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Honduras

La République du Honduras est un pays de l’Amérique latine (Amérique Centrale). Elle partage ses frontières avec le Guatemala, le Salvador, et le Nicaragua. Le Honduras est membre de deux organisations conduisant des opérations de paix: l’ONU (1945) et l’OEA (1948).

Politique de maintien de la paix

 

En juillet 2008, 185 soldats honduriens quittent la base militaire de Támara (près de la capitale du pays, Tegucigalpa) pour rejoindre, au Guatemala, le Centre régional d’entraînement pour des opérations de paix. Des contingents salvadoriens, nicaraguayens et guatémaltèques sont également présents au centre, qui a pour objectif de former des effectifs afin de les intégrer à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Le gouvernement hondurien a ainsi donné suite à l’autorisation accordée par le congrès du pays, en novembre 2007, pour l’envoi de Casques bleus en Haïti. Le déploiement se déroule dans le cadre de la Conférence des Forces armées centraméricaines (CFAC), un instrument de coopération militaire régional créé en 1997 par le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua et le Salvador.

 

Au cours des dernières décennies, selon le gouvernement du Honduras, les enjeux en matière de sécurité internationale ont changé, ce qui a motivé l’adoption, au sein de la «communauté internationale», du concept de la «sécurité coopérative». Celui-ci appelle l’adoption de mesures concrètes pour renforcer la confiance mutuelle, réaliser des manœuvres militaires conjointes et partager l’information. Dans cet ordre d’idées, le livre blanc de la Défense nationale du pays indique que l’objectif premier du Honduras en matière de sécurité est de garantir la défense du territoire et la souveraineté nationale, ce qui est possible seulement en coopérant avec des partenaires régionaux et internationaux. En effet, pour atteindre cet objectif, il est vital de participer à des actions internationales afin de «renforcer le multilatéralisme [et de créer ainsi] un environnement sécuritaire plus stable pour le développement». C’est dans cette optique que le Honduras a collaboré à plusieurs initiatives de déminage organisées par l’Organisation des États Américains (OEA), dont la Mission d’Assistance pour l’élimination de mines en Amérique centrale (MARMINCA, 1992-2004) et la Mission d’assistance pour l’élimination de mines en Amérique du Sud (MARMIDAS), très active au Pérou et en Équateur. Le pays a également collaboré à des initiatives similaires au Suriname en 2004. C’est aussi dans le cadre de la «sécurité coopérative» que les autorités basées à Tegucigalpa ont décidé de rendre plus dynamique la participation de leur pays aux opérations de paix de l’ONU.

 

À cet égard, il est à souligner que le Honduras favorise une coopération encadrée selon le droit international, où le Conseil de sécurité de l’ONU détient un rôle central comme seule autorité légitime pour déterminer dans quelle circonstance une intervention de paix est acceptable. C’est dans la Charte des Nations Unies, comme le rappelle le gouvernement hondurien, que la communauté internationale établit un lien entre «paix» et «sécurité». C’est aussi dans ce document que l’on établit les mécanismes pour prendre les «mesures collectives efficaces» nécessaires pour garantir la sécurité et la stabilité internationales. En bref, le Honduras se dit prêt à participer aux opérations de paix tant et aussi longtemps qu’elles sont autorisées par le Conseil de sécurité de l’ONU.

 

Processus de prise de décision

 

La politique de défense nationale du Honduras est étroitement liée aux objectifs en matière de politique étrangère, qui inclue le devoir de promouvoir et de protéger les droits humains et d’appuyer la restructuration d’organismes internationaux comme l’Organisation des États Américains (OEA) et l’ONU. D’un point de vue national, c’est au Président de la République que revient le premier rôle quand il s’agit de décider du déploiement de troupes du pays à l’étranger. Celui-ci, qui exerce son autorité par l’intermédiaire du Secrétariat d’État de la Défense nationale (SEDENA), peut, avec l’autorisation préalable du pouvoir législatif, décider du déploiement de troupes «à l’étranger, selon les traités et conventions internationales en vigueur». L’état-major conjoint des forces armées, une entité qui dépend du SEDENA, est responsable d’exécuter les décisions prises et autorisées par les pouvoirs exécutif et législatif. Le SEDENA, quant à lui, détient la responsabilité de recueillir les informations techniques et logistiques nécessaires pour déterminer si le Honduras peut participer à une opération de paix.

 

D’un point de vue régional, la participation du pays à une opération de ce genre passe par la CFAC, un mécanisme qui s’inscrit dans les efforts d’intégration de la région à la suite de la fin des guerres civiles qui ont frappé l’Amérique centrale pendant les années 1980. La CFAC vise premièrement à renforcer la «sécurité coopérative» entre les pays participants pour garantir la paix et la stabilité dans la région. Toutefois, puisque cette entité appuie les actions axées sur des initiatives comme la création d’une unité spéciale humanitaire et favorise les échanges d’officiers afin de dynamiser la circulation d’information et de renforcer une formation commune, elle devient l’entité idéale pour coordonner les contributions des armées centraméricaines aux opérations de paix de l’ONU. La coordination entre les autorités du Honduras, du Guatemala, du Nicaragua et du Salvador pour envoyer des troupes en entraînement au Guatemala avant d’être intégrées à la MINUSTAH représente un exemple du modèle de «sécurité coopérative» instaurée en Amérique centrale par la CFAC.

 

Évolution de la participation

 

L’engagement du Honduras envers les opérations de paix de l’ONU remonte aux années 1960. Le pays est un des premiers États latino-américains à avoir répondu à l’appel lancé en 1965 pour créer une Mission du Représentant du Secrétaire général de l’ONU en République dominicaine (DOMPREP, 1965-66). De mai 1965 à août 1966, le Honduras a maintenu 250 soldats dans ce pays. Ces effectifs ont participé à des tâches d’interposition entre les parties. Ils ont aussi aidé à protéger les droits humains. Le pays a également collaboré à divers efforts de stabilisation en Haïti au cours des années 1990, notamment en 1995 et en 1996. À l’époque, le Honduras a déployé 120 effectifs (officiers, sous-officiers et troupes) chargés d’œuvrer en faveur de la stabilité politique afin de rendre possible la réalisation d’élections nationales.

 

Mais c’est l’envoi de six observateurs militaires à la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), en 1991, qui marque le début d’un engagement à long terme du pays dans une opération de paix. Depuis 1992, le Honduras maintient un contingent de 14 officiers comme observateurs militaires dans cette mission. Le personnel a pour principale tâche de faire respecter le cessez-le-feu et de garantir que le nombre d’armes en circulation dans la région n’augmente pas. De plus, en 2008, comme il a déjà été mentionné, le Honduras se préparait pour assumer un rôle plus actif dans le cadre de la MINUSTAH. Selon le commandant du bataillon, les 185 soldats qui ont quitté le pays pour s’entraîner au Guatemala recevront une formation en matière «d’assistance et de droit humanitaire, de sauvetage de séquestrés, de protection des enfants, d’organisation et de gestion de postes de vérification de véhicules, de médiation lors de négociation, et de protection d’installations, et désarmement».

 

Cette préparation s’ajoute à d’autres exercices déjà réalisés par l’armée, qui ont pour but de mieux former le personnel militaire hondurien pour participer aux opérations de paix. En 2000, par exemple, le pays a été hôte d’un exercice «Peacekeeping Operation» réalisé par les «Fuerzas Unidas», un instrument qui permet à l’ONU de former les États contributeurs de troupes en techniques propres aux Casques bleus, et qui recrée des scénarios pour montrer comment les forces de l’ONU interagissent sur le terrain avec des ONG comme la Croix-Rouge et d’autres acteurs œuvrant dans le domaine de la résolution de conflits. Des effectifs provenant d’Antigua-et-Barbuda, des Bahamas, de la Barbade, du Belize, de la Dominique, de la République dominicaine, du Salvador, de la Grenade, du Guatemala, de la Guyane, de la Jamaïque, du Nicaragua, de Saint-Kitts-et-Nevis, de Sainte-Lucie, de Saint-Vincent–et-les Grenadines et de Trinité-et-Tobago ont également participé à cet exercice.

 

Le Honduras et le maintien de la paix aujourd’hui

 

Le Président du Honduras, Manuel Zelaya (2006-10), se présente comme un «ami» d’Hugo Chavez, ce qui a contribué à créer des tensions entre ce pays et les États-Unis. De plus, le Honduras est un des membres de l’«Alternative bolivarienne des Amériques», un instrument de coopération économique promu par le Venezuela pour contrecarrer les initiatives libre-échangistes de Washington. Aussi, en septembre 2008 le président a annulé une cérémonie de présentation du nouvel ambassadeur états-unien à Tegucigalpa, un «geste de solidarité» avec la Bolivie, qui accusait les États-Unis d’ingérence dans la crise que vivait ce pays (et qui avait motivé l’expulsion de l’ambassadeur états-unien de La Paz).

 

Toutefois, il est peu probable que les allégeances idéologiques du gouvernement hondurien aient un impact sur ses engagements internationaux en matière de maintien de la paix, du moins à court terme. Selon les autorités militaires honduriennes, la participation du pays aux opérations de paix de l’ONU est essentielle, car une fois de retour, les anciens Casques bleus deviennent des professeurs qui transmettent les expériences acquises à la suite de leur exposition à des «cultures militaires» différentes. Ces connaissances renforcent également le processus de modernisation et de démocratisation entrepris par les Forces armées depuis une décennie, qui incluent la création d’une Direction de droit humanitaire en 1999 et d’un Centre de «leçons apprises, pistes d’apprentissage en droits humains et en droit international humanitaire. En bref, malgré les «gestes de solidarité» avec des gouvernements qui questionnent ouvertement la neutralité et l’impartialité de l’ONU en tant que mécanisme recteur de la coopération internationale (comme le Venezuela), le Honduras maintient dans les faits sa position de collaboration quand il s’agit de coopérer aux niveaux régional et international pour augmenter la sécurité tant collective que nationale.


Fernando A. Chinchilla

Ph.D., Chercheur associé, Groupe d’étude et de recherche sur la sécurité internationale (GERSI)

Université de Montréal

7 novembre 2008