de contrôle de facto de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, la Géorgie augmente graduellement, en 2009 puis en 2012, mais néanmoins de manière significative, sa contribution à la FIAS et, avec un contingent de près de 2000 militaires prêts à réaliser l’ensemble des tâches de combat mais aussi des formateurs, des ingénieurs, des médecins et des membres des forces spéciales, le pays devient en 2012 le 2e principal contributeur de troupes de la FIAS et le 1er contributeur hors-OTAN.

 

Dans le même temps, la Géorgie est présentement en pourparlers avec le Secrétariat général de l’ONU pour déployer un premier contingent dans une mission onusienne, ainsi que des hélicoptères, qui sont une denrée rare mais nécessaire dans les missions de l’ONU. C’est dans le cadre d’un déploiement futur qu’une équipe de l’ONU conduit donc début 2012 une mission d’évaluation en Géorgie.

 

Damien Larramendy

Agent de recherche au réseau de recherche sur les opérations de paix

25 mai 2012