Alerte précoce

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Depuis les années 90, la préoccupation de la communauté internationale en matière de sécurité face à l’incertitude de ce monde post-guerre froide complexe est devenue de plus en plus croissante. Cela fait suite aux leçons tirées des souffrances endurées par les populations à la suite des conflits violents et meurtriers (Rwanda, Yougoslavie, etc.).

 

Devant la nécessité de faire face aux urgences très onéreuses de la reconstruction post-crise, la prévention des conflits occupe de plus en plus la place dans les analyses des stratégies de sécurité contemporaine avec un point de convergence: l’alerte précoce qui ambitionne de passer d’une stratégie de réaction à une stratégie de prévention dans la perspective d’une anticipation suffisamment précoce ou dont l’opérationnalité serait efficiente. L’alerte précoce est « la collecte systématique et l’analyse d’information sur des régions en crise et dont la vocation est a) d’anticiper le processus d’escalade dans l’intensité du conflit, b) développer des réponses stratégiques à ces crises, c) de présenter des actions aux acteurs concernés afin de faciliter la prise de décision » Tous ces procédés d’anticipation sont regroupés sous le vocable de « système d’alerte précoce ». L’alerte précoce sur les risques ou les situations identifiées n’apparait donc que comme une étape du processus.

Depuis les années 90, la préoccupation de la communauté internationale en matière de sécurité face à l’incertitude de ce monde post-guerre froide complexe s,est accrue. Cela fait suite aux leçons tirées des souffrances endurées par les populations à la suite des conflits violents et meurtriers (Rwanda, Yougoslavie, etc.). Devant la nécessité de faire face aux urgences très onéreuses de la reconstruction post-crise, la prévention des conflits occupe de plus en plus de place dans les analyses des stratégies de sécurité contemporaine avec un point de convergence : l’alerte précoce qui ambitionne de passer d’une stratégie de réaction à une stratégie de prévention dans la perspective d’une anticipation suffisamment précoce ou dont l’opérationnalité serait efficiente.

 

L’alerte précoce est « la collecte systématique et l’analyse d’information sur des régions en crise et dont la vocation est a) d’anticiper le processus d’escalade dans l’intensité du conflit, b) développer des réponses stratégiques à ces crises, c) de présenter des actions aux acteurs concernés afin de faciliter la prise de décision » (1)

 

Tous ces procédés d’anticipation sont regroupés sous le vocable de « système d’alerte précoce ». L’alerte précoce sur les risques ou les situations identifiées n’apparait donc que comme une étape du processus.

Evolution du concept d’alerte précoce

Le système d’alerte précoce n’est pas un mécanisme nouveau. C’est l’aboutissement d’une évolution des risques encourus sur près d’un siècle. En vigueur depuis 1950, ce système s’est développé dans le contexte de la guerre froide et a connu deux tendances. Au départ utilisé dans l’intelligence militaire et stratégique durant la guerre froide, l’alerte a été introduite plus tard dans le domaine civil et principalement en milieu alimentaire ou sanitaire en 1980 avec l’apparition des indicateurs d’alerte à la sécurité alimentaire par les agences nationales ou internationales pour la prévention des famines ou des catastrophes naturelles. Dans les années 1990, ce système a généré un intérêt renouvelé et affiché par la communauté internationale. Cette préoccupation a été formulée dans les recommandations du rapport 2001 du Conseil de Sécurité relatif à la Prévention des conflits armés : « la prévention doit être initié au premier stade possible d’un cycle de conflit afin d’être plus effective ». Au point qu’il a été recommandé la généralisation et l’extension de l’application de cette stratégie au niveau des conflits internationaux mais également des conflits intra étatiques et de leur prévention dans la mesure où il permet d’améliorer les capacités d’action préventives des acteurs tant nationaux qu’internationaux.

 

Ce processus est mis en œuvre suivant des phases continues et contigües de violences auxquelles sont associées diverses actions et divers acteurs dans la perspective d’une désescalade ou stabilisation et qui coïncide avec le retour à la paix durable.

Phases et stratégies d’alerte précoce

En phase non violente, interviennent les acteurs du développement qui mènent une action à long terme à travers des programmes d’aide au développement et de coopération, et dont les actions visent à réduire au mieux les effets néfastes ou accélérateurs sur les possibilités du conflit. Dans cette approche dite do no harm, les actions diplomatiques et militaires traditionnelles sont entreprises à travers l’observation, la collecte d’information et l’analyse.

 

Les principes de l’alerte précoce sont applicables également en cas d’éclatement d’un conflit violent. Ici commencent les actions dites de diplomatie préventive, recouvrant toute une gamme de méthodes et cherchant à résoudre les disputes, prévenir le déclenchement de la guerre ou obtenir des accords de paix, une fois la guerre enclenchée. L’objectif est de maîtriser et surveiller l’escalade ou la désescalade de la tension. Une fois les accords signés, s’amorcent les phases de désescalade ou stabilisation.

 

Une pluralité d’acteurs participent au processus d’alerte précoce : les États et Organisations Gouvernementales Internationales (OGI) et les Organisations Non Gouvernementales (ONG), ces dernières représentant la Société civile qui joue un rôle primordial (cf., Rapport 2004 du conseil de sécurité relatif au Rôle de la société civile dans la prévention des conflits armés), bien que parfois controversé pour certains types d’action. Les entreprises commerciales et industrielles privées sont de plus en plus sensibilisées.

Les dispositifs actuels

Plusieurs systèmes d’alerte précoce existent à travers le monde, mais nous présenterons ici seulement ceux de l’ONU, dont la responsabilité principale est le maintien de la paix, et de la CEDEAO en Afrique qui est le système le plus intégré.

 

Au niveau de l’ONU

 

L’ONU dispose de son propre système mais dépend également des systèmes développés par les acteurs externes. Ses trois bureaux d’exécution de l’alerte précoce sont basés au siège : le Cadre Interdépartemental pour la Coordination de l’Alerte Précoce et l’Action Préventive (dont l’Equipe de Cadres de l’ONU, créée en 1995, coordonne les actions de 23 organes de l’ONU), le Comité Exécutif sur la Paix et la Sécurité (CEPS) créé en 1997 et le Comité Politique du Secrétaire Général créé en 2005. Les rapports d’alerte précoce inter agences, basés sur des questionnaires, sont préparés par l’Unité d’alerte Précoce (UAP) au Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires (BCHA) pour l’Equipe de Cadres et envoyés aux bureaux nationaux et aux missions de terrain. L’UAP produit des analyses d’alerte précoce sur les crises émergentes à propos des pays dans lesquels le BCHA n’est pas présent, alors que les pays ayant une présence de terrain du BCHA sont couverts par la Division de coordination et de réponse. L’UAP, un des principaux contributeurs du Rapport d’Alerte Précoce, attribue des niveaux de risque aux nouvelles crises potentielles et suit les classements des pays ayant des crises existantes. Produits d’un compromis inter agence, les rapports et le classement sommaire des pays, mentionnant les niveaux d’alerte, sont plutôt publiés à des fins internes.

 

Cependant, malgré ses efforts, il est difficile à l’ONU de rendre public des rapports d’alerte précoce, même lorsqu’ils sont de qualité. En conséquence, la solution partielle consiste à permettre que le BCHA de l’ONU canalise l’alerte à travers le site Web de secours, où elle peut rendre publics les renseignements sur les pays en danger que l’ONU ne peut disséminer en son nom. De plus, il existe des réticences au partage des renseignements inter agences, ainsi qu’une méfiance des décideurs politiques de l’analyse de données quantitatives. Plusieurs Etats-membres craignent également de voir leur souveraineté compromise par ce système de renseignements. A celà s’ajoutent les lourdeurs bureaucratiques et hiérarchiques mal assorties à la réponse rapide en dehors des circonstances d’une opération d’urgence. Par ailleurs, le peu de motivation au sein de l’ONU dans la prise de décision officielle qu’exige la réponse rapide représente un obstacle de taille. En outre, en voulant développer une approche intégrée associant des acteurs de développement, humanitaires et politiques à la prévention des conflits, le CEPS réduit la capacité à la réponse rapide ou souvent limite la réaction à l’action la moins risquée dans la mesure où cela rencontre l’adhésion de nombreux Etats. En conséquence, les outils de réponse rapide disponibles au BCHA sont mieux adaptés aux désastres naturels qu’aux conflits armés (2).

 

Au niveau de la CEDEAO

 

Le système d’alerte de la CEDEAO a été établi conformément à l’article 58 du Traité révisé du 24 juillet 1993 et au Protocole relatif au Mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité de 1999. Il repose sur trois principales institutions : la Conférence qui travaille en collaboration avec le Conseil de Médiation et de Sécurité, le Secrétariat exécutif et le Secrétariat exécutif adjoint. Le Centre d’Observation et de Suivi couvre un territoire découpé en zones et comprend une cellule d’observation ou d’alerte rapide. Créé conformément à l’article 58 du traité révisé, et prévu par l’article 23 du Protocole, le Centre d’Observation et de Suivi travaille avec quatre zones d’observation créées à cet effet. Il a pour fonction d’analyser les facteurs pouvant affecter la paix et la sécurité en Afrique de l’ouest, en fournissant des informations journalières. La zone 1 (dont le centre stratégique est Banjul) inclut le Cap-Vert, la Gambie, la Guinée Bissau et le Sénégal ; la zone 2 (dont le centre stratégique est Ouagadougou) couvre le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali et le Niger ; la zone 3 (dont le centre stratégique est Monrovia) englobe le Ghana, la Guinée, le Libéria et la Sierra Léone et la zone 4 (dont le centre stratégique est Cotonou) comprend le Bénin, le Nigéria et le Togo (3).

 

Chaque zone, placée sous l’autorité du secrétaire exécutif, collecte toutes les informations utiles concernant la sous-région en matière de paix et de sécurité à partir des points focaux, et ce de façon quotidienne à travers les contacts des autorités gouvernementales, les communautés locales, des médias publics et d’autres agences d’informations des zones. Les données ainsi collectées sont rassemblées, traitées dans chaque Etat au jour le jour sur la base de 94 indicateurs susceptibles d’affecter la paix et la sécurité de la zone et de la sous-région ; un rapport est élaboré puis communiqué au Centre d’observation et de suivi qui les enregistre, les analyse, traite tous les signes de dégradation, qu’ils soient inter ou infra-étatiques. Pour ce faire, chaque bureau de zone est directement relié par des moyens appropriés au Centre de suivi et a des liens de coopération avec le BCHA. Ce dernier doit mettre en œuvre, sur la base d’une responsabilité partagée, une réponse humanitaire commune, avec la participation de tous les acteurs et partenaires de l’action humanitaire.

 

Un renforcement des relations fonctionnelles entre la CEDEAO et les organisations de la société civile a été mis en oeuvre afin de rendre ce système plus opérationnel. Ce renforcement a été effectué grâce à la mise en place d’un bureau de liaison qui assure l’interface sur des questions d’intérêt commun avec le WANEP (membre du réseau FEWER) et partenaire de la CEDEAO dans l’opérationnalisation de l’alerte précoce en Afrique de l’ouest. Il a également été décidé d’institutionnaliser et d’appuyer le FOSCAO (Forum de la société civile d’Afrique de l’ouest) devenu pour ainsi dire le point focal de la société civile au sein du Secrétariat exécutif et dont la tâche est d’harmoniser et de coordonner toute initiative de la société civile.

 

Malgré certains résultats satisfaisants, le système d’alerte des conflits en Afrique de l’Ouest est confronté à de nombreux défis. Ainsi, les problèmes de logistique handicapent lourdement le système d’alerte, tout comme le manque de moyens et la peur de l’échec dans la prise de décisions. Ces obstacles génèrent des dysfonctionnements du système d’alerte précoce qui ne peut prévenir efficacement les nombreuses crises politiques qui secouent plusieurs pays de la sous-région et qui aboutissent souvent à des conflits armés à l’intérieur des pays.

 

Didier Jean-Luc SEMIEN

CERAP/IDDH

 

16 mars 2009

 

Notes bibliographiques


(1) Alex SCHMID, Thesaurus and glossary of early Warning and conflict prevention Terms (Abridged version), P IOOM- synthesis Foundation, Sanam B. Anderlini for FEWER (Erasmus University), may 1998. Cette définition fait consensus aux Nations Unies.

(2) Anna Matveeva, Alerte précoce (AP) et réaction rapide(RR), dilemme conceptuels et empiriques, FEWER, document de question 1, septembre 2006

(3) Jakkie Cilliers, “Towards a continental early warning System for Africa’’ in Institute for Security studies(ISS) paper, n° 102, April 2005, p.11

 

Bibliographie sommaire


MATVEEVA, Anna, Alerte précoce (AP) et réaction rapide(RR), dilemme conceptuels et empiriques, FEWER, document de question, septembre 2006, pdf

LAVOIX, Helene, "Construire un système d’alerte précoce des crises", été 2006, IFRI, Département des études de sécurité, pdf.

CILLIERS, Jakkie, "Towards a continental early warning system for Africa", in Institute for security studies (ISS) Paper, n°102, April 2005, pp.10-12

GAYA BEST, Shedrack (dir), Introduction to peace and conflict studies in West Africa, University for peace, Ibadan, Spectrum Book Limited, 2005, 476 p.

Centre de Recherche sur la Paix, "Mécanismes des systèmes d’alerte : contribution à une comparaison internationale" (réunion du 5-7 avril 2004), Institut Catholique de Paris, Avril 2004, pdf

Conseil de sécurité, Rapport 2004 relatif au rôle de la société civile dans la prévention des conflits armés, SC/8128 du 22 juin 2004.

Secrétaire général, Rapport 2001 relatif à la prévention des conflits armés, S/2001/574 du 7 juin 2001.

SCHMID, Alex, Thesaurus and glossary of early Warning and conflict prevention Terms (Abridged version), P IOOM- synthesis Foundation, Sanam B. Anderlini for FEWER (Erasmus University), may 1998,