Le Canada en Afghanistan

ROP

20 juill. 2012

 

La page Le Canada en Afghanistan, une initiative du Réseau de recherche sur les opérations de paix (ROP), se veut un complément au site operationspaix.net se spécialisant sur l’implication canadienne en Afghanistan. Elle présente d’abord des textes d’actualité, une analyse de la présence canadienne et internationale en Afghanistan, ainsi que des dossiers sur les principaux enjeux à l’heure actuelle, soit ceux entourant les élections législatives afghanes de 2009 et la nouvelle stratégie américaine face à l’Afghanistan annoncée par Barack Obama. Par la suite, elle centralise une série de documents provenant du gouvernement canadien, des organisations internationales et des centres de recherches, tout en fournissant certains liens pertinents.

Historique de la présence

 


L’engagement militaire du Canada en Afghanistan a débuté suite aux attaques terroristes du 11 septembre 2001. L’ancien ministre de la Défense, Art Eggelton, a d’abord autorisé l’envoi d’une centaine de militaires pour lutter contre le régime taliban aux côtés des Américains. De son côté, l’ancien premier ministre, Jean Chrétien, a permis le déploiement des forces aériennes, terrestres et maritimes pour combattre les talibans le 8 octobre 2001. Dans ces circonstances, le Conseil de sécurité de l’ONU a mis sur pied la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS), une vaste coalition de 41 pays incluant le Canada qui vise à reconstruire l’Afghanistan. La FIAS a été créée à l’issue de la Conférence de Bonn en décembre 2001, mais est passée sous le commandement de l’OTAN en août 2003. À partir de juillet 2005, le Canada participe avec les Américains à l’opération Enduring Freedom dans le cadre de l’opération Archer, parallèlement la contribution canadienne à la FIAS porte le nom d’opération Athéna. En juillet 2011, la mission de combat canadienne se retire et cède le commandement des zones surveillées par le Canada aux troupes américaines. La mission canadienne entamée en 2002 comptait environ 3 000 soldats sur le terrain. Le Canada restera cependant sur le terrain jusqu’en 2014 par l’entremise d’une nouvelle mission de formation dans le cadre de l’opération ATTENTION et de divers projets de développement. Le Groupe de travail sur la transition s’attèle présentement à rapatrier le matériel de la mission de combat canadienne et devrait terminer sa tâche d’ici la fin 2011.

 

Mandat sur le terrain et retrait des troupes

 

Le Pacte pour l’Afghanistan a été conclu en janvier 2006 et symbolise l’engagement de la communauté internationale envers la mission. La présence canadienne en Afghanistan vise à aider le gouvernement afghan à stabiliser et sécuriser le territoire pour favoriser son développement. Toutefois, le prolongement de la mission en Afghanistan a suscité des débats houleux au Parlement. En janvier 2008, le Rapport Manley a recommandé au gouvernement canadien de poursuivre la mission au-delà de l’échéance de 2009, sans établir de date butoir. Cependant, le Premier ministre, Stephen Harper, a formellement assuré en octobre 2008 que la mission militaire canadienne en Afghanistan ne sera pas prolongée au-delà de 2011. En novembre 2010, le gouvernement canadien annonce le nouveau rôle du Canada en Afghanistan de 2011 à 2014 qui mise sur la sécurité, la diplomatie, les droits de la personne et le développement. Le départ officiel des troupes canadiennes en juillet 2011 fait donc place à une aide non-militaire destinée à assurer la sécurité des Afghans et rebâtir le pays.

 

Origine du mandat canadien au sein de la FIAS de Kaboul à Kandahar

 

 

Peu après les attentats du 11 septembre 2001, les Forces canadiennes (FC) ont été déployées en Afghanistan dans le cadre de la guerre contre le terrorisme. Ainsi, lors de l’opération Apollo, qui a duré d’octobre 2001 à octobre 2003, près de 2000 soldats canadiens sont venus appuyer les États-Unis au cours de l’opération Enduring Freedom (l’appellation américaine de la phase militaire d’une vaste coalition de pays combattant le terrorisme). Le 20 décembre 2001, le Conseil de sécurité de l’ONU a émis la Résolution 1386, qui a notamment créé la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS). La FIAS avait pour mandat initial de maintenir la sécurité à l’intérieur et autour de la ville de Kaboul afin de sécuriser l’environnement de travail des employés de l’Autorité intérimaire afghane et de l’ONU. Les résolutions 1413 et 1444 ont prolongé le mandat de la FIAS jusqu’au 20 décembre 2003 et ont fait passer subséquemment la responsabilité de la mission aux mains de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne et des Pays-Bas. La FIAS n’était pas dirigée à l’origine par l’ONU, mais par une coalition d’États volontaires qui se partageaient le commandement tous les six mois. À cet égard, le Brigadier-général Peter Devlin est devenu le premier Canadien à commander la Brigade multinationale de la FIAS à Kaboul, et ce, dans le cadre de l’opération Athéna qui a débuté le 17 juillet 2003. Le Canada a donc été l’un des 41 pays à participer à la FIAS par l’entremise de l’opération Athéna en Afghanistan. Celle-ci figure parmi les effectifs opérationnels de la FIAS chargés des opérations de sécurité dans les différentes provinces afghanes.

 

Le 11 août 2003, la FIAS est passée sous le commandement de l’OTAN et, le même jour, le Major général canadien Andrew Leslie est nommé commandant-adjoint de la mission. L’objectif principal lors de la première année sous le leadership de l’OTAN a consisté à maintenir un environnement sécuritaire auprès de l’autorité transitoire afghane à Kaboul. Du 9 février jusqu’au 9 août 2004, le lieutenant-général Rick Hillier a assumé le commandement de la FIAS. Son successeur, le lieutenant-général français Jean-Louis Py, a poursuivi le nouvel objectif de la FIAS qui visait désormais à conduire la première élection démocratique en Afghanistan en octobre 2004. Préalablement à l’élection de 2004, la Loya jirga (grande assemblée tribale de l’Afghanistan) avait élu Hamid Karzaï en juin 2002 pour diriger l’Autorité intérimaire afghane jusqu’à la tenue d’élections démocratiques. Les résultats du scrutin de 2004 ont déclaré vainqueur Hamid Karzaï, qui est devenu le nouveau président de l’Afghanistan le 9 décembre. L’année suivante, la FIAS a étendu ses opérations au-delà de la capitale afghane afin de consolider les institutions gouvernementales du pays et de renforcer les forces de sécurité nationales.

 

La Force opérationnelle interarmées en Afghanistan (FOI-AFG)

 

 

L’ensemble des capacités militaires du Canada attachées à la FIAS est appelé Force opérationnelle interarmées-Afghanistan (FOI-AFG). La FOI-AFG regroupe tous les contingents des FC localisés en Asie du Sud-Ouest en incluant les militaires de l’opération Athéna. Depuis l’automne 2005, l’opération Athéna se concentrait principalement dans le sud de l’Afghanistan, dans la province de Kandahar plus précisément. Le 7 juillet 2011, la mission de combat canadienne dans la province de Kandahar prend officiellement fin. Le Brigadier-général Dean Milner, commandant de la Force opérationnelle interarmées en Afghanistan au cours de la roto 10, a donc transféré son autorité de commandement au Brigadier-général Charles Lamarre, commandant de la Force opérationnelle de transition de la mission. La roto 11 sera responsable de la fin des activités canadiennes à Kandahar entre juillet et décembre 2011.

 

La force opérationnelle du Canada à Kandahar était sous la direction du Commandement régional (Sud) de la FIAS. Les objectifs de cette opération étaient multiples, mais visaient d’abord à supprimer l’insurrection envers le gouvernement afghan et à prévenir les actes de terrorisme. L’opération Athéna représentait avant tout le volet militaire de la mission du Canada en Afghanistan. En effet, la stratégie canadienne en Afghanistan était pangouvernementale et incluait la formation des forces de sécurité nationales afghanes et le soutien de projets d’infrastructures tels que des routes ou des ponts. Ainsi, les équipes provinciales de reconstruction (EPR) de la FIAS ont entrepris un travail qui comportaient des éléments multidimensionnels. Les EPR sont composées de militaires, de diplomates, de travailleurs en développement, de policiers et d’agents correctionnels qui soutiennent les politiques du gouvernement afghan et des autorités locales tout en coordonnant les projets de développement et de reconstruction du pays. Le Canada a mis sur pied l’EPR de Kandahar au Camp Nathan Smith dans l’ancien bastion du régime taliban en août 2005. En août 2010, le Canada a confié aux États-Unis la responsabilité de la sécurité et de la gestion du Camp Nathan Smith et de la zone d’opération de la ville de Kandahar

 

Pacte pour l’Afghanistan et la Force opérationnelle à Kandahar

 

L’entrée en scène du Canada à Kandahar est survenue à une période où la FIAS s’apprêtait à décider du pays de la coalition pour remplacer les États-Unis dans le sud de l’Afghanistan. Parallèlement, le Pacte pour l’Afghanistan est signé le 30 janvier 2006 et le Canada, sous la gouvernance du Premier ministre de l’époque, Paul Martin, cherchait à accroître son rôle sur la scène internationale. Le Pacte pour l’Afghanistan a tracé une série d’objectifs qui balisent encore son action jusqu’en 2011, touchant simultanément la gouvernance, le développement et confiant un volet sécuritaire aux membres de la FIAS afin de renforcer l’État afghan. En vertu du volet sécuritaire du pacte qui a été confié à la FIAS, les FC ont été appelées à participer à la sécurité du pays aux côtés des unités afghanes et à combattre les talibans. Cette étape de la mission canadienne en Afghanistan a notamment frappé l’imaginaire collectif de la population canadienne sur la nature des opérations de maintien de la paix. Selon Marc André Boivin, la mission à Kandahar a marqué une différence par rapport au passé, car « il ne s’agit pas d’une mission de la paix classique (…) contrairement à deux ennemis qu’on vient séparer, en Afghanistan, on a chassé un ennemi ».

 

 

Or, à partir de juillet 2005, le Canada participait déjà à des actions de contre-terrorisme au sein de la coalition sous commandement américain, Enduring Freedom. Les FC de l’opération Archer étaient déployés au sein du Combined Security Transition Command-Afghanistan (CSTC-A), qui faisait partie des projets multinationaux de l’opération Enduring Freedom. Le CSTC-A avait comme objectif de mettre sur pied les composantes d’une nouvelle infrastructure de sécurité pour les autorités afghanes. Néanmoins, les FC qui étaient déployées au sein de l’opération américaine Enduring Freedom à Kandahar sont passées sous le contrôle de l’OTAN lorsqu’elle a pris le commandement de la totalité des opérations militaires en septembre 2006. Une partie des FC de l’opération Archer et des équipes de liaison et de mentorat opérationnel (ELMO) de la FIAS assistent actuellement les forces de sécurité afghanes. Les ELMO sont réparties en équipes multidisciplinaires affectées à une formation spécifique de l’Armée nationale afghane (ANA) et sont chargées d’assurer la liaison avec la FIAS au niveau provincial. Les ELMO canadiennes ont débuté leur mandat à Kandahar en août 2006 et ont constitué en septembre 2007 une sous-unité chargée de travailler de concert avec la Police nationale afghane (PNA). Depuis juin 2010, la Force opérationnelle à Kandahar collabore également avec le 404e quartier général du district de Maywand de la PNA. La zone d’opérations canadienne dans la province de Kandahar se concentre maintenant sur les districts de Dand et de Panjwaii.

 

Approche du Canada en Afghanistan : une opération multidimensionnelle

 

Dans le cadre du Pacte pour l’Afghanistan (2006-2011), les priorités du Canada se sont inscrites dans les trois piliers de cette entente, c’est-à-dire la sécurité, la gouvernance et le développement. À cet égard, le Canada aidait à maintenir un environnement sécuritaire et veillait au renforcement des capacités de l’Armée nationale afghane et de la Police nationale afghane dans la province de Kandahar. De plus, le Canada veillait à accroître la sécurité et la gestion transfrontalières entre le Pakistan et l’Afghanistan tout en appuyant les efforts complémentaires dans les secteurs de la justice et des services correctionnels. Dans une optique de développement, le Canada appuyait le gouvernement de l’Afghanistan dans les services essentiels, l’éducation et offrait une aide humanitaire aux populations vulnérables, particulièrement dans le sud du pays. Concernant la gouvernance, le Canada contribue toujours au renforcement des institutions politiques afghanes et appuie la réconciliation nationale afin d’encourager une paix durable. Pour 2011-2014, le nouveau rôle du Canada en Afghanistan se concentre sur la sécurité, de la diplomatie, des droits de la personne et du développement. Toutefois, la mission de combat terminée, le rôle du Canada se focalise sur la formation afin que l’Afghanistan devienne un pays plus sûr, plus stable et plus autonome. En effet, lors la Conférence de Kaboul de juillet 2010, le gouvernement afghan et ses partenaires internationaux avaient convenu que la formation était essentielle au succès de la transition vers la paix et la stabilité. L’engagement financier du Canada en Afghanistan sera de 700 millions de dollars par année pour les trois prochaines années.

 

Retrait des troupes canadiennes et Rapport Manley

 

 

Depuis l’époque de la guerre de Corée (1950-1953), le Canada n’a jamais été impliqué dans une guerre aussi meurtrière. Alors que les combats ont commencé à s’intensifier sur le terrain et que la population canadienne (particulièrement au Québec) s’opposait au conflit en Afghanistan, le Premier ministre Stephen Harper a provoqué un débat sur la prolongation de la mission de combat des FC en 2007. Une motion du gouvernement conservateur a prolongé jusqu’en 2009 la présence du Canada à Kandahar alors que les FC devaient originellement cesser la mission de combat en février 2007. Toutefois, le débat sur le prolongement de la mission canadienne en Afghanistan s’est poursuivi en 2008 lors de la remise du Rapport du Groupe d’experts indépendants sur le rôle futur du Canada en Afghanistan, présidé par l’ancien ministre libéral John Manley. Ce rapport a été présenté le 22 janvier 2008 et recommandait au gouvernement canadien de poursuivre la mission en Afghanistan au-delà de 2009 à condition que l’OTAN déploie 1000 troupes supplémentaires sur le terrain, de même que des hélicoptères et des drones. La France a finalement accepté de déployer les militaires requis en sol afghan. Ainsi, la Chambre des communes a approuvé en mars 2008 une prolongation jusqu’en 2011 de la mission à Kandahar. Le gouvernement Harper a assuré la population canadienne à une semaine du scrutin en octobre 2008 que la mission militaire du Canada en Afghanistan se terminerait fin-juillet 2011. Néanmoins, la présence canadienne en Afghanistan sera finalement maintenue au-delà de 2011, mais investie dans des missions de formation et de reconstruction plutôt que dans les missions de combats. Environ 950 formateurs et employés de soutien des Forces armées canadiennes seront déployés dans le cadre de l’opération ATTENTION du volet canadien de la Mission de formation de l’OTAN en Afghanistan jusqu’en 2014.

 

Après 2014

 

Alors que des troupes de l'OTAN resteront dans le pays mais seulement afin de former et conseiller les forces de sécurité afghanes (FSNA), le Premier ministre Stephen Harper a confirmé que la mission militaire du Canada en Afghanistan prendrait définitivement fin le 31 mars 2014. Le Canada versera à partir de ce moment 110 millions de dollars par année sur trois ans (2015-2017) pour soutenir les FSNA. Toutefois, la question de la présence des troupes canadiennes en Afghanistan au-delà 2014 se pose toujours, les États-Unis ayant apparemment demandé au Canada de rester. « Notre plan pour l'heure actuelle est évidemment que la mission se poursuive jusqu'à 2014. Mais à mesure que nous approcherons de cette date, nous examinerons toutes les options et nous prendrons la décision qui sera dans le meilleur intérêt de ce pays et dans le meilleur intérêt de nos objectifs de sécurité pour la planète », a-t-il ainsi déclaré en avril 2012.

 

Marc-André Anzueto, M.Sc.

Agent de recherche au ROP

6 avril 2009

Mis à jour par Andrée-Anne Laurin en juillet 2011

 

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