Fiche d'information de l'État : Inde Inde

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Inde

La République d’Inde est un pays d’Asie du Sud. Elle est membre de l’ONU depuis 1945.


L’Inde est le deuxième contributeur de troupes de l’ONU (derrière l’Ethiopie), avec 7700 hommes sur le terrain en juillet 2016. Elle est capable de déployer un nombre important d’hommes de manière prolongée et dans les conditions les plus extrêmes. En outre, le pays reconnaît que l’imposition de la paix et l’usage de la force peuvent être nécessaires. Toutefois, l’attitude de l’Inde nourrit le paradoxe dans la mesure où elle refuse de reconnaître la mission d’observation des Nations Unies pour l’Inde et le Pakistan (UNMOGIP), considérant que la question du Cachemire relève de ses affaires intérieures.

 

LE CADRE CONSTITUTIONNEL ET POLITIQUE DE SA PARTICIPATION

 

L’article 51 de la Constitution indienne stipule que l’Etat entreprend de promouvoir la paix et la sécurité internationales. L’article 53(2) de la Constitution indienne investit le Président de la fonction de Commandant suprême des forces de défense. Le Cabinet, dirigé par le Premier ministre, est responsable de la défense nationale, fonction déléguée au Ministre de la Défense qui définit le cadre politique et fournit les ressources nécessaires aux forces armées. Ce même ministre retransmet les directives du Gouvernement aux quartiers généraux de chacun des trois services des forces armées – Armée, Marine et Forces aériennes– placés sous les ordres de leur propre commandant en chef, le Chef du personnel de l’Armée, le Chef du personnel naval et le Chef du personnel aérien.

 

 

Le rôle de l’armée est de contrecarrer la guerre et d’assurer la protection de la nation contre les menaces internes à la sécurité nationale. Mais l’armée a un rôle subsidiaire qui est de contribuer à promouvoir la paix et la sécurité mondiale à travers le maintien de la paix internationale. La Section 16 de la Doctrine militaire indienne est consacrée aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et réitère le devoir de l’Inde, en tant que « démocratie mature et stable », de « continuer à contribuer aux efforts de maintien de la paix de l’ONU ».

 

 

L’Inde met en avant certains principes importants pour le maintien de la paix dans la doctrine de l’armée : consentement des parties, soutien international, unité du commandement et du contrôle, impartialité, respect mutuel, légitimité, crédibilité et coordination. La doctrine de l’armée indienne reconnaît qu’une opération déployée sous le chapitre VII de la Charte des Nations Unies ne nécessite pas le consentement de toutes les parties. Elle ne conteste pas la nécessité d’employer la force dans certaines situations mais elle préfère ne pas envoyer ses troupes avec un tel mandat, surtout depuis son expérience au sein de la MINUSIL, que nous évoquerons plus loin.

 

UN ENGAGEMENT PRESQUE SANS LIMITE AUX CÔTÉS DE L’ONU

 

L’Inde a contribué aux missions de paix de l’ONU avant même la première opération de maintien de la paix. Elle a envoyé des représentants dans le cadre du Comité spécial de l’ONU sur la Palestine, une mission d’information dépêchée en 1947 pour préparer le retrait du Royaume-Uni. Elle a contribué à la première FUNU en 1956 et depuis la fin de la Guerre Froide, elle a participé à plus de la moitié des missions de l’ONU. Elle a développé une politique « proactive » de participation aux opérations de paix, souhaitant aller « là où va le drapeau de l’ONU » et considérant que l’impartialité et donc la crédibilité des opérations sont garanties lorsque les troupes qui la composent viennent de loin.

 

 

L’Inde insiste sur sa capacité à déployer un nombre important de troupes, dans plusieurs opérations simultanées et sur de très longues périodes et sur la fiabilité des contingents qu’elle envoie, bien formés et préparés à réagir aux changements de situation et à évoluer sur des terrains dangereux. Elle met notamment l’accent sur le fait qu’elle a maintenu ses troupes en Somalie jusqu’à la fin de l’opération UNOSOM II, entre 1993-1995, alors que de nombreux pays retiraient leurs troupes d’une situation très dangereuse.

 

 

Elle émet néanmoins certaines réserves quant à l’UNITAF, en 1992-1993 en Somalie, qui ne respecte pas, selon elle, le principe du consentement de l’Etat hôte. Elle a aussi pour principe d’envoyer ses troupes à l’étranger dans le cadre de missions des Nations Unies et ne souscrit pas au concept de « nation pilote » appliqué pour l’UNITAF. Toutefois, comme nous l’avons vu, elle a envoyé des hommes en Somalie, mais dans le cadre de l’UNOSOM II, reconnaissant qu’en l’absence de gouvernement fonctionnant effectivement en Somalie, il n’était pas possible de chercher à obtenir le consentement de l’Etat. Elle s’est basée pour cela sur les conclusions d’une mission conjointe de ses propres ministères des Affaires étrangères et de la Défense dépêchée préalablement en Somalie.

 

 

L’Inde n’a pas contribué à l’envoi de troupes auprès de l’UNPROFOR, en ex-Yougoslavie, pour les mêmes raisons qu’elle n’a pas participé à l’UNITAF. Toutefois, elle a envoyé un officier haut gradé, le lieutenant général Satish Nambiar, pour prendre la tête de la mission comme commandant de la force. Dehli a en revanche catégoriquement refusé de contribuer à la MINUTO, au Timor oriental, faisant la relation entre la situation des Timorais et celle des Cachemiris.

LA SITUATION AU CACHEMIRE AU CŒUR DE LA POLITIQUE DE MAINTIEN DE LA PAIX INDIENNE

 

Le différend de l’Inde avec le Pakistan concernant la région du Cachemire a beaucoup d’influence sur sa participation aux opérations de paix. Elle espère en effet qu’en étant un partenaire incontournable de l’ONU pour la conduite des opérations de maintien de paix, elle dissuadera les membres de la communauté internationale de toute tentative d’intervention sur la question du Cachemire. L’Inde considère qu’il s’agit d’une situation qui relève de ses affaires intérieures et que toute intervention extérieure constitue de l’ingérence. Elle s’oppose à toute intervention de l’ONU au Cachemire, même à une simple mission d’observation comme l’UNMOGIP, le Groupe d’observateurs militaires des Nations Unies entre l’Inde et le Pakistan. Cela paraît paradoxal étant donné qu’elle est l’un des principaux contributeurs de troupes de l’ONU. Mais finalement, sa politique de participation aux opérations de paix reste logique dans la mesure où elle refuse de contribuer à la MANUTO au Timor oriental, fustigeant une opération qui sert la cause du séparatisme ethnique, alors qu’elle-même doit faire face à la situation périlleuse au Cachemire mais aussi aux revendications séparatistes du Pendjab et de l’Assam.

 

 

En outre, face à l’Inde qui souhaite résoudre la question du Cachemire sur une base bilatérale, le Pakistan veut internationaliser le conflit. Sa stratégie reflète celle de l’Inde dans la mesure où il a également développé une politique de participation proactive au maintien de la paix afin de faire entendre sa cause dans l’arène internationale. Le Pakistan est, en décembre 2007, le premier contributeur de troupes de l’ONU. Il participe beaucoup à la MINUT et souhaiterait que l’on accorde les mêmes droits aux Cachemiris qu’aux Timorais, c'est-à-dire une consultation de la population du Cachemire sur le statut du territoire sous surveillance de l’ONU.

 

 

En 2011, l’Inde et la Pakistan s’engagent dans un nouveau processus de paix (lequel avait été suspendu depuis les attentats de Bombay en 2008). Néanmoins, après l’élection en Inde du nationaliste hindou Narendra Modi, les relations entre les deux pays se dégradent, effritant le dialogue bilatéral entamé.

 

 

Finalement, cette concurrence entre le Pakistan et l’Inde pour la contribution aux opérations de paix a pour résultat de maintenir le statu quo, ce qui va dans le sens de l’Inde. Le 30 septembre 2015 le Premier Ministre pakistanais Nawaz Sharif a proposé une démilitarisation du Cachemire, auquel l’Inde a répondu via le porte-parole de son Ministère des Affaires étrangères que « la solution n’est pas de démilitariser le Cachemire, mais d’éradiquer le terrorisme au Pakistan. » Malgré cette passe d’arme, trois mois après, les deux Etats décident de reprendre des négociations de paix (4 ans après la dernière tentative de dialogue), laissant espérer un éventuel dégel.

 

LA RECHERCHE D’UNE RECONNAISSANCE INTERNATIONALE

 

La participation active de l’Inde aux opérations de paix de l’ONU n’a pas seulement pour but de dissuader la communauté internationale d’une intervention au Cachemire. Elle souhaite aussi par ce biais dégager l’image d’une grande puissance responsable, avoir plus d’influence dans la prise de décision au niveau international et justifier ses revendications d’un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies.

 

 

En s’engageant aussi fortement pour le maintien de la paix internationale, l’Inde montre qu’elle est capable de prendre des responsabilités. Sa présence importante dans de nombreuses missions de l’ONU sert à renforcer son influence dans les régions où ses troupes sont déployées. L’Inde veut être considérée comme une puissance mondiale et estime que la puissance économique ne doit pas être le seul critère pour exercer une influence politique sur la scène internationale.

 

 

Elle souhaite ainsi renforcer sa présence et son influence au sein de l’ONU. Les quotas de personnel ne devraient pas, à ses yeux, être basés sur les contributions financières et logistiques des Etats, mais aussi sur la contribution en troupes pour les opérations de paix. De même, étant donné le nombre important d’hommes qu’elle déploie sur le terrain dans les opérations de l’ONU, elle estime qu’elle devrait, logiquement, être mieux représentée au Département des opérations de maintien de la paix à l’ONU et notamment dans les postes d’encadrement. Elle souhaite également que le Conseil de sécurité consulte les contributeurs de troupes avant de décider de déployer une mission et leur permette de participer aux activités de planification.

 

 

Enfin, la contribution importante de l’Inde aux opérations de l’ONU sert à appuyer sa candidature à un siège permanent au Conseil de sécurité. Cet engagement pour la paix et la sécurité internationale est un critère important pour voir sa candidature considérée comme légitime. On notera en effet que l’Allemagne et le Japon, également candidats à un siège permanent, ont modifié leurs textes de loi pour participer aux opérations de maintien de la paix. Toutefois, l’Allemagne est au 43e rang des contributeurs avec ses 429 hommes sous le drapeau de l’ONU, et le Japon reste au 54e rang avec 272 hommes. L’Inde les dépasse largement avec ses 7700 hommes déployés sur 13 opérations. En 2010, Barack Obama a ainsi offert son appui à l’Inde, déclarant qu’il se réjouissait d’un Conseil de Sécurité « réformé incluant l’Inde comme membre permanent. »

 

 

DES EXPÉRIENCES DIFFICILES AU SRI LANKA ET EN SIERRA LEONE

 

L’Inde a déployé une opération de maintien de la paix unilatérale au Sri Lanka entre 1987 et 1990, avec pour mandat de garantir la cessation des hostilités entre les Tigres tamouls et les forces gouvernementales. La Force indienne de maintien de la paix (IPKF pour Indian Peacekeeping Force) avait pour objectif de gérer un conflit ethnique et contenir les agressions et la violence des tigres tamouls qui se battent pour un Etat séparé dans le nord.

 

 

La position de l’Inde par rapport au conflit sri-lankais a toujours été délicate. D’une part elle dit soutenir moralement les tamouls, qui constituent une minorité importante dans le sud de l’Inde, mais d’autre part, elle craint que cette même minorité nourrisse des prétentions sécessionnistes. Elle considère comme son devoir de puissance régionale d’intervenir pour stabiliser une région avec laquelle elle a des liens historiques forts et qui suscite son intérêt économique. Mais l’impartialité de la force indienne est très vite mise en doute dans les deux camps. Les Tigres tamouls voient dans cette intervention un obstacle à la sécession alors que pour les forces gouvernementales, elle les empêche de réprimer la violence tamoule. Les forces indiennes sont prises dans des combats avec les Tigres et le sentiment anti-indien alimente une rébellion sanglante dans les provinces cingalaises. Cette intervention, dont l’objet est très éloigné des principes classiques du maintien de la paix, est vouée à l’échec. L’Inde se retire en laissant derrière elle une situation encore plus chaotique.

 

 

Le pays connaît aussi des difficultés en Sierra Leone d’où elle retirera ses troupes prématurément. La MINUSIL a été une mission très difficile pour l’ONU. Les casques bleus ont dû adopter une attitude plus robuste pour faire face aux avancées des rebelles. Environ 200 casques bleus ont été pris en otage par les RUF (Revolutionnary United Front) en 2000, dont une majorité d’indiens. La MINUSIL était alors sous le commandement du Major Général V.K. Jetley qui rencontrait des différends avec les troupes nigérianes et dont les ordres n’étaient pas toujours suivis. Etant donné la gravité de la situation, Kofi Annan a tenté d’apaiser les tensions entre les commandants indien et nigérian, mais le Major - Général Jetley a finalement quitté ses fonctions. Le Gouvernement indien a dû alors faire face aux critiques des membres du parlement indien qui ont vu la situation s’enliser et devenir dangereuse pour leurs hommes. L’opinion publique, qui ne soutenait déjà pas l’intervention indienne au Sri Lanka, s’est demandée ce qui pouvait motiver le déploiement de milliers de soldats en Sierra Leone. Finalement, pour répondre aux critiques, le Premier Ministre, A.B. Vajpayee a décidé de retirer les troupes indiennes de Sierra Leone en septembre 2000.

 

 

Malgré une opinion publique parfois très défavorable, l’Inde est au 2eme rang des contributeurs de troupes de l’ONU avec plus de 7700 hommes déployés sur le terrain. Elle est présente dans treize missions et compte ses plus gros contingents dans la MONUSCO (3669) et l’UNMISS (2342). L’Inde a également créé un Centre des Nations Unies pour le maintien de la paix, entreprise commune du Ministère des Affaires étrangères, de la Défense et du quartier général des armées. Il organise des entraînements et des programmes de familiarisation des forces armées qui seront déployées dans les opérations de paix. Il propose aussi des séminaires et conférences bilatéraux et internationaux sur le maintien de la paix.

 




Catherine Délice
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Doctorante au Centre d’études sur la sécurité internationale et les coopérations européennes (CESICE) de l’Université Pierre Mandès-France (Grenoble II)

Fiche mise à jour le 8 août 2016 par Etienne Morin,

Stagiaire au Centre d'Etudes des Crises et des Conflits Internationaux (CECRI)


Références