Initiative d’opération de paix globale (Global Peace Operations Initiative)

Retour au détail: Initiative d’opération de paix globale (Global Peace Operations Initiative)

 

En avril 2004, le président américain G.W. Bush approuva l’Initiative d’opération de paix globale ou la Global Peace Operations Initiative (GPOI). Dans son discours d’ouverture à la 59e Assemblée générale des Nations Unies, en septembre 2004, il présenta la GPOI comme la résultante d’une nécessité de « créer des capacités permanentes pour répondre aux crises à venir », principalement sur le continent africain.

 

 

Adopté lors du sommet du G8, à Sea Island (en Géorgie, États-Unis) début juin 2004, ce programme qui porte sur cinq ans, est administré par le Bureau des affaires politico-militaires du Département d’État américain. La GPOI travaille étroitement avec le Département de la défense américain qui initia la réflexion autour du projet (notamment le bureau du secrétaire à la défense pour les Opérations de stabilité et les conflits de basse intensité – OSD SO/LIC), les pays membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU) et des organisations régionales.

 

Il a pour objectif principal de renforcer les capacités de maintien de la paix dans le monde. Il entra en vigueur en 2005 et viendra à son terme en 2010. Le budget prévu pour ces cinq années s’élève à 660 millions de dollars. La GPOI apporte son appui à plusieurs centres de formation, les Peace Operations Training Centers (POTCs) situés au Guatemala, en Mongolie, en Malaisie, en Bosnie-Herzégovine, en Ukraine, au Ghana, au Kenya, au Mali et au Nigeria. Ces centres dispensent des programmes de formation sur la doctrine et la pratique des opérations de paix.

 

Si la GPOI a été conçue globalement, c’est en Afrique qu’elle a trouvé des points d’appui en matière d’instruments et de programmes préexistants et qu’elle a réalisé ses premières missions.

La GPOI, dans la continuité de l’évolution de la politique américaine en Afrique

La fin de la guerre froide a marqué un regain d’intérêt géostratégique des États-Unis pour l’Afrique, dans le cadre d’un double agenda : la promotion de la démocratie et la lutte contre le terrorisme. L’interdépendance instituée entre ces deux dossiers (policy linkage), a trouvé toute sa signification dans le contexte post-11 septembre 2001. La présence d’importants gisements de matière première (gaz et pétrole) sur le continent africain n’est pas à exclure des motivations américaines. La crise au Moyen-Orient fait que l’Afrique est devenue au cours de ces dernières années une alternative incontournable en matière d’énergie.

 

Parallèlement, certains pays d’Afrique ont témoigné d’une volonté de contribuer au maintien de la paix, à condition qu’ils soient appuyés dans le développement des capacités requises. Dès 2002, les membres du G8 commençaient à reconnaître cette « demande » croissante en matière de maintien de la paix et adoptèrent l’Africa Action Plan, en 2002, en anticipation à la GPOI. Dans l’Afrique sub-saharienne uniquement, la demande a progressé de 31.000 peacekeepers en 2002, à plus de 65 000 en 2006. Ainsi, l’organisation sous-régionale CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) et l’Union africaine (UA) ont bénéficié d’un tel soutien.

 

La GPOI a donc été conçue pour permettre aux institutions africaines de développer leurs capacités à répondre efficacement à des situations de crise (affaiblissement de l’État, génocide, urgences humanitaires, etc.).

 

L’intégration des anciens outils de prévention et de gestion des conflits africains dans la GPOI

Une approche similaire avait poussé l’administration Clinton à formuler un programme d’instruction et d’entraînement de soldats africains au maintien de la paix dans le cadre du chapitre VI de la Charte des Nations Unies, l’Africa Crisis Response Initiative (ACRI) en 1996. Il soulignait déjà une volonté de développer des stratégies et des mécanismes de prévention et de règlement des conflits en Afrique par le biais de divers programmes bilatéraux et multilatéraux. Le programme ACOTA (Africa Contingency Operations Training Assistance), qui lui succède en 2002, vise à corriger les imperfections de l’ACRI, en s’adaptant davantage au contexte africain. Il s’agit du principal programme américain de formation de troupes aux missions avec emploi de la force dans le cadre du chapitre VII de la Charte de l’ONU.

 

 

 

Parallèlement, l’Enhanced International Peacekeeping Capabilities Program (EIPC) se concentrait sur le développement institutionnel de centres nationaux spécialisés en maintien de la paix et sur la formation de leurs instructeurs, afin de leur permettre de développer leurs propres formations et éducation en maintien de la paix.

 

La GPOI s’inscrit ainsi dans la continuité de l’assistance américaine en matière de renforcement des capacités africaines pour le maintien de la paix, au travers de l’ACOTA et du EIPC. Ces deux programmes ACOTA et EIPC ont été incorporés au sein de la GPOI. L’ACOTA est toujours le terme employé pour désigner la composante Afrique de la GPOI et se trouve implanté dans le Bureau Afrique du Département d’État. Ainsi, la GPOI a été conçue comme une amélioration du programme ACOTA – doté d’une formation et d’équipements plus performants- et une extension géographique du programme au-delà de l’Afrique.

Pourquoi la GPOI ? Retour sur les « vides » du maintien de la paix

La GPOI vise à combler les quatre lacunes majeures qui caractérisent les opérations de paix menées par la communauté internationale :

 

  1. le manque de soldats se consacrant au maintien de la paix(deployment gap), formés et disponibles, qui persiste malgré les appels continus à de telles forces, en particulier pour des missions africaines ;
  2. des capacités nationales limitées pour l’instruction et l’entraînement de soldats au maintien de la paix ;
  3. des capacités insuffisantes de déploiement et d’appui logistique aux troupes déployées sur le terrain ;
  4. un nombre insuffisant d’unités de police qui contribueraient à combler le “vide sécuritaire” qui caractérise la fin des opérations militaires et le début de la phase dite de « stabilisation et de reconstruction » (cf schéma ci-dessous).

 

Source : Center for Technology and National Security Policy, National Defense University, Transforming for Stabilization and Reconstruction Operations, 12 novembre 2003.

Les objectifs de la GPOI

Face à ces défis, les objectifs de la GPOI sont donc multiples et furent élargis qualitativement et géographiquement, depuis son lancement. A la fin de l’année 2004, l’administration G.W. Bush a commencé à élargir le champ géographique du programme, en sélectionnant des pays de l’Amérique centrale, d’Europe et d’Asie. En 2006 et 2007, le programme fut une fois de plus étendu à des pays de l’Asie, de l’Asie du Sud et du Pacifique. La GPOI comprend plus de quarante pays et organisations “partenaires” dans le monde, bien que la priorité soit toujours accordée à l’Afrique.

Les partenaires du programme s’emploient à :

  1. Former et équiper au moins 75 000 peacekeepers à l’échelle mondiale, d’ici 2010 (15 000 par an), avec un centrage sur l’Afrique, afin qu’ils puissent mener des opérations sur le continent africain et d’autres théâtres d’opérations. Selon les chiffres de mai 2007, donnés par le Département d’État américain, 22 600 peacekeepers furent formés depuis le lancement du programme. La formation de ces militaires fut principalement réalisée par le biais des 18 pays partenaires de l’ACOTA, de la Brigade multinationale de l’Europe du Sud-Est (SEEBRIG) et de la Conférence des forces armées d’Amérique centrale (CFAC). Les troupes formées par la GPOI ont été déployées dans le cadre des opérations de paix des Nations Unies au Libéria, Côte-d’Ivoire, République démocratique du Congo et au Soudan. Ainsi, six bataillons sénégalais entraînés par la GPOI, furent déployés dans le cadre de ces missions.
  2. Optimiser la capacité des pays et des organisations régionales et sous-régionales, à former, préparer, planifier, gérer et tirer les enseignements des opérations de paix, en fournissant l’assistance technique, matérielle et la formation nécessaire à l’amélioration de la connaissance institutionnelle des opérations de paix.
  3. Créer un réseau d’échange d’informations, afin d’améliorer la coordination des efforts du G8 à améliorer la formation et l’entraînement aux operations de paix en Afrique ; continuer à soutenir ces initiatives dans le cadre de Plan d’action pour développer les capacités mondiales de maintien de la paix.
  4. Travailler avec les membres du G8, afin de mettre en place des arrangements de transports et de logistique pour déployer et maintenir les unités d’opérations de paix sur le terrain. L’Accord sur l’aide en matière de transport et de logistique du GPOI (Transportation and Logistics Support Arrangement, TLSA), répond à ces besoins, en mettant à la disposition des militaires africains, des avions de transport, des hélicoptères et autres équipements pour faciliter leur déploiement. En 2007, les États-Unis ont investi 32 millions de dollars au TLSA afin d’appuyer plusieurs initiatives, dont : 12 millions de dollars en équipements pour la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ; 6.8 millions de dollars pour la formation et l’équipement des militaires ougandais rattachés à la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) ; et 6 millions de dollars pour soutenir le déploiement de troupes nigérianes à la Mission de l’Union africaine au Soudan (AMIS).
  5. Développer un programme qui garantisse la disponibilité de l’équipement pour les troupes dans le cadre d’opérations de paix, où qu’elles soient déployées.
  6. Promouvoir le Centre d’excellence pour les unités policières chargées de la stabilité (COESPU), établi en mars 2005, à Vicence, en Italie, afin d’accroître les capacités et l’interopérabilité de la police ou de la gendarmerie qui participe aux opérations de paix. Les fonds octroyés dans le cadre de la GPOI ont permis de récents déploiements de troupes dans le cadre d’opérations de maintien de la paix au Liban et en Somalie. Issu d’une initiative italienne, le COESPU a pour mission d’entraîner des militaires et des personnels qui, de retour dans leur pays, sont chargés de développer et de former des forces sur le modèle des Carabinieri. Ces dernières sont ensuite déployées dans des opérations de maintien de la paix sous l’égide des Nations unies ou d’autres organisations internationales ou régionales (système de formation en cascade, appelé Train the Trainer ou « former le formateur »). Le COESPU a formé en 2006 et depuis le début 2007, 620 militaires ayant obtenu la certification onusienne.

 

Le Département d’État américain travaille aussi avec d’autres pays partenaires, en particulier ceux qui dirigent des programmes similaires : le Global Peace Operations Program (GPOP) au Canada et le programme Renforcement de la Capacité au maintien de la paix (RECAMP) créé en 1997 en France, afin de maximiser la coordination des efforts en matière de maintien de la paix.

La GPOI, quelle efficacité ?

Plusieurs questions restent en suspens, quant à l’efficacité et l’impact réel de la GPOI sur le développement des capacités mondiales de maintien de la paix, en raison :

 

  1. des méthodes d’instruction et de formation au maintien de la paix, selon le principe duTrain the Trainer : l’efficacité finale de la GPOI dépend de la capacité du personnel formé de transférer le savoir-faire acquis au cours de la formation reçue par les centres d’instruction pilotés par le GPOI, à ses collègues qui n’ont pas bénéficié de celle-ci. Cette formation indirecte, en cascade a déjà révélée ses limites dans plusieurs cas, car il n’y a pas de garantie que de retour dans leurs pays, ceux-ci vont parfaitement reproduire et inculquer la formation reçue.
  2. du risque d’une duplication des programmes pour le maintien de la paix. En effet, le Pentagone a établi dans le cadre de l’UCP (Unified Command Plan), un Commandement unifié des forces armées américaines pour l’Afrique : l’African Command (Africom). L’Africom, qui ne sera complètement opérationnel qu’en 2008, a pour objectif principal, selon Washington, de « prévenir la guerre ». Il s’agira d’apporter une assistance aux pays africains en matière de sécurité, paix et développement et de professionnaliser leurs armées, en aidant les Africains à créer une force de réserve d’environ 25 000 soldats sous les auspices de l’Union africaine qui pourra répondre rapidement aux conflits susceptibles d’éclater sur leur continent sans avoir à attendre une réaction de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Le rôle de l’Africom consistera ainsi à travailler étroitement avec les organisations régionales et sous-régionales africaines, afin de construire des mécanismes sécuritaires régionaux et des capacités de gestion de crise (capacity-building). La coordination des missions et la division des tâches entre la GPOI et l’Africom sont encore à définir.
  3. du décalage grandissant entre l’élargissement des missions et des limites géographiques de la GPOI, et ses ressources financières de moins en moins suffisantes. En effet, la GPOI ne se limite pas uniquement à la formation au maintien de la paix, mais soutient aussi directement la CEDEAO, l’Union africaine et leurs missions respectives, la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et la Brigade Est de la Force africaine en attente (EASBRIG) ; elle soutient de façon bilatérale, des pays membres d’organisations régionales, telles que la Brigade multinationale de l’Europe du Sud-Est (SEEBRIG) et la Conférence des forces armées d’Amérique centrale (CFAC). Toutefois, la GPOI n’a pas bénéficié d’un financement plus important ni d’une reconnaissance politique plus grande, pourtant nécessaires à la pérennisation de ces projets.
  4. des difficultés à mesurer l’efficacité de la GPOI et de ses formations : les troupes formées par le biais de la GPOI, sont-elles vraiment plus opérationnelles ? A quel moment peut-on dire qu’un soldat est réellement « formé » au maintien de la paix et prêt à former d’autres futurs peacekeepers ? Comment vérifier que les instructions sont bien appliquées et transmises au personnel qui n’a pas pu directement bénéficier de la formation fournie par la GPOI ?

 

Malgré ces questions, la GPOI a le mérite de tenter d’apporter une réponse à la demande exponentielle en peacekeepers : au cours de ces vingt dernières années, le nombre de peacekeepers onusiens, de l’UA et autres organismes déployés dans le monde, est passé de 10 000 en 1980 à plus de 100 000 au début de l’année 2007.

 

Alexandra de Hoop Scheffer

Politologue, Institut d’Etudes Politiques de Paris 
17 décembre 2007

 

Documents

 

11 juin 2007

The Global Peace Operations Initiative: Background and Issues for Congress


SARAFINO Nina, CRS Report for Congress, Order Code RL32773

PDF 165 Ko
 

 

30 avr. 2007

Program Management and History, GPOI Program Management


U.S Department of State

PDF 0 octets
Tous les documents +

Références

 

30 juin 2007

US Training, African Peacekeeping : the Global Peace Operations Initiative


Alix J. Boucher et Victoria K. Holt, Issue Brief, the Henry L. Stimson Center

PDF 158 Ko
 
Toutes les références +