Fiche d'information de l'État : Indonésie Indonésie

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Indonésie

La République d’Indonésie est un pays d’Asie du Sud Est. Elle est membre de deux organisations habilitées à conduire des opérations de paix : l’ONU (1950) et l’ASEAN (1967).

L’Indonésie participe activement aux opérations de paix de l’ONU depuis 1957. Elle a participé à une vingtaine d’opérations, entre autres dans le Sinaï, au Congo dans les années 1960, au Cambodge, où elle a envoyé son plus gros contingent, en Bosnie. Mais l’Indonésie ne fait pas partie des contributeurs de troupes les plus importants pour l’ONU. Un peu plus de 1000 hommes sont actuellement déployés dans le cadre des opérations de l’ONU. Le personnel indonésien est actuellement principalement déployé au Liban, dans le cadre de la FINUL et en République démocratique du Congo. L’Indonésie a prévu de déployer 140 policiers civils dans le cadre de l’opération hybride ONU - Union Africaine au Darfour.

 

La Constitution de 1945 dispose dans son Préambule que l’Indonésie contribue « au maintien de l’ordre mondial basé sur la liberté, la paix et la justice sociale ». Elle développe donc une politique nationale de maintien de la paix sur son territoire et dans le monde. Le Président, en tant que Chef suprême des armées, décide de l’envoi de troupes et de policiers.

 

Les forces armées indonésiennes, longtemps très impliquées dans la vie politique du pays, sont en train d’être réformées en profondeur. Ces réformes expliquent la position actuelle de l’Indonésie en faveur du développement de capacités de maintien de la paix asiatiques ainsi que son engagement dans les opérations en cours de l’ONU, notamment au Liban.

Une réforme tant structurelle que conceptuelle des forces armées indonésiennes

Les forces armées et la police indonésiennes traversent une période de réformes cruciales pour le pays. Les transformations en cours portent tant sur l’organisation de l’armée et de la police que sur la doctrine militaire. Les forces armées indonésiennes, appelées TNI (Tentara Nasional Indonesia), regroupent trois composantes : l’armée de terre, la marine et l’armée de l’air. Le Président est le Chef suprême des armées (article 10 de la Constitution). Le Commandant en Chef contrôle les opérations et est directement responsable devant le Président. Le Ministre de la défense n’a aucun rôle dans les opérations militaires. Le gouvernement indonésien concentre beaucoup d’efforts depuis 1999 à la réforme militaire pour passer d’un régime autoritaire et militarisé à un système de sécurité nationale plus démocratique et moins restrictif. La loi sur la défense de l’État de 2002 et la loi sur les TNI de 2004 doivent transformer la force militaire en forces armées professionnelles dans un système politique démocratique. Jusqu’à la fin des années 1990, le rôle des forces armées indonésiennes était double. Il répondait à la doctrine de dwifungsi d’après laquelle l’armée constitue la défense de la nation et est une force sociopolitique dans le développement national. Ainsi, l’armée participe tant à la protection de l’État contre les menaces internes et externes qu’à l’administration civile et au développement économique. Les militaires sont donc fortement impliqués dans la vie politique du pays. Cette doctrine a justifié l’intégration de la police aux forces armées. Les trois composantes des TNI et la police (POLRI) étaient regroupées sous le nom d’ABRI (Angkatan Bersenjata Republik Indonesia), les forces armées indonésiennes. La police était militarisée et soumise aux règles de l’organisation militaire.

 

La réforme en cours entraîne un abandon de cette doctrine de dwifungsi, de double rôle des militaires, au profit d’une acceptation par les militaires de la suprématie civile. La police a été séparée de l’armée par la loi de 1997, mais elle est restée quelques années sous l’autorité du Ministre de la défense, qui était aussi le Commandant en chef des TNI. Depuis 2000, elle est directement sous l’autorité du Président et est dirigée dans ses activités quotidiennes par le Chef national de la police. L’influence politique des militaires a été significativement réduite et leur rôle social a disparu. Ils peuvent tout de même, dans certaines circonstances, porter assistance à la police pour des questions « autres que la guerre ».

 

L’organisation des forces armées répondait également à la doctrine de la « Défense totale de la population » qui correspondait à un double besoin de l’Indonésie : elle ne voulait pas maintenir un appareil militaire lourd, imposant, pour concentrer ses ressources sur le développement économique du pays, mais en même temps, elle devait assurer son indépendance et défendre son statut d’État non-aligné, par conséquent, elle ne pouvait pas dépendre d’autres nations pour sa défense. La doctrine de la « Défense totale de la population » a alors justifié le déploiement de militaires sur tout le territoire, prêts à mobiliser la population en cas de nécessité.

 

Le budget de la défense était donc aussi volontairement limité, ce qui a conduit l’armée à s’engager dans des affaires commerciales, parfois illégales, pour son financement. Elle possède par exemple une compagnie aérienne, des centres commerciaux, des hôtels et des fondations. Elle est très présente dans le domaine des finances ou de l’exploitation des forêts. La collecte de fonds représente entre 65 et 75% du budget de l’armée. Aucun audit n’est possible, elle agit en totale liberté, n’est pas responsable des ses actes. Corruption, abus de pouvoir, criminalité et violation des droits de l’homme sont courants, d’autant plus que les militaires, très mal payés, s’engagent aussi individuellement dans des activités douteuses.

 

La réforme actuelle vise donc à redonner à un gouvernement civil le contrôle sur l’armée. Le Ministre de la Défense, qui a jusqu’à présent toujours été le Commandant des TNI, est aujourd’hui un civil. La loi de 2004 sur les TNI prévoit le transfert à l’État de toutes les activités commerciales de l’armée d’ici 2009.

 

L’Indonésie tente aussi d’augmenter ses capacités militaires, suivant un concept de forces essentielles minimales. Le gouvernement doit essayer de mobiliser un nombre minimal d’hommes au sein de l’armée pour assurer la défense du pays. À partir de 2014, il essaiera d’aller au-delà de ces forces essentielles et de développer une nouvelle architecture de défense pour faire face aux défis actuels. Mais d’ici 2014, l’Indonésie n’aura pas de capacité de projection de force suffisante pour exercer une influence militaire au-delà de son territoire. Sa seule option reste la diplomatie, car elle ne pourra pas faire face à un conflit interétatique. Pour se donner le temps de moderniser ses capacités de défense, l’Indonésie mise sur les structures de sécurité multilatérales actuelles comme la Communauté de sécurité de l’ASEAN qui est en train d’être établie, le Forum régional de l’ASEAN et les mécanismes de sécurité collective de l’ONU. En même temps, l’Indonésie est en quête d’une influence renforcée en Asie et dans le monde et son Président actuel, Susilo Bambang Yudhoyono, veut jouer un rôle de pacificateur (peacemaker), notamment au Moyen-Orient.

La quête d’une influence internationale

L’Indonésie contribue activement aux opérations de maintien de la paix mais n’envoie généralement qu’un nombre limité d’hommes sur le terrain, ce qui fait qu’elle n’est pas considérée comme un gros contributeur pour l’ONU. Son plus gros contingent a été déployé au Cambodge en 1993 où elle a envoyé quatre bataillons et des observateurs soit près de 3500 hommes.

 

Actuellement, elle compte 1075 personnes déployées - 1031 miliaires, 38 observateurs et 6 policiers - dans le cadre de six opérations (FINUL, MINUL, MINUN, MINUS, MONUC, MONUG). Le plus gros de ses troupes est déployé en République démocratique du Congo (175 militaires et 15 observateurs) et au Liban (environ 850 militaires). En août 2007, elle a promis d’envoyer du personnel dans le cadre de la MINUAD. Elle prévoyait d’envoyer 140 policiers en civil au mois de décembre, mais pour des raisons techniques, ce déploiement n’a pas encore eu lieu. L’Indonésie n’a pas de personnel en attente dans le cadre du système des forces en attente des Nations Unies.

 

En marge de sa participation aux opérations de paix de l’ONU, l’Indonésie veut prendre ses responsabilités pour le maintien de la paix en Asie. Elle s’est beaucoup impliquée dans la résolution de la crise au Cambodge avec notamment l’organisation de rencontres informelles à Jakarta (Jakarta Informal Meetings) et en co-présidant la Conférence de Paris de 1993. Elle y a aussi envoyé son plus gros contingent.

 

En tant que pays à la plus forte population musulmane au monde, l’Indonésie veut jouer un rôle dans la résolution du conflit au Moyen-Orient. Sa participation à la FINUL est particulièrement bien accueillie par la population qui souhaite voir son gouvernement s’engager pour la paix au Moyen-Orient. Mais Israël s’est d’abord opposée au déploiement de soldats indonésiens au Liban, reprochant au gouvernement de ne pas reconnaître l’État hébreux et à la population indonésienne d’avoir sympathisé à la cause du Hezbollah durant le conflit en 2006. Les soldats indonésiens ne sont pas mandatés pour désarmer le Hezbollah. Leur rôle se limite au maintien de la paix et au contrôle du cessez-le-feu.

 

Les réformes actuelles de l’armée portent également sur la formation et prennent en compte la nécessité de préparer les soldats au maintien de la paix. L’expérience du maintien de la paix est importante et le Président actuel, Susilo Bambang Yudhoyono, qui a été commandant en chef des observateurs militaires indonésiens en Bosnie entre 1994- 1995, considère que les TNI ont beaucoup à apprendre de l’interaction avec d’autres troupes sur le terrain. Les indonésiens insistent sur la nécessité de bien connaître la situation sur le terrain avant le déploiement d’un contingent, y compris la géographie, la langue, la culture du pays. Avant leur départ au Liban, les soldats indonésiens ont suivi des entraînements et des formations spécifiques sur les mines, les règles d’engagement ou le code de conduite.

 

L’Indonésie tente actuellement de faire pression pour que l’ASEAN, dont elle est un membre fondateur, joue un rôle dans la résolution des conflits en Asie. Elle a proposé la création d’une force de maintien de la paix de l’ASEAN, dans le cadre de la construction de la Communauté de sécurité de l’ASEAN. Cette force, qu’elle souhaitait voir formée d’ici 2012, aurait été chargée de résoudre les conflits internes des États membres de manière globale et pacifique, en cas de crise comme à Aceh ou dans le sud des Philippines. L'Indonésie a relayé cette idée lors de la Quatrième Conférence ONU-ASEAN qui était organisée à Jakarta les 24 et 25 février 2004 et avait pour thème « Prévention des conflits, résolution des conflits et construction de la paix en Asie du Sud Est : la Communauté de sécurité de l’ASEAN et les Nations Unies ». Le représentant des Nations Unies avait proposé son soutien à la constitution de cette force qui aurait dû avoir un système de personnel en attente, coopérer avec les Nations Unies pour bénéficier de leur expertise, notamment en matière de formation du personnel, et coordonner des activités de formation entre les pays de l’ASEAN. Elle aurait aussi été disponible pour des opérations en dehors de la région. Un réseau de centres de maintien de la paix nationaux aurait été mis en place pour l’entraînement et le partage de l’expérience afin de créer un Centre de maintien de la paix de l’ASEAN.

 

La proposition n’a pas été suivie par les autres États membres de l’ASEAN qui considèrent, comme la Thaïlande par exemple, qu’il n’y a pas de conflit international dans la région et qu’une telle force n’est donc pas nécessaire. Ils estiment que la mise en place d’une force de réaction ne correspond pas aux objectifs de l’Association qui n’est pas une organisation de défense et qu’il est trop tôt pour développer un tel cadre de coopération multilatérale.

 

L’engagement de l’Indonésie en faveur du maintien de la paix et ses pressions pour la constitution d’une force asiatique qui interviendrait en cas de conflit interne peuvent paraître paradoxaux étant donné son opposition au déploiement d’une force multinationale au Timor en 1998. En réalité, l’Indonésie redoutait surtout la présence trop forte, dans cette opération sur son territoire, de l’Australie à qui elle reproche sa trop grande influence sur le pays. L’Indonésie est en faveur d’une force de maintien de la paix de l’ASEAN pour permettre aux Asiatiques de gérer eux-mêmes les conflits en Asie. Elle souhaite développer un maintien de la paix par les Asiatiques pour les Asiatiques et une alternative aux interventions américaines, britanniques, australiennes ou autres. Une force de maintien de la paix de l’ASEAN aurait aussi la capacité de réagir plus rapidement en cas de crise dans la région. La Communauté de sécurité de l’ASEAN devrait pouvoir jouer le même rôle en Asie que l’Union africaine en Afrique.


Catherine Délice

Doctorante au Centre d’études sur la sécurité internationale et les coopérations européennes (CESICE) de l’Université Pierre Mendès-France (Grenoble II).

 

26 février 2008