Historique de l'opération MANUA

< Retour au détail de l'opération MANUA

MANUA       Afghanistan

Mission d'assistance des Nations Unies en Afghanistan

 

Le 28 mars 2002, le Conseil de sécurité de l’ONU crée, par la résolution 1401, la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) afin de renforcer les institutions afghanes et d’aider à la reconstruction du pays. A l'origine conçue en appui à l’application des Accords de Bonn qui visaient au règlement de l'avenir politique de l'Afghanistan, La MANUA est désormais chargée, depuis l'entrée en fonction de l'assemblée nationale afghane le 19 décembre 2005, de veiller à la mise en œuvre du Pacte pour l'Afghanistan adopté le 31 janvier 2006.



Contexte

 

En réponse aux attaques terroristes du 11 septembre 2001, une coalition internationale, dirigée par les États-Unis, lance le 7 octobre 2001 l’opération militaire « Liberté immuable ». Cette dernière est mise en place pour détruire les camps d'entraînement et les infrastructures terroristes en Afghanistan, capturer les dirigeants d'Al-Qaeda et mettre un terme aux activités terroristes dans le pays. A la suite de la conquête du pays par la coalition, le 5 décembre de la même année, les accords de Bonn sont signés établissant les bases du règlement de l'avenir politique du pays. Peu après, par la résolution 1386 du 20 décembre 2001, le Conseil de sécurité des Nations Unies met en place, sous l'égide de l'OTAN, la Force internationale d'assistance et de sécurité (FIAS) avec pour mission la « conduite des opérations militaires dans la zone d'opérations pour aider le Gouvernement de la République islamique d'Afghanistan (GIRoA) dans l'établissement et le maintien d'un environnement sûr et sécurisé avec un engagement total des forces de sécurité nationales afghanes, en vue d'étendre l'autorité et l'influence du gouvernement, de manière à faciliter la reconstruction de l'Afghanistan et de permettre au GIRoA d'exercer sa souveraineté dans tout le pays ».

 

Mise en place de la mission

 

A la suite de la prise de contrôle rapide du pays par la coalition internationale, des personnalités influentes d’Afghanistan et de la communauté internationale se réunissent à Bonn en Allemagne, du 27 novembre au 5 décembre 2001, pour déterminer le cours de l’ère post-talibane. La conférence permet de mettre au point une véritable « feuille de route » de la consolidation de la paix et de la reconstruction post-conflit, principalement centrée autour de l’organisation d’élections présidentielles et législatives, prévues pour le 11 juin 2004. Après avoir été repoussées, les élections présidentielles se tiennent le 9 octobre 2004 et les élections législatives le 18 septembre 2005. Dans la foulée de la conférence de Bonn, le Conseil de sécurité adopte la résolution 1401 le 22 mars 2002, établissant la MANUA.

 

Dans un premier temps, celle-ci reçoit pour mandat d’aider à la mise en œuvre de l’Accord de Bonn en donnant un appui politique à l’Afghanistan et en veillant au renforcement des institutions du pays. Pour ce faire, elle dispose à ses débuts de 417 agents civils internationaux et 1476 agents locaux, 15 conseillers militaires, 4 policiers et 78 volontaires des Nations Unies. En 2012, ses effectifs sont d'environ 1600 agents civils (dont 80% d'Afghans). La MANUA est déployée en Afghanistan dans 18 bureaux régionaux et provinciaux. Elle dispose également de deux bureaux de liaison à Islamabad et Téhéran. Son budget s'élève à 270, 7 millions de dollars américain en 2011 et 241 millions en 2012.

 

Objectifs de la mission

 

L'UNAMA est une mission politique dirigée et supportée par le Département des opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Elle œuvre dans deux domaines d'actions principaux qui en font une mission intégrée: les questions humanitaires et de développement et les affaires politiques.

 

Ses objectifs sont d'une part de supporter le gouvernement afghan dans ses efforts visant à résoudre les problèmes de sécurités nationale et humaine, de gouvernance, de développement économique et de coopération régionale et d'autre part de soutenir la mise en œuvre intégrale des engagements pris lors des Conférences de Londres (janvier 2010) et de Kaboul (juillet 2010). Le tout en coordonnant les efforts de la communauté internationale et des différents organismes onusiens présents en Afghanistan.

 

Avec la révision de son mandat, intervenue en 2010, la MANUA s'est également vue attribuer pour mission de superviser l'organisation des élections présidentielles de 2014 ainsi que la tâche d'œuvrer à la mise en place d'une approche – appelée par les Afghans-pour les Afghans – du processus de réconciliation.

 

Dès sa création, la MANUA commence à travailler de concert avec la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS). En plus de cela, elle supervise toutes les agences de l'ONU présentes en Afghanistan telles que le Programme alimentaire mondial, le Haut Commissariat des Nations Unies aux réfugiés ou l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.

 

Evolution

 

À la suite de l’entrée en fonction du Parlement afghan le 19 décembre 2005, une nouvelle feuille de route, le « Pacte pour l’Afghanistan » (Afghanistan Compact), remplace les Accords de Bonn. Ce Pacte dicte le cheminement à suivre pour la consolidation de la paix dans le pays jusqu'en 2011. Il se concentre sur trois domaines d’activités : la sécurité, la gouvernance – dont les droits de l’homme et l’état de droit – et le développement économique et social – qui comprend aussi la lutte contre les stupéfiants. Suite à cela, le 23 mars 2006, la résolution 1662 du Conseil de sécurité approuve l’élargissement du mandat de la MANUA tel que proposé par le rapport du Secrétaire général de l’ONU (S/2006/145). La MANUA doit désormais aider le gouvernement afghan à coordonner et à contrôler la mise en œuvre du Pacte pour l’Afghanistan et coprésider le Conseil commun de coordination et de suivi. Dans sa résolution 1806 du 20 mars 2008, le Conseil de sécurité décide de proroger le mandat de la MANUA, tout en soulignant la nécessité de renforcer la collaboration avec la FIAS en ce qui à trait à la coordination civilo-militaire, l’échange d’informations et la cohérence des actions dans le but de poursuivre l’application du Pacte pour l’Afghanistan. Accueillant les recommandations du Rapport du Secrétaire général de l’ONU (S/2008/159), le Conseil de sécurité décide que la MANUA doit mettre l’accent sur six secteurs d’activité : la coordination, le dialogue politique, la gouvernance à l’échelon infranational, la coordination de l’action humanitaire, les élections et le renforcement de la coopération avec la FIAS.

 

Le 20 août 2009, conformément à la constitution afghane, des élections ont lieu afin d’élire le président et les conseils provinciaux. En comparaison avec l’élection de 2005, la campagne électorale de 2009 est caractérisée par la mise en avant de programmes politiques plutôt que par la mobilisation identitaire, par une plus grande participation populaire aux événements politiques et par un plus grand nombre de femmes candidates. Toutefois, le taux de participation au scrutin est plus bas qu’en 2005 en raison du nombre limité de bureaux de vote ouverts et des violences durant la semaine précédent l’élection. De nombreuses plaintes concernant des cas de fraudes sont déposées concernant le scrutin présidentiel. Aucun candidat n’ayant obtenu de majorité absolue (49,67% pour le président Karzai et 30,59% pour le Dr Abdullah), un second tour est planifié pour le 7 novembre. Cependant, considérant que les conditions pour la tenue d'un scrutin libre et équitable ne sont pas réunies, le Dr. Abdullah se retire du second tour et refuse de participer à un éventuel gouvernement de coalition. Le président Karzaï est donc reconduit dans ses fonctions pour un deuxième mandat sans la tenue d’un second tour.

 

Le 18 septembre 2010, les électeurs afghans sont rappelés aux urnes cette fois pour élire leurs députés. Ces élections sont marquées par une participation faible de 47% qui s'explique par les nombreuses menaces ayant été proférées par les talibans. De plus, le processus électoral est émaillé de nombreuses fraudes, poussant la Commission Electorale Indépendante (CEI) à repousser à de nombreuses reprises les résultats qui sont finalement publiés le 31 octobre. Cette publication est suivie d'une crise politique opposant le président Karzaï au parlement sur la question des fraudes électorales.

 

Le 28 janvier 2010, une conférence réunissant des représentants de plus de 70 pays a lieu à Londres. Les résultats de cette conférence marquent un changement d’approche dans la gestion du conflit en Afghanistan en favorisant, entre autres, l’augmentation des efforts civils pour équilibrer le volet militaire de la mission. Les conclusions de la conférence s’articulent autour de cinq axes principaux : le transfert des responsabilités sécuritaires au gouvernement afghan (avec une augmentation des forces de sécurité afghanes à 300 000 membres, dont 134 000 policiers, d’ici la fin 2011), le processus de réconciliation national, la lutte contre la corruption, le développement économique et la coopération régionale. Afin d’aider à la mise en œuvre des objectifs liés à ces cinq priorités, l'Alliance atlantique prend respectivement la décision, lors des sommets de l'OTAN de Lisbonne (19-20 novembre 2010) et de Chicago (20-21 mai 2012), de retirer de manière progressive les forces armées présentes en Afghanistan et de transférer aux autorités et aux forces afghanes la responsabilité de la sécurité du pays pour 2014. Ainsi, cette décision diminuera la présence militaire  internationale en Afghanistan  mais ne mettra pas un terme à la MANUA qui devra adapter son action afin de soutenir le processus "d'Afghanisation" notamment en continuant à œuvrer à l'établissement d'un système de bonne gouvernance, à un Etat de droit, à un développement des services à la population ainsi qu’à la défense des droits et des libertés fondamentales, comme l'explique, Ján Kubiš, le Représentant spécial de l'ONU en Afghanistan en mars 2012 dans son rapport au Conseil de Sécurité.

 

Par ailleurs, au début de l'année 2012, des représentants des Etats-Unis et des talibans se rencontrent au Qatar, où ces-derniers ont établis un bureau de liaison, afin d'entamer des discussions préalables à des négociations de paix. Si ce processus devait connaître une évolution positive, la MANUA s’en trouverait nécessairement concernée à terme car les conditions de sécurité dans le pays s'amélioreraient et la nécessité d'une présence internationale se ferait progressivement moins sentir.

 

Depuis son déploiement en Afghanistan, la MANUA a été prise pour cible par les insurgés à plusieurs reprises. Ainsi, quatre attaques principales ont frappés, leur personnel onusien dans ce pays:

 

- En novembre 2003, l'explosion d'une bombe devant le bureau de Kandahar tue un membre du Haut Commissariat des Nations Unies aux réfugiés;

 

- Le 28 octobre 2004, trois employés de l'ONU chargés de la surveillance du processus électoral sont enlevés pour être finalement libérés le 23 novembre;

 

- Le 28 octobre 2009, trois assaillants attaquent un bureau de l'ONU à Kaboul tuant cinq de ses membres;

 

- Le 1 avril 2011, le bureau de la MANUA à Mazâr-e Charîf est attaqué par des protestataires réclamant le retrait des forces occidentales d'Afghanistan. Sept membres de la mission sont tués (5 Népalais, 1 Norvégien, 1 Roumain et 1 Suédois)

 

 

Logan Dooms

Chercheur stagiaire

Centre d'études des Crises et des Conflits (CECRI)

Université catholique de Louvain

 

30 août 2012