Fiche d'information de l'État : Hongrie Hongrie

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Hongrie

La république de Hongrie (Magyar Köztársaság en hongrois) est un pays d’Europe centrale. Sans accès maritime, la Hongrie a pour voisins la Slovaquie, l’Autriche, la Slovénie, la Croatie, la Serbie, la Roumanie et l’Ukraine. La Hongrie est membre de quatre organisations habilitées à conduire des opérations de paix : ONU (1945), OSCE (1975), OTAN (1999) et Union européenne (2004).

STRUCTURES DÉCISIONNELLES POLITIQUES ET MILITAIRES

 

La République de Hongrie voit son Président élu tous les cinq ans. Il incombe à ce dernier de nommer un premier ministre. Selon l’article 1 de la Loi Fondamentale de Hongrie, texte constitutionnel entré en vigueur le 1er janvier 2012, le Parlement monocaméral hongrois (l’Assemblée Nationale hongroise) a la compétence de décider des opérations militaires. L’article 47 se veut plus précis : c'est le gouvernement qui décide des mouvements transfrontaliers des troupes de l'Armée Hongroise et des forces armées étrangères. De plus, selon l’article 45, l'Assemblée nationale décide de l'emploi de l'Armée hongroise à l'étranger ou en Hongrie, de son stationnement à l'étranger, ainsi que de l'emploi des forces armées étrangères dans le pays ou à partir de son territoire, Dans le cas d’une décision dans le cadre de l’Union européenne ou de l’OTAN, le gouvernement décide de cet emploi et informe de ses décisions le président de la République et l'Assemblée, de même en ce qui concerne la participation de l'Armée hongroise à des opérations de maintien de la paix.


POLITIQUE DE MAINTIEN DE LA PAIX

 

La Hongrie considère comme une obligation tant politique que morale sa participation à des opérations de paix dirigée par les organisations internationales. En effet, la Loi Fondamentale de Hongrie (loi constitutionnelle) de 2012, dans son article 45, rappelle que les activités des Forces de Défense Hongroises doivent inclure des tâches ayant trait aux opérations de paix et aux activités humanitaires, en respectant les règles du droit international.

 

Un engagement progressif


Au lendemain de la Guerre froide, Budapest, désireuse d’intégrer l’OTAN et l’Union européenne, s’engage activement dans les opérations de paix. Ceci se traduit par la création, en 1991, du Groupe de Visegrad (avec l’ancienne Tchécoslovaquie et la Pologne) qui vise précisément à favoriser l’intégration de ses membres dans ces deux institutions. La Hongrie est ainsi l’un des premiers pays à rejoindre le Partenariat pour la Paix proposé par l’OTAN et à engager des négociations avec l’UE en vue d’une adhésion. Dans le domaine militaire, cette évolution se traduit par une réforme profonde visant à passer d’une armée essentiellement consacrée à la défense du territoire national à une armée moins nombreuse, plus performante et professionnalisée, et capable de projection de force à l’étranger.

 

Concernant les Nations Unies, le pays prend une part active tant à la réforme de l’Organisation qu’aux opérations de paix autorisées par le Conseil de sécurité. La Hongrie reconnaît en effet que « le Conseil de sécurité de l’ONU doit continuer à être l’organe principalement, mais pas exclusivement, responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationale ». Dès la fin des années 1980, elle accepte ainsi les obligations dérivant des articles 42 et 43 de la Charte des Nations-Unies en matière de participation aux opérations de paix. Aujourd’hui, la Hongrie souhaite modifier le fonctionnement du Conseil de sécurité de l’ONU, demandant à ce que les méthodes de travail soient plus efficaces, déplorant l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui le Conseil, considérant qu’il s’agissait d’une « réalité lamentable ». La république hongroise fait également de la création de la Commission de consolidation de la paix des Nations-Unies (Peacebuilding Commission) une de ses priorités.

 

 

Le pays a un intérêt tout particulier à la stabilité des Balkans, ce qui la pousse à intervenir dans des missions de maintien de la paix. Ceci est d’abord dû à la présence de fortes minorités hongroises dans plusieurs pays voisins (Roumanie, Slovaquie et Serbie). Bien que la Hongrie n’ait aucun litige territorial avec ceux-ci, elle est donc concernée par leur situation interne et se doit d’éviter une aggravation des tensions ethniques dans la région. L’autre facteur est constitué par la proximité géographique avec les Balkans, au sud et à l’est du pays. La Hongrie est particulièrement préoccupée par la situation en Ex-Yougoslavie, d’une part du fait de la présence d’une forte minorité hongroise en Serbie (région autonome de la Voïvodine) et d’autre part de la frontière partagée avec trois États issus de l’ex-Yougoslavie (Slovénie, Croatie et Serbie). En cas d’aggravation ou d’absence de règlement de la crise yougoslave, Budapest a ainsi à craindre pour la minorité vivant en Serbie, un afflux éventuel de réfugiés sur son sol et l’atrophie des échanges économiques avec une zone qui serait restée durablement en état de guerre.

 

C’est d’ailleurs aujourd’hui l’afflux massif de réfugiés, en grande partie syriens, qui irrite le gouvernement hongrois, le pays adoptant une politique de contrôle des frontières extrêmement ferme et vivement dénoncée par ses homologues européens. Cette politique, très controversée, met à mal ses relations au sein de l’Union européenne, et isole bien souvent la Hongrie au sein de cette instance – notamment en matière de prise de décisions quant à la sécurité européenne.

 

Contributions actuelles de la Hongrie

 

De façon chronologique, l’attention hongroise se concentre en premier lieu sur l’action des Nation unies et des opérations de maintien de la paix, notamment touchant les régions du Moyen-Orient et de  l’Afrique. Depuis les années 2000, le pays contribue aux opérations de maintien de la paix de l’ONU dans huit pays sur trois continents différents, et plus de 1800 Hongrois servent sous le drapeau de l’ONU. Cependant, seulement 10% des ressources financières hongroises sont allouées à l’ONU en termes de contribution aux opérations de la paix.

 

En effet, l’attention de la Hongrie ne se concentre cependant pas exclusivement sur l’ONU. Grâce à l’établissement de l’OSCE, le pays peut être davantage présent sur le continent européen, avec un accroissement des contributions au milieu de la décennie 1990. De fait, 20% des contributions sont allouées à l’Union européenne.

 

Finalement, c’est bien l’OTAN qui reçoit la plus grande part des contributions financières du pays, qui sont à hauteur de 70%.

 

 

 

ÉVOLUTION DE LA PARTICIPATION : DES ZONES GÉOGRAPHIQUES ÉLARGIES

 

Au sein de l’ONU

 

Avant la fin des années 80, la participation de la Hongrie aux opérations de maintien de la paix est des plus modeste, avec la participation à la FINUL, débutée en 1978, pour laquelle la Hongrie a envoyé quatre militaires, et plus tard à UNFICYP, avec l’envoi sur la durée de 77 militaires dont 12 femmes. C’est en 1988 que le gouvernement hongrois entame un renouveau de la participation du pays aux opérations de paix. Ceci se traduit en octobre 1993 par la création du 88e bataillon de réaction rapide, capable de projection à l’extérieur du territoire national. Ce bataillon est déployé dans le cadre d’une opération de maintien de la paix pour la première fois en 1995. Le caractère relativement récent de la participation aux opérations de paix explique que, jusqu’à aujourd’hui, seuls trois soldats hongrois ont perdu la vie au cours d’une de ces opérations.

 

A la suite, la Hongrie prend part à plusieurs opérations de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU : la GANUPT (dans les années 80), la GOMNUII (1988), la MINURSO (1991), la MONUIK (1991), l’APRONUC (1992), l’ONUMOZ (1992), la MONUG (1993), la MONUL (1993), la MONUOR (1993), la MONUT (1994), la MINUBH (1995), la MONUA (1997), et les missions UVANEM II et III respectivement de 1993 à 1995, puis de 1995 à 1997. Actuellement, dans le cadre de l’Union européenne, Budapest appelle fréquemment la « communauté transatlantique » et la Russie à coopérer pour mettre fin au conflit en Syrie, notamment de trouver un terrain d’entente pour une coopération militaire efficace ; le but premier pour la Hongrie est évidemment de stabiliser le flux de réfugiés à ses frontières.

 

Au total, plus de 1800 Hongrois ont participé à des opérations de maintien de la paix sous le drapeau onusien.

 

Au sein de l’OTAN et de l’Union Européenne

 

L’OTAN est une organisation dans laquelle la Hongrie entend jouer un rôle significatif. Elle est très investie dans la mission IFOR (envoi de 416 hommes au début de l’opération), en 1995, dont le mandat est ensuite confié à SFOR en 1996, ou encore KFOR, débutée en 1999, pour laquelle elle envoie plus de 200 militaires. Elle prend également part à la mission FIAS en Afghanistan, de 2001 à 2014, ce qui constitue un autre déploiement important : le contingent hongrois est affecté aux équipes de reconstruction provinciales.

 

Sous l’égide de l’Union européenne, le pays participe aux Opérations Artémis et Concordia en 2003, ainsi qu’aux missions EUPOL-Proxima en 2003, MPUE en 2013, EUFOR-RDC en 2006, EUFOR-Tchad-RCA en 2007. La Hongrie participe également à des opérations qui ne sont pas finies à ce jour. C’est le cas de l’EUBAM Moldavie-Ukraine, débutée en novembre 2005, où huit personnes d’origine hongroises sont présentes sur places. Également, le pays participer aux opérations EUBAM Rafah (novembre 2005, deux personnes envoyées), EUSEC-RDC (juin 2005, une personne déployée), EUTM-Somalie (janvier 2010, deux militaires envoyés), EUPOL Afghanistan (mai 2007, sept policiers déployés), la MSUE (octobre 2008, neuf observateurs militaires). La Hongrie reste fortement mobilisée dans la mission EUFOR Althea, débutée en novembre 2004, où 50 militaires hongrois ont été envoyés, de même que la mission EULEX-Kosovo (février 2008), avec 23 Hongrois présents sur place.

 

Sous l’égide de l’OSCE, le pays est toujours présent dans la mission OSCEBIH, débutée en décembre 1995 pour laquelle il a mobilisé trois personnes ; également, dans la mission OMIK, débutée en juillet 1999, avec l’envoi de quatre personnes d’origine hongroise. Enfin, dans la mission OSCE Géorgie de 1996 à 2009.

 

Étant donné l’intérêt de la Hongrie pour la stabilité de ses voisins du sud, il n’est pas surprenant de constater qu’une grande part des déploiements de troupes hongroises se fasse dans les opérations sur le territoire de l’ex-Yougoslavie. D’autre part, il faut souligner qu’un certain nombre de coopérations régionales sont mises en place dans le domaine du maintien de la paix. C’est d’abord le cas du bataillon roumano-hongrois de maintien de la paix. Décidée en janvier 1997, l’initiative reçoit l’aide de la France et de l’Allemagne. Ce bataillon devient officiellement opérationnel le 1er janvier 2000. Il n’a pas été déployé jusqu’à présent. De même, la Force Multinationale Terrestre (Multinational Land Force, MLF) comprend des troupes hongroises, italiennes et slovènes. Initiée en 1998, cette brigade trilatérale est destinée, entre autres, aux opérations de maintien de la paix. Elle est basée à Udine depuis sa mise en place effective en janvier 2002 et n’a pas encore été déployée dans le cadre d’une opération de paix.

 

La Hongrie commence à être plus active dans les opérations de maintien de la paix dans les années 90. Cependant, l’ambition hongroise semble rester inchangée depuis : le nombre de militaires hongrois servant dans l’ensemble des opérations de paix reste stable, soit environ 1000 soldats et une centaine d’officiers de police. Le nombre relativement important de soldats hongrois actuellement en opération de paix (comparativement à la taille du pays) ainsi que les conditions dans lesquelles la république hongroise a rassemblé son contingent pour le Kosovo laissent à penser que la Hongrie souhaite aujourd’hui conforter son rôle important en matière de gestion de crises, de gouvernance mondiale et d’opérations de paix. Il faut cependant garder à l’esprit que le budget militaire reste en dessous de 2% du Produit Intérieur Brut (1,3 milliards en 2010, soit 1,1% du PIB), et que ce dernier n’a que peu évolué ces dernières années. La volonté affichée de la Hongrie est donc de maintenir les dépenses militaires à un niveau certes relativement bas, mais constant. Cependant, au vu de la situation internationale actuelle, il est possible d’imaginer que la Hongrie mobilisera de façon plus forte ses forces militaires, tant sur le sol national que dans des opérations externes de maintien de la paix – en particulier si celles-ci permettent de limiter le flux de réfugiés sur le sol hongrois.

 



Marion Marigo

Étudiante, M2 Coopération Internationale

Décembre 2015


Références

 

30 nov. 2004

The National Security Strategy of the Republic of Hungary


Ministère de la défense de la république de Hongrie

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30 nov. 2003

“Central Europe between the EU and NATO”


Missiroli, Antonio. Survival, Vol. 46, No 4, pp 121-136.

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