Historique de l'opération MINUAD

< Retour au détail de l'opération MINUAD

MINUAD       Soudan

Mission des Nations Unies et de l'Union africaine au Darfour

 

La mission hybride des Nations Unies et de l’Union africaine au Darfour (MINUAD) a été créée par la résolution 1769 du Conseil de sécurité de l’ONU le 31 juillet 2007. Elle a pour objectif de mettre fin au conflit opposant les mouvements rebelles à l’armée soudanaise et aux milices arabes soutenues par le gouvernement soudanais. Les quelque 20 000 militaires et 6 000 policiers prévus de la MINUAD, accompagnés d’un important dispositif civil, ont pris officiellement le relais des 7 000 soldats de la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS) le 1er janvier 2008.



Historique

 

Depuis son indépendance en 1956, le Soudan demeure un pays divisé par les inégalités sociales et les clivages religieux. Le Darfour, une région située à l’ouest du Soudan, est marqué depuis 2003 par de nombreux conflits. Ces conflits, qui opposent différents groupes rebelles du Darfour, les deux principaux étant le Mouvement/Armée de Libération du Soudan (SLM/SLA) et le Mouvement pour la Justice et l’Égalité (JEM), à l’armée soudanaise et aux milices Janjawid soutenues par Khartoum, ont fait plus de 200 000 victimes civiles et ont forcé deux millions de personnes à fuir vers d’autres régions soudanaises, au Tchad ou en République centrafricaine. Ces multiples conflits, qui sont souvent entremêlés, portent principalement sur le partage des pouvoirs et des richesses et sont alimentés par le trafic d’armes ainsi que par l’instabilité générale qui règne dans cette région à cheval entre trois pays, le Tchad, la Centrafrique et le Soudan. Les inégalités structurelles du pays qui favorisent de façon disproportionnée les Arabes du nord par rapport au reste du pays sont l’une des causes fondamentales du conflit.

 

Les principaux acteurs

En 2001, les tribus Fur et Zaghawa du Darfour forment une alliance créant ainsi le Mouvement de libération du Soudan (SLM), un mouvement de résistance armée. Cependant, les objectifs des deux groupes ethniques différaient largement, les Furs supportant la proposition du mouvement/armée populaire de libération du Soudan (SPLM/A) d’un Soudan démocratique, laïque et décentralisé et les Zaghawas voulant principalement s’organiser contre les milices arabes avec qui ils étaient en concurrence économique dans le nord du Darfour. Le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), dirigé par Khalil Ibrahim Mohamed, est fondé en 2003 par un groupe de Darfouris ayant une expérience politique et prônant une idéologie islamiste. Ces deux principaux groupes (le SLM et le JEM) se sont divisés à plusieurs reprises au cours des années de conflit en raison de tensions internes. Devant cette atomisation du paysage politico-militaire darfouri, l’unification des factions armées est ainsi devenue avec le temps un enjeu majeur du processus de paix.

 

Alors que l’ONU déploie en 2005 la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) pour surveiller l’accord ayant mis fin à la guerre civile au Sud-Soudan, l’Union africaine envoie une première mission d’observation au Darfour, la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS I) suite à la signature, le 28 mai 2004, d’un Accord sur les modalités de la mise en place de la Commission de cessez-le-feu et le déploiement d’observateurs militaires dans la région du Darfour. La mission, composée d’une soixantaine d’observateurs militaires africains (MILOBs), accompagnés de 300 militaires chargés de leur protection, s’avère vite insuffisante devant la multiplication des violations du cessez-le-feu.

 

Face au constat d’échec de la MUAS I, le déploiement de la MUAS II représente plus qu’un simple renforcement de la MUAS I de par son mandat et sa composition. Le déploiement des quelque 3 320 personnels initialement prévu par le plan approuvé par le Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA lors de sa 17ème réunion tenue le 20 octobre 2004 (2 341 personnels militaires dont 450 observateurs, 815 policiers civils en plus du personnel civil approprié) a pour mandat de : surveiller et d’observer le respect de l’Accord humanitaire de Cessez-le-feu du 8 avril 2004 ainsi que de tous les accords subséquents ; aider à la restauration de la confiance ; et contribuer à l’instauration d’un environnement sécurisé pour permettre l’acheminement de l’assistance humanitaire et le retour des personnes déplacées et des réfugiés, en vue de renforcer le respect de l’Accord de cessez-le-feu humanitaire par toutes les parties et de participer au renforcement de la sécurité sur l’ensemble du Darfour.

 

Les dissensions internes déjà importantes au sein du SLM entre Furs et Zaghawas sont exacerbées à partir de 2004 par des affrontements entre les deux tribus et en particulier face aux négociations de paix avec le gouvernement. En 2006, le premier schisme au sein du groupe rebelle survient quand Minni Arkoi Minnawi, un membre de la tribu Zaghawa qui était à la tête de la composante militaire du mouvement, signe un accord de paix sur le Darfour (DPA) avec le gouvernement, le 5 mai 2006. La faction minoritaire Fur du SLM, dirigée par Abdel Wahid (AW) Mohammed Al-Nour, refuse le DPA et se sépare du mouvement pour devenir le SLM-AW. Le processus de paix ravive les tensions puisque les autres groupes rebelles, dont le JEM, refusent également d’y participer. Le groupe de Minni Minawi (le SLM-MM) se joint alors aux forces gouvernementales pour combattre le SLM-AW et le JEM ainsi que les autres factions rejetant le DPA, tandis que Minnawi est nommé au poste d'assistant spécial du président soudanais. L’UA, qui s’est ralliée à l’éventualité d’une prise en charge du maintien de la paix au Darfour par les Nations Unies en janvier 2006, demande alors l’accélération du transfert de responsabilités, officialisé par la résolution 1679 du 16 mai 2006. Il ne reste plus qu’à obtenir l’assentiment du gouvernement soudanais, condition nécessaire pour l’adoption unanime par le Conseil de sécurité d’une résolution autorisant un déploiement onusien en territoire soudanais. Tout en arborant, dans un premier temps, une attitude conciliante avec la communauté internationale et en se disant favorable à l’envoi d’une force onusienne, le gouvernement soudanais multiplie les requêtes et les exigences diplomatiques.

 

Création de la MINUAD

 

Le Conseil de sécurité adopte, le 31 août 2006, la résolution 1706 proposée par la Grande-Bretagne et les États-Unis prévoyant le redéploiement d’une partie des effectifs de la MINUS au Darfour avec le mandat d’apporter un soutien à la mise en œuvre de DPA et de l’Accord de cessez-le feu humanitaire de N’Djamena  Cette résolution autorise également une augmentation des effectifs de la mission jusqu’à concurrence de 17 300 soldats, de 3 300 membres de la police civile et de 16 unités de police constituées. Ce vote se fait contre l’avis du gouvernement soudanais et sans les votes russe, chinois et qatari, et est perçu par le gouvernement soudanais comme un acte hostile de la part du Conseil.

 

C’est au cours de l’automne 2006 que s’ébauche le scénario d’une force hybride UA/ONU consistant en l’absorption de la MUAS dans une force onusienne majoritairement africaine. Le concept qui prévoit cette absorption progressive fait l’objet d’un accord à l’issue de consultations de haut niveau le 16 novembre 2006. Il est endossé par le Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA réuni à Abuja (Nigeria) le 30 novembre et par une déclaration de la Présidence du Conseil de sécurité de l’ONU le 19 décembre 2006. Ce scénario prévoit une approche en trois phases : une phase de soutien léger de l’ONU à la MUAS (105 personnels militaires, 34 policiers, 48 civils ainsi qu’un soutien matériel), une deuxième phase de soutien lourd (2250 personnels militaires, 721 policiers et 1136 civils), et enfin une opération hybride ONU/UA, la MINUAD.

 

Bien que le gouvernement soudanais accepte ce plan à la fin de mois de décembre 2006, il revient rapidement sur sa décision et affirme qu’une force de paix au Darfour ne peut être composée que d’éléments africains. L’ONU et l’UA parviennent finalement à un accord ; la force hybride comprendra 23,000 personnels et le commandement de la mission sera assumé conjointement par l’ONU et l’UA.

 

La MINUAD voit le jour le 31 juillet 2007 (résolution 1769) et le Conseil de sécurité décide que la mission sera dotée d’un effectif militaire de 19 555 personnels au maximum, dont 360 observateurs militaires et officiers de liaison, et d’une composante civile composée au maximum de 3 772 personnels de police et de 19 unités de police constituées, comportant chacune un effectif maximum de 140 personnes. La MINUAD a comme principal mandat de protéger les populations civiles. La Mission a également pour mandat de contribuer à la sécurité pour permettre l’acheminement de l’aide humanitaire, de surveiller et vérifier la mise en œuvre des accords de paix, d'appuyer un processus politique inclusif, de contribuer à la promotion des droits de l’homme et de l’état de droit, et de surveiller la situation le long de la frontière avec le Tchad et la République centrafricaine.

 

Toutefois le gouvernement soudanais conteste les modalités du déploiement de la force hybride et en particulier le droit, pour cette dernière, de recourir à la force. Dès le début du déploiement des effectifs, il est évident que la MINUAD n’atteindra pas 80 % de ses capacités avant un an. Au mois d’août 2008, un peu moins du tiers des forces autorisées sont déployées. Les contributions occidentales en troupes s’exposent quant à elles au refus quasi systématique du gouvernement soudanais. Dès les premiers mois de la mission, la MINUAD est confrontée à une série d’obstacles tels que le manque de moyens de transport tactique, le manque de moyens de reconnaissance aérienne, de transport terrestre, de génie, de logistique, et de moyens médicaux et de transmissions. De plus, la MINUAD se voit parfois refuser l’accès aux camps de réfugiés par des groupes armés comme c’est le cas le 1er juillet 2008 dans le camp de Zamzam, dont l’accès lui est refusé par le SLM-MM.

 

La sécurité de la MINUAD devient un objet de préoccupation majeur lorsque, le 14 juillet 2008, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno Ocampo, formule la requête de l'accusation aux fins de délivrance d'un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir pour génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité pour les crimes commis au Darfour depuis 2003. Le Procureur de la CPI reproche, par ailleurs, au gouvernement soudanais de ne pas livrer deux hauts responsables soudanais, Ahmed Haroun et Ali Mohamed Ali Abdel-Rahman, suspects des mêmes faits. Le 4 mars 2009, le mandat d’arrêt contre Omar el-Béchir, est officiellement délivré par la CPI. Le gouvernement soudanais réagit en expulsant une série d’ONG étrangères œuvrant au Darfour, les accusant d’avoir collaboré avec la CPI. La procédure judiciaire contre le président soudanais est accueillie favorablement par les rebelles et par les États-Unis, mais avec inquiétude par la majorité de la communauté internationale (en particulier par les pays africains) qui craignent qu’elle n’entrave la résolution du conflit politique au Darfour et qu’elle ne mette en danger les troupes de la MINUAD.

 

En mars 2009, l’UA met pour sa part en place un panel de haut niveau sur le Darfour mené par l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki. Le panel, chargé de favoriser la réconciliation au Darfour, dépose un rapport en octobre 2009 qui recommande la création d’une cour hybride, la mise en place d’une commission Vérité et Réconciliation et le renforcement du système judiciaire soudanais.

 

Depuis le déploiement de la MINUAD, et malgré certaines recrudescences épisodiques, la fréquence des affrontements militaires s’est graduellement réduite pour être progressivement remplacée par une insécurité plus diffuse, caractérisée par le banditisme. Le personnel de la MINUAD se retrouve ainsi dans une situation difficile, devant faire face à plusieurs incidents de vol à main armée et d’enlèvement de travailleurs humanitaires, tout en continuant à subir des restrictions dans ses déplacements de la part du gouvernement soudanais. L'impunité des responsables soudanais reste également un élément problématique important qui est régulièrement dénoncé par les responsables de l'ONU.

Le Processus de Doha

Le conflit au Darfour fait l’objet d’une série de tractations diplomatiques, la plus importante d’entre elles ayant été le processus de Doha, une série de pourparlers menés entre certains groupes rebelles du Darfour et le gouvernement soudanais sous l’égide du gouvernement qatari, entre 2009 et 2011. Dans le cadre de ces négociations de paix qui ont régulièrement connu des blocages et des reculs importants, les groupes rebelles, affaiblis par les années de conflits et de division, ont entrepris un processus fastidieux d’unification afin de présenter des positions communes face au gouvernement.

 

Le processus de paix connait donc un nouveau souffle en février 2009, lorsque le JEM et le gouvernement soudanais tiennent des discussions de paix directes à Doha pour la première fois depuis juin 2007. Ces discussions débouchent sur la signature d’une entente de principe prévoyant un cessez-le-feu, des échanges de prisonniers et l’acheminement d’aide humanitaire. Les négociations entre le JEM et le gouvernement bloquent cependant rapidement et le groupe rebelle se retirera à plusieurs reprises du processus de Doha. Parallèlement, la Libye réussit à convaincre cinq factions armées de rejoindre le processus. De plus, une douzaine de groupes armés se rassemblent au cours de l’été en deux coalitions, le groupe d’Addis-Ababa et celui de Tripoli, avec pour objectif de joindre le processus de Doha. Le JEM condamne la formation de ces coalitions, affirmant que si ces groupes désirent participer aux discussions ils doivent se joindre à lui. Face au blocage des pourparlers, la société civile est invitée pour la première fois à prendre part au processus de paix, ce qui est dénoncé par le JEM et le SLM-AW qui estiment que plusieurs des participants invités sont trop favorables au régime de Khartoum.


En février 2010, le rapprochement entre N’Djaména et Khartoum force le JEM à quitter ses bases arrières du Tchad et à signer un accord-cadre avec le gouvernement soudanais. Parallèlement, l’armée soudanaise intensifie à partir du début 2010 les opérations militaires contre les positions du SLM-AW au Darfour. Durant la même période, dix factions parmi le groupe d’Addis-Ababa et celui de Tripoli s’unissent pour former le Mouvement de Libération et de Justice (LJM) afin de faciliter les négociations. Le LJM signe un accord-cadre avec Khartoum malgré les contestations du JEM. Durant l’été, des représentants de la société civile sont de nouveau réunis à Doha où ils expriment leur désir de voir le Darfour, qui avait été divisé en trois États en 1994, regroupé en une seule unité administrative. Parallèlement, le gouvernement soudanais met sur pied une nouvelle stratégie, dite domestique, pour mettre fin au conflit. Cette nouvelle stratégie met l'accent sur le redressement économique et le développement de la région plutôt que sur un accord politique négocié à Doha. L'initiative, aussitôt rejetée par les groupes rebelles, est rapidement appuyée sans réserve par l'UA, la MINUAD, la Ligue arabe et les États-Unis.

 

Les négociations continuent lentement au cours de l’automne, le JEM, qui réussit à intégrer un certain nombre de factions mineures, déclare ne vouloir reprendre part au processus de Doha qu’au sein d’un mouvement d’opposition unifié tandis que le LJM affirme refuser tout compromis sur l’unification du Darfour. Pendant ce temps, Minnawi, qui a perdu sa position au gouvernement suite aux élections nationales d'avril 2010, dénonce le DPA et décide de reprendre les armes. Cette décision produit une nouvelle division de son mouvement en trois factions, l'une restant à Khartoum pour négocier un désarmement, une autre se réfugiant au Nord-Darfour et la dernière suivant Minnawi au Sud-Soudan. À la fin décembre, le gouvernement soudanais retire sa délégation de Doha estimant que les négociations conventionnelles ne sont plus utiles. S’ensuivent un échange de propositions et de contre-propositions entre Khartoum et les groupes rebelles du JEM et du LJM, ces derniers réclamant notamment, en vain, l'unification du Darfour  et une vice-présidence nationale pour la région.

 

C'est dans ce contexte que le 5 mars 2011 des parlementaires darfouris pro-Khartoum proposent la création de deux nouveaux États au Darfour. Cette proposition est aussitôt appuyée par le gouvernement qui estime qu’une telle division, qui correspondrait à la volonté de 90% de la population de la région, contribuera au renforcement de la sécurité et de la stabilité dans la région. De plus, le président soudanais décide unilatéralement qu'un référendum sera tenu au Darfour afin de décider du statut administratif de la région, comme prévu dans le DPA. Constatant le nouveau blocage des négociations, la médiation décide d'organiser une autre conférence à Doha réunissant toutes les parties prenantes du conflit au Darfour. Cette conférence a lieu du 27 au 31 mai 2011 et réunit environ 500 délégués qui entérinent un projet d'accord de paix, le document de Doha pour la paix au Darfour (DDPD). Ce document est signé en juillet par le LJM et le gouvernement soudanais. Les deux parties établissent ainsi un comité de suivi dirigé par le Qatar, les États-Unis et l'UE. Le DDPD cherche à régler les causes profondes du conflit et ses conséquences, en traitant de questions comme le partage du pouvoir, le partage des richesses, les droits de l'homme, la justice et la réconciliation, ainsi que les compensations/réparations et le retour des personnes déplacées. Suite à la signature du DDPD, le président soudanais annonce que le référendum sur le statut du Darfour sera reporté à 2012.

 

Au mois d'août 2011, le Mouvement populaire de libération du Soudan du Nord (SPLM-N), le SLM-MM et le SLM-AW unissent leurs forces militaires et politiques afin de tenter de renverser le gouvernement et de créer un État libéral et laïc. Cette unification à des fins belliqueuses illustre bien le blocage des négociations et la volonté de plus en plus répandue au sein des groupes armés de reprendre les armes contre Khartoum. De plus, cette alliance entre les groupes du Darfour et le SPLM-N apporte une nouvelle complexité au conflit en le liant étroitement aux relations difficiles entre le Soudan et le tout nouvel État du Soudan du Sud. Le JEM, qui négocie son intégration à cette alliance bénéficie grandement de la chute du régime de Kadhafi en Libye : d'une part, leur chef, Khalil Ibrahim, qui était retenu en Libye, peut rentrer au Darfour et, d'autre part, le groupe rebelle est le principal bénéficiaire de l'afflux d'armes en provenance des arsenaux du dictateur déchu. Finalement, en novembre 2011, le JEM rejoint l'alliance formée par les trois autres groupes rebelles formant ainsi le Front révolutionnaire soudanais (SRF), qui se donne pour objectif de permettre la collaboration de tous les partis politiques soudanais, de toutes les formations politiques et de toutes les organisations de la société civile pour créer une alternative démocratique viable au régime existant et pour  donner une voix puissante et unifiée aux populations marginalisées à travers le Soudan. Les 22, 23 et 24 décembre, les forces du JEM se rassemblent pour marcher sur Khartoum. Cependant, Khalil Ibrahim est tué par une frappe aérienne au Nord-Kordofan lors d'un affrontement contre les troupes du gouvernement. Il sera remplacé par son frère à la tête du mouvement à la fin janvier 2012. Malgré l'échec de l'offensive, les membres du SRF se déclarent déterminés à poursuivre la lutte armée contre le gouvernement.

 

Durant cette période, le gouvernement accuse à plusieurs reprises le Soudan du Sud, nouvellement indépendant, d'appuyer les groupes rebelles du Darfour, Juba finira d'ailleurs par considérer l'option d'expulser les membres du JEM de son territoire. Le gouvernement dénonce également les tentatives du comité de suivi du DDPD d’intégrer les groupes non signataires, dont le JEM. Dans le cadre du DDPD, dix nouveaux ministres sont choisis le 26 décembre parmi les membres du LJM, les signataires du DPA et la société civile. Le 10 janvier le président soudanais, Omar el-Béchir, signe trois décrets créant deux nouveaux états au Darfour (portant ainsi le nombre d’états au Darfour à cinq, qui seront administrés par l’Autorité Régionale du Darfour, qui a pour objectif le respect du DDPD)) et nommant trois nouveaux gouverneurs, dont un refuse sa nomination. Ces nominations entraînent des manifestations violentes au Sud-Darfour, manifestations qui sont réprimées dans le sang.

 

Arguant que la situation sécuritaire s'est améliorée dans la région depuis la signature du DDPD, le Soudan demande une diminution des effectifs de la MINUAD. Sur le terrain cependant, les violences se poursuivent et le processus de paix est de plus en plus remis en question par les groupes rebelles. D'une part, le JEM désavoue le chef de la MINUAD, Ibrahim Gambari, l'accusant d'être trop favorable à Khartoum et de constituer un obstacle à la paix. D'autre part, le vice-président du LJM démissionne au début février 2012, déplorant le manque de sérieux affiché par Khartoum dans la mise en œuvre du DDPD et concluant que la seule solution au problème du Darfour est le renversement du régime de Khartoum.

De même, les alliances de circonstance entre opposants au régime de Khartoum compromettent une possible pacification des relations. Les rebelles du SPLM –Nord font entrer dans leur conflit avec le gouvernement certains groupes du Front Révolutionnaire du Soudan (notamment du JEM) lors de la prise de Higlig en avril 2012. Cette alliance de circonstance entre rebelles aux revendications distinctes mais ayant un ennemi en commun ne fait qu’aggraver l’instabilité du pays.

 

Les combats au Darfour continuent tout au long de l’année 2012, notamment dans le Darfour septentrional et oriental, entre gouvernement central et mouvements non-signataires du processus de Doha (ALS-MM, JEM..). Les diverses tentatives de négociations échouent. Le contexte n’est pas favorable à une normalisation des relations entre belligérants, notamment à cause de la mise en place d’un important plan d’austérité par Khartoum (la sécession du Soudan du Sud a eu pour conséquence une forte baisse de la rente pétrolière). Le processus de paix semble réellement dans l’impasse quand, en janvier 2013, le Front Révolutionnaire du Soudan propose sa « Charte de l’Aube Nouvelle » reprenant les revendications anciennes des rebelles, notamment la création d’un État laïque et d’un système fédéral décentralisé, et qui fut rejeté sur-le-champ par Khartoum.

Aux combats entre le gouvernement central et les rebelles s’ajoute un autre facteur aggravant l’instabilité de la région : les affrontements entre milices des différentes tribus du Darfour, notamment au Darfour central et méridional. Ces affrontements ont pour origine le contrôle des ressources de la région, que ce soit les hydrocarbures, les minéraux mais aussi les terres arables. La mission de la MINUAD évolue en conséquence, et inclut le règlement des conflits intercommunautaires au Darfour dans ses prérogatives (résolution 2113 du 30 juillet 2013 du Conseil de sécurité). Alors que le nombre de retours de déplacés au Darfour était encourageant en 2012 (près de 100 000 personnes selon les estimations), le nombre de déplacés augmente fortement en 2013 (environ 460 000 sur l’année). Les civils sont une nouvelle fois les victimes majeures du conflit entre les rebelles et Khartoum, ce dernier ayant recours aux Forces d’appui rapide (composées de l’armée gouvernementale et de milices) qui s’en prennent directement aux populations.

 

En 2014, l’amélioration de la situation au Darfour semble toujours fortement compromise, dans la mesure où l’on assiste à un enchevêtrement des conflits. Le gouvernement central ne semble pas avoir une réelle volonté de résoudre ces conflits autrement que par les armes, bien qu’ayant réussi à rallier certains groupes rebelles supplémentaires au Document de Doha (la MJE-Bachar). Il accuse en effet un fort retard dans la mise en œuvre du Document de Doha (les investissements promis au Darfour pour son développement ont à peine été mis en œuvre).

 



16 février 2012

Mise à jour le 1er aout 2014 par Cyril Nilsson, Chercheur-stagiaire au Centre d’études des Crises et des Conflits internationaux (CECRI), Université catholique de Louvain