Fiche d'information de l'État : Grèce Grèce

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Grèce

La République Hellène (Elliniki Dhimokratia) ou selon le nom abrégé conventionnel, la Grèce, est un État de l’Europe du Sud-est. Elle a adhéré à quatre organisations habilitées à conduire des opérations de paix : l’ONU (1945), l’OTAN (1952), l’OSCE (1975), et l’Union européenne (1981).

Politique de maintien de la paix

 

La Grèce occupe une position géostratégique importante, ce qui explique la nature diversifiée des enjeux qui caractérisent sa politique de maintien de la paix. Ce pays est également membre de l’OTAN et de l’Union européenne, deux organisations européennes activement impliquées dans la prévention et la gestion des conflits.

 

Du point de vue géographique, le nombre important de golfes et de ports tout au long du territoire grec (continental et insulaire) ainsi que ses aéroports et son réseau routier font de la Grèce une importante base opérationnelle et de soutien pour un large nombre de forces armées destinées à être déployées dans la région des Balkans ou au Moyen Orient. Par exemple, la région de Salonique a fourni les infrastructures nécessaires aux forces de maintien de la paix qui ont été déployées au Kosovo. La Grèce entretient une relation privilégiée avec Chypre, un pays qui a éprouvé les effets dévastateurs des tensions interethniques. Ainsi, la Grèce assure une partie importante du financement nécessaire au déploiement de la mission de l’ONU en Chypre.

 

L’objectif principal qui semble guider la politique de maintien de la paix de la Grèce est de créer les conditions propices à la stabilité et à la paix dans un contexte régional plus large afin de pouvoir jouer un rôle significatif dans la reconstruction et le développement régional. En général, sa politique de maintien de la paix est essentiellement dirigée vers la protection des intérêts nationaux, de sécurité et de développement économique au niveau régional.

 

Si une grande partie de la politique de défense de la Grèce semble se concentrer sur « la dissuasion de la menace turque », la Grèce affirme toutefois sa disponibilité de s’impliquer positivement dans les interventions de maintien de la paix qui ont lieu sous l’égide de l’ONU, principalement concernant l’aide et le transport humanitaire, en engageant activement ses forces armées.

 

Le respect de certains critères est requis pour la participation aux missions de maintien de la paix de la Grèce, tels que l’existence d’un mandat clair antérieur à la mise sur pied des forces de maintien de la paix, l’établissement d’une chaîne de commandement, ainsi que de la taille, des règles d’engagement et du concept à la base de l’opération, tout comme l’acceptation par les parties belligérantes de la composition ethnique des forces de maintien de la paix.

 

Structures décisionnelles politiques et militaires

 

Le politique

 

La politique de défense grecque est élaborée, approuvée et mise en œuvre dans un cadre institutionnel large, à la fois aux niveaux politique et militaire.

 

L’échelon politique supérieur est formé de deux organes principaux :

 

(1) Le Comité parlementaire permanent sur la défense nationale et les questions de politique étrangère, qui se prononce, analyse et vote les actes législatifs relatifs au domaine de responsabilité du Ministère de la Défense;

(2) Le Conseil gouvernemental sur les questions de politique étrangère et de défense, sous la présidence du Premier Ministre (KYSEA). Ce dernier constitue le principal centre décisionnel concernant les questions de défense nationale, y compris l’élaboration de la politique nationale de défense, l’organisation et la direction des forces armées, les principaux programmes de d’achat d’armements, le système de gestion en temps de crise et le déploiement des forces armées.

 

Le Ministère de la Défense nationale est l’institution gouvernementale qui représente le cadre organisationnel assurant l’administration des forces armées. Sa structure est différente par rapport à celle des organes semblables dans d’autres pays, dans le sens où il regroupe au niveau politique, la direction politique du Ministère, le Cabinet du Ministre et le Direction générale des armements et au niveau militaire et opérationnel, l’état-major général de la défense nationale grecque et les états-majors de l’armée de terre, de la marine et de l’aviation. Ces organes comprennent les Chefs des états-majors mentionnés plus haut, cinq commandants subordonnés au Chef d’état-major général, ainsi que le Secteur administratif qui inclut le personnel civil rattaché à ces organes.

 

Le contrôle parlementaire reste assez restreint. Le Conseil gouvernemental sur les questions de politique étrangère et de défense a la compétence de décision en matière de défense, y compris le déploiement des forces de maintient de la paix conformément aux obligations internationales de la Grèce. Le processus de prise de décision dans le cas de missions impliquant les forces armées grecques suit les étapes suivantes : le Ministère de la Défense soumet une proposition au Conseil gouvernemental (KYSEA); si ce dernier approuve la proposition, le Ministre de la Défense en informe le Comité parlementaire permanent sur les questions de politique étrangère et de défense, sans qu’une autre implication du Parlement soit requise.


Le militaire

 

Le Ministre de la Défense nationale assure la direction du Ministère et est responsable de son organisation administrative. Il participe au Conseil gouvernemental, en faisant des recommandations sur les éventuels changements pouvant affecter la structure des forces armées ou la planification à long terme des dépenses d’armements. Il assure également la direction et la coordination des états-majors et représente le Ministère auprès des organisations internationales. En outre, le Ministre de la défense est responsable de l’approbation de la politique de défense nationale et exerce un droit d’initiative législative exclusive pour les questions relevant de sa compétence. Il est assisté par le Ministre adjoint de la Défense nationale qui assume des tâches administratives et financières, concernant l’entraînement des forces armées et la politique de conscription.

 

Évolution de la participation

 

La Grèce a en général appuyé les opérations de maintien de la paix de l’ONU. La première mission de la Grèce est en Namibie en 1989-1990, où des représentants grecs ont contribué au bon déroulement des élections. Plus récemment, les militaires grecs ont fait partie de la force des Nations Unies en Somalie et d’autres missions au Koweït, au nord de l’Iraq, au Sahara Occidental et en ex-Yougoslavie.

 

En général, la Grèce a dirigé une partie de sa politique de maintien de la paix dans la région des Balkans à laquelle elle est étroitement liée du point de vue historique et culturel. Toutefois en 1994, elle refuse de contribuer à la Force de protection de l’ONU en Bosnie-Herzégovine (FORPRONU), en déclarant que la participation de tout pays balkanique ou ancien pays colonisateur aurait un effet déstabilisateur sur la mission onusienne.

 

Une révision de cette politique semble avoir eu lieu par la suite car à partir de janvier 1996, une mission des forces armées grecque, formée de 280 personnes et 136 véhicules, s’est engagée en Bosnie-Herzégovine afin d’assurer l’ensemble du transport de matériel, provisions et aide humanitaire pour la IFOR et, par la suite, pour la SFOR. Dans le cadre de la SFOR, la Grèce assure le commandement du Bataillon de Transport qui coordonne également des troupes provenant de la Bulgarie et de l’Autriche. Une autre contribution importante des forces armées grecques (803 personnes et 224 véhicules) s’est déroulée en Albanie en 1997, sous mandat onusien, dans le cadre de l’opération ALBA. Leur principale tâche a été la réception et la distribution de l’aide humanitaire, ainsi que la garantie de l’impartialité des procédures électorales dans la région de Tirana. À la fin de la mission, une force de 205 soldats et 5 officiers de liaison sont restés sur place afin d’offrir leur appui dans la réorganisation des forces armées albanaises. La Grèce continue son aide financière et logistique à l’Albanie dans le cadre d’un accord bilatéral signé par les deux pays, principalement en offrant son appui à la construction d’un hôpital militaire, à la réparation et à la reconstruction de la base navale de Dures et à l’organisation et l’entraînement de la Brigade albanaise d’intervention rapide.

 

Lors de la crise du Kosovo, la Grèce a contribué dès avril 1999, dans le cadre de la mission de l’OTAN qui prévoyait le déploiement d’une force de l’OTAN en Albanie (AFOR), avec une division d’infanterie, une division d’ingénieurs et une division d’approvisionnement et transportation. Leurs tâches principales étaient d’assurer l’approvisionnement en eau et la gestion des camps de réfugiés à Kukes, à Tirana et à Pogradets jusqu’en juillet 1999.

 

Finalement, la troisième direction majeure d’intervention des forces de maintien de la paix grecques dans les Balkans a été le Kosovo, dans le cadre de la KFOR qui a été déployée dans cette province pour surveiller l’implémentation et le monitoring des termes de l’Accord de juin 1999 qui avait mis fin au conflit. La Grèce y a participé avec une force de 1500 personnes provenant de la 34ème Brigade d’infanterie mécanisée. Ses principales tâches concernaient entre autres le contrôle du trafic, l’escorte de convois et le soutien médical aux forces de la KFOR dans l’ensemble de la province. Également, la Grèce a fourni la base opérationnelle pour la grande partie des troupes de la KFOR qui ont transité par les ports et les aéroports de la région de Salonique, tout comme pour les provisions et le matériel nécessaire à cette mission. La Grèce a aussi envoyé des officiers et d’autres cadres afin de contribuer aux activités des quartiers généraux de la KFOR à Pristina, Skopje, Salonique et Durres.

 

Dans le cadre de la FIAS, la mission de l’OTAN en Afghanistan, la Grèce a envoyé un contingent d’environ 180 soldats. Une partie de ce contingent, basé à Kaboul, est composée d’ingénieurs militaires dont la tâche est d’offrir leur soutien à la reconstruction de l’infrastructure routière du pays et de participer à d’autres tâches de nature humanitaire. Les troupes grecques ont aussi assuré l’administration de l’aéroport de Kaboul de décembre 2005 jusqu’en avril 2006. La Grèce y a envoyé également des spécialistes en déminage et un hôpital militaire mobile.

 

En conclusion, malgré sa réticente initiale, une grande partie des efforts de maintien de la paix de la Grèce dans la période post guerre froide se concentrent dans son environnement proche, dans les foyers de conflits dans les Balkans. La prise de conscience concernant la relation étroite entre ses intérêts politiques et économiques régionaux et la stabilité et la paix de ses voisins, a poussé la Grèce à augmenter graduellement sa contribution aux missions déployées en Europe du Sud-est. Toutefois une grande partie de sa politique étrangère et de défense reste même aujourd’hui centrée sur la défense de son territoire et de ses intérêts face à une perception toujours présente de la menace turque.


Oana Tranca

Candidate au doctorat, Université Laval


Références

 

31 août 2005

“Greece’s Balkan Policy in Anew Era”


Larrabee, Stephen, Southeast European And Black Sea Studies, vol. 5, no. 3, pp. 405-425.

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30 nov. 2004

“Greece: A Peace-making Role Lost and Re-found”


Gallagher, Tom, dans The Balkans in the New Millennium: In the Shadow of War and Peace, Routledge, pp. 1-20.

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