L’OTAN en difficulté en Afghanistan

Le Sommet de Riga aboutit à des résultats décevants

1er déc. 2006

 

Malgré l’urgence de la situation en Afghanistan, les dirigeants des pays membres de l’OTAN réunis à Riga, en Lettonie, ont été incapables de s’entendre sur un effort collectif renouvelé. Les représentants des 26 pays membres déclarent officiellement reconnaître l’établissement de la paix et de la sécurité en Afghanistan une priorité critique pour l’Alliance. Dans les faits pourtant, les participants n’ont pu s’entendre que sur des changements cosmétiques.


Dès le 7 septembre, le général américain James Jones, Commandant allié suprême en Europe (SACEUR), réclamait d’urgence près de 2500 troupes supplémentaires ainsi que du matériel. Son appel a été repris à maintes occasions depuis par le Secrétaire général de l’OTAN Jaap de Hoop Scheffer. Au lendemain de deux jours de délibérations, l’OTAN annonçait l’envoi de quelques centaines de militaires supplémentaires au sud et rien ou presque en termes de matériel.

 

Autre sujet litigieux, certains pays imposent des limites à l’emploi de leurs troupes. Ces restrictions, que l’on appelle aussi les « caveats », peuvent inclure par exemple l’exclusion de toute participation à des combats ou à des opérations ayant lieu la nuit. Bien que les « caveats » au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) ne soient pas officiellement divulgués au public, les dirigeants de l’OTAN et de certains de ses membres réclament ouvertement leur levée depuis longtemps.

 

Dans le cadre du sommet de Riga, l’exclusion de tout déploiement au sud de certains contingents déployés dans les régions plus paisibles du nord était la restriction plus particulièrement ciblée. La seule concession accordée en ce sens par les pays visés a été d’affirmer la possibilité de levée le « caveat » limitant les troupes au nord en cas d’urgence. La nature de l’urgence n’ayant pas été définie, cette déclaration laisse amplement de marge de manœuvre aux pays réticents à s’engager dans les périlleuses régions du sud.

 

Parmi les acquis plus substantiels du sommet, l’OTAN reconnaît le bien fondé de la proposition française visant à créer un « groupe de contact » composée des principaux acteurs internationaux actifs en Afghanistan. Cette idée reflète une initiative presqu’identique prise au milieu des années 1990 pour faire pression sur les belligérants du conflit en Bosnie-Herzégovine et assurer une plus grande cohérence à l’intervention du monde extérieur.

Profondes divisions

Les maigres résultats du sommet tenu les 28 et 29 novembre à Riga confirment les profondes divisions au sein de l’Alliance Atlantique au sujet de la mission en Afghanistan. Pour certains pays Européens la FIAS doit s’en tenir à son mandat original de stabilisation et d’appui au gouvernement Afghan. Pour d’autres pays, à commencer par les États-Unis, rétablir la sécurité signifie aussi s’assurer de l’élimination durable de tout sanctuaire terroriste.

 

Ces divergences d’interprétation correspondent à des affectations géographiques distinctes. L’Allemagne, l’Espagne, la France et l’Italie, qui partagent tous à divers degrés une vision plus bénigne du rôle de la FIAS, sont présentes dans les régions nord et ouest de l’Afghanistan. Ces régions sont relativement paisibles et leurs leaders communautaires ont été intégrés pour la plupart aux nouvelles institutions politiques. Le sud et l’est contrastent vivement avec ce portrait. Jamais totalement pacifiées, ces régions ont connu une recrudescence marquée de la violence à partir de 2005. Le Canada, le Royaume-Uni et les États-Unis, trois défenseurs d’un rôle plus agressif pour la FIAS, sont confrontés à une insurrection armée majeure capable d’assembler des unités de plusieurs centaines de combattants. Fief des Taliban, les régions du sud et de l’est sont peuplées à majorité de pashtounes qui vivent une certaine aliénation face aux institutions mises en place avec l’aide de la communauté internationale.

 

Ainsi, le choix des lieux de déploiements vient conforter les différences d’opinion quant au rôle de la FIAS. Les pays présents dans la moitié nord de l’Afghanistan peuvent reprocher aux pays dans la moitié sud d’avoir générer plus de violences en recourant volontiers à la force. Inversement, les pays actifs au sud se sentent abandonnés par leurs alliés confortablement installés dans les régions plus calmes du nord. Alors que le sommet de Riga devait permettre aux alliés de répondre aux défis posés par l’insurrection au sud, il a plutôt mis à nu les tensions au sein de l’OTAN et prolongé un statut quo intenable pour la FIAS.


Marc André Boivin - Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix

 

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