Fiche d'information de l'État : Indonésie Indonésie

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Indonésie

La République d’Indonésie est un pays d’Asie du Sud-Est. Elle est membre de deux organisations habilitées à conduire des opérations de paix : l’ONU (1950) et l’ASEAN (1967). La Constitution de 1945 dispose dans son Préambule que l’Indonésie contribue « au maintien de l’ordre mondial basé sur la liberté, la paix et la justice sociale ». L’Indonésie se caractérise ainsi par une politique active en matière de maintien de la paix, que ce soit à l’échelle internationale, régionale ou nationale.

UNE PARTICIPATION ACTIVE À L'ÉCHELLE INTERNATIONALE VIA L’ONU

 

L’Indonésie participe activement aux opérations de paix de l’ONU depuis 1957. Les contingents indonésiens déployés dans ces opérations sont connus sous le nom de « Garuda Contingents ». Ils ont pris part à 27 missions de maintien de la paix passées de l’ONU dans toutes les régions du globe, notamment au Congo (ONUC), au Cambodge (APRONUC) ou encore en Bosnie (FORPRONU).

 

Ces dernières années, on constate une implication croissante de l’Indonésie dans les missions de maintien de la paix sous drapeau onusien. En visite dans la ville de Bogor en 2012, l’ancien Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon saluait ainsi les efforts consentis par l’Indonésie en faveur de la paix. Entre 1957 et 2012, le pays a envoyé plus de 25 874 contingents dans les différentes missions de maintien de la paix de l’ONU. Sur cette même période, 31 ont perdu la vie dans ces mêmes missions. En août 2013, le Général indonésien Iman Edy Mulyono, ancien commandant du centre de maintien de la paix indonésien, est nommé commandant de la MINURSO. Cette nomination a une valeur symbolique très importante, puisqu'elle est la conséquence d’un engagement important du pays au sein des OP de l’ONU depuis 1957, et affirme parallèlement le rôle prépondérant de l’Indonésie dans le maintien de la paix à l’échelle internationale. Le pays est alors le 16ème plus gros contributeur aux OP des Nations Unies en termes de contingents, avec 1815 soldats déployés au total. Le président de l’époque, Susilo Bambang Yudhoyono (2004-2014), déclare cependant souhaiter déployer jusqu’à 10 000 soldats dans les opérations onusiennes. Ce chiffre n’est pas atteint en 2018, bien que le nombre de contingents déployés ait augmenté de manière significative entre 2013 et 2018.

 

Au 31 mai 2018, l’Indonésie fournit 2700 hommes (officiers d'État-major, experts, policiers et soldats) dans 9 missions de maintien de la paix de l’ONU à travers le monde. Le pays est alors le 9ème plus gros contributeur aux missions de maintien de la paix des Nations Unies en termes de contingents, bien que sa contribution au budget des missions soit faible relativement aux autres pays fournissant un grand nombre de contingents.

 

Contributions de l’Indonésie aux missions de maintien de la paix de l’ONU, par mission et par type de personnel déployé, au 31 mai 2018 :

-Force intérimaire des Nations Unies au Liban : FINUL (1978-...) : 13 officiers d'État-major et 1271 soldats

-Mission conjointe des Nations Unies et de l’Union africaine : MINUAD (2007-...) : 8 officiers d'État-major, 7 experts, 161 policiers et 800 soldats

-Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique : MINUSCA (2014-...) : 8 officiers d'État-major, 6 experts, 200 soldats

-Mission de l’Organisation des Nations Unies en république démocratique du Congo : MONUSCO (2010-...) : 9 experts, 175 soldats

-Mission des Nations unies au Soudan du Sud : MINUSS (2011-...) : 9 policiers

-Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali : MINUSMA (2013-...) : 8 officiers d’Etat-major, 1 expert

-Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara oriental : MINURSO (1991-...) : 5 soldats

-Force intérimaire de sécurité des Nations Unies pour Abiyé : FISNUA (2011-...) : 2 experts

-Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti : MINUJUSTH (2017-...) : 1 policier

 

La contribution de l’Indonésie aux missions de maintien de la paix de l’ONU est protéiforme. Au-delà de l’envoi de tout type de personnel (officiers d'État-major, experts, policiers et soldats), l’Indonésie a par exemple envoyé des navires maritimes au Liban dans le cadre de la FINUL en 2013, ou encore des hélicoptères de type Mi-17 V-5 au Soudan dans le cadre de la MINUSS la même année. Elle effectue également de nombreux exercices militaires en coopération avec d’autres États, tels que l’Australie ou encore les Etats-Unis. En 2011, l’Indonésie inaugure le Peacekeeping Mission Education and Training facility at the Indonesia Peace and Security Center (IPSC) dans l’ouest de Java. Il s’agit du plus grand centre international d’éducation et de formation pour les forces de maintien de la paix des Nations Unies en Asie du Sud-Est. En juin 2013, le centre est amélioré avec l’ajout d’une caserne et d’un centre de formation, le tout étant financé par les Etats-Unis.

 

Comment s’explique cette participation importante aux missions de maintien de la paix de l’ONU ? Au niveau politique, l’Indonésie souhaite s’imposer en tant qu’acteur mondial incontournable. Depuis la tenue des premières élections démocratiques en 1999, l’Indonésie connaît une importante croissance économique - le PIB par habitant a plus que triplé entre 1999 et 2016 - ainsi qu’une relative stabilité sur le plan politique. Le pays est ainsi plus à même de consacrer du temps et des ressources à la sécurité internationale. Sa position en tant qu’Etat non-aligné l’empêche de-facto de se joindre aux efforts des Etats-Unis de manière trop importante. L’ONU est dans ce sens le meilleur moyen pour l’Indonésie de prendre des initiatives en matière de maintien de la paix sur la scène internationale. Par ailleurs, les interventions dans les missions de l’ONU sont un bon moyen pour l’Indonésie de former et de fournir de l’expérience à ses contingents nationaux, ceux-ci devant se professionnaliser davantage.

 

UNE PARTICIPATION ACTIVE À L'ÉCHELLE RÉGIONALE, NOTAMMENT VIA L’ASEAN

 

En Asie

 

En marge de sa participation aux opérations de paix de l’ONU, l’Indonésie veut prendre ses responsabilités pour le maintien de la paix en Asie. Elle s’est tout d’abord beaucoup impliquée dans la résolution du conflit cambodgien (1978-1999), notamment via l’organisation de rencontres informelles à Jakarta – les Jakarta Informal Meetings - et en co-présidant la Conférence de Paris de 1993.

 

Cependant, l'Indonésie s’est principalement investie dans le maintien de la paix à l’échelle régionale au travers de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), une organisation politique, économique et culturelle rassemblant dix Etats d’Asie du Sud-Est. Depuis sa création en 1967, l’action de l’organisation en matière de diplomatie est caractérisée par l”ASEAN Way”, un ensemble de normes diplomatiques définissant les relations interétatiques entre les membres de l’organisation. Ces normes comprennent le principe de non-ingérence dans les affaires internes des autres Etats, la recherche de consensus, une préférence pour le bilatéralisme, ainsi que le caractère ad hoc et non-contraignant de la collaboration entre les membres de l’ASEAN. Cette méthode a permis à l’organisation de limiter les conflits entre ses membres. Cependant, sa capacité à assurer la sécurité régionale est fréquemment remise en question. La coopération passe majoritairement par des accords bilatéraux, du fait du manque de confiance mutuel entre les Etats membres et de leur rejet du multilatéralisme régional.

 

Au début des années 2000, l’Indonésie, membre fondateur de l’ASEAN, soutient une participation active de l’organisation dans la résolution des conflits en Asie. Elle a proposé la création d’une force de maintien de la paix de l’ASEAN, dans le cadre de la construction de la Communauté de sécurité de l’ASEAN. Cette force, qu’elle souhaitait voir formée d’ici 2012, aurait été chargée de résoudre les conflits internes des États membres de manière globale et pacifique, en cas de crise comme à Aceh ou dans le sud des Philippines. L'Indonésie a relayé cette idée lors de la Quatrième Conférence ONU-ASEAN qui était organisée à Jakarta les 24 et 25 février 2004 et avait pour thème « Prévention des conflits, résolution des conflits et construction de la paix en Asie du Sud Est : la Communauté de sécurité de l’ASEAN et les Nations Unies ». Le représentant des Nations Unies avait proposé son soutien à la constitution de cette force qui aurait dû avoir un système de personnel en attente, coopérer avec les Nations Unies pour bénéficier de leur expertise, notamment en matière de formation du personnel, et coordonner des activités de formation entre les pays de l’ASEAN. Elle aurait aussi été disponible pour des opérations en dehors de la région. Un réseau de centres de maintien de la paix nationaux aurait été mis en place pour l’entraînement et le partage de l’expérience afin de créer un Centre de maintien de la paix de l’ASEAN. L’engagement de l’Indonésie en faveur du maintien de la paix et ses pressions pour la constitution d’une force asiatique qui interviendrait en cas de conflit interne peuvent paraître paradoxaux étant donné son opposition au déploiement d’une force multinationale au Timor en 1998. En réalité, l’Indonésie redoutait surtout la présence trop forte, dans cette opération sur son territoire, de l’Australie à qui elle reproche sa trop grande influence sur le pays. L’Indonésie est en faveur d’une force de maintien de la paix de l’ASEAN pour permettre aux Asiatiques de gérer eux-mêmes les conflits en Asie. Elle souhaite développer un maintien de la paix par les Asiatiques pour les Asiatiques et une alternative aux interventions américaines, britanniques, australiennes ou autres. Une force de maintien de la paix de l’ASEAN aurait aussi la capacité de réagir plus rapidement en cas de crise dans la région. La Communauté de sécurité de l’ASEAN devrait pouvoir jouer le même rôle en Asie que l’Union africaine en Afrique. La proposition de création d’une Communauté de sécurité de l’ASEAN n’a finalement pas été suivie par les autres États membres de l’ASEAN qui considèrent, comme la Thaïlande par exemple, qu’il n’y a pas de conflit international dans la région et qu’une telle force n’est donc pas nécessaire. Ils estiment que la mise en place d’une force de réaction ne correspond pas aux objectifs de l’Association qui n’est pas une organisation de défense et qu’il est trop tôt pour développer un tel cadre de coopération multilatérale.

 

La question d’une collaboration régionale en matière de sécurité reste sensible, mais fait un bond en avant majeur avec la création de la Communauté de l’ASEAN le 31 décembre 2015. L’amplification des attaques terroristes ainsi que les nombreuses tensions au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie du Sud soulignent la nécessité d’une coopération des Etats de l’ASEAN afin de maintenir la paix dans la région. C’est dans ce contexte qu’est créée la Communauté de l’ASEAN, pensée comme une plateforme d’intégration économique, sociale, culturelle, politique et sécuritaire. Selon l’Agence Vietnamienne d’information, les intérêts de la communauté peuvent être résumés en trois termes : Peace (paix), Prosperity (Prospérité) et People (Peuple). De nombreuses structures visant au maintien de la paix et à la prévention des conflits sont mises en place, notamment l’ADMM+ - Conférence élargie des ministres de la Défense de l’ASEAN -. En mai 2017, la conférence est présidée par l’Indonésie, en partenariat avec l’Australie. Les questions de la formation régionale, de l’évolution des cadres opérationnels de l’ONU ainsi que des défis logistiques associés sont abordées, tandis que l’importance de l’Indonésie dans les opérations de maintien de la paix est soulignée. Le pays s’impose ainsi comme un leader régional en la matière.

 

Au Moyen-Orient

En tant que pays à la plus forte population musulmane au monde, l’Indonésie veut également jouer un rôle dans la résolution du conflit au Moyen-Orient. Sa participation à la FINUL est particulièrement bien accueillie par la population qui souhaite voir son gouvernement s’engager pour la paix au Moyen-Orient. Mais Israël s’est d’abord opposée au déploiement de soldats indonésiens au Liban, reprochant au gouvernement de ne pas reconnaître l’État hébreux, et à la population indonésienne d’avoir sympathisé à la cause du Hezbollah durant le conflit en 2006. Les soldats indonésiens ne sont pas mandatés pour désarmer le Hezbollah. Leur rôle se limite au maintien de la paix et au contrôle du cessez-le-feu.

 

UNE PARTICIPATION ACTIVE À L'ÉCHELLE NATIONALE VIA UNE RÉFORME TANT STRUCTURELLE QUE CONCEPTUELLE DES FORCES ARMÉES INDONÉSIENNES

 

Les forces armées indonésiennes de 1945 à 1998

 

Les forces armées indonésiennes, appelées Tentara Nasional Indonesia (TNI), regroupent trois composantes : l’armée de terre, la marine et l’armée de l’air. Jusqu’à la fin des années 1990, le rôle des forces armées indonésiennes était double. Il répondait à la doctrine de Dwifungsi, d’après laquelle l’armée constitue la défense de la nation, et est une force socio-politique dans le développement national. Ainsi, l’armée participe tant à la protection de l’État contre les menaces internes et externes qu’à l’administration civile et au développement économique. Les militaires sont donc fortement impliqués dans la vie politique du pays. Cette doctrine a justifié l’intégration de la police aux forces armées. Les trois composantes des TNI et la police (POLRI) étaient regroupées sous le nom d’ABRI (Angkatan Bersenjata Republik Indonesia), les forces armées indonésiennes. La police était militarisée et soumise aux règles de l’organisation militaire.

 

L’organisation des forces armées répondait également à la doctrine de la « Défense totale de la population » qui correspondait à un double besoin de l’Indonésie : elle ne voulait pas maintenir un appareil militaire lourd, pour concentrer ses ressources sur le développement économique du pays. En même temps, elle devait assurer son indépendance et défendre son statut d’État non-aligné. Par conséquent, elle ne pouvait pas dépendre d’autres nations pour sa défense. La doctrine de la « Défense totale de la population » a alors justifié le déploiement de militaires sur tout le territoire, prêts à mobiliser la population en cas de nécessité.

 

Le budget de la défense était volontairement limité, ce qui a conduit l’armée à s’engager dans des affaires commerciales, parfois illégales, pour son financement. Elle possède par exemple une compagnie aérienne, des centres commerciaux, des hôtels et des fondations. Elle est très présente dans le domaine des finances ou de l’exploitation des forêts. La collecte de fonds représente entre 65 et 75% du budget de l’armée. Aucun audit n’est possible, elle agit en totale liberté et n’est pas responsable de ses actes. Corruption, abus de pouvoir, criminalité et violation des droits de l’homme sont courants, d’autant plus que les militaires, très mal payés, s’engagent aussi individuellement dans des activités douteuses.

 

Réformes cruciales des forces armées indonésiennes à partir de la chute de Suharto en 1998

En 1998, la chute du président Suharto mène à une période de réformes cruciale des forces armées indonésiennes. L’armée, qui apparaissait alors comme être la gardienne de l’unité du pays, est désavouée par l’écroulement de l’économie. Le pays est au bord de l’implosion, et une transition politique majeure vers la démocratie s’impose. C’est le début de l’air des “Reformasi” (réformes). Il s’agit pour le gouvernement indonésien de passer d’un régime autoritaire et militarisé à un système de sécurité nationale plus démocratique et moins restrictif.  Les transformations portent tant sur l’organisation de l’armée et de la police que sur la doctrine militaire.

 

La réforme entraîne tout d’abord un abandon de la doctrine de Dwifungsi et du double rôle des militaires, au profit d’une acceptation par les militaires de la suprématie civile. La police a été séparée de l’armée par la loi de 1997, mais elle est restée quelques années sous l’autorité du Ministre de la défense, qui était aussi le Commandant en chef des TNI. Depuis 2000, elle est directement sous l’autorité du Président et est dirigée dans ses activités quotidiennes par le Chef national de la police. L’influence politique des militaires a été significativement réduite - les TNI ont notamment un devoir de neutralité lors des élections - et leur rôle social a disparu. Ils peuvent tout de même, dans certaines circonstances, porter assistance à la police pour des questions « autres que la guerre ».

 

La Constitution indonésienne a également été modifiée via de nombreux amendements depuis 1998. Actuellement, le Président est le Chef suprême des armées et décide de l’envoi de troupes et de policiers (article 10 de la Constitution). Le Commandant en Chef contrôle les opérations et est directement responsable devant le Président. Le Ministre de la défense, qui a jusqu’à présent toujours été le Commandant des TNI, n’a aucun rôle dans les opérations militaires et doit être un civil.  La loi sur la défense de l’État de 2002 et la loi sur les TNI de 2004 doivent transformer la force militaire en forces armées professionnelles dans un système politique démocratique.

 

Les réformes de l’armée portent également sur la formation, et prennent en compte la nécessité de préparer les soldats au maintien de la paix. L’expérience du maintien de la paix est importante, et l’ancien président Susilo Bambang Yudhoyono (2004-2014), qui a été commandant en chef des observateurs militaires indonésiens en Bosnie entre 1994- 1995, considère que les TNI ont beaucoup à apprendre de l’interaction avec d’autres troupes sur le terrain. Les indonésiens insistent sur la nécessité de bien connaître la situation sur le terrain avant le déploiement d’un contingent, y compris la géographie, la langue, la culture du pays. Avant leur départ au Liban, les soldats indonésiens ont suivi des entraînements et des formations spécifiques sur les mines, les règles d’engagement ou le code de conduite.

 

En 2014, soit 16 années après la chute de Suharto, de nombreuses réformes restent inachevées. Le président nouvellement élu, Joko Widodo (2014-...), doit entre autres faire face à la corruption encore très importante au sein du pays, à une lourde bureaucratie et à un manque d'infrastructures. De plus, les gouvernements précédents n’ont eu qu’un faible contrôle sur les forces armées, qui ont essentiellement pilotées les réformes les concernant de manière autonome. Bien que se voulant réformiste, Widodo a lui aussi octroyé un rôle important aux forces militaires indonésiennes, puisque les deux postes clés relatifs à la sécurité nationale ont été attribués à d’anciens militaires. Le Général Ryamizard Ryacudu, ancien Chef d’Etat-major de l’armée de terre, est ainsi nommé ministre de la Défense, bien que celui-ci doit théoriquement être un civil depuis la vague de réformes. C’est en effet la première fois depuis 15 ans que ce poste est accordé à un militaire, illustrant l’influence à nouveau majeur du pouvoir militaire sur le civil. Par ailleurs, Jokowi s’engage à renforcer le budget de l’armée pour renforcer la marine, l’objectif étant d’imposer l’Indonésie comme une puissance navale à part entière dans la région. C’est dans cette optique que le parlement indonésien augmente le budget de l’armée de 8,25 milliards de dollars en 2016, soit une augmentation de 10% par rapport au budget de l’armée initialement adopté. D’après le ministre indonésien de la Défense, cette augmentation permettra la modernisation d’une base aérienne militaire ainsi que la construction d’un nouveau port militaire sur l’archipel des îles Natuna, le port devant accueillir plus d’avions de combat et de navires de guerre. Ces mesures suggèrent une approche plus agressive de l’Indonésie quant à la protection de sa souveraineté nationale.

 

Afin de ne pas bouleverser l’équilibre des forces fragile entre les différents États d’Asie du Sud-Est, l’Indonésie veut être proactive sur la scène internationale, pour bénéficier du soutien des puissances lui étant associées. Le pays mise ainsi sur les structures de sécurité multilatérales actuelles, comme la Communauté de l’ASEAN et les mécanismes de sécurité collective de l’ONU. Elle entend jouer un rôle de pacificateur (peacemaker) et prend part à de nombreux engagements multilatéraux avec des puissances régionales et mondiales telles que les Etats-Unis, la France ou la Chine. Ces actions s’inscrivent dans le cadre d’une politique dite d’”un millier d’amis, zéro ennemi”. L’Indonésie a en effet la volonté de s’affirmer comme un leader parmi les pays d’Asie du Sud-Est, mais également comme une grande puissance sur la scène internationale.

 

Catherine Délice

Doctorante au Centre d’études sur la sécurité internationale et les coopérations européennes (CESICE) de l’Université Pierre Mendès-France (Grenoble II).

 

Fiche mise à jour le 1er août 2018 par Julie Wagner,
Stagiaire au Centre d'Etude des Crises et des Conflits Internationaux