Historique de l'opération KFOR

< Retour au détail de l'opération KFOR

KFOR       Kosovo Serbie

Force de maintien de la paix dirigée par l'OTAN au Kosovo

 

La création de la Force de maintien de la paix de l'OTAN au Kosovo (KFOR) est une des dispositions contenues dans l’accord militaro-technique signé le 9 juin 1999 entre l’OTAN et le gouvernement yougoslave. Elle est entérinée dès le lendemain par le Conseil de sécurité, dans la résolution 1244 du 10 juin 1999. Les premiers militaires de la KFOR arrivent dans la région le 12 juin 1999, au même moment que les 1ers éléments de la mission civile, la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK). Aujourd’hui, la KFOR est composée de près de 6 000 militaires.



CONTEXTE

 

La province du Kosovo (« République du Kosovo » depuis 2008), au sud de la Serbie, couvre une superficie totale de 11 000 km². Majoritairement peuplée d’Albanais (90%) mais aussi de Serbes , répartis dans le nord du pays et dans plusieurs poches à l’est, elle jouit d’une relative autonomie pendant le règne du président yougoslave, Tito. La mort de celui-ci, en 1980, combinée à un certain nombre de facteurs tels que la faiblesse du gouvernement central de Belgrade, libère cependant les tensions indépendantistes qui conduisent à la violente désintégration de la Yougoslavie.

 

En 1989, sur la base d’une proposition nationaliste du nouveau président serbe Slobodan Milosevic (qui veut priver le Kosovo d'une grande partie de son autonomie en imposant un contrôle de la police, de l'éducation, de la politique économique et en abrogeant son droit de veto), l'Assemblée du Kosovo profite de l’abstention de la majorité des délégués kosovars de souche albanaise et adopte des amendements constitutionnels supprimant le statut autonome du Kosovo. Un an plus tard, l’Assemblée de la Serbie adopte la Loi sur l'abrogation des activités de l’Assemblée du Kosovo et de son gouvernement, qui suspend l'Assemblée du Kosovo. En réponse, les élus albanais, qui avaient boycotté le vote, présentent plus tard dans l’année un projet de constitution qui établit une République du Kosovo et organisent un référendum clandestin sur l’indépendance, qui obtient un appui massif des Kosovars albanais. En 1992, ils élisent une assemblée législative parallèle et un président, Ibrahim Rugova, chef de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK). Le scrutin est déclaré illégal par Belgrade, alors que seule l’Albanie reconnait l’indépendance du Kosovo. Malgré ces tensions, la situation sécuritaire reste calme au Kosovo, la Serbie étant aux prises avec les conflits dans les Balkans.

 

Lors de la signature des accords de Dayton, en 1995, qui mettent fin à la guerre de Bosnie, le cas du Kosovo est largement laissé de côté. En réponse à l’échec de la politique pacifiste de la LDK, une milice indépendantiste kosovare dénommée Armée de Libération du Kosovo (Ushtria Çlirimtare e Kosovës ou UÇK en albanais) émerge en 1996.

 

LA GUERRE KOSOVARE (1998-1999)

 

L’UÇK attaque à plusieurs reprises les forces serbes, présentes au Kosovo pour assurer la sécurité, entrainant une violente répression de la part de l'armée fédérale et de la police serbe. En septembre 1997, cette dernière réprime violemment une manifestation étudiante et début 1998, les forces spéciales de la police serbe entreprennent de « nettoyer » la région de la Drenicë, bastion de l'UÇK. Cette répression, qui fait 80 morts, internationalise la crise kosovare.

 

 

Le Conseil de sécurité de l'ONU adopte le 31 mars 1998 la résolution 1160, dans laquelle il condamne l'usage excessif de la force par les policiers serbes contre des manifestants pacifiques et appelle « les autorités de Belgrade à offrir à la communauté albanaise kosovare un véritable processus politique », seule voie à suivre pour un règlement pacifique du conflit. Il demande en outre aux « dirigeants albanais du Kosovo de condamner toutes les actions terroristes », impose un embargo sur les armes contre la République fédérale de Yougoslavie, et demande au Bureau du Procureur du TPIY de « commencer à rassembler des informations concernant les actes de violence au Kosovo ». Il pose en outre le principe du respect de l’intégrité territoriale de la Fédération yougoslave, tout en exprimant son « appui à un statut renforcé pour le Kosovo qui comprendrait une autonomie sensiblement accrue et une véritable autonomie administrative ». Parallèlement, des élections présidentielle et législatives clandestines sont organisées par les Albanais du Kosovo.

 

 

Peu après, l’UÇK lance une offensive qui lui permet de prendre le contrôle d’un tiers du territoire. En mai, le Groupe de Contact de l’ONU (composé de la Russie, des Etats-Unis, de la France, de la Grande Bretagne, de l’Allemagne et de l’Italie), qui avait géré les précédents conflits yougoslaves de 1992 à 1995, décide d’accroître les sanctions contre Belgrade en imposant un embargo économique (la Russie se prononce contre). Entre juillet et septembre, les forces serbes lancent une contre-offensive et reprennent la plupart des principaux bastions de l’UÇK. Ces opérations militaires font plus de 1 500 morts, principalement des Kosovars albanais, et 230 000 réfugiés ou déplacés selon les estimations du Secrétaire général de l’ONU.

 

 

Malgré le refus des Serbes (dirigeants et population) de voir la communauté internationale se saisir du dossier, le Groupe de contact et l’OSCE s’impliquent dans différentes initiatives diplomatiques de résolution du conflit. Dans la résolution 1199, adoptée le 23 septembre 1998, le Conseil monte le ton et se déclare gravement préoccupé par la situation au Kosovo qui constitue « une menace pour la paix et la sécurité dans la région ». Il exige un cessez-le-feu, le retrait des forces serbes qui participent à la répression, et l’accès aux observateurs de l’OSCE.

 

 

L’OTAN, elle, assure la gestion militaire du conflit. Fidèle à sa stratégie de gestion des conflits yougoslaves et réticente à l’envoi de troupes sur le terrain, l’Alliance atlantique favorise une stratégie reposant sur les menaces de frappes aériennes, en soutien aux initiatives diplomatiques. Le 12 et 13 octobre, elle lance un ultimatum à Belgrade, lui ordonnant de diminuer ses effectifs sur le territoire kosovar dans les quatre jours. Afin d'éviter les frappes, le président yougoslave, Slobodan Milosevic, signe finalement un accord avec Richard Holbrooke, Envoyé spécial des États-Unis, le 13 octobre 1998. Cet accord prévoit une diminution des effectifs serbes au Kosovo, un cessez-le-feu, le déploiement d'observateurs internationaux de l’OSCE, le contrôle de l'espace aérien du Kosovo par l'OTAN ainsi que l'organisation d'élections dans les neuf mois. La République fédérale de Yougoslavie s'engage en outre à mener à bien, avant le 2 novembre 1998, la négociation du cadre d'un règlement politique. Le 24 octobre, la résolution 1203 entérine la création d’une part la Mission de Vérification au Kosovo de l’OSCE (OSCE-KVM), et d’autre part, la mission de surveillance aérienne de l’OTAN. Sur le terrain, la Serbie retire effectivement un grand nombre de forces de police, mais cherche toujours à anéantir l’UCK. Face à ce repli, l'OTAN renonce à l'usage de la force.

 

 

Cette mobilisation internationale ne parvient cependant pas à résoudre le conflit et la situation se détériore en 1999 dans une spirale de provocations et de représailles de part et d’autre. Fin décembre, une offensive serbe est lancée contre un bastion de l'UCK et le 8 janvier 1999, huit soldats serbes sont pris en otage par l'UCK avant d’être relâchés grâce à la médiation de l'OSCE. Le 15 janvier, 45 Albanais sont tués par des forces serbes à Racak. L’OTAN renforce son dispositif en Adriatique, et se déclare prête à mener des frappes aériennes.

 

Le Groupe de contact tente de résoudre le conflit par voie diplomatique. Des négociations s’ouvrent à Rambouillet, près de Paris, du 6 au 23 février ; mais l'UÇK refuse l’autonomie proposée, alors que les Serbes rejettent le volet militaire impliquant le déploiement de troupes de l'OTAN dans la province. Les négociations reprennent du 15 au 18 mars 1999 : les Kosovars signent l'accord, les Serbes le rejettent toujours.

Cet échec aboutit d’une part au retrait des 1 400 vérificateurs de l’OSCE et d’autre part au déploiement massif de troupes serbes au Kosovo. L’OTAN, considérant ce nouveau déploiement comme une violation de l’accord qui avait ouvert la voie à la résolution 1160 débute ses frappes aériennes (« Operation Allied Force ») dans la nuit du 24 au 25 mars 1999. Ces frappes, qui durent 78 jours, semblent mener à une impasse et accélèrent les déplacements de population. Au sol, les forces serbes mènent une brutale répression qui participe à ces exodes. Quelque 900 000 Kosovars albanais, soit la moitié de la population albanaise, ont alors à ce moment là trouvé refuge dans les pays voisins, principalement la Macédoine et Albanie, mais aussi le Monténégro. 27 mai 1999, Slobodan Milosevic est inculpé par le TPIY pour « crimes contre l'humanité ».

 

LA CRÉATION DE LA KFOR

 

Après 10 000 frappes et plus de 36 000 sorties aériennes, un accord est toutefois finalement conclu le 3 juin 1999 entre la République Fédérative de Yougoslavie, l’envoyé spécial de l’UE, le président finlandais Martti Ahtisaari, et l’envoyé spécial de la Russie, l’ancien Premier ministre Viktor Tchernomyrdine. L’OTAN et la Yougoslavie signent ensuite le 9 juin un accord militaro-technique prévoyant le retrait, sous onze jours, des forces armées serbes du Kosovo ainsi que le déploiement d’« une présence internationale civile et de sécurité » avec une participation « substantielle » de l’OTAN. Cette participation se fera par le biais de la KFOR, qui est d’ailleurs signataire de l’accord alors même qu’elle n’existe pas encore. Le Conseil de sécurité avalise ce déploiement, ainsi que celui de la mission civile d’administration (la MINUK), dans sa résolution 1244 du 10 juin 1999. Le déploiement de quelque 50 000 militaires de l’OTAN pré-positionnés en Macédoine commence deux jours plus tard, et, le 20 juin, la KFOR annonce que toutes les forces yougoslaves et serbes ont quitté le territoire.

 

LA MARCHE VERS L’INDÉPENDANCE (1999-2008)

 

Des violences meurtrières entre Serbes et Albanais éclatent en mars 2004, après que trois enfants albanais se soient noyés en tentant de fuir un groupe de Serbes dans la rivière Ibar, qui sépare la ville de Mitrovica en deux. Au cours de ces trois jours d’affrontements, onze Albanais et sept Serbes trouvent la mort et des centaines d'autres sont blessés; plusieurs maisons, mosquées et églises sont brûlées et quelque 3 000 personnes sont déplacées. Ces évènements présentant un fort potentiel de dégénération, l’OTAN déploie rapidement quelque 2 500 soldats supplémentaires pour renforcer l’effectif existant de la KFOR.

 

 

En 2005, le Parlement kosovar adopte une résolution pour la création d’un État indépendant; c’est le début de la marche vers l’indépendance. Après une année de négociations dirigées par le médiateur de l’ONU Martti Ahtisaari, ce dernier dépose un rapport le 26 mars 2007 qui recommande l’indépendance du Kosovo « sous la supervision et l’appui d’une présence civile et militaire internationale », affirmant que « l’indépendance est la seule option pour assurer la stabilité politique et la viabilité économique du Kosovo ». Ce plan est soutenu par les États-Unis et l’UE, mais rejeté par la Serbie et la Russie, qui menace d’utiliser son droit de veto. Pour la Serbie, cette indépendance est contraire à la résolution 1244 dans laquelle le Conseil de sécurité de l'ONU affirme son attachement à l'intégrité territoriale de la République fédérale de Yougoslavie. De nombreux pourparlers sont de nouveau tenus pour tenter définir le statut du Kosovo, en vain.

 

 

C’est dans ce contexte que le parlement du Kosovo déclare unilatéralement son indépendance le 17 février 2008, en dépit du fait que celle-ci ait été préalablement invalidée par la Serbie. Quelque 7 000 serbes manifestent d’ailleurs contre cette décision à Belgrade ainsi qu’à Mitrovica, deuxième ville du Kosovo. Cette indépendance est aussitôt reconnue par la majorité de la communauté internationale et des membres de l’UE, qui s’expriment individuellement à défaut de pouvoir s’exprimer d’une seule voix européenne. La Serbie et la Russie ne reconnaissent évidemment pas ce nouveau pays, tout comme la Chine. Saisie par la Serbie, la CIJ décide deux ans plus tard, en juillet 2010, que cette déclaration d'indépendance « ne viole pas » le droit international général.

 

LA PÉRIODE POST INDÉPENDANCE

 

La période postindépendance est marquée par des tensions dans le nord du Kosovo, majoritairement peuplé de Serbes qui ne reconnaissent pas l’autorité de Pristina. Le gouvernement kosovar n’a aucun contrôle réel sur cette portion du territoire, et chaque tentative d’y instaurer son autorité se heurte à une farouche opposition des habitants et à un retour des tensions communautaires.

 

 

En 2010, suite à une manifestation de Serbes qui protestent contre l'ouverture d'un bureau du gouvernement kosovar dans la partie nord (serbe) de Mitrovica, une personne trouve la mort et onze autres sont blessées dans l’explosion d’une grenade jetée dans la foule. Trois jours après cet attentat, le seul député serbe du Kosovo présent dans le parlement kosovar, Petar Miletic, reçoit une balle au genou au sortir de son appartement à Mitrovica. Cet acte, vraisemblablement effectué en représailles de sa collaboration avec les institutions kosovares, ravive une nouvelle fois en quatre jours les craintes de débordements.

Soucieuses de faire respecter l'embargo commercial sur l'importation de produits serbes au Kosovo, décrété le 20 juillet 2011 en représailles à l’embargo des produits kosovars en Serbie, les autorités kosovares déploient à la fin du mois de juillet des unités spéciales de la police aux postes-frontières de Jarinje et de Brnjak, dans le nord du pays. Cette tentative de mettre les Serbes devant un « fait accompli » provoque la colère de la population serbe locale, qui incendie le poste de Jarinje; un policier kosovar albanais est tué dans les échauffourées. Le ministre serbe des Affaires étrangères, Vuk Jeremic, estime que cette action unilatérale est contraire au dialogue et qualifie la situation de « baril de poudre ». Les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et l'Italie se déclarent de leur côté « surpris et profondément inquiets de l'action entreprise par le gouvernement le 25 juillet ». « Ce n’est pas une action contre la population là bas (...) mais c’est notre politique d’assurer l’État de droit, de contrôler les passages à notre frontière et aussi d’avoir un système économique unique qui n’a pas fonctionné dans cette partie du pays depuis de nombreuses années », assure le Premier ministre kosovar, Hajredin Kuci. Ces dérapages forcent la KFOR à intervenir pour contrôler les deux points de passage litigieux et bloquer tout passage au trafic. Après de longues tractations, Pristina et Belgrade parviennent tout de même en septembre à un accord sur la levée des embargos mutuels.

Le 16 septembre, les tensions reprennent après qu’EULEX et la KFOR aient transporté des troupes kosovares par voie aérienne. Les Serbes érigent des barrages routiers aux alentours des postes, une quinzaine au total, isolant les policiers de l’EULEX. Les tensions ethniques débordent jusqu’à Mitrovica, où des affrontements –non meurtriers- entre Serbes et Albanais ont lieu à plusieurs reprises; la KFOR déploie aussi des blindés sur le pont principal de Mitrovica qui sépare la ville en deux. Le 20 octobre, des affrontements entre le KFOR, l’EULEX et les Serbes kosovars font une trentaine de blessés et quatre jours plus tard, d’autres affrontements près d’un barrage font 21 blessés dans les rangs de la KFOR.

 

Début décembre, la Serbie et le Kosovo signent un prévoyant une gestion commune des points de passage sous supervision d’EULEX. Peu après, la KFOR signe un accord avec les Serbes du Kosovo qui prévoit le retrait des blindés de la zone en échange du démantèlement volontaire des barricades par la population. Quelques barricades sont démontées avant que, quelques jours plus tard, d’autres soient érigées aux abords du passage frontalier de Jarinje, en protestation de l’arrivée des douaniers et policiers kosovars. Fin décembre, l’accord sur la gestion partagée n’est toujours pas appliqué et les maires des principales municipalités de la région décident d’organiser un référendum sur la reconnaissance des institutions kosovares le 15 février 2012; cette initiative est condamnée par l’UE mais aussi par Belgrade, qui y voit un obstacle au bon déroulement des négociations avec le Kosovo, sur les arrangements bilatéraux, et avec l’UE, sur son adhésion à l’Union. Malgré cela, le référendum est organisé et voit les Serbes du nord du pays se prononcer à plus de 99% contre les institutions de Pristina. Ce résultat est sans incidence juridique, mais peut toutefois attiser les tensions ethniques.

Fin février 2012, un accord portant sur la coopération régionale et sur une gestion conjointe des postes-frontières est finalement signé entre Belgrade et Pristina sous les auspices de l’UE, et les barricades sont levées. Selon cet accord, le Kosovo peut-être représenté dans les forums régionaux à condition que les documents officiels comportent une note de bas de page faisant référence à la résolution 1244 du Conseil de Sécurité de l’ONU, dans laquelle le Conseil a affirmé son attachement à « l'intégrité territoriale de la République fédérale de Yougoslavie ». Le fait que cette note de bas de page ne fasse aucunement mention de l’indépendance du Kosovo rend toutefois l’accord inadmissible pour les kosovars albanais, qui descendent dans la rue pour le contester. Quelques jours après, la Serbie obtient le statut de candidat à l’adhésion à l’UE.

 

COMPOSITION ET EFFECTIFS

 

Quelque 30 nations, dont huit non-membres de l’OTAN, contribuent à la KFOR, dont le quartier général est situé dans la capitale kosovare, Pristina. Le commandant de la KFOR est placé sous les ordres du commandant du Commandement des forces interarmées à Naples (COM JFCN), en Italie.

 

 

La KFOR a connu plusieurs réorganisations en fonction de l’évolution des conditions sur le terrain, et non pas en fonction d’un calendrier préétabli. Sauf circonstances exceptionnelles (comme en 2004), ses effectifs ont été graduellement diminués, particulièrement depuis 2010. En juin 2009, tenu compte de l’évolution favorable de l’environnement sécuritaire au Kosovo, l’OTAN a tout d’abord approuvé la transformation progressive de la KFOR en force de dissuasion (Deterrent Presence) plus que de sécurisation. L’objectif est, à terme, d’atteindre des effectifs de 2 200 soldats ; une telle diminution des effectifs devra toutefois s’accompagner d’un renforcement des capacités de renseignement de la KFOR, faute de quoi elle risque de ne pas pouvoir suffisamment anticiper les tensions. À l’étape Gate 1, elle est ainsi passée en janvier 2010 de 13 000 à 10 000 hommes puis à 8 000 hommes, et d’une organisation en Task Forces à une organisation en bataillon de combat (Battle Groups). Puis, le 29 octobre 2010, le Secrétaire général de l’OTAN a annoncé le passage à l’étape Gate 2, réduisant à nouveau les effectifs de la KFOR à quelque 5 000 hommes. En janvier 2012, les effectifs de la KFOR sont approximativement de 5 790 troupes réparties au sein de cinq Détachements Conjoints Régionaux (Joint Regional Detachments, JRD) ainsi que de deux groupement tactiques multinationaux (Mutinational Battles Groups, MNBG), situés à l’est et à l’ouest et composés de compagnies mobiles, flexibles et rapidement déployables en cas d’urgence. Sur le plan des pertes humaines, quelque 170 soldats de la KFOR ont trouvé la mort depuis 1999, principalement dans des accidents.

 

LES ACCOMPLISSEMENTS DE LA KFOR

 

Suite à son déploiement en 1999 et conformément au mandat donné par le Conseil de sécurité, la KFOR était mandatée, « jusqu’à ce que la présence internationale civile puisse s’en charger », de faciliter le retour des déplacés et des réfugiés, de protéger les minorités, de maintenir l’ordre public, de contrôler les armes, de participer à la reconstruction, ou encore d’assurer la sécurité frontalière. Elle a en outre participé à la mise en place d’institutions civiles, judiciaires, électorales, économiques et sociales.

 

 

Le 12 juin 2008, le Conseil Nord Atlantique autorise la KFOR à initier les tâches contenues dans le plan Ahtisaari, à savoir la dissolution du Corps de protection du Kosovo (CPK), la mise en place de la Force de sécurité du Kosovo (KSF) ainsi que d’une structure chargée de la superviser. Le CPK, force de transition mise sur pied après la guerre et placée sous la responsabilité de la MINUK, avait pour principales tâches d'aider au déminage, d’intervenir en cas d’urgence, et d’aider à la reconstruction. Il cesse ainsi ses activités opérationnelles le 20 janvier 2009, et est officiellement dissous le 14 juin 2009.

 

 

Parallèlement, la Force de sécurité du Kosovo (KSF) est mise en place avec pour objectif d’être une force professionnelle et multiethnique chargée de tâches de sécurité qui ne sont pas du ressort de la police, y compris le soutien à la paix. La campagne de recrutement pour la KSF a débuté dans tout le Kosovo et parmi toutes les communautés le 21 janvier 2009. Ses 2 500 soldats et 800 réservistes (capacité opérationnelle prévue en 2012-2013) sont entraînés par la KFOR selon les normes de l’OTAN, et ne possèdent pas d'armes lourdes. Une fois les troupes étrangères parties, il est attendu que le gouvernement transforme la KSF en une force davantage militarisée. Pour superviser cette Force, la KFOR appuie la mise en place d’un ministère pour la KSF, institution civile qui assure sa gestion quotidienne. Le siège de l’OTAN assume toutefois la principale responsabilité de cette tâche, la KFOR ayant pour mission d’appuyer l’action de l'OTAN. La KFOR continue en outre ses tâches liées à la protection des minorités : patrouilles, postes de contrôle, escortes, protection du patrimoine national et distributions de vivres, de vêtements et de fournitures scolaires.

Jean-Guilhem Barguès
Agent de recherche au ROP

Janvier 2012