La nouvelle stratégie américaine en Afghanistan

Marc-André Anzueto et Etienne Tremblay-Champagne, M.Sc.

6 juin 2012

 

L’engagement militaire du Canada en Afghanistan a débuté suite aux attaques terroristes du 11 septembre 2001. L’ancien ministre de la Défense, Art Eggelton, a d’abord autorisé l’envoi d’une centaine de militaires pour lutter contre le régime taliban aux côtés des Américains. De son côté, l’ancien premier ministre, Jean Chrétien, a permis le déploiement des forces aériennes, terrestres et maritimes pour combattre les talibans le 8 octobre 2001. Dans ces circonstances, le Conseil de sécurité de l’ONU a mis sur pied la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS), une vaste coalition de 41 pays incluant le Canada qui vise à reconstruire l’Afghanistan. La FIAS a été créée à l’issue de la Conférence de Bonn en décembre 2001, mais est passée sous le commandement de l’OTAN en août 2003. À partir de juillet 2005, le Canada participe avec les Américains à l’opération Enduring Freedom dans le cadre de l’opération Archer, parallèlement la contribution canadienne à la FIAS porte le nom d’opération Athéna. En juillet 2011, la mission de combat canadienne se retire et cède le commandement des zones surveillées par le Canada aux troupes américaines. La mission canadienne entamée en 2002 comptait environ 3 000 soldats sur le terrain. Le Canada restera cependant sur le terrain jusqu’en 2014 par l’entremise d’une nouvelle mission de formation dans le cadre de l’opération ATTENTION et de divers projets de développement. Le Groupe de travail sur la transition s’attèle présentement à rapatrier le matériel de la mission de combat canadienne et devrait terminer sa tâche d’ici la fin 2011.

Le président des États-Unis, Barack Obama, procède depuis 2009 à un réalignement des priorités de la politique étrangère américaine où l’Afghanistan est désormais considéré comme le principal front de la guerre contre le terrorisme. Comme l’affirmait le secrétaire d’État américain à la Défense, Robert Gates, il remplace l’Irak comme « première priorité militaire » des États-Unis. Alors que ces derniers retirent graduellement leurs troupes d’Irak, l’aspect le plus visible de ce changement de la stratégie américaine est l’annonce en décembre 2009 du déploiement de 30 000 soldats supplémentaire ainsi qu’un retrait graduel d’Afghanistan à partir de juillet 2011. Lors de la conférence internationale de Londres sur l’Afghanistan qui a réuni près de 70 pays en janvier 2010, les États-Unis ont soutenu le plan de transition de l’OTAN qui prévoit le transfert de la responsabilité de certaines zones du pays aux forces de sécurité afghanes dès 2010. Les États-Unis rappellent toutefois qu’il ne s’agit pas d’une « stratégie de sortie ».

 

 

Annonce d'une stratégie régionale et importance du pakistan




Le 27 mars 2009, le président Obama annonce une nouvelle stratégie pour l’Afghanistan et le Pakistan, qualifiant la situation en Afghanistan « de problème de sécurité internationale de la première importance ». Il déclare à l’occasion : « je veux que les Américains comprennent que nous avons un objectif clair : désorganiser, démanteler et vaincre Al-Qaïda au Pakistan et en Afghanistan et empêcher leur retour dans l’un ou l’autre de ces pays ». Le Pakistan est donc placé au cœur de la nouvelle stratégie américaine pour l’Afghanistan, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, déclarant en 28 avril 2009 que les talibans représentaient « une menace pour l’existence même du Pakistan ».

 

La stratégie du président Obama prévoit notamment un accroissement de l’effort civil et militaire en Afghanistan, de même que de l’aide financière envers le Pakistan afin de vaincre le réseau terroriste Al-Qaïda. De fait, les États-Unis ont annoncé une aide financière au Pakistan de l’ordre de 1,5 milliard de dollars sur cinq ans pour « construire des écoles, des routes, des hôpitaux et renforcer la démocratie pakistanaise ». Cette mesure, qui se rajoute à l’importante aide militaire déjà existante, fait partie d’un plan général visant à lutter contre les extrémistes par le soutien au développement économique. Le président Obama a également demandé au Congrès d’adopter une autre proposition de loi menant à la création de zones de développement économique dans la région frontalière pakistano- afghane « afin de stabiliser une région en proie à une violence continuelle ».

 

Pour sa part, le gouvernement pakistanais a fait appel à la générosité des donateurs internationaux réunis à Tokyo le 17 avril 2009. Le président pakistanais, Asi Ali Zardari, a déclaré, « nous sommes résolus à combattre le terrorisme (…) je demande à la communauté internationale de nous aider à relever cet énorme défi qui ne s’arrête pas à ma frontière (…) si nous perdons, le monde perd ». Le Représentant spécial des États-Unis pour l’Afghanistan et le Pakistan, Richard Holbrooke, a salué les cinq milliards de dollars recueillis à Tokyo et a déclaré qu’on « a de plus en plus conscience dans le monde que le Pakistan est au cœur de la menace pour la stabilité du monde ». Peu de temps après la rencontre des donateurs à Tokyo, plusieurs offensives ont été lancées par le gouvernement pakistanais contre les insurgés islamistes au cours des mois d’avril et de mai 2009 dans la vallée de Swat. L’armée pakistanaise annonçait le 24 mai 2009 qu’elle contrôlait plusieurs quartiers de la ville stratégique de Mingora. Suite à l’offensive contre les talibans, le Premier ministre pakistanais, Yousuf Raza Gilani, a de nouveau demandé l’aide à la communauté internationale afin porter assistance aux deux millions de personnes déplacées dans la vallée de Swat. D’autres combats contre les talibans pakistanais ont eu lieu au cours du mois d’octobre 2009 dans le Sud-Waziristan et le président Zardari a assuré en novembre au Premier ministre britannique, Gordon Brown, que l’armée pakistanaise avait remporté « des succès considérables ».

 

Conférence internationale à La Haye et sommet de l’OTAN

 

La nouvelle stratégie américaine a figuré en tête à l’ordre du jour de la conférence internationale sur l’Afghanistan organisée par l’ONU à La Haye le 31 mars 2009, de même qu’à la réunion au sommet de l’OTAN qui a eu lieu du 3 au 4 avril à Kehl et à Strasbourg. Lors de la conférence internationale sur l’Afghanistan, le chef de l’état-major interarmées américain, l’amiral Michael Mullen, a déclaré que les États-Unis demanderaient des renforts civils aux alliés, car « une augmentation significative du nombre de civils est vraiment cruciale ». Lors du sommet de l’OTAN, les Européens ont affiché un soutien « global » à la nouvelle stratégie américaine en Afghanistan sans toutefois apporter de renforts militaires massifs. La France s’est notamment engagée à envoyer des gendarmes alors que plusieurs pays européens se sont contentés de promettre de l’aide civile ou humanitaire. Cependant, les dirigeants de l’OTAN réunis à Strasbourg ont accepté le 4 avril d’envoyer 5000 soldats supplémentaires en Afghanistan, dont 3000 afin d’assurer la sécurité de l’élection présidentielle du mois d’août. Selon le président français, Nicolas Sarkozy, « il faut afghaniser le conflit » c’est-à-dire axer l’intervention en Afghanistan vers la formation des militaires et les policiers afghans.

 

Par ailleurs, les États-Unis souhaitent aussi un engagement ferme des pays voisins, en particulier de l’Iran et du Pakistan. L’Envoyé spécial américain pour l’Afghanistan et le Pakistan, Richard Holbrooke, considère déjà la participation de l’Iran à la Conférence de La Haye comme une « avancée » qui permettrait à l’administration Obama d’obtenir « un engagement constructif » des autorités iraniennes à jouer un rôle important dans la stabilisation de l’Afghanistan. À cet égard, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a déclaré à La Haye que « le trafic de drogue, la généralisation de l’extrémisme violent, la gestion de l’eau, l’électrification et l’irrigation sont des défis régionaux qui exigeront des solutions régionales ». Lors d’un sommet tripartite à Téhéran le 24 mai 2009, l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan ont décidé, sans promettre de mesures concrètes, de renforcer leur coopération face aux enjeux sécuritaires régionaux, dont le terrorisme et la drogue. Selon le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, « la présence des forces étrangères dans notre région (…) n’a pas été d’une grande aide pour l’établissement d’une sécurité ou de progrès politiques et économiques durables ».

 

Entrée en fonction du général McChrystal comme Chef de la FIAS

 

Le général américain Stanley McChrystal est devenu Commandant de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) le 15 juin 2009, en remplacement de son compatriote américain le général David D. McKiernan. Le général McChrystal avait comme principal objectif de revoir la stratégie des alliés face aux talibans en mettant l’accent sur la protection des civils. Il a notamment déclaré lors de son entrée en fonction que « les Afghans sont au centre de notre mission. Nous devons les protéger de toute violence qu’elle qu’en soit la nature ». Le président afghan a fréquemment condamné la FIAS et les Américains pour leurs bavures ayant causé des pertes civiles en Afghanistan. De son côté, le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a affirmé en juillet que les forces alliées devaient impérativement remporter des succès tangibles d’ici un an dans la guerre en Afghanistan si elles veulent éviter un enlisement comparable à la situation en Irak. M. Gates a souligné que « la victoire en Afghanistan est une perspective à long terme (…) les États-Unis ne remporteront pas la victoire en l’espace d’un an. Les forces américaines doivent commencer à renverser la tendance d’ici à l’été 2010, autrement l’opinion publique risque de s’opposer à la guerre ». Ainsi, l’option d’envoyer de nouveaux soldats américains en 2010 s’avère un choix difficile pour le président Obama, car son administration est divisée sur cette question.

 

En août, un communiqué de l’OTAN indique que « la situation en Afghanistan est grave, mais le succès est encore possible et requiert une révision de la stratégie ainsi qu’une meilleure coordination des efforts ». Le 30 août, le général McChrystal présente au secrétaire américain à la Défense une évaluation de l’effort de guerre en Afghanistan et plaide pour un renfort des troupes américaines. Quelques semaines plus tard, il déclare que les prisons afghanes étaient devenues un vivier de nouvelles recrues pour les talibans et que sans augmentation des moyens militaires la coalition risquait d’y subir « un échec ». Le président afghan, Hamid Karzaï, a exprimé son soutien à l’approche du général McChrystal en déclarant en septembre à la chaîne CNN que le renfort accentuerait « l’effort contre le terrorisme ». Cependant, le président américain a signalé à maintes reprises que les États-Unis n’avaient pas l’intention d’assumer seuls la charge des combats en Afghanistan en précisant qu’il ne « s’agit pas d’un combat américain, il s’agit d’une mission de l’OTAN également ». Le président Obama voulait préciser que les opérations en Afghanistan n’étaient pas « la responsabilité ou le fardeau de l’Amérique seule, mais reste un effort d’équipe ». Le Secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a indiqué le 23 octobre, à l’issue du sommet de Bratislava, que la nouvelle stratégie du général McChrystal face à l’Afghanistan bénéficie d’un « large soutien » de la part des ministres de la Défense de l’OTAN.

 

La première offensive de la nouvelle stratégie définie par le général McChrystal est l’opération Mushtarak qui a débuté le 13 février 2010 dans le sud de l’Afghanistan. Cette opération qui signifie « ensemble » en langue dari vise à repousser les talibans de la province d’Helmand et reprendre le contrôle de la ville de Marjah afin d’y restaurer l’autorité afghane. L’opération Mushtarak a été menée conjointement par l’armée américaine, les forces britanniques, l’armée nationale afghane et la FIAS. Des hauts responsables de l’administration américaine ont indiqué que la prise de Marjah n’était qu’un prélude à des opérations plus vastes dans la province voisine de Kandahar.

 

La décision d’envoyer plus de troupes américaines en Afghanistan était conditionnelle aux résultats de l’élection afghane du 20 août 2009. Par contre, le recomptage des votes et les accusations de dissimulation des fraudes électorales sont des éléments qui ont ralenti la prise de décision du président Obama. À la suite du retrait du candidat présidentiel Abdullah Abdullah, la Commission électorale indépendante afghane (IEC) annule la tenue d’un second tour qui devait avoir lieu le 7 novembre et déclare Hamid Karzaï vainqueur du scrutin. Le gouvernement américain avait affirmé un peu plus tôt qu’il serait inadéquat de prendre une décision sur des renforts en Afghanistan tant qu’il n’y aurait pas de gouvernement crédible à la tête du pays.

 

La relation avec le président Karzaï depuis l’élection de 2009

 

Photo : Le figaroBan Ki-moon a très bien résumé les élections du 20 août 2009 et la phase subséquente de recomptage lorsqu’il a déclaré en novembre dernier que « le processus électoral a été difficile pour l’Afghanistan et des leçons doivent en être tirées ». En fait, les soupçons de fraudes ont empêché la réélection au premier tour du président afghan, Hamid Karzaï, dont la légitimité était déjà fragilisée par un taux de participation de 38,7% des Afghans. De plus, le recomptage était de mise dans certaines régions où il y avait eu un taux de participation de 100% ou lorsqu’un candidat, notamment Karzaï, avait recueilli plus de 95% des voix. Néanmoins, les États-Unis ont félicité le président Karzaï pour « sa victoire dans cette élection historique » et déclaré qu’ils continueraient de travailler « avec lui, sa nouvelle administration, le peuple afghan et nos partenaires ». En mars 2010, le président Obama a effectué une visite surprise à Kaboul afin de faire le point sur la situation avec le général McChrystal. Il a notamment affirmé que « les progrès sont trop lents » en Afghanistan et a demandé au président Karzaï de faire davantage d’efforts dans la lutte contre la corruption dans son pays. Les propos du Premier ministre canadien, Stephen Harper, à l’issue d’une réunion des ministères des Affaires étrangères du G8 à Ottawa le 30 mars corroborent ceux du président américain. M. Harper a notamment déclaré que Karzaï doit « mettre de l’ordre dans son pays ». Il a également indiqué que le G8 réitérait son approbation de la stratégie de réconciliation prônée par M. Karzaï et a réclamé la mise en œuvre des engagements pris lors de la conférence internationale de Londres en janvier 2010.

 

Cependant, le président afghan accuse la communauté internationale, en particulier l’ONU et l’UE, d’avoir commis des fraudes massives lors de l’élection présidentielle du 20 août 2009. Le 1er avril 2010, le président Karzaï déclare « la vérité (…) c’est qu’il y a eu des fraudes massives (…) mais elles n’ont pas été commises par des Afghans, ce sont les étrangers qui les ont commises ». Quelques jours plus tard, le New York Times cite un parlementaire afghan qui affirme que Karzaï a dit lors d’une réunion que « si la communauté internationale continue de me mettre sous pression, je vous jure que je vais rejoindre les talibans ». La communauté internationale rejette immédiatement les accusations de fraudes électorales. Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est dit « troublé par toute cette rhétorique » et a ajouté que la communauté internationale s’attendait à une « coopération entière et harmonieuse » de la part du gouvernement afghan.

 

Un autre sujet de discorde entre Hamid Karzaï et les pays occidentaux concerne la protection des civils et les bavures des forces de l’OTAN. En février 2010, l’OTAN a présenté ses excuses au sujet d’une erreur commise lors d’un raid aérien qui a tué 33 civils dans le sud de l’Afghanistan. Le nouveau Chef de la MANUA, Staffan de Mistura, a notamment déclaré en avril 2010 qu’il s’inquiétait de l’augmentation des pertes civiles lors de récentes interventions militaires par les forces internationales en Afghanistan. Selon M. de Mistura « toutes les parties au conflit doivent faire davantage d’efforts pour réduire au minimum les pertes civiles ». Ces épisodes illustrent donc les tensions existantes entre le gouvernement afghan et la communauté internationale au sujet de la corruption, de la protection des civils, de la réconciliation nationale et de la rhétorique anti-occidentale du président afghan.

 

Cependant, les tensions entre les gouvernements afghan et américain se sont relâchées quelques semaines après les commentaires incendiaires du président Karzaï au sujet des fraudes électorales. Le 10 avril 2010, le président Karzaï visite les quartiers généraux du Commandant de la FIAS et souligne que le président Obama avait écrit une lettre dans laquelle il assurait que les États-Unis allaient « rester un partenaire stratégique de l’Afghanistan ». Du 10 au 13 mai 2010, le président Karzaï se rend à Washington pour rencontrer le président américain dans le cadre d’une évaluation approfondie des relations stratégiques globales entre les deux pays sur le plan de la sécurité, de la gouvernance et du développement. Cette visite à été l’occasion pour les deux gouvernements de redorer l’image publique de leur relations et de réaffirmer l’importance de la relation stratégique et la coopération entre les deux pays. Malgré tout, certain enjeux fondamentaux au cœur des frictions afghano-américaine, comme la corruption, les fraudes électorales, la gouvernance, ont été soigneusement évités au cours de cette visite.

 

Présentation de la stratégie américaine

 

Le président Obama a présenté le 1er décembre 2009 sa stratégie face à l’Afghanistan lors d’un discours à West Point. Selon M. Obama, « l’Afghanistan n’est pas perdu, mais il régresse depuis plusieurs années. Le statu quo n’est plus soutenable ». Au niveau militaire, 30 000 soldats supplémentaires seront déployés en Afghanistan, et ce dans la première moitié de 2010. Au niveau civil, le gouvernement américain souhaite d’abord éviter de « donner des chèques en blanc » aux autorités afghanes et associera son aide à l’atteinte de résultats concrets. Cette assistance ira non seulement au gouvernement central, mais aussi aux ministères, aux gouverneurs et aux responsables locaux. Les efforts civils seront également axés sur des domaines ayant un impact rapide sur la population afghane, comme l’agriculture.

 

La stratégie vise à empêcher Al-Qaïda de trouver refuge en Afghanistan et fait appel à un partenariat renforcé avec le Pakistan. Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a salué l’annonce de la nouvelle stratégie américaine en Afghanistan. M. Ban note « avec satisfaction l’approche proposée d’équilibrer les efforts civils et militaires et l’accent mis sur le renforcement des capacités des institutions afghanes et des forces de sécurité ». Le président américain a promis en décembre 2009 que l’Afghanistan ne deviendrait pas « un protectorat permanent » et a précisé sa décision au sujet du retrait des troupes à partir de juillet 2011, en affirmant que « sans calendrier c’est un engagement sans fin ». Suite à l’annonce du renfort des troupes américaines, le chef d’état-major interarmées des États-Unis, l’amiral Michael Mullen, a indiqué le 14 décembre que les premiers des 30 000 militaires envoyés en renfort en Afghanistan arriveraient à la fin décembre pour combattre l’insurrection.

 

À la fin du mois de janvier 2010, le département d’État a publié un rapport intitulé « Stratégie de stabilisation régionale en Afghanistan et au Pakistan » dans lequel les États-Unis ont annoncé qu’ils maintiendraient une présence civile sur une longue période même après le retrait des troupes militaires de la région ». Au même moment, l’OTAN décide de nommer un représentant civil qui travaillera étroitement avec le gouvernement afghan, la FIAS, l’ONU et les autres intervenants en Afghanistan. À la veille de la conférence internationale de Londres du 28 janvier, le Britannique Mark Sedwill est nommé Haut Représentant civil de l’OTAN en l’Afghanistan. M. Sedwill est notamment chargé de superviser les aspects politico-militaires de l’assistance fournie par l’OTAN au gouvernement afghan.

 

Dans un livre publié à la fin septembre 2010, le journaliste Bob Woodward offre un éclairage nouveau sur l’élaboration de cette stratégie qui laisse entrevoir un « profond fossé » séparant dirigeants civils et militaires lors de cette révision stratégique et « persistant jusqu’à ce jour ». Plusieurs déclarations rapportées par Woodward sont éclairantes sur l’état d’esprit du président américain au cours de l’élaboration de cette stratégie. Il aurait notamment déclaré « tout ce que nous faisons doit être centré sur la question de savoir comment nous allons en arriver à réduire notre présence. Il faut que ce plan détermine comment nous allons nous en sortir et quitter l’Afghanistan […] Je ne veux pas que ça dure dix ans. Je ne veux pas m’engager à long terme dans la construction d’un pays. Je ne veux pas dépenser mille milliards de dollars ».

 

 

À la fin du mois de janvier 2010, le département d’État a publié un rapport intitulé « Stratégie de stabilisation régionale en Afghanistan et au Pakistan » dans lequel les États-Unis ont annoncé qu’ils maintiendraient une présence civile sur une longue période même après le retrait des troupes militaires de la région ». Au même moment, l’OTAN décide de nommer un représentant civil qui travaillera étroitement avec le gouvernement afghan, la FIAS, l’ONU et les autres intervenants en Afghanistan. À la veille de la conférence internationale de Londres du 28 janvier, le Britannique Mark Sedwill est nommé Haut Représentant civil de l’OTAN en l’Afghanistan. M. Sedwill est notamment chargé de superviser les aspects politico-militaires de l’assistance fournie par l’OTAN au gouvernement afghan.

 

Depuis l’annonce de sa nouvelle stratégie, le président Obama a du composer avec une opposition grandissante à l’engagement afghan tant au sein de la population que chez les représentant démocrate du congrès. Même à la Maison-Blanche et au Pentagone, on se rend de plus en plus compte que la nouvelle stratégie n’est pas un succès sur toute la ligne. En effet, les progrès effectué par les grandes opérations militaires sont éphémères puisque l’armée et la police afghanes, où les désertions sont monnaie courante, n’ont ni les moyens ni la motivation pour imposer la paix aux zones provisoirement récupérées par les offensives américaines. D’un autre côté, l’administration américaine se montre très satisfaite de la « Task Force 373 » qui a pour seule mission de capturer ou de tuer des responsables, ciblés à l’avance, d’Al-Qaida ou de la nébuleuse talibane.

 

Néanmoins, à la fin du mois de septembre et au début du mois d’octobre 2010, le Président Obama et son administration ont laissé entendre que la stratégie énoncé en décembre 2009 sera maintenu sans changement significatif. C’est déclaration surviennent alors que débute le processus d’évaluation interne de la stratégie, qui avait été annoncé par le président en même temps que la stratégie elle-même. Les résultats de cet exercice, qui évalueront l’efficacité de la nouvelle stratégie et les conditions de retrait sur le terrain, doivent être remis au président Obama au début du mois de décembre 2010. Mais déjà, l’administration s’est montrée claire sur les conclusions de celle-ci. Le 23 septembre, le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a déclaré en conférence de presse ne pas avoir « le sentiment que des décisions ou des changements aient des chances de se produire » en soulignant que de petite modifications pourraient avoir lieu pour amélioré l’efficacité de l’action américaine. Pour sa part, le président Obama explique dans une lettre envoyée aux présidents de la Chambre des représentants et du Sénat au début du mois d’octobre qu’il n’envisage pas pour l’heure de changement de stratégie majeur dans le pays. Il y écrit : « Nous poursuivons la mise en œuvre de la politique telle que décrite en décembre et ne croyons pas que de nouveaux ajustements sont requis pour le moment ».

 

La Conférence de Londres

 

À l’initiative du Premier ministre britannique, Gordon Brown, du président français, Nicolas Sarkozy, et de la chancelière fédérale d’Allemagne, Angela Merkel, une conférence internationale sur l’Afghanistan a réuni près de 70 pays à Londres le 28 janvier 2010. Le Premier ministre britannique, Gordon Brown, a notamment qualifié l’évènement de « moment décisif pour la coopération internationale destinée à aider la population afghane à sécuriser et à gouverner leur pays ». Cette conférence marque avant tout le début de la transition de la responsabilité en matière de sécurité dans certaines provinces. Le Secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a indiqué que le « transfert de la responsabilité de 10 à 15 zones du pays aux forces de sécurité afghanes commencerait dès 2010 ». Hillary Clinton a ajouté que le plan de l’OTAN prévoit, entre autre, « un transfert conditionné à la situation province par province, et fondé sur des critères rigoureux de sécurité et de gouvernance ».

 

L’un des points litigieux qui émergé lors de cette conférence a été l’annonce d’un programme de réconciliation avec les talibans. Ce plan vise à éloigner les talibans modérés des éléments plus radicaux en offrant des incitatifs financiers à ceux qui désirent réintégrer la société afghane. Lors de la conférence internationale de Londres sur l’Afghanistan, les pays contributeurs ont annoncé la création d’un fonds international de 500 millions de dollars qui financerait ce programme de réintégration. Selon Hamid Karzaï, « il faut tendre la main à ses frères désabusés qui ne sont pas membres d’Al-Qaïda ou d’une autre organisation terroriste ». Outre le transfert des responsabilités pour la sécurité et la réconciliation avec les talibans, des décisions ont été prises sur la lutte contre la corruption, le développement économique et la coopération régionale.

 

Démission de McChrystal

 

 

En juin 2010, la revue Rolling Stone publie un portrait du général McChrystal dans lequel il se montre très critique vis-à-vis du président américain et de membres importants de l’administration. Le langage très cru du général et de son entourage ainsi que leur mépris affiché envers les hauts responsables civils américains et les responsabilités non-militaires liées à leur travail ont fait apparaître au grand jour les tensions et les profondes divisions entre l’armée et l’exécutif américain.

 

Évidement, la publication de cet article a suscité de virulentes réactions de la part de l’administration Obama et a ultimement mené à la démission du Général McChrystal le 23 juin. Quelques heures après la décision, le président a souligné qu’il n’y avait aucune divergence quant à la stratégie à adopter en Afghanistan. Il a également fait savoir qu’il ne tolérerait aucune division dans son entourage concernant cette stratégie. Mais le mal était déjà fait puisque, suite à cet incident, l’impression de division profonde et de cacophonie décisionnelle a été fortement associée à la nouvelle stratégie du président. D’autre part, le départ de McChrystal a forcé le Président Obama à demander au Général David Petraeus de quitter la direction du CENTCOM pour assumer le commandement de la FIAS, ce qu’il fît le 4 juillet. Cet imprévu à aussi contribué à retarder le début de l’offensive de l’OTAN dans la province de Kandahar prévue pour le début de l’été 2010.

 

Conférence de Kaboul et sommet de Lisbonne

 

 

 

Le 20 juillet 2010 une conférence internationale coprésidée par Ban Ki-moon et Hamid Karzaï à Kaboul réunit des représentants de plus de soixante-dix pays donateurs, dont une quarantaine de ministres des affaires étrangères. Cette conférence avait entre autre pour but d’effectuer un suivi de la mise en œuvre des décisions de la conférence de Londres et, comme l’a expliqué la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, d’« évaluer honnêtement les progrès, et l’écart entre nos attentes et notre performance ».

 

Au terme de la conférence, la feuille de route proposée par le chef de l’État afghan a été validée par ses bailleurs de fonds Le communiqué final de la conférence indique que « la communauté internationale exprime son soutien à l’objectif du président d’Afghanistan selon lequel les forces armées nationales afghanes doivent mener et conduire les opérations militaires dans toutes les provinces d’ici la fin 2014 ». Pour ce faire, il est estimé que les forces de sécurités afghanes devraient atteindre un effectif de 400 000 soldats et policiers d’ici cette date butoir. Il s’agit d’un objectif ambitieux étant donné le niveau actuel de préparation opérationnelle des forces de sécurité afghane et les difficultés liées à leur recrutement et à leur formation. Cependant, comme l’a exprimé la secrétaire d’État américaine durant la conférence, dans la mesure où les pays de l’OTAN commencent à préparer leur retrait progressif, la transmission de responsabilités au gouvernement afghan ne peut pas être « repoussée indéfiniment ».

 

D’autre part, à l’issue de la conférence, le Fonds monétaire international (FMI) et le gouvernement Afghan ont trouvé un terrain d’entente concernant les conditions d’une nouvelle aide financière, ce qui a permis à l’organisation d’ouvrir la voie à l’octroi d’un prêt de 125 millions de dollars à l’Afghanistan. Le communiqué final de la conférence précise que la moitié des milliards de dollars d’aide internationale destinée à l’Afghanistan devra passer par le budget du gouvernement afghan d’ici deux ans. Il s’agit là d’une revendication de longue date du président afghan, qui estime que trop d’argent est dépensé directement par les donateurs internationaux, minant ainsi les capacités de gouvernance nationale.

 

La conférence de Kaboul a été saluée comme une avancée significative vers la normalisation de la situation en Afghanistan. Les conclusions du sommet ont d’ailleurs été approuvées par les quinze membres du Conseil de sécurité dans une déclaration non contraignante. Le Conseil de sécurité a précisé qu’il comptait sur « la mise en œuvre en temps voulu » des engagements pris par le président afghan et sur « un progrès dans la transition vers une sécurité gérée par les Afghans, dans l’amélioration de la gouvernance et dans la lutte contre la corruption ».

 

Sommet de Lisbonne

 

Les 19 et 20 novembre 2010 le sommet de l’OTAN se tiendra à Lisbonne et l’Afghanistan sera l’un des points centraux à l’agenda. Ce sommet réunira les chefs d’État et de gouvernement des pays alliés, auxquels se joindront le président Karzaï, le secrétaire général de l’ONU et les dirigeants des pays contributeurs de troupes. Selon le porte-parole de l’Alliance atlantique, James Appathurai, ce sommet lancera le processus de transition sur lequel le gouvernement afghan et les pays contributeurs se sont mis d’accord à Kaboul en juillet. M. Appathurai a confirmé que le transfert, « district par district, province par province », débutera effectivement à partir de la première moitié de 2011 et devrait s’étendre jusque fin 2014. La conférence devrait aussi réaffirmer le « partenariat à long terme » entre l’OTAN et l’Afghanistan allant « au-delà de la mission de combat ». Selon le journal britannique The Times, le commandant de la FIAS, le général américain David Petraeus, a établi un calendrier pour la passation du contrôle des provinces du pays aux forces gouvernementales afghanes. Le quotidien affirme égalent que lors du sommet, le général devrait présenter aux dirigeants de l’OTAN une carte des provinces afghanes comptant un certain nombre de « zones vertes » qui doivent être confiées aux forces afghanes au cours des six prochain mois.

 

 

Offensive dans la province de Kandahar

 

Prévue et annoncée depuis le début de l’année 2010, l’offensive majeure des forces afghanes et des soldats de la FIAS est un élément central de la stratégie américaine en Afghanistan et devait permettre d’ouvrir la porte au processus de transmission des responsabilités au gouvernement afghan. L’objectif était de profiter de la présence des 30 000 soldats américains supplémentaires, avant le début de leur retrait en juillet 2011, pour « déraciner » les talibans de leurs bastions de Kandahar.

 

Initialement, il était prévu que l’offensive, nommée opération « Hamkari », débute en juin pour culminer durant l’été. Il était aussi prévu que l’opération se répartisse sur trois zones : les districts entourant Kandahar et servant de base aux insurgés, en particulier Zhari, à l’ouest, et Arghandab, au nord ; la périphérie immédiate de Kandahar pour en contrôler l’accès, et l’intérieur de la ville où les troupes étrangères vont redoubler d’efforts pour former une police afghane. À la différence de ce qui s’est passé dans la vallée du Helmand, les alliés ne prévoient pas d’offensive massive durant l’opération à Kandahar. Pas question non plus de faire entrer des blindés dans l’agglomération. Les opérations militaires seront limitées aux districts ruraux environnants. Parallèlement, la coalition compte beaucoup sur l’établissement, dans les différents quartiers, d’une dizaine de shuras (assemblées consultatives). L’objectif est d’introduire une représentation plus égalitaire des différentes tribus et de permettre à des populations jusqu’ici exclues de se faire entendre, dans l’espoir qu’elles seront moins inclines à se tourner vers les taliban. L’opération a donc surtout pour objectif de gagner les cœurs et les esprits de la population en améliorant la gouvernance ainsi que les services publics de la province et en tissant des liens avec les dirigeants locaux.

 

Cependant, un concours de circonstances a forcé l’OTAN à retarder la conduite de l’opération à Kandahar après son déclenchement au début juin. C’est finalement le 27 septembre que débute la dimension plus militaire de l’offensive de l’OTAN dans la province. Baptisée « Dragon Strike », cette opération n’a été annoncée par l’état-major de la FIAS que 24 heures après son déclenchement afin d’éviter que les insurgés quitte la région comme cela avait été le cas plus tôt dans l’année dans la province d’Helmand. « Dragon Strike » témoigne de la volonté du général Petraeus de reprendre l’initiative en Afghanistan face aux insurgés islamistes et doit se dérouler en quatre phases. Dans un premier temps, en se basant sur des renseignements humains ou des écoutes téléphoniques, les commandos des forces spéciales, appuyés au besoin par des frappes aériennes, doivent effectuer des raids pour tuer ou capturer les sous-chefs talibans qu’ils ont repérés. Au cours de la deuxième phase, les forces conventionnelles, tant afghanes qu’américaines, vont ratisser toute la région afin de réduire les poches de résistance talibanes et de déminer la zone. La troisième phase est celle de la réinstallation d’une administration provinciale fonctionnelle liée au gouvernement de Kaboul et s’appuyant sur des forces de sécurité opérationnelles. La quatrième et dernière phase consiste à s’assurer le soutien de la population, à gagner le cœur et les esprits, en menant un effort de reconstruction. Cette opération est un cas d’école de la stratégie de contre-insurrection élaborée par le général Petraeus dont un élément central est d’isoler la population des insurgés.

 

Près de deux mois après le déclenchement de « Dragon Strike » et plus de cinq mois après le début de « Hamkari », les forces afghanes et celles de l’OTAN sont en passe de remporter une victoire relative sans que des combats majeurs n’aient eu lieu. En effet, il semblerait que les insurgés talibans, en raison de leur évidente incapacité à vaincre les forces de l’OTAN dans des combats directs, aient préférés fuir la région, permettant ainsi aux autorités afghanes et à l’OTAN d’assurer un contrôle sur le territoire de la province. Les effets de ce contrôle commencent à se faire sentir sur le terrain par une diminution de l’insécurité et par une collaboration accrue de la part de la population. Cependant, plusieurs craignent que ces progrès ne soient que temporaires. Selon des responsables américains cités par le Washington Post, la campagne militaire américaine contre les insurgés ne parvient pas à éliminer les talibans ni à faire pression sur leurs chefs pour qu’ils renoncent au combat. Un responsable du Département de la défense en particulier explique que « l’insurrection semble résister », les combattants talibans ayant à maintes reprises montré qu’ils pouvaient se remettre d’une défaite, parfois quelques jours seulement après celle-ci. Quoi qu’il en soit, les résultats de l’opération à Kandahar seront un élément central dans le réexamen de la stratégie américaine qui doit être finalisé en décembre prochain.

 

La formation des forces de sécurité afghane

 

Le réseau Al-Qaïda, responsable des attentats du 11 septembre 2001, alimente le conflit en Afghanistan. Malgré la présence de plus de 85 000 soldats étrangers en sol afghan, les violences des talibans ont redoublé d’intensité depuis deux ans. Ainsi, le président américain tente d’enrayer cette spirale de violence par le déploiement de 30 000 soldats additionnels qui formeront les forces de sécurité afghanes. L’objectif est de former les unités afghanes de l’armée et de la police afin que ces dernières puissent graduellement prendre le relais des forces américaines. Selon le Pentagone, « chaque unité américaine de combat sera affectée à une unité afghane et des instructeurs seront recrutés parmi les forces de l’OTAN afin de garantir que toute unité combattante afghane sera secondée par un partenaire de la coalition ».

 

Le but de cette stratégie est d’augmenter les effectifs de l’armée afghane et passer de 80 000 à 134 000 soldats afghans. Du côté des policiers, l’objectif et d’accroître la police nationale afghane de 78 000 à 82 000 agents. Les hauts responsables ont également demandé de verser 3 milliards de dollars sur cinq ans destinés à la formation de l’armée pakistanaise qui s’ajouteraient aux 7,5 milliards d’aide civile. Le vice-président américain, Joe Bidden, avait notamment déclaré en février 2009 que « pour faire face aux problèmes de ce nouveau siècle, la défense et la diplomatie ne sont pas suffisantes. Il faut aussi avoir recours au développement ». En février 2010, le secrétaire à la Défense, Robert Gates, presse ses homologues de l’OTAN d’envoyer 4000 troupes supplémentaires à la formation des forces de sécurité afghane. Selon lui « il est important que nos alliés contribuent à cette cause afin de permettre aux forces de sécurité afghanes d’être en mesure de prendre la direction des opérations sur le plan de la sécurité ». Selon les objectifs fixés par la conférence de Kaboul en juillet 2010, les forces de sécurité afghanes, policiers et soldats confondus, devraient atteindre un effectif de 400 000 personnes d’ici 2014 pour assurer le bon déroulement du transfert de responsabilité au gouvernement afghan.

 

L’intégration des talibans

 

En septembre 2008, le président afghan sollicitait le concours de l’Arabie saoudite afin d’engager le dialogue avec les talibans. Le président Karzaï invitait les chefs talibans à déposer les armes et réintégrer le processus politique en Afghanistan. Cette option, qui initialement ne faisait pas l’unanimité au sein des forces alliées, est revenue à l’avant-scène des solutions politiques proposées pour la reconstruction de l’Afghanistan en 2010. Lors de la conférence de Londres sur l’Afghanistan, l’ancien Chef de la MANUA, Kai Eide, a indiqué avoir rencontré des membres actifs des talibans à Dubaï en vue d’établir des pourparlers de paix. Le président Karzaï avait abondé dans le même sens à la conférence de Londres en convoquant une assemblée tribale traditionnelle afghane (Loya Jirga) afin d’approuver le plan de réconciliation nationale alors que le dialogue avec les talibans ne faisait pas consensus auprès des pays participants.

 

En mars, une délégation du Hezb-i-Islami, le deuxième mouvement d’insurgés islamistes en Afghanistan dirigé par Gulbuddin Hekmatyar, s’est rendue à Kaboul afin de rencontrer le gouvernement afghan. Cette rencontre constituait le premier contact officiel direct entre le président Karzaï et les membres du Hezb-i-Islami. Cependant, au début du mois d’avril 2010, des conseillers de l’OTAN et des États-Unis ont averti Hamid Karzaï de ne pas conclure de façon précipitée des ententes avec les insurgés. Un conseiller du commandant de l’OTAN a déclaré que « précipiter une entente ne serait ni favorable, ni durable ». D’autant plus que le sud de l’Afghanistan, le bastion des talibans, risque d’être le théâtre d’opérations militaires importantes entre 2010 et 2011. À cet égard, le chef de l’état-major interarmées américain, l’amiral américain Michael Mullen, déclarait en mars 2010 que l’offensive contre les talibans dans la province de Kandahar constituait « la pierre angulaire » de la guerre en Afghanistan. Toutefois, le 10 avril 2010, lors de sa visite des quartiers généraux du Commandant de la FIAS, le président afghan en profite pour lancer un nouvel appel aux talibans en affirmant « vous dites que les étrangers sont ici (…) mais ils ne partiront pas tant que vous vous battrez ».

 

Le 10 octobre 2010, le président afghan, Hamid Karzaï, a confirmé lors d’une entrevue à CNN qu’il menait « depuis un bon moment » des pourparlers secrets avec les talibans dans le but de mettre fin à la guerre dans son pays. Selon le président Karzaï, « Il ne s’agit pas d’un contact officiel régulier avec les talibans, avec une adresse fixe, mais plutôt de contacts personnels non officiels. […] Mais des contacts ont eu lieu bien sûr avec plusieurs éléments du gouvernement afghan, au niveau de la communauté et aussi au niveau politique ». Il a aussi dit espérer que « maintenant que le conseil pour la paix existe, ces pourparlers vont continuer de façon officielle et plus rigoureuse ». Le Haut Conseil pour la paix, destiné à ouvrir le dialogue avec les insurgés, et formé de 68 membres choisis par le président Karzaï, a été créé par une conférence nationale en juin et inauguré le 7 octobre dernier. L’ancien président afghan Burhanuddin Rabbani a été élu à sa tête. Quelques jours après ces déclarations du président Karzaï, l’OTAN a affirmé laisser parfois des dirigeants talibans se rendre à Kaboul pour leur permettre de discuter avec le gouvernement afghan des conditions de pourparlers sur un retour à la paix. L’OTAN veut ainsi favoriser ainsi les efforts du président Hamid Karzaï pour lancer des pourparlers de paix. Le porte-parole qui a fait cette déclaration a expliqué qu’« il serait extrêmement difficile pour un dirigeant taliban de se rendre à Kaboul sans être capturé ou tué » sans cette collaboration tacite de l’Alliance.

 

Le retrait des troupes américaines

 

Dans sa nouvelle stratégie annoncée en décembre 2009, le président Obama avait prévu que le retrait des troupes américaines allait débuter en juillet 2011. Depuis cette annonce, l’échéancier de juillet 2011 est à la fois réaffirmé par l’administration Obama et relativisé par le commandement militaire et par l’OTAN. Il y a toutefois un consensus que cette marquera uniquement le début d’un retrait qui s’échelonnera jusqu’en 2014 et au-delà. Le 15 avril 2010, le président Obama confirme le retrait progressif des troupes américaines de l’Afghanistan à partir 2011. Le président américain affirme, entre autres, « nous ne pouvons pas rester là-bas perpétuellement (…) d’autant que la situation n’empire pas sur le terrain et que la tendance est positive ».

 

D’autre part, en juillet, le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen annonce que les forces internationales en Afghanistan resteront dans le pays après la période de transition qui vise à donner à l’armée et à la police afghanes le contrôle de la sécurité d’ici 2014. « La transition se fera graduellement, sur la base d’un examen sobre de la situation politique et sécuritaire, afin qu’elle soit irréversible. Et quand cela sera fait, les forces internationales ne partiront pas. Elles passeront simplement à un rôle de soutien » a-t-il précisé.

 

En août, le général David Petraeus a affirmé dans une interview au New York Times que la stratégie américaine en Afghanistan pouvait fonctionner, mais il a demandé du temps. Il a déclaré que le délai fixé à juillet? 2011 par Barack Obama pour entamer le retrait progressif des 100?000 soldats américains déployés en Afghanistan pourrait être repoussé. Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a cependant rapidement répondu à cette sortie publique du général en réaffirmant fermement que la date de juillet 2011 pour un début de retrait des troupes d’Afghanistan était fixée dans le marbre. Il estime toutefois que son « opinion est que, dans un premier temps, ces retraits vont être limités » et que les États-Unis « serons là après juillet 2011 avec un grand nombre de soldats ».

 

Finalement, le 14 novembre 2010, le président afghan, Hamid Karzaï, a annoncé que les Américains lui avaient fait une offre de partenariat stratégique à long terme, qu’il avait l’intention d’accepter. Le du Pentagone, qui sera discuter durant le sommet de Lisbonne, est de reproduire en Afghanistan le scénario en trois phase ayant fait ses preuves en Irak :

 

Phase 1. Accroissement des opérations militaires pour épuiser l’insurrection : c’est la phase actuelle. Le président en a approuvé le principe, mais il ne veut pas qu’elle s’éternise et souhaite en tout cas qu’on y associe davantage de soldats afghans, y compris dans les opérations spéciales.

 

Phase 2. Transfert à l’Armée nationale afghane (ANA), à partir de 2012, de la responsabilité de la sécurité dans certaines provinces. À l’initiative du Premier ministre britannique, Gordon Brown, du président français, Nicolas Sarkozy, et de la chancelière fédérale d’Allemagne, Angela Merkel, une conférence internationale sur l’Afghanistan a réuni près de 70 pays à Londres le 28 janvier 2010. Le Premier ministre britannique, Gordon Brown, a notamment qualifié l’évènement de « moment décisif pour la coopération internationale destinée à aider la population afghane à sécuriser et à gouverner leur pays ». Cette conférence marque avant tout le début de la transition de la responsabilité en matière de sécurité dans certaines provinces.

 

Phase 3. À partir de 2014, l’ANA prend en charge la totalité des opérations militaires dans le pays, tout en sachant qu’en cas de difficulté ponctuelle, elle peut avoir recours à un réservoir de forces spéciales américaines, cantonnées dans de grandes bases, comme celles de Bagram (nord-est de Kaboul) ou de Kandahar (sud). Le Secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a indiqué que le « transfert de la responsabilité de 10 à 15 zones du pays aux forces de sécurité afghanes commencerait dès 2010 ». Hillary Clinton a ajouté que le plan de l’OTAN prévoit, entre autre, « un transfert conditionné à la situation province par province, et fondé sur des critères rigoureux de sécurité et de gouvernance ».

 

Un rapport d’évaluation qui maintient le calendrier de retrait

 

Comme le prévoyait la nouvelle stratégie américaine annoncée en décembre 2009, une évaluation complète des progrès accomplie par la mission en Afghanistan, et plus précisément, des accomplissements de la nouvelle stratégie américaine a été présentée au président Obama au début du mois de décembre 2010. Le 16 décembre, un résumé de cinq pages du rapport présenté au président a été rendu public. Comme l’avaient déjà laissé entendre des membres de l’administration américaine, les conclusions de ce rapport ne remettent pas en question les fondements de la nouvelle stratégie américaine, ni l’objectif d’effectuer le transfert des responsabilités sécuritaires au gouvernement afghan à l’horizon 2014. Le rapport avance que les forces américaines ont effectué des progrès importants au cours de la dernière année.

 

C’est le cas en ce qui concerne la lutte contre Al-Qaïda, qui a pour principaux objectifs de priver les membres de l’organisation de leurs sanctuaires au Pakistan et les empêcher de se réinstaller dans la région. En effet, selon le rapport, les hauts dirigeants du groupe basés au Pakistan ont été considérablement affaiblis et sont soumis à plus de pression qu’à tout autre moment depuis 2001. Les auteurs du rapport estiment que les divers coups portés à l’organisation terroriste ont limité, mais pas éliminé, sa capacité à planifier, organiser et conduire des attaques contre les forces américaines et leurs alliés dans la région. Au sujet des relations avec le Pakistan, le rapport souligne que celles-ci ont progressé substantiellement mais inégalement au cours de la dernière année. Des efforts conjoints pour lutter contre les sanctuaires tribaux ont porté fruits et l’assistance militaire américaine a été significativement accrue. Le Pakistan a payé cher ces avancées puisque de nombreuses attaques terroristes sur son territoire ont été particulièrement meurtrières, tant pour les militaires que pour les civils.

 

Finalement, le rapport évalue l’avancement des objectifs américains pour l’Afghanistan même, soit empêcher que le pays redevienne un sanctuaire terroriste et le renversement du gouvernement afghan par les talibans. Selon les auteurs, les efforts consolidés pour améliorer la sécurité du pays établissent peu à peu les conditions au transfert de sécurité décidé à Lisbonne. L’augmentation des ressources militaires et civiles de la coalition et l’expansion des opérations des forces spéciales, et l’augmentation des dispositif de défense au niveau des village, ont permis de globalement réduire l’influence des talibans et de stopper le momentum qu’ils avaient gagné au cours des dernières années. Ces avancés sont particulièrement significatives dans les régions d’Helmand et de Kandahar suite aux offensives conjointes qui s’y sont déroulé cette année. De plus, le rapport souligne que les ministères afghans de la Défense et de l’Intérieur ont dépassé les objectifs de croissance de l’ANA et ont nettement amélioré l’efficacité de la formation.

 

Cependant, bien que le rapport mette l’accent sur les avancées de la stratégie américaine, il reconnaît que celles-ci sont fragiles et réversibles. Selon le rapport, la consolidation de ces gains repose en grande partie sur une coopération accrue et mieux coordonnée avec le Pakistan afin d’éliminer de façon définitive les sanctuaires que représentent les zones tribales pour les talibans et les groupes terroristes. Le rapport rappelle aussi l’importance d’aborder le conflit afghan dans une perspective régionale, incluant non seulement la Pakistan mais aussi les autre pays limitrophes. Malgré une réduction des capacités d’Al-Qaïda et des talibans, les auteurs expliquent l’impossibilité d’éliminer complètement la menace terroriste contre les États-Unis. Finalement, il ressort très clairement des conclusions du rapport que les solutions au conflit afghan doivent fortement intégrer une dimension politique, que ce soit par une pacification de l’opposition talibane ou par le renforcement des capacités de gouvernance régionale en Afghanistan. Néanmoins, le rapport considère réaliste les objectifs américains concernant le retrait de leurs troupes et le transfert de responsabilité au gouvernement afghan.

 

Mise à jour le 20 décembre 2010 par Thomas Poulin

 

Version originale rédigée par Marc-André Anzueto et Etienne Tremblay-Champagne en avril 2010

 

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