Fiche d'information de l'État : Ghana Ghana

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Ghana

La République du Ghana est un État d'Afrique occidentale indépendant depuis mars 1957. Le pays est membre de trois organisations compétentes pour conduire des opérations de paix : l'ONU (1957), l'OUA/UA (1963) et la CEDEAO (1975).

Politique de maintien de la paix

 

En tant que membre de la communauté internationale, le Ghana s'efforce régulièrement de participer au maintien et à la consolidation de la paix dans le monde, et plus particulièrement en Afrique,conformément à la charte onusienne.

 

La participation des Forces armées ghanéennes (GAF) aux initiatives de paix prend plusieurs formes : missions d'observation, missions de maintien de la paix, formation de personnel, etc. Non seulement des unités d'observateurs et des forces militaires ghanéennes contribuent à la restauration de la paix dans les pays en conflit (Rwanda, Kosovo, Liban, Éthiopie/Érythrée), mais elles s'emploient aussi à faire respecter les accords signés entre les parties belligérantes, comme ce fut le cas au Yémen, au Pakistan, en Afghanistan ou encore au Sahara Occidental. La plupart des personnels ghanéens sont chargés de tâches militaires de terrain, comme des opérations de déminage, la mise en place de patrouilles, le contrôle de cessez-le-feu ou encore la formation des forces de police locales. Cet engagement s’illustre par l’obtention de postes à responsabilité dans le domaine du maintien de la paix (commandants de force, commissaires de police, Représentants Spéciaux du Secrétaire général de l’ONU). Par exemple, Kofi Annan a œuvré en tant que Secrétaire général de l’ONU de 1997 à 2006 etle Général de division Delali Johnson Sakyi est nommé Commandant de la Force de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) en décembre 2012.

 

Depuis le début des années 1960, le Ghana a ainsi participé à près d’une cinquantaine d’opérations de paix menées sous l’égide de l’ONU, de l’OUA/UA et de la CEDEAO, notamment au Liban, en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, au Tchad, en République Démocratique du Congo, au Libéria, au Timor oriental, au Soudan et tout récemment au Mali.

 

La participation du Ghana en matière de maintien de la paix est dictée par un engagement profond en faveur de la paix et de la sécurité internationales. Cet engagement est sous-tendu par les principes inscrits dans la Constitution Républicaine de 1992. En effet, l’article 40 stipule que le Ghana doit promouvoir le respect du droit international et des traités, ainsi que le règlement pacifique des différends. L’article rappelle l’adhésion du Ghana aux idéaux de la Charte des Nations Unies, de la Charte de l’Union africaine, du Commonwealth, du traité de la CEDEAO et de toutes les autres organisations auxquelles le Ghana appartient.

 

La participation du Ghana au maintien de la paix est donc liée à l’engagement du pays à assurer la paix, la sécurité et la stabilité. Cette participation est aussi un moyen pour le pays d’exercer une influence dans les affaires internationales et d’augmenter son prestige aux yeux du reste du monde.

 

Le Ghana a également un intérêt en matière de sécurité à participer à ces opérations. Ses relations avec ses voisins ont parfois été très tendues, et les conflits épisodiques qui secouent l’Afrique de l’Ouest constituent autant de risques de voir la sous-région destabilisée. <. Les efforts du Ghana en matière de maintien de la paix lui permettent de promouvoir un environnement stable et pacifique, de contrôler la propagation des guerres et de les empêcher de fragiliser sa sécurité et son développement, d’extraire des expatriés ghanéens pris dans ces conflits et d’éviter ou réduire les crises humanitaires qui découlent de ces conflits. Le pays établit également un lien direct entre paix et développement économique, ce qui le pousse à maintenir la paix dans la région. La participation du Ghana aux missions en Côte d’Ivoire, au Sierra Léone et au Libéria sont des exemples de cette approche.

 

Les intérêts économiques que le pays trouve dans la participation aux opérations de paix sont également à soulever. C’est en effet une autre raison importante de la participation ghanéenne aux OMP. Que ce soit au niveau national ou individuel, l’enrôlement dans les missions de paix apporte des revenus et des compensations financières aux militaires et aux policiers. En 2010, le Ghana reçoit, par exemple, environ 74 millions de dollars pour sa participation aux opérations de paix de l’ONU, alors que ses dépenses se chiffrent à 42 millions de dollars. Ces gains financiers permettent au pays d’augmenter le budget de la défense et d’acquérir du matériel militaire. Les revenus générés par la participation aux missions de l’ONU permettent aux personnels de construire leur maison, d’acheter des voitures et de subvenir aux besoins de leur famille.

 

En outre, la participation aux opérations de paix permet aux forces armées et de police d’acquérir une expérience et de bénéficier d’une formation de grande qualité. Les GAF bénéficient, par exemple, de programmes de formation comme l’Initiative de Réponse aux Crises Africaines des Etats-Unis, d’un programme de renforcement des capacités militaires africaines mené par la France et d’un programme d’assistance à la formation militaire canadien. Cela permet à l’armée ghanéenne d’accroitre ses équipements et ses connaissances en matière technologique. Les officiers de police reçoivent également des formations poussées sur les droits de l’homme, ou encore sur la gestion de scènes de crime.

 

Cependant, le Ghana émet des réserves quant à certains concepts développés en matière de paix et de sécurité. C’est le cas pour la Responsabilité de Protéger, et la Protection des Civils. Bien qu’engagé à respecter ces principes, le Ghana a mis en garde contre la possibilité d’utiliser ces principes à mauvais escient, et appelle à mieux les définir, car ils constituent une menace potentielle pour la souveraineté nationale et l’indépendance des Etats. La crise libyenne de 2011 a été l’occasion pour le Ghana de rappeler la nécessité de perfectionner le concept de la R2P, afin d’éviter des dommages collatéraux.

 

Structures décisionnelles politiques et militaires

 

Le processus décisionnel amenant au déploiement de forces de maintien de la paix se déroule à la fois au niveau stratégique et au niveau opérationnel. Il est gouverné par une procédure institutionnelle qui implique l’armée et la police, et sert à guider leur prise de décision.

 

Au niveau stratégique, le processus est très similaire pour les forces armées et les forces de police. Les acteurs clés sont le Président, le cabinet, le Parlement, les Ministres de la Défense, de l’Intérieur et des Affaires Etrangères, le Conseil des Forces Armées Ghanéennes, le Conseil de la Police du Ghana, le Chef du Personnel de Défense et l’Inspecteur Général de Police.

 

La décision d’envoyer ou non des troupes ou des officiers de police est une prérogative du Président, qui est le Commandant en chef des Armées du Ghana, selon l’article 57(1) de la Constitution de 1992. Les autres acteurs, à l’exception du Ministère des Affaires étrangères et du Parlement, jouent le rôle de conseillers du Président.

 

Le Ministère des Affaires Etrangères négocie les détails opérationnels et logistiques de la participation du pays avec l’ONU, à travers la Mission permanente du Ghana à New York.

 

La Commission de la Défense et de l’Intérieur du Parlement discute quant à elle de la requête, en son sein dans un premier temps, puis devant le Parlement. La Commission des Finances du Parlement discute également des implications financières avant que le Parlement n’approuve le budget destiné aux dépenses en matière de maintien de la paix.

 

Avant que la décision définitive d’envoyer des personnels de maintien de la paix ne soit prise, une évaluation des menaces internes est menée afin de s’assurer que l’absence de personnels ne constituera pas potentiellement un risque pour la sécurité nationale.

 

Cette évaluation a pour but la prise en considération de questions critiques pour le Ghana, qui sont :

- Le mandat de la mission est-il en adéquation avec les intérêts nationaux du Ghana et exite-t-il des structures de commandement et de contrôle au sein de la mission ? Les règles d’engagement de la mission sont-elles bien définies ? Poser cette question permet d’éviter le déploiement de personnels dans des missions comme l’AMISOM, considérée comme nuisible aux intérêts du Ghana et à la sécurité de ses troupes.

- Quelle est la situation politique au sein du Ghana concernant à la fois les exigences en matière de sécurité et les potentielles tensions ethniques ? Y a-t-il un nombre suffisant de gardiens de la paix dans le pays pour gérer un situation d’urgence ? En effet, la controverse électorale suite aux élections de 2012 a présenté un risque pour le pays, et a montré que la situation sécuritaire interne était à privilégier.

- Quel est le niveau, l’importance et l’expertise des troupes et des officiers de police demandés par la mission de maintien de la paix ? Cette question permet de s’assurer que les personnels envoyés correspondent aux tâches auxquelles ils sont assignés.

- Quelles sont les capacités actuelles du Ghana en termes de personnels, de finances et de ressources logistiques ?

 

Une fois cette évaluation menée, les conclusions sont transmises au Président qui décide de la participation du Ghana. Si la réponse est positive, le processus continue au niveau opérationnel pour la sélection et la formation des personnels pour les opérations de paix.

 

Au niveau opérationnel, les Forces Armées Ghanéennes (GAF) et le Service de Police du Ghana (GPS) suivent des procédures différentes pour sélectionner et former les personnels aux opérations de paix.

 

Pour les GAF, les acteurs clés sont le Directeur des Opérations Internationales de Soutien au Maintien de la Paix (DIPSO), le Directeur des Opérations militaires de maintien de la paix, le Directeur des Opérations de maintien de la paix de la Marine, et le Directeur des Opérations de maintien de la paix des Forces Aériennes. Le DIPSO est chargé de la coordination des activités de maintien de la paix des GAF en général, tandis que les Directeurs des Opérations de maintien de la paix des trois différents services (terre, air, mer) supervisent la sélection au sein de leurs unités.

 

Lorsque le Président décide de fournir des troupes, l’information est transmise aux unités par le bureau des Opérations internationales de soutien au maintien de la paix qui est spécialisé dans la nomination des officiers éligibles. Les officiers éligibles doivent en général passer un examen écrit, puis un examen médical pour être définitivement sélectionnés. Les candidats admis sont transférés à Bondase, dans un centre de formation géré par le KAIPTC, pendant au moins un mois.

 

Pour le Service de Police du Ghana, son Directorat des Relations Internationales sélectionne et prépare les officiers pour la mission, en lien avec le Département des Opérations de maintien de la paix de l’ONU (DPKO). Lorsque la décision de participer est prise, l’information est relayée aux douze commandements de police régionaux du Ghana. Afin d’assurer une représentation juste, un quota de nominations est donné à chaque région, sur la base de l’importance de ses personnels et des qualifications spécifiques demandées par l’ONU. Les candidats nominés doivent passer une série d’exercices, puis des fonctionnaires du DPKO leur font passer des tests plus spécifiques. Les candidats pré-sélectionnés reçoivent alors une formation, et doivent passer un examen médical, avant d’être définitivement sélectionnés et envoyés sur le terrain.

 

La sélection des personnels au sein du GAF et du GPS a fait l’objet de nombreuses accusations de corruption et de favoritisme. Les deux administrations ont nié avoir recours à de tels procédés.

 

 

L'engagement international du Ghana en faveur du maintien de la paix

 

Sous l'égide de L'ONU

 

Depuis une quarantaine d'années, l'ONU peut compter sur l’appui des troupes militaires ghanéennes dans le cadre de ses missions de maintien de la paix. Les soldats ghanéens ont ainsi servi dans plus d'une vingtaine d'opérations onusiennes à travers le monde. En 1960, le Ghana participait pour la première fois à une opération onusienne au Congo (ONUC). Plus de quatre décennies plus tard, le Ghana contribue toujours à l'effort de paix international dans des missions de paix en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient et en Europe. Les soldats ghanéens ont occupé plusieurs fonctions, au sein de contingents militaires ou à titre de démineurs, d'officiers de police civile, d'observateurs électoraux, d’observateurs de cessez-le-feu, de travailleurs humanitaires, etc.

 

Le Ghana, souvent cité à titre d’exemple, fait partie des États africains qui offrent une grande contribution au maintien de la paix et de la sécurité internationale. Entre 1997 et 2007, le Ghanéen Kofi Annan a occupé le poste de Secrétaire général de l’ONU, après avoir été Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de mars 1993 à décembre 1996. De 1978 à 1981, le lieutenant général ghanéen Emmanuel Erskine a été le premier commandant de la force onusienne intérimaire au Liban (FINUL), alors que le major général ghanéen Seth Obeng a dirigé cette force de novembre 1999 à mai 2001.

Entre 1992 et 1993, les Forces Armées du Ghana ont fourni simultanément trois bataillons à des opérations importantes de maintien de la paix, soit la FINUL, l’APRONUC et l’ECOMOG ; cette forte mobilisation de personnel témoigne de la volonté du pays de s'impliquer en faveur du maintien de la paix. En 1994, durant le génocide au Rwanda, un contingent formé de militaires ghanéens, sous le commandement du lieutenant de brigade Henry Anyidoho, a contribué à la protection des populations civiles. De plus, le Ghana continue de supporter les efforts de paix au niveau régional, y compris dans la résolution des conflits sous-régionaux, comme en Côte d'Ivoire, au Libéria et en Guinée Bissau.

 

Le Ghana est actuellement présent, dans le cadre d’opérations de maintien de la paix de l’ONU, au Liban (FINUL), à Abyei, au Soudan (FISNUA), au Darfour (MINUAD), au Libéria (MINUL), au Sahara occidental (MINURSO), en Côte d’Ivoire (ONUCI), au Mali (MINUSMA) et en RDC (MONUSCO).

 

En 2013, la participation du Ghana aux opérations de maintien de la paix de l’ONU a permis au pays de se classer au 10ème rang des pays contributeurs en personnel. En effet, 2800 policiers et militaires ghanéens sont déployés à travers le monde dans ce type d’opérations.

 

 

Sous l'égide de l'Union africaine et de la CEDEAO

 

Le Ghana, à l'instar du Sénégal, du Nigéria et de l'Afrique du Sud, joue présentement un rôle de chef de file en matière de maintien de la paix partout en Afrique. Les dirigeants africains, Afrique du Sud, Nigéria et Ghana en tête, dans la Déclaration du Caire de 1993, ont accepté de faire du processus de restauration et de construction de la paix dans les pays ravagés par la guerre l'une de leurs priorités. Le Ghana poursuit donc ces principes et ces activités dans l'espace CEDEAO et sur le continent africain, en promouvant la paix, l'intégration africaine et le développement économique. La participation du Ghana a été notamment importante et continue au sein l’ECOMOG, au Libéria, depuis sa création, en 1990, pour mettre fin aux hostilités au Libéria, jusqu’à son évolution, en 1998, pour aider à ré-instituer le président déchu sierra léonais, Ahmed Tejan Kabbah.

 

Malgré des moyens financiers et logistiques limités, le Ghana, qui connaît une stabilité politique remarquée depuis les années 1990, a travaillé assidûment à établir la paix et la stabilité en Afrique de l'ouest (Côte d'Ivoire, Libéria, Sierra Léone). Le pays joue un rôle actif au sein de la CEDEAO, notamment en ce qui à trait à la prévention et à la résolution des conflits, principalement en Côte d'Ivoire et au Libéria. Pour démontrer son engagement envers le processus de paix du Libéria, le Ghana a été le pays-hôte des conférences de paix d'Aksombo et d'Accra, qui ont impliqué des engagements financiers importants de la part des États de la sous-région. Ce sont ces pourparlers tenus au Ghana qui ont mené à la conclusion d'un accord de paix au Libéria.

 

La participation ghanéenne, régulièrement saluée par l’ONU, a été récompensée en juin 2013 par la Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU au Libéria, Karin Landgren : 700 soldats ghanéens chargés du maintien de la paix au Libéria ont ainsi reçu une médaille du maintien de la paix pour leur contribution à la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL). La Représentante a également rappelé les efforts du Ghana en matière de maintien de la paix, qui se traduisent notamment par l’envoi de soldats, d’officiers de police et de militaires hautement qualifiés. Le 23 mai 2013, le Représentant du Coordinateur des Nations unies au Ghana, Dr Bernard Coquelin, avait déjà rappelé l’intensité de cet engagement, malgré des difficultés financières auxquelles le pays fait face. Il avait également insisté sur l’importance des opérations de consolidation de la paix, dont il a rappelé la nécessité afin d’assurer un environnement stable à long terme.

 

 

Initiatives spéciales en matière de formation

 

Au vu de sa vaste expertise dans le domaine du maintien de la paix, le Ghana, avec l'aide de plusieurs organisations, a mis en place un centre de formation internationale en matière de maintien de la paix (le Kofi Annan International Peacekeeping Training Center), afin de promouvoir la recherche et la formation en matière de maintien de la paix. Il a été conçu pour permettre de partager l'expérience et le savoir-faire des Africains et Ouest-Africains concernant les initiatives en faveur de la paix. Des hauts fonctionnaires et des personnalités internationales importantes assurent l'animation, enseignent des matières théoriques et y forment plusieurs officiers. Le Centre fait figure de modèle pour tout le continent africain en matière de formation au maintien de la paix et permet également de montrer à quel point l'Afrique est résolue à gérer elle-même ses problèmes pour garantir une paix et un développement durables dans la région.

 

Nina Gutierrez

Chercheure-stagiaire au Centre d’Etude des Crises et des Conflits Internationaux, Université Catholique de Louvain

 

Le 31 juillet 2013