Historique de l'opération MINUK

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MINUK       Kosovo Serbie

Mission d'administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo

 

L’échec des négociations de Rambouillet sur le conflit opposant les Albanais du Kosovo et les autorités de Belgrade mène, en mars 1999, à une intervention militaire de l’OTAN en Serbie et au Monténégro. Le 9 juin 1999, l’OTAN et le gouvernement yougoslave signent un accord militaro-technique signalant le début du retrait des troupes serbes de la province du Kosovo. L’ONU intervient et crée la MINUK le 10 juin 1999 (résolution 1244) en tant qu’administration intérimaire du Kosovo. Ses premiers membres sont déployés deux jours plus tard avec des troupes de l’OTAN faisant partie de la KFOR.



HISTORIQUE ET REMISE EN CONTEXTE

 

Le Kosovo, situé au sud de la Serbie et peuplé majoritairement de Kosovars albanais, jouit d’une relative autonomie pendant le règne de Tito (1945-1980). La fin de celui-ci libère cependant les tensions indépendantistes qui ont conduit à la désintégration violente de la Yougoslavie (qui comprenait alors la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, le Monténégro et la Macédoine). La résolution de ces conflits en 1995 laisse néanmoins de côté le cas du Kosovo, province autonome rattachée à la République serbe. Les manifestations de la majorité albanaise du Kosovo revendiquant davantage d’autonomie rencontrent l’intransigeance du président nationaliste serbe Slobodan Milosevic. Un conflit ouvert éclate finalement en 1998 entre l’armée serbe à l’Armée de Libération du Kosovo (Ushtria Çlirimtare e Kosovës ou UÇK en albanais), une milice indépendantiste kosovare. Ces violences entraînent la mort de 1500 Albanais Kosovars et le déplacement de 30 0000 personnes.

 

Face au risque d’escalade et de régionalisation du conflit, la communauté internationale, qui a gardé en mémoire les récentes hostilités dans la région, décide de se saisir du dossier. Elle pose, dès le départ, le principe du respect de l’intégrité territoriale de la République fédérale de Yougoslavie et affiche une certaine neutralité en condamnant les actes de violence des deux côtés. Le conflit est géré diplomatiquement par le Groupe de contact (France, Allemagne, Italie, Russie, Royaume-Uni, Irlande du Nord, États-Unis) et par l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), tandis que l’Organisation du Traité d’Atlantique Nord (OTAN) en assure la gestion militaire. Fidèle à sa gestion des conflits yougoslaves et réticente à l’envoi de troupes sur le terrain, l’OTAN favorise une stratégie reposant sur les menaces de frappes aériennes, en soutien aux initiatives diplomatiques. Cette stratégie sera notamment mise en œuvre en octobre 1998 jusqu’à la conclusion d’un accord avec le président Milosevic prévoyant une diminution des effectifs serbes au Kosovo.

 

Sur la base de cet accord, la résolution 1160 du Conseil de Sécurité de l’ONU impose une limitation à la présence des troupes serbes au Kosovo, ainsi qu’à leurs opérations. La résolution 1203 complète la précédente et établit, d’une part, la Mission de Vérification au Kosovo menée par l’OSCE sur le terrain, devant contrôler le respect des critères établis par la communauté internationale pour résoudre la crise kosovare; et, d’autre part, une mission de surveillance aérienne de l’OTAN. Cette mobilisation ne parvient pas à résoudre le conflit et la situation se détériore en 1999 dans une spirale de provocations et de représailles de part et d’autre.

 

Le Groupe de contact tente alors de résoudre le conflit par voie diplomatique. Des négociations s’ouvrent à Rambouillet (Paris) du 6 au 23 février 1999, puis du 15 au 18 mars de la même année. Leur échec aboutit, d’une part, au retrait de la Mission de Vérification au Kosovo et, d’autre part, au déploiement massif de troupes serbes dans la province du Kosovo. L’OTAN, considérant ce nouveau déploiement comme une violation de l’accord qui avait ouvert la voie à la résolution 1160, débute ses frappes aériennes le 23 mars 1999 lors de l’Opération Allied Force. Ces frappes, qui durent plus de 70 jours, semblent mener à une impasse jusqu’à la conclusion d’un accord entre la République Fédérale de Yougoslavie et les envoyés spéciaux de l’Union européenne, le président finlandais Martti Ahtisaari et l’ancien Premier ministre russe Viktor Tchernomyrdine, le 3 juin 1999. Cet accord ouvre la voie au retrait des troupes serbes de la province kosovare et à la signature d’un accord militaro-technique avec l’OTAN le 9 juin 1999 à Kuminovo. Le 10 juin 1999, le Conseil de Sécurité de l’ONU adopte la résolution 1244 demandant l’arrêt immédiat de la violence et le retrait des forces serbes. Cette résolution prévoit l’envoi d’une force de sécurité internationale, ainsi que d’une mission civile d’administration intérimaire du Kosovo. La première sera assumée par l’OTAN (KFOR), la seconde par l’ONU (MINUK).

FONCTIONS ET DISPOSITIFS MIS EN PLACE

 

Les Nations-Unies, par la Résolution 1244, déterminent le mandat et les objectifs de la MINUK, à savoir la garantie d’une vie pacifique pour tous les Kosovars et l’amélioration de la sécurité régionale dans la partie occidentale des Balkans. La MINUK doit assurer une administration intérimaire dans le cadre de laquelle la population du Kosovo « pourra jouir d’une autonomie substantielle au sein de la République fédérale de Yougoslavie, et qui assurera une administration transitoire, de même que la mise en place et la supervision des institutions d’auto-administration démocratiques provisoires nécessaires pour que tous les habitants du Kosovo puissent vivre en paix et dans des conditions normales ». Dans ce cadre, le Conseil de Sécurité de l’ONU investit la MINUK d’une très grande autorité : celle-ci est en effet investie des pouvoirs législatifs et exécutifs, ainsi que de l’administration du pouvoir judiciaire.

 

La MINUK est dirigée par le Représentant Spécial du Secrétariat Général, qui dispose d’un pouvoir exécutif civil et qui assure la coordination des différentes missions internationales présentes sur le terrain : celles déployées par l’ONU ; par l’OSCE dont la MINUK dépend fortement pour la création de nouvelles structures institutionnelles au Kosovo ; et par l’UE via l’EULEX. De même, depuis sa création, la MINUK s’emploie à mettre en place les structures nécessaires à la population pour qu’elle participe à l’administration de la province, en créant des institutions démocratiques et mettant sur pied un programme de réinsertion des anciens combattants.

 

Dans le même temps, la présence internationale de sécurité déployée au Kosovo et dirigée par l’OTAN (KFOR) est chargée de prévenir la reprise des hostilités, maintenir le cessez-le-feu et l’imposer s’il y a lieu et assurer le retrait des forces militaires, policières et paramilitaires fédérales (serbes) et de la République se trouvant au Kosovo. Celle-ci s’assure ainsi du maintien de l’ordre public et de la sécurité jusqu’à ce que la présence internationale civile puisse s’en charger.

 

Tandis qu’en 2002, les forces onusiennes présentes sur le terrain étaient composées de 4 519 policiers, 38 militaires, 1 178 personnels civils internationaux et 3 397 personnels civils locaux, elles ne sont en 2015 que de 372 personnes au total, dont 8 observateurs militaires, 8 policiers, 109 membres du personnel civil international, 220 membres du personnel civil local, et 27 volontaires des Nations Unies. Les pays contributeurs en effectifs militaires sont la Pologne, la République de Moldova, la République tchèque, la Roumanie, la Turquie et l’Ukraine, tandis que le personnel de police provient d’Allemagne, d’Autriche, de Bulgarie, de la Fédération de Russie, de Hongrie, d’Italie, de Turquie et d’Ukraine.

PREMIÈRES DIFFICULTÉS RENCONTRÉES

 

Malgré l’étendue des missions attribuées à la MINUK, la sécurité générale, la stabilité politique et la situation des minorités peinent à s’améliorer, tout autant qu’elles compliquent et ralentissent la mission. Des accords de cessez-le-feu sont signés entre les différentes factions ethniques pour arrêter les attaques armées survenues dans plusieurs régions du Kosovo, sans toutefois parvenir à rétablir la sécurité.


Les élections législatives qui se tiennent le 17 novembre 2001, constituent une incontestable éclaircie dans ce contexte difficile. Le climat positif qui y préside ainsi que le taux de participation de 63% sont autant de motifs de satisfaction. Après les élections de 2001, la MINUK s’efforce de poursuivre son mandat et insiste sur la mise en œuvre de la politique des « normes avant le statut », un mécanisme d’évaluation composé d’une série de huit normes que les institutions provisoires du gouvernement autonome kosovar (PISG) devront respecter avant que la question du statut final du Kosovo soit abordée. Le 10 décembre 2003, le Représentant spécial de l’ONU au Kosovo, Charles H. Brayshaw, et le Premier ministre du Kosovo, Bajram Rexhepi, lancent un plan d’application des « normes avant le statut », dès lors dénommé « Normes pour le Kosovo », au grand dam des autorités serbes qui y voient une feuille de route vers l’indépendance kosovare. Cependant, le Conseil souligne que le processus de définition du statut futur du Kosovo, prévu par la Résolution 1244, ne pourra progresser que si les résultats de l’examen d’ensemble sont positifs. A ce stade, le statut final du Kosovo demeure indéterminé, ce qui paralyse son développement politique et contribue à la persistance de tensions intercommunautaires.

Par ailleurs, un incident opposant Albanais et Serbes dégénère le 16 mars 2004, engendrant les affrontements les plus meurtriers depuis la fin du conflit en 1999. Pendant deux jours, des émeutes se déroulent dans le pays. Près de 30 personnes sont tuées, des centaines d’autres sont blessées et 3200 personnes sont déplacées suite à l’incendie de maisons, de mosquées et d’églises. Des pertes humaines sont également recensées dans les rangs du service de police du Kosovo, de la MINUK et de la KFOR. En octobre 2004, de nouvelles élections sont organisées au Kosovo, mais les Serbes décident de boycotter l’exercice. La politique « des normes avant le statut » semble donc dans l’impasse. De même, le 2 novembre 2005, l’ancien Président finlandais Martti Ahtisaari est une nouvelle fois nommé par l’ONU afin de superviser les négociations entre les gouvernements serbe et kosovar sur le statut final du Kosovo.

TRANSFERT PROGRESSIF A l’EULEX-KOSOVO ET DÉCLARATION D’INDÉPENDANCE DU KOSOVO

 

A la suite du décès en janvier 2006 du Président Ibrahim Rugova, figure emblématique du mouvement indépendantiste albanais, des pourparlers entre le Kosovo, la diplomatie européenne et le gouvernement serbe ont lieu à Vienne entre mars 2006 et mars 2007. Après avoir dirigé les négociations, le médiateur de Martti Ahtisaari a déposé auprès du Conseil de Sécurité, un rapport recommandant l’indépendance du Kosovo « sous la supervision et l’appui d’une présence civile et militaire internationale », estimant que « l’indépendance est la seule option pour assurer la stabilité politique et la viabilité économique du Kosovo ». Ce plan est soutenu par les États-Unis et l’UE, mais rejeté par la Serbie et la Russie qui, affirmant que cette indépendance serait contraire au principe de l’unité territoriale de la Serbie, menace d’utiliser son droit de veto.

Dans le même rapport, il est par ailleurs décidé que l’UE reprendra, sans l’excéder,  le mandat de la MINUK lorsque le statut de la province kosovare sera défini. La MINUK débute alors progressivement la planification du transfert de ses compétences aux autorités locales et européennes. Le 16 février 2008, l’UE annonce la création de l’EULEX Kosovo, appelée à remplacer officiellement la MINUK 120 jours plus tard. Le mandat initial d'EULEX est fixé à deux ans ; néanmoins, la mission européenne ne doit s'achever qu'avec la prise de responsabilité complète des autorités kosovares.

 

Simultanément, en raison du positionnement rigide des parties présentes aux négociations et des membres permanents du Conseil de sécurité, ainsi que de l’impossibilité de trouver un compromis satisfaisant, le Kosovo déclare son indépendance de façon unilatérale, le 17 février 2008, un jour après la décision du transfert des compétences de la MINUK à l’EULEX.

La Serbie refuse de reconnaître la déclaration d’indépendance du Kosovo, jugeant les institutions kosovares illégitimes. Elle exclut toutefois tout usage de la force et privilégie les recours politiques et juridiques. Les élections législatives serbes de mai 2008 mènent le Parti démocratique au pouvoir. Les nouvelles autorités demandent par la suite à ce que la Cour internationale de justice (CIJ) se prononce juridiquement sur l’indépendance du Kosovo. Ainsi, le 8 octobre 2008, l’Assemblée générale des Nations Unies adopte la résolution 63/3 par laquelle elle décide, conformément à l’article 65 du Statut de la CIJ, de demander à la Cour un avis consultatif sur la question suivante : « La déclaration unilatérale d’indépendance des institutions provisoires d’administration autonome du Kosovo est-elle conforme au droit international ? ». Finalement, le 22 juillet 2010, les quatorze juges de la CIJ se prononcent clairement en faveur du Kosovo et déclarent que la proclamation unilatérale d’indépendance du 17 février 2008 est conforme au droit international. Si, juridiquement, il ne s’agit que d’un avis non contraignant, cette décision internationale inflige un sérieux revers au gouvernement serbe, à l’origine de la plainte.

UN NOUVEAU RÔLE POUR LA MINUK

 

Au cours de l’année 2008, plusieurs incidents surviennent entre les différentes factions présentes sur le sol kosovar. Ainsi, le 17 mars, la MINUK se retire de la partie nord de Mitrovica suite à de violentes manifestations au cours desquelles huit soldats de la KFOR et trois policiers de la MINUK sont blessés. En outre, la transition entre la MINUK et l’EULEX n’est pas aisée et le déploiement de la mission européenne, qui devait s’engager dès l’été 2008, prend du retard. Les obstacles sont d'ordre juridique, mais aussi politique : la MINUK craint que le dialogue qu'elle entretient avec les Serbes ne se dégrade, si elle laisse EULEX se déployer dans l'ensemble du pays.

En juin 2008, le Secrétaire Général de l'ONU, Ban Ki-moon, exprime dans son rapport spécial son « intention, en attendant des directives du Conseil de sécurité, de reconfigurer et restructurer la MINUK ». La mission passe ainsi de près de 2000 personnes en janvier 2008 à 700 à la fin du mois de novembre de la même année. À la fin du processus de restructuration, la MINUK atteint au 1er juillet 2009 ses effectifs autorisés de 510 personnes. La MINUK, sans toutefois disparaître, procède ainsi au transfert à EULEX de l'essentiel de ses pouvoirs dans les domaines judiciaire, de la police, des douanes, du transport et des infrastructures, et du patrimoine serbe. La mission onusienne voit alors son mandat se limiter à la promotion de la sécurité, de la stabilité et du respect des droits de l’Homme au Kosovo. Elle passe donc d’un rôle d’administrateur à un rôle de facilitateur, servant d’interlocuteur et de courroie de transmission dans les interactions entre les différentes communautés du Kosovo, les autorités kosovares et serbes, ainsi que les différents partenaires internationaux, y compris la mission État de droit menée par l’UE au Kosovo (EULEX), l’OTAN et l’OSCE. L’ONU se trouvant marginalisée à la fois par Pristina et Belgrade étant donné les considérations de chacun face au statut du Kosovo, cette fonction de facilitateur peine à faire ses effets. Pendant ce temps, la KFOR reste sur le terrain afin d’assurer la présence de forces de sécurité nécessaires au Kosovo.


Malgré le transfert progressif de ses compétences initiales à la force européenne, la MINUK continue de jouer un rôle crucial en s’engageant auprès des autorités kosovares et serbes et en jouant un rôle de coordinateur entre les acteurs régionaux et internationaux. Elle facilite et favorise fortement la participation des institutions kosovares aux forums multilatéraux régionaux, en surmontant les réticences exprimées par les États ne reconnaissant pas l’indépendance du Kosovo. Même si les autorités kosovares montrent parfois peu d’enthousiasme à l’idée de se servir de la MINUK en tant que facilitateur, elles témoignent depuis peu d’une plus grande flexibilité et d’un certain pragmatisme à cet égard. Ainsi, la MINUK continue de fournir son assistance et de proposer des alternatives pratiques, de manière à surmonter les obstacles incessants politiques.


La situation tend progressivement à se stabiliser. En 2014, des élections législatives anticipées se déroulent dans un climat de confiance et sans incident, avec un taux de participation de 41,5%. Saluées par le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, ces élections marquent la victoire du Parti démocratique (PDK) avec 30,69% des suffrages. Sur les 120 sièges que compte l’Assemblée du Kosovo, il est à noter que 20 sont réservés aux différentes minorités, dont 10 à la minorité serbe. Le gouvernement serbe, quant à lui, encourage fortement les serbes du Kosovo à se rendre aux urnes. Le Secrétaire général de l’ONU appelle par ailleurs les autorités kosovares à rester mobilisées pour le renforcement de la démocratie, de l’état de droit et des droits de l’homme. Après près de 6 mois de blocage politique, une coalition entre le PDK et le LDK mène à la formation du nouveau Gouvernement, caractérisé par sa diversité. Le Secrétaire général de l’ONU salue les efforts de la Présidente de la République du Kosovo, Atifete Jahjaga, pour avoir multiplié les initiatives auprès des différents dirigeants des partis politiques du pays, et avoir ainsi permis de débloquer la situation. Ces évolutions témoignent, d’une part, du succès de l’ancrage de la démocratie, et d’autre part, d’une certaine volonté d’œuvrer pour le développement des relations.


Néanmoins, en janvier 2015, Pristina est secouée par de violentes manifestations, qui causent des dommages importants sur les bâtiments publics et privés, et conduisent à 160 arrestations et 170 blessés. Le Nord du Kosovo continue également de mobiliser l’attention. Des tensions interethniques ressurgissent régulièrement, et se traduisent par des manifestations, mais également des affrontements entre les deux communautés. La tâche principale de la MINUK dans le nord du Kosovo consiste essentiellement en la médiation entre les communautés, mais aussi entre le Programme des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, les autorités de Pristina et les acteurs locaux serbes. La MINUK œuvre pour le renforcement de la confiance et du dialogue entre les communautés du Nord du Kosovo.

LE DIALOGUE SERBO-KOSOVAR A BRUXELLES

 

Le 9 septembre 2010, l’Assemblée générale des Nations Unies se félicite que « l’Union Européenne soit disposée à faciliter le dialogue » entre Belgrade et Pristina dans le but « de favoriser la coopération, d’avancer sur le chemin menant à l’Union européenne et d’améliorer les conditions de vie des populations » (A/RES/64/298). La normalisation des relations entre la Serbie et le Kosovo est, en effet, un préalable essentiel au commencement des négociations d’adhésion de la Serbie à l’UE. Cependant, la mise en place du dialogue entre les deux parties est retardée par l’effondrement de la coalition gouvernementale et l’organisation d’élections extraordinaires au Kosovo.

 

En mars 2011, après la formation d’un nouveau gouvernement au Kosovo, les délégations serbe et kosovare se rencontrent pour la première fois à Bruxelles. Après de nombreuses discussions, des accords sont signés en juillet 2011. Ces derniers portent sur la mobilité des populations, l’accès aux registres d’état-civil et la reconnaissance mutuelle des diplômes universitaires. La MINUK a contribué au dialogue «en apportant un appui aux réunions et en fournissant des informations fondées sur son expérience au Kosovo » (Rapport du 12 août 2011).


Le 23 février 2012, un accord sur la représentation du Kosovo dans les initiatives régionales est conclu. Jusqu’à présent, la MINUK signait les accords au nom du Kosovo. Désormais, le Kosovo sera désigné « Kosovo* », l’astérisque renvoyant à la note de bas de page suivante : « Cette désignation est sans préjudice des positions sur le statut et est conforme à la résolution 1244 (1999) du Conseil de sécurité des Nations unies ainsi qu'à l'avis de la CIJ sur la déclaration d'indépendance du Kosovo » (Déclaration à la presse, Bruxelles, 24 février 2012).


Ces avancées positives dans le dialogue serbo-kosovar permettent une progression dans le projet d’adhésion à l’Union Européenne. Cependant, de nouvelles tensions sur le terrain empêchent la poursuite du dialogue. Ces dernières sont notamment dues à la préparation des élections présidentielles, législatives et locales serbes du 6 mai 2012. De plus, les accords conclus à Bruxelles relatifs à la liberté de circulation et à la gestion commune des points de passage donnent lieu à des interprétations différentes.  La MINUK « continue de tout mettre en œuvre pour que le dialogue reste ouvert et pour éviter que les malentendus ne dégénèrent, exacerbant la situation sur le terrain » (Rapport du 27 avril 2012). En septembre 2012, les ambiguïtés techniques concernant l’interprétation des accords sont levées mais le dialogue entre Belgrade et Pristina, sous les auspices de l’Union Européenne, ne reprend pas avant octobre.


Le 19 octobre 2012, le dialogue prend une nouvelle dimension. Les Premiers Ministres serbe et kosovar rencontrent pour la première fois à Bruxelles la Haute Représentante de l’Union Européenne pour les affaires étrangères. Lors de cette réunion au sommet, et lors des réunions élargies des 7 novembre 2012 et 4 décembre 2012, des avancées techniques sont faites pour préparer la gestion commune des points de contrôle. Malgré les manifestations des Serbes du Nord du Kosovo, cette gestion commune est mise en œuvre le 31 décembre 2012 pour quatre postes frontaliers. La MINUK continue de travailler « en étroite collaboration avec les collectivités locales ainsi qu’avec toutes les autres entités internationales qui ont un mandat à remplir sur le terrain afin d’améliorer les chances de succès du dialogue politique » (Rapport du 4 février 2013).


Le 19 avril 2013, Belgrade et Pristina parviennent à un premier accord destiné à durablement améliorer leurs relations. Il s’agit d’un accord historique, facilité par la médiation de la Haute Représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton, qui permet de placer à nouveau le Nord du Kosovo- région à majorité serbe- au cœur des discussions. Dans une volonté partagée de stabilisation régionale, la Serbie – sans toutefois reconnaître le Kosovo- s’engage à accepter la souveraineté juridique des autorités kosovares, en démantelant les systèmes de police, de renseignement et de justice parallèles qui étaient établies dans la région, en échange de garanties de sécurité et d’autonomie pour l’«Association/Communauté des communes serbes » du Kosovo. Cette dernière est désormais compétente pour les questions socio-économiques (développement économique, éducation, santé, urbanisme) dans les communes serbes du Kosovo ainsi que les enclaves serbo-kosovares de l’est et du sud du Kosovo.


Bien que certaines dispositions centrales peinent à être appliquées, cet accord demeure le signe d’une volonté politique réelle de réconciliation, et tend à faciliter la progression de Belgrade et de Pristina vers l’intégration européenne.


Après une pause de 10 mois due aux élections générales dans les deux pays, la reprise du dialogue entre Belgrade et Pristina, saluée par le Secrétaire général des Nations unies (Rapport du 27 avril 2015), témoigne d’une évolution positive de la situation. Le 9 février 2015, les premiers ministres Isa Mustapha et Aleksandar Vucic parviennent à un accord sur la justice, étape primordiale des dialogues menés sous l’égide de l’Union européenne.


La normalisation des rapports entre Pristina et Belgrade demeure un enjeu très important pour le Conseil de sécurité de l’ONU. Le retour des personnes déplacées, ainsi que le jugement des crimes de guerre demeurent des thèmes centraux, et primordiaux au processus de réconciliation.


Bien que l’on ne puisse pas parler de normalisation effective des relations, le renforcement de la coopération entre les deux Etats est un véritable pas en avant pour le développement des relations bilatérales. Le Représentant spécial du Secrétaire général devant le Conseil de sécurité de l'ONU, Farid Zarif, qui est aussi le chef de la MINUK, est optimiste sur l’évolution de la situation et la reprise du dialogue, mais insiste toutefois sur la nécessité de traiter rapidement de nombreuses questions centrales et sources de désaccord, telles que le sort des personnes disparues, la réinstallation des réfugiés et des personnes déplacées, la revitalisation du transport et des liens commerciaux ou encore le statut de l’Eglise orthodoxe (Réunion du Conseil de sécurité sur le Kosovo du 21 août 2015).


La MINUK continue d’exécuter son mandat avec la plus grande neutralité possible et continue d’opérer sous la Résolution 1244 adoptée en 1999 par l’Organisation des Nations Unies. Son objectif prioritaire demeure de promouvoir la sécurité, la stabilité et le respect des droits de l’homme au Kosovo et dans la région (Rapport du 30 juillet 2015).


Au 23 juin 2015, 108 États sur 193 reconnaissent le Kosovo comme un État indépendant, dont 23 des 28 États-membres de l’Union Européenne.


Mise à jour par Yacia Chapochnikova

Chercheure stagiaire

Centre d'étude des crises et des conflits internationaux (CECRI)

Université catholique de Louvain