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Guatemala

La République du Guatemala est un pays d’Amérique centrale. Ses frontières sont partagées avec le Belize, le Salvador, le Honduras et le Mexique. Le Guatemala est membre de deux organisations conduisant des opérations de paix : l’ONU (1945) et l’OEA (1948).

Politique de maintien de la paix

 

Cinq ans après la signature de l’accord de paix de 1996, le gouvernement du Guatemala lance le processus devant aboutir à la publication de son premier Livre blanc sur la défense (2003). Ce document cherche à adapter la politique externe du pays au nouveau contexte régional et international, caractérisé par un cadre normatif en faveur de la démocratie. Le nouvel ordre régional, indiquent les autorités, se base sur la déclaration de l’Organisation des États Américains (OEA) à Santiago de Chili (1991), la Charte interaméricaine démocratique (2001) et une nouvelle définition de sécurité établie par la Commission de sécurité hémisphérique (2003). La nouvelle doctrine guatémaltèque en matière de défense se fonde sur les principes suivants :


- Combat du crime organisé et du terrorisme;

- Respect des chartes des Nations Unies et de l’OEA et du Protocole de Tegucigalpa (qui institue le Système d’intégration centraméricaine, SICA);

- Renforcement du multilatéralisme;

- Promotion de la paix (à travers des mesures de renforcement de la confiance mutuelle et de la transparence en matière de défense);

- Appui à la mise en vigueur des droits humains, à la consolidation de la démocratie et aux processus d’intégration régionale.

 

Le renforcement du multilatéralisme, la promotion de la paix, la promotion des droits humains et la démocratie sont atteignables à travers la participation des forces armées guatémaltèques aux opérations de paix de l’ONU et aux débats qui y sont reliés. Dans ce dessein, la publication du Livre blanc est considérée comme un premier pas vers la transparence. Le deuxième pas, qui relève plutôt d’un engagement pratique, est la signature, le 12 novembre 2003, d’un mémorandum d’entente pour mettre à la disposition de l’ONU des forces en attente prêtes à être déployées rapidement. Le troisième est l’adoption au sein de l’ONU d’un agenda favorable à la restructuration de l’organisation. À cet égard, le pays se déclare favorable à un élargissement du Conseil de sécurité, tant sur le plan des membres permanents que non permanents. Une telle réforme devrait promouvoir la transparence, l’efficacité et la représentativité dans le processus de prise de décisions. Pour y parvenir le Guatemala propose de garantir une représentation géographique équitable, ouvrant ainsi de nouvelles occasions de participation tant aux pays développés qu’en voie de développement. Finalement, le pays souligne que cette réforme ne serait pas complète si elle ne s’accompagnait pas d’une révision des méthodes de travail propres à l’organisation. Ici, le pays manifeste son appui à une réforme du Département des opérations de maintien de la paix afin de rendre l’ONU capable de se déployer efficacement. Aussi, garantir la sécurité du personnel onusien déployé sur le terrain et renforcer les liens avec d’autres organes internes de l’ONU, comme l’Assemblée générale et le Conseil économique et social, devraient être priorisés; de tels changements pourraient aider l’organisation à mieux gérer les transitions vers la paix.

 

La participation du Guatemala à des opérations de paix a longtemps été discrète. Certes, le gouvernement a envoyé trois contingents militaires à la force multinationale déployée en Haïti (1994-1995). Il a aussi participé à l’Opération des Nations Unies au Burundi (ONUB, 2004-2006). Toutefois, en dehors des activités contre-révolutionnaires, les militaires ont toujours privilégié les missions à caractère humanitaire. A partir de 1997 par exemple, l’armée guatémaltèque a participé aux plans de déminage de la région centraméricaine, notamment au Nicaragua et à l’intérieur de ses frontières. À cet effet, l’armée a travaillé en coordination avec les pompiers de la Commission nationale de déminage du Congrès guatémaltèque, dans le cadre de plusieurs initiatives dirigées par l’OEA. De plus, le Guatemala a constitué une Unité humanitaire de sauvetage qui fut déployée au Salvador à la suite du tremblement de terre de 2001. En 2002, cette même unité fut déployée au Honduras pour aider à l’éradication de la dengue hémorragique. Il s’agit peut-être d’initiatives plutôt modestes, mais il faut souligner que l’armée guatémaltèque, plus qu’une force de stabilisation à l’étranger, est plutôt récipiendaire d’aide économique. En effet, en 2005, le gouvernement des États-Unis a octroyé une aide de 350 000 $ pour la moderniser; une aide de 900 000 $ fut également demandée en 2006 pour renforcer la capacité opérative de ses unités anti-narcotiques.

La démocratisation de l’armée : avec quels objectifs?

 

Le Livre blanc guatémaltèque définit la doctrine des forces armées selon les normes internationales, c’est-à-dire en accord avec les mécanismes « …internationaux de sécurité et de maintien, construction, ou rétablissement de la paix ». C’est dans ce contexte qu’en 2005, les autorités ont lancé l’idée de former une force centraméricaine de maintien de la paix (avec le concours du Honduras, du Nicaragua et du Salvador). « Nous voulons former des soldats universaux, des soldats de paix », indiquait à l’occasion le ministre de la Défense du pays. Toutefois, deux facteurs invitent à se demander jusqu’à quel point ces objectifs sont atteignables à court terme.

 

Premièrement, il faut analyser le degré de transformation de l’armée. Ici, il ne faut pas oublier que les militaires sont, avec les guérilleros de l’Union révolutionnaire nationale guatémaltèque (URNG), les protagonistes de ce qui a déjà été décrit comme un des conflits les plus meurtriers des Amériques (120 000 personnes seraient disparues au cours des 30 ans de guerre). On pourra toujours affirmer que des accords de paix ont été signés et que la communauté internationale a déployé une opération de paix, la Mission de vérification des Nations Unies au Guatemala (MINUGUA, 1997), qui est souvent considérée comme un « succès ». Toutefois, avec le blocage dans la mise en vigueur des accords (dû à l’échec d’un référendum tenu en 1999), des composantes vitales de la réforme de l’armée et de la police ont été bloquées. En 2006, le rôle des militaires en matière de sécurité civile interne continuait à être important. Les 2 400 militaires qui ont entamé des patrouilles des principales villes du pays cette année-là ne représentent, selon les autorités, qu’une preuve de plus de « l’étroite coopération entre les civils et les militaires ». Toutefois, il démontre aussi qu’il reste encore du travail à réaliser en matière de réforme des corps de sécurité. Le gouvernement s’est par ailleurs déclaré prêt à retirer ses effectifs déployés en Haïti s’il devenait nécessaire de les déployer au Guatemala pour garantir la sécurité civile.


Deuxièmement, l’armée et la police continuent d’être accusées de corruption et de non-respect des droits humains, dans un cadre où le système judiciaire demeure peu fonctionnel. En fait, ce n’est qu’en 2003, et malgré l’existence d’anciens rapports de la MINUGUA à propos de l’existence « d’investigations parallèles (de la part des militaires) non autorisées faisant obstacle aux autorités judiciaires », que le président Óscar Berger (2004-2008) abolit l’État-major présidentiel.


Aujourd’hui, des organisations comme Peace Brigades International continuent à oeuvrer à temps plein au pays, en appuyant les victimes de la guerre et tous ceux qui défendent les droits humains. Les obstacles au processus de démocratisation au Guatemala et les « enjeux qui restent à surmonter pour consolider les gains accomplis depuis la signature de l’accord de paix », sont reconnus par les autorités dans divers forums nationaux et internationaux, dont l’Assemblée générale de l’ONU.

ÉVOLUTION DE LA PARTICIPATION

En dépit de forces armées peu nombreuses, le Guatemala n’en est pas moins le 6ème contributeur des Amériques aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies. La contribution militaire guatémaltèque a surtout débuté en 1999, lorsque le gouvernement a envoyé ses premiers contingents au sein de la MONUC. L’envoi de 70 hommes dans le cadre de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) en 2004 marque le début d’une participation plus active du pays après des décennies de retrait. En 2008, la participation guatémaltèque à la MINUSTAH se chiffre à 119 militaires. Cette participation s’est aujourd’hui réduite et 56 effectifs sont encore sur place en 2016. Quant à la participation du pays en RDC, elle a progressé et est passé de 105 militaires et 6 observateurs militaires en 2008 à 151 militaires et 1 observateur en 2016. Par ailleurs, le pays coopère égalment dans plusieurs missions de paix de l’ONU : MINUSCA (2 militaires observateurs), FINUL (2 experts), FISNUA (1 militaire observateur), MINUSS (4 militaires), ONUCI (4 militaires observateurs). Ces efforts furent reconnus par le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan (1997-2007), qui a nommé en 2006 un diplomate guatémaltèque, Edmond Mulet, à la tête de la MINUSTAH. En 2007, celui-ci était même devenu sous-secrétaire général adjoint aux opérations de paix de l’ONU.

 

Le Guatemala déploie trois types de contingents : les forces spéciales kaibiles qui ont participé à la MONUSCO en RDC, La police militaire, rattachée à la MINUSTAH en Haïti, et des agents individuels affectés à titre d'observateurs militaires (MONUSCO, MINUSTAH, ONUCI, MINUSS, FINUL, FISNUA et MINUSCA). Les forces spéciales kaibiles effectuent des patrouilles, établissent des bases opérationnelles temporaires et protègent les organismes civils et les organisations humanitaires. Leur objectif premier comprend la protection des civils et du personnel humanitaire ainsi que le soutien des gouvernements dans ses efforts de stabilisation et de consolidation de la paix. Les Kaibiles sont une unité d'élite anti-insurrection des forces armées du Guatemala, spécialisées dans le combat de jungle. L’expérience kaibile dans la guérilla tropicale fut essentielle à la MONUSCO. De ce fait, le Guatemala devrait continuer à contribuer aux opérations de maintien de la paix au cours des années à venir, principalement en raison des avantages militaires associés à cela, et de l’image positive associée au pays. Quant aux pertes guatémaltèques encourues dans le cadre de missions de maintien de la paix des Nations unies, le nombre de casques bleus décédés s’élève à onze, dont huit en 2006 en République démocratique du Congo (MONUC).


La participation du Guatemala aux opérations de maintien de la paix fut institutionnalisée par le Livre de la défense publié en novembre 2003, qui décrit la participation au maintien de la paix en tant que composante fondamentale de la mission des forces armées pour répondre aux menaces transnationales non traditionnelles. Pour l'armée, la force motrice de cette participation correspond à la possibilité de promouvoir le processus de transformation et de modernisation des forces armées guatémaltèques post-guerre civile. Sur le plan professionnel, les missions de maintien de la paix offrent aux officiers et aux troupes militaires l'opportunité d'opérer dans des environnements complexes nécessitant souvent le développement de capacités inter-opérables. La participation aux missions de maintien de la paix a été cruciale pour améliorer l'image et le prestige des forces armées guatémaltèques après la politisation des violations des droits de l'homme pendant la guerre, ce qui avait sévèrement terni leur réputation à l'échelle nationale et internationale.Depuis les accords de paix de 1996, l’armée guatémaltèque dispose d’un plafond de 15 500 personnes. Même si l’augmentation des effectifs destinés au maintien de la paix est un objectif, le dépassement du plafond serait très mal vu par la société civile, les groupes de défense des droits de l'homme, ainsi que l'opposition politique.

Autres freins à la participation, le 23 janvier 2006, huit soldats de la paix guatémaltèques ont été tués en RDC dans une mission secrète pour capturer un chef rebelle ougandais. Les morts ont suscité un vif débat sur la tactique de maintien de la paix de l'ONU et le rôle du Guatemala dans la MONUC. Sergio Morales, ombudsman du Guatemala en matière de droits de l'homme, avait déclaré que les troupes guatémaltèques faisaient le « sale travail » de l'ONU.


De plus, le Guatemala compte parmi les plus hauts niveaux de criminalité et de violence en Amérique latine. L'armée est de plus en plus utilisée pour soutenir et aider la Police nationale civile sur les défis de la sécurité intérieure. Souvent, l'opinion publique a critiqué la participation au maintien de la paix en la présentant comme un gaspillage des forces qui pourraient être utilisées pour lutter contre les maux internes.


A ce titre, le Guatemala tient à sa participation aux opérations de paix pour deux raisons majeures : garder une image saine aux yeux de la communauté internationale et acquérir de l’expérience militaire et du savoir-faire au contact d’autres contingents militaires.



Fernando A. Chinchilla, 28 mars 2008

Candidat au doctorat, science politique, Université de Montréal

Fiche mise à jour le 1 juin 2017 par Pierre Lacroix, stagiaire au Centre d'Etudes des Crises et des Conflits (CECRI) à Louvain-La-Neuve.