Historique de l'opération MINUL

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MINUL       Liberia

Mission des Nations Unies au Libéria

 

La Mission des Nations Unies au Libéria a été établie par la résolution 1509 (2003) du Conseil de sécurité, le 19 septembre 2003, pour vérifier la mise en œuvre de l'accord de cessez- le-feu et le processus de paix, pour assurer la sécurité du personnel des Nations Unies, pour appuyer les activités humanitaires et en faveur des droits de l'homme, ou encore pour appuyer l'effort de réforme de la sécurité nationale. En date du 30 juin 2011, dans le cadre de cette mission sont déployés 470 civils internationaux, 987 civils locaux et 237 volontaires de l'ONU.



La Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL), déployée à partir de 2003, est la dernière initiative internationale visant à mettre fin à l’instabilité chronique au Libéria suite à deux guerres civiles. Fondé en 1822 par la Société américaine de colonisation (ACS), une organisation philanthropique dont la mission était d'aider les esclaves américains victimes de la traite transatlantique à revenir sur leur continent d'origine, le Libéria est d’abord gouverné par les colons minoritaires Américano-Libériens et leur descendance, au détriment de la majorité autochtone. Une fois l’indépendance déclarée en 1847, les Américano-Libériens conservent le pouvoir pendant plus d’un siècle, jusqu’en 1980, notamment au travers du Parti True Whig (TWP). La majorité autochtone n’obtiendra le statut de citoyen qu’en 1904, et la politique menée envers les autochtones tout au long de cette période est caractérisée par leur asservissement à un régime de travail obligatoire, notamment dans les grandes plantations. En effet entre 1847 et 1980, l’économie libérienne se modernise en évoluant de l’agriculture traditionnelle vers l’exploitation à grande échelle du caoutchouc et des minerais. La politique de William Tolbert, président depuis 1971, reste dans la même lignée et conduit au renforcement du clivage et des tensions entre Américano-Libériens et tribus autochtones.

 

En 1980, le sergent Samuel Doe, issu de l’ethnie Krahn, mène un coup d’État contre le régime de William Tolbert suite à des émeutes contre la hausse du prix de la nourriture. M. Tolbert est exécuté avec 13 de ses ministres ainsi que sa garde, et s’en suivent dix années d’un régime autoritaire lors desquelles la situation économique et démocratique du pays se détériore significativement. Les membres issus du groupe ethnique Krahn sont favorisés et occupent une place prépondérante dans la sphère politique et militaire, alimentant ainsi les tensions avec les autres ethnies du pays. M. Doe remporte tout de même les élections de 1985, caractérisées par des fraudes à grande échelle, à la suite desquelles il renforce son emprise sur le Libéria. La période postélectorale témoigne alors d’une augmentation des violations des droits de l’homme, de la corruption, et surtout des tensions ethniques. Le niveau de vie des Libériens, lui, ne cesse de se détériorer.

La première guerre civile (1989-1996)

À la fin de l’année 1989, un conflit éclate entre les forces gouvernementales et des combattants se réclamant d’un groupe d’opposition, le Front national patriotique du Libéria (NPFL), dirigé par un ancien membre du gouvernement de M. Doe, Charles Taylor. Le NPFL lance une offensive à partir de la Côte d’Ivoire et saisit une grande partie du pays en 1990, dont le port de Buchanan par lequel il reçoit ses armes et les revenus tirés de la vente du bois. Il ne parvient toutefois pas à entrer dans la capitale Monrovia du fait du déploiement, impulsé par le Nigéria, d’une force d’interposition de la CEDEAO dénommée Groupe d’Observateurs de la CEDEAO (ECOMOG). Si elle empêche le NPFL de prendre la capitale, cette intervention crée une division entre pays anglophones et francophones au sein de l’organisation et a pour conséquence de prolonger le conflit. Le Libéria est à ce moment déchiré par des affrontements entre trois groupes armés, en plus de l’ECOMOG: les troupes gouvernementales de M. Doe, le NPFL de Charles Taylor et l’INPFL, un autre groupe rebelle mené par un dissident du NPFL, Prince Yormie Johnson.

 

En août 1990, lors d’une réunion en Gambie boycottée par le NPFL, la CEDEAO nomme Amos Sawyer à la tête d’un gouvernement d’union nationale. M. Taylor et plusieurs autres factions refusent toutefois de collaborer avec ce gouvernement transitoire et les combats entre les forces armées du Libéria et l’INPFL continuent. Samuel Doe est finalement capturé, torturé puis exécuté en septembre 1990 par Prince Yormie Johnson, qui s’auto-déclare par la suite chef d’État. En novembre de la même année, lors d’une réunion des chefs d’États de la CEDEAO, l’accord de cessez-le-feu de Bamako est tout de même signé entre les forces armées du Libéria, l’INPFL et le NPFL, et le gouvernement d’union nationale d’Amos Sawyer est formellement mis en place à Monrovia. La période qui suit cet accord est ponctuée de plusieurs accords de cessez-le-feu aussitôt violés par une partie ou l’autre. Un autre groupe, l’ULIMO, apparait en 1991 au Sierra Leone et combat dans le nord-ouest du Libéria contre le NPFL de Taylor. Un accord de paix signé en octobre 1991 à Yamoussoukro amène toutefois à la reddition de l’INPFL, qui sera dissout en septembre 1992.

 

En 1992, le Conseil de sécurité de l’ONU décide de l’instauration d’un embargo sur les armes à destination du Libéria, excepté pour les troupes de la CEDEAO, devenues forces d’intervention plus que d’interposition. En 1993, l’ECOMOG défend toujours Monrovia et établit une zone tampon autour de la capitale, permettant au gouvernement de transition de survivre. L’autorité de celui-ci ne dépasse cependant pas cette zone et les factions rebelles, dont le nombre augmente drastiquement, continuent la lutte pour le pouvoir dans le reste du pays.

L’Accord de paix de Cotonou (25 juillet 1993)

Après la conclusion de pas moins de quatorze accords qui restent sans effet, l’Accord de paix de Cotonou est finalement arraché par la CEDEAO et l’ONU le 25 juillet 1993. Cet accord global, signé entre le gouvernement d’union nationale du Libéria, l’ULIMO et le NPFL, contient 19 articles concernant le désarmement, la démobilisation, la composition et la structure du gouvernement de transition, l’amnistie générale, le retour des réfugiés et surtout les modalités des futures élections. M. Taylor accepte de siéger au sein du gouvernement de transition, et de sommaires programmes de désarmement et de démobilisation sont menés. En septembre 1993, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte alors la résolution 886 dans laquelle il crée la Mission d’observation des Nations Unies au Libéria (MONUL), qui a notamment pour mandat de contrôler la mise en œuvre de l’accord de paix par toutes les parties. Il s’agit de la première mission de maintien de la paix que l’ONU entreprend en coopération avec une mission de maintien de la paix déjà mise sur pied par une autre organisation, en l’occurrence la CEDEAO.

 

Cependant, des retards dans l’application de cet accord et la reprise des combats entre factions libériennes empêchent la tenue des élections qui devaient avoir lieu en février/mars 1994. Au cours des mois suivants, plusieurs accords supplémentaires, amendant et précisant certaines dispositions de l’accord de Cotonou, sont négociés. Grâce au cessez-le-feu en vigueur, l’ONU peut observer le déroulement des élections multipartites qui se tiennent finalement en juillet 1997, mettant ainsi fin à sept ans de guerre civile qui a fait quelque 250 000 victimes ainsi que des centaines de milliers de déplacés et réfugiés. Ayant instauré un certain climat d’intimidation, Charles Taylor remporte le suffrage avec 75% des voix. Après avoir été intronisé le 2 août 1997, il forme un nouveau gouvernement et annonce la mise en œuvre de mesures de réconciliation et d’unité nationale. L’objectif principal de la MONUL semble atteint. Son mandat s’étant achevé le 30 septembre 1997, l’ONU crée le Bureau d’appui des Nations Unies pour la consolidation de la paix au Libéria (BANUL) en novembre 1997. Sa tâche principale est d’aider le gouvernement à consolider la paix après la victoire de Charles Taylor. En 1998, les forces de l’ECOMOG quittent le Libéria.

La seconde guerre civile (1999-2003)

Malgré les efforts de consolidation de la paix du BANUL, le gouvernement et les dirigeants de l’opposition se révèlent incapables de surmonter leurs différends. Les efforts de réconciliation nationale sont sapés par des violations systématiques des droits humains, le non respect des droits de l’opposition et l’absence de réformes dans le secteur de la sécurité. En outre, plutôt que de s’atteler à la tâche de reconstruire le pays, le président Taylor appuie la rébellion du RUF au Sierra Leone.

 

Cette situation mène finalement à une reprise des combats dans le nord en 1999, où le gouvernement affronte les Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD), un groupe opposé à M. Taylor dirigé par Sekou Conneh. M. Taylor accuse son voisin guinéen d’appuyer la rébellion libérienne alors que le Ghana, le Nigéria et la Côte d’Ivoire l’accusent en retour d’appuyer les rebelles en Sierra Leone. En 2001, l'ONU impose un embargo sur les armes au Libéria pour mettre fin au trafic d'armes et de diamants pratiqué par M. Taylor avec les rebelles de Sierra Leone (résolution 1343). Début 2002, Charles Taylor décrète l'état d'urgence suite à l'avancée du LURD dans le nord-ouest du pays. Début 2003, un deuxième groupe rebelle, le Mouvement pour la démocratie au Libéria (MODEL), émerge au sud.

L’Accord de cessez-le-feu d’Accra (17 juin 2003) et le déploiement de l’ECOMIL (4 août 2003)

En juin 2003, les deux groupes rebelles contrôlent les deux tiers du pays. Le président Charles Taylor annonce son intention de quitter ses fonctions, si cela peut ramener la paix au Libéria, mais seulement une fois le déploiement d’une force de maintien de la paix effectué. « Je quitterai le Liberia, de façon ordonnée, dès qu'une force internationale sera arrivée », promet-il. Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) lance malgré tout un mandat d’arrêt contre M. Taylor le 4 juin, pour son rôle dans la guerre sierra-léonaise.

 

Le 17 du même mois, un accord de cessez-le-feu est finalement signé à Accra entre le gouvernement, le MODEL et le LURD. Selon le texte de l’accord, les belligérants « vont chercher à conclure, dans les trente jours, un accord de paix intégral (...) concernant, entre autres, la formation d'un gouvernement de transition qui n'inclura pas l'actuel président ». Le président Taylor refuse toutefois de céder le pouvoir et affirme son « intention d'occuper [son] poste de président jusqu'à son terme », c'est-à-dire jusqu’à janvier 2004. Estimant qu’il s’agit d’une rupture du cessez-le-feu, les rebelles du LURD reprennent l’offensive et parviennent le 24 juin à environ 12 kilomètres de Monrovia. Ils pilonnent la ville et lancent un ultimatum au président Taylor, avant d’annoncer le 27 juin un cessez-le-feu unilatéral « pour éviter une catastrophe humanitaire à Monrovia ». Les bombardements font 220 morts et plus de 300 blessés parmi les civils, dont une grande partie a fui la capitale. Le président Taylor devient de plus en plus isolé sur la scène internationale et les pressions pour hâter son départ se multiplient.

 

Le 22 juillet, le Conseil de médiation et de sécurité de la CEDEAO crée une force d’avant-garde, la Mission de la CEDEAO au Liberia (ECOMIL), qui devra être déployée au plus tard le 4 août 2003. Sa mission est d’assurer le respect du cessez-le feu conclu en juin, d’aider le gouvernement de transition à mettre en œuvre l’Accord, de créer une zone de séparation entre les forces belligérantes et d’établir un couloir de sécurité pour l’acheminement de l’aide humanitaire. Le 1er août 2003, le Conseil de sécurité se déclare dans la résolution 1497 disposé à mettre en place une force de stabilisation de l’ONU, qui serait déployée au plus tard le 1er octobre 2003, et autorise le déploiement de l’ECOMIL en attendant le déploiement de cette force. Les premiers éléments de l’ECOMIL commencent à se déployer sur le terrain le 4 août 2003. M. Taylor démissionne alors le 11 août, quitte le pays et cherche refuge au Nigeria.

L’Accord de paix global d’Accra (18 août 2003) et la création de la MINUL (19 septembre 2003)

Le 18 août, le MODEL, le LURD et le gouvernement signent un Accord de paix à Accra, au Ghana, mettant ainsi fin a la seconde guerre civile libérienne. Entre autres, l’Accord prévoit la mise sur pied pour le 14 octobre d’un Gouvernement national de transition pour le Libéria (NTGL) ainsi que la tenue d’élections nationales, qui auront lieu en 2005, et demande à l’ONU de déployer, sur la base du Chapitre VII de la Charte de l’ONU, une force de stabilisation au Libéria.

 

« Constatant que la situation au Libéria continue de mettre en péril la paix et la sécurité internationales dans la région, la stabilité dans la sous-région de l’Afrique de l’Ouest et le processus de paix au Libéria » et « agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies », le Conseil de sécurité adopte le 19 septembre 2003 la résolution 1509, dans laquelle il crée la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL). Déployée pour une période initiale de 12 mois, cette mission de stabilisation possède des effectifs maximum autorisés de 15 000 soldats, 1 115 officiers de police civils et une composante civile « appropriée ». Comme préconisé dans l’Accord de paix, son mandat consiste principalement à surveiller l’Accord de cessez-le-feu, à préparer un programme de désarmement et de démobilisation, à fournir une assistance à l’aide humanitaire et à la réforme du secteur de la sécurité. Conformément à ce qui est demandé dans la résolution 1509, la MINUL succède à l’ECOMIL, dont la mission se termine le 1er octobre. Les quelque 3 500 soldats ouest-africains qui faisaient partie des troupes avancées de l’ECOMIL deviennent ainsi les premiers éléments déployés de la MINUL. Ce n’est toutefois qu’en février 2004 que l’ensemble des 15 000 Casques bleus est sur le terrain.

La chute de Charles Taylor (11 août 2003)

M. Taylor étant toujours introuvable depuis son départ, le Conseil décide dans la résolution 1638 du 11 novembre 2005 « d’étendre le mandat de la MINUL à l’objet supplémentaire suivant : appréhender et placer en détention l’ancien Président Charles Taylor dans le cas où il retournerait au Libéria et le transférer ou faciliter son transfèrement en Sierra Leone pour qu’il y soit jugé devant le Tribunal spécial » pour la Sierra Leone (TSSL). M. Taylor échappe trois ans à la justice internationale, jusqu’à ce que, suite à une demande du gouvernement libérien, le président nigérien Olusegun Obasanjo le remette au Tribunal le 29 mars 2006. Il est extradé vers la Sierra Leone pour y subir son procès devant le TSSL, où il est inculpé de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et autres violations du droit international et humanitaire. Finalement, son procès est transféré à La Haye, aux Pays-Bas, afin d’éviter d’enflammer la volatile situation au Sierra Leone. Suite à une recommandation du Secrétaire général de l’ONU, la résolution 1626 du 19 septembre 2005 autorise le déploiement de jusqu’à 250 soldats de la MINUL en Sierra-Leone afin d’apporter une aide à la sécurité du TSSL, et augmente en conséquence les effectifs de la MINUL à 15 250 militaires pour la période du 15 novembre 2005 au 31 mars 2006. 150 soldats sont finalement déployés en tant que garde militaire du Tribunal; ils y resteront jusqu’au 7 mars 2011. Le fils de l’ancien président, Charles « Chucky » Taylor, qui était à la tête d’une unité paramilitaire chargée de la protection de son père, est quant à lui jugé par une Cour fédérale américaine et condamné en janvier 2009 à 97 ans de prison pour crimes de torture commis à l’étranger.

Les élections de 2005

Les élections présidentielles et parlementaires du Libéria ont lieu le 11 octobre 2005. Les candidatures de 22 prétendants à la présidence sont acceptées par la Commission nationale électorale, dont celle du footballeur George Weah et de l’ancien chef rebelle Sekou Conneh. C’est finalement Ellen Johnson-Sirleaf, économiste formée aux États-Unis et ancienne ministre des Finances du Libéria en 1979-1980, qui remporte le scrutin au second tour face à M. Weah, avec 59,1% des voix. M. Gyude Bryant restera président du gouvernement transitoire jusqu’au 16 janvier 2006, jour de l’investiture de Mme Johnson-Sirleaf, première femme élue au suffrage universel à la tête d’un État africain.

 

Au lendemain des élections de 2005, l’économie libérienne est dévastée. Plus de 72% des Libériens vivent sous le seuil de pauvreté et 52% vivent sous le seuil de l’extrême pauvreté, une situation qui se répercute sur le climat sécuritaire. Le fort taux de chômage reste un facteur de déstabilisation, beaucoup d’anciens combattants ou de jeunes qui ne trouvant pas de travail et se tournant vers la criminalité. Les vols à main armée, les viols et le trafic de drogue sont monnaie courante alors que les conflits agraires ainsi que les tensions ethniques, religieuses et communales continuent de poser des menaces sérieuses à la stabilité du pays.

La transition et ses défis

L’étape cruciale des premières élections depuis la fin de la guerre étant franchie, le Conseil de sécurité confie à la MINUL la tâche d’assister le nouveau gouvernement dans ses efforts de transition, afin que celui-ci s’approprie la gestion du pays et la sécurité nationale. En effet, si la réduction des effectifs de la MINUL en 2008 atteste du retour de la paix dans le pays, il reste que ce sont les troupes de l’ONU qui assurent encore la sécurité au Libéria et permettent aux autres institutions et ONG de travailler.

 

Malgré des progrès significatifs depuis la fin de la guerre, les institutions de sécurité n’ont en effet pas encore la capacité d’assurer leur rôle sans l’assistance de la MINUL, du fait d’un sous-financement global. De ce fait, la réforme du secteur de la sécurité au Libéria, prévue par l’Accord d’Accra, constitue une composante centrale de la consolidation de la paix. Ainsi, les efforts de la communauté internationale visent principalement à aider le gouvernement à élaborer une stratégie nationale en matière de sécurité et à consolider les capacités de la Police nationale, du Bureau de l’immigration et de l’armée. Selon les estimations du Secrétaire général de l’ONU, cette dernière devrait être pleinement opérationnelle en 2014.

 

Le programme de DDRR, dont la première phase commence dès décembre 2003 et la troisième et dernière phase en juillet 2009, offre quant à lui un bilan positif qui témoigne du retour de la paix au Libéria. Il permet le désarmement et la démobilisation de 101 495 anciens combattants, dont 8 523 garçons et 2 440 filles. Près de 98 000 de ces combattants reçoivent une aide à la réintégration sous forme de formations et d’éducation. En revanche, seulement 27 000 armes sont remises à la MINUL, ce qui signifie qu’une grande quantité d’armes, fabriquées dans la région ou importées lors du conflit, demeure en circulation au Libéria et dans la sous-région. La possession d’armes légères est d’ailleurs interdite par la présidente, excepté les fusils de chasse. L’embargo sur les armes est, lui, maintenu, mais il ne s’applique plus depuis 2006 aux membres des Services spéciaux de sécurité et des forces de police du gouvernement.

 

Principal dispositif de réconciliation nationale, la Commission Vérité et Réconciliation (TRC) est établie en 2006 avec pour mandat de « promouvoir la paix, la sécurité, l’unité et la réconciliation » tout en s’assurant que les auteurs de violations graves du droit international et humanitaire entre 1979 et 2003 soient traduits en justice. Elle remet son rapport au Parlement en juillet 2009, dans lequel y est recommandée la poursuite de 200 personnes, dont Prince Yormie Johnson, et dressée une liste d’individus qui devraient être interdits d’exercer une fonction publique. Parmi elles, la présidente Johnson Sirleaf, qui avait admis avoir appuyé par erreur Charles Taylor en 1989. Toutefois, ce rapport suscite une vive controverse et, sur le terrain, les efforts de réconciliation et la mise en œuvre des recommandations de la Commission restent limités. L’établissement de la Commission nationale indépendante pour les droits de l’homme, censée entre autres jouer un rôle central dans l’application des recommandations de la TRC, n’apporte aucun changement à cette situation du fait de problèmes internes qui l’empêchent d’agir. Le programme Palava Hut (hutte des palabres), conçu pour donner aux auteurs d’exactions la possibilité de demander le pardon de la communauté, tel que recommandé dans le rapport de la Commission, ne connait pas non plus d’avancée concrète. Cette situation amène le Secrétaire général de l’ONU à déplorer, dans son 23e rapport sur le Libéria du 1er août 2011, « la lenteur du rythme d’application des recommandations de la Commission Vérité et réconciliation ».

 

Les institutions judiciaires enregistrent de leur côté des progrès importants, mais l’impunité chronique et les mauvaises conditions carcérales menacent les acquis. Le manque de confiance en la capacité de l’État à livrer une justice équitable et efficace cause des tensions, voire des émeutes, et cela amène parfois les citoyens à se faire justice eux-mêmes. Dans le rapport « Good Intentions are not Enough » publié en septembre 2011, l’ONG Amnesty International dénonce, malgré les « bonnes intentions » du gouvernement, des conditions de détention dans les prisons libériennes « si mauvaises qu’elles portent atteinte aux droits humains les plus fondamentaux ». Comme le relève le Secrétaire général de l’ONU dans son 23e rapport sur le Libéria, les difficultés à améliorer le système judiciaire dans son ensemble découlent d’insuffisances sur le plan des ressources humaines, de l’infrastructure et du matériel, de l’obsolescence des cadres juridiques, et de la dépendance à l’égard des donateurs.

 

La bonne gestion des ressources naturelles, dont l’exploitation anarchique a permis de financer les efforts de guerre, constitue elle aussi une composante essentielle du rétablissement de la paix au Libéria. L’adoption de plusieurs cadres juridiques, notamment dans le domaine de l’exploitation forestière et diamantifère, constitue à ce propos une évolution encourageante. L’admission du pays en mai 2007 en tant que membre du Processus de Kimberley, un mécanisme de certification des diamants, en est un bon exemple. Pour encourager les efforts du gouvernement, le Conseil de sécurité de l’ONU décide dans sa résolution 1753 d’avril 2007, de lever l’embargo sur les diamants imposé en 2003. Dans son rapport de 2011, le Groupe d'experts de l'ONU sur le Libéria estime toutefois que « les choses avancent lentement au Libéria, pour ce qui est des mesures concrètes à prendre pour appliquer de nombreuses recommandations issues des missions d'inspection ». Il relève que les extractions illégales continuent d'être menées dans plusieurs régions du pays car le gouvernement dispose de moyens trop faibles, comparé au nombre d’accords signés, pour contrôler l'octroi de permis d'exploitation.

 

Afin d’appuyer le gouvernement dans ses efforts de reconstruction, le Secrétaire général de l’ONU alloue en 2007 une aide financière de 15 millions de dollars au Libéria, fournis par le Fonds pour la consolidation de la paix. Ce Fonds, institué par le Secrétaire général en octobre 2006 à la demande de l’Assemblée générale, a pour objectif d’apporter une aide financière aux acteurs de la reconstruction dans certains États en sortie de conflits, afin d’éviter le retour des affrontements. Trois priorités d’action sont établies par le Fonds : la favorisation de la réconciliation nationale et la gestion des conflits, la promotion de la paix et de la sécurité et le renforcement des capacités étatiques en matière de consolidation de la paix. De plus, le gouvernement du Libéria demande le 27 mai 2010 que le pays soit inscrit à l’ordre du jour de la Commission de consolidation de la paix de l’ONU. Le 5 mai 2011, celle-ci approuve un programme d’un coût estimatif de 71 millions de dollars, axé sur la justice, la sécurité et la réconciliation nationale. La Commission, organe consultatif intergouvernemental créé en décembre 2005 par le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale de l’ONU, a pour mandat de favoriser la mobilisation des ressources pour le relèvement des pays sortant de conflit et de proposer des stratégies intégrées aux fins de la consolidation de la paix.

 

Au début de l’année 2011, la crise postélectorale en Côte d’Ivoire pose une sérieuse menace pour la stabilité de la sous-région, notamment au Libéria voisin. La résolution 1609 (2005) et la résolution 1938 (2010) autorisent d’ailleurs le redéploiement provisoire en Côte d’Ivoire d’une partie du personnel de la MINUL afin d’assister l’ONUCI dans sa tâche. Alors que les habitants des comtés frontaliers de Nimba, de Grand Gedeh et de Maryland accueillent un flot important de réfugiés ivoiriens, des mercenaires libériens traversent la frontière dans la direction opposée pour se battre aux côtés de Laurent Gbagbo, malgré l’accroissement des patrouilles conjointes frontalières de la MINUL et de l’armée libérienne. Peu après l’arrestation de M. Gbagbo, des mercenaires retournent vers le Libéria, tuant plusieurs dizaines de civils sur leur passage; plusieurs caches d’armes sont en outre découvertes à travers le pays au cours des mois qui suivent. En septembre 2011, quelque 20 Ivoiriens sont tués par des hommes armés en provenance du Libéria, un incident qui convainc les autorités nationales et régionales de la nécessité de réfléchir à l’élaboration d’un plan de sécurité pour lutter contre le mercenariat dans la sous-région. Ces mesures, qui nécessitent un appui financier de la communauté internationale, incluraient selon le président ivoirien Alassane Ouattara le déploiement de forces de sécurité ivoiriennes, ghanéennes et nigériennes le long de la frontière ivoiro-libérienne.

 

Au 1er août 2011, la MINUL est composée au total de 9 200 personnels dont 7 782 soldats (sur les 7 952 autorisés par la résolution 1938), 130 observateurs militaires et 1288 policiers (sur les 1 375 autorisés). Dans son 23e rapport du 1er août 2011, le Secrétaire général de l’ONU relève que si la situation sécuritaire reste globalement stable, il existe toujours « un nombre considérable de lacunes en matière de sécurité nationale qu’il faudra combler pour permettre un transfert sans accroc des responsabilités en matière de sécurité de la MINUL aux institutions nationales ». Il recommande ainsi que ces effectifs restent inchangés au moins jusqu’après les élections d’octobre 2011. Ainsi, dans sa résolution 2008 du 16 septembre 2011, le Conseil de sécurité proroge le mandat de la MINUL jusqu’au 30 septembre 2012 sans modifier ses effectifs. Il prie par ailleurs le Secrétaire général « de déployer, après l’investiture du Gouvernement élu en 2012, une mission d’évaluation technique au Libéria sur la transition en matière de sécurité »; de cette évaluation devrait dépendre la stratégie de retrait de la MINUL.

Les élections de 2011

Comme l’indique le Secrétaire général dans son 22e rapport sur le Libéria, « l’objectif stratégique que l’ONU s’est fixé au Libéria consiste à aider le Gouvernement libérien à consolider la paix et à stabiliser la situation en matière de sécurité, en coopération avec les institutions nationales qui sont à même d’assurer le maintien de la sécurité et de la stabilité indépendamment d’une mission de maintien de la paix ». À cet égard, le scrutin général du 11 octobre est un test décisif qui attestera de la capacité du gouvernement à prendre en charge les affaires publiques, servira d’indicateur quant à l’évolution de la situation politico-sécuritaire dans le pays et déterminera de l’étendue de la diminution des effectifs et du retrait de la MINUL. C’est pourquoi, en plus de proroger son mandat jusqu’au 30 septembre 2011, la résolution 1938 donne à la MINUL la mission supplémentaire de fournir un appui logistique pour les élections ainsi que d’aider à créer un climat propice au déroulement pacifique du suffrage. Toutefois, comme l’a souligné en septembre 2011 la chef de la MINUL Ellen Margrethe Løj, devant le Conseil de sécurité de l’ONU : « si les élections sont un succès, cela ne veut pas dire que le travail est terminé. Les Libériens vont toujours avoir besoin d’assistance et d’appui dans la reconstruction de leurs vies et de leur pays ».

 

Un référendum sur la modification de la constitution est organisé le 23 août 2011, en préparation des élections. Celui-ci se déroule de manière pacifique, malgré un faible taux de participation (34%), et voit le rejet de la réduction de la période de résidence minimum pour les candidats à la présidence du pays, de la prorogation de l’âge de départ à la retraite des juges de la Cour Suprême, du report de la date de tenue des élections présidentielles et législatives, et enfin du changement du type de majorité nécessaire pour remporter une élection.

 

La liste définitive des candidats, publiée le 9 septembre par la Commission nationale électorale, comporte 16 noms dont celui de la présidente sortante Ellen Johnson-Sirleaf, critiquée sur son bilan en matière de lutte contre la corruption et de réconciliation, ou celui de Prince Johnson, désormais sénateur et membre de l’Union Nationale pour le Progrès Démocratique (NUDP). Winston Tubman, le neveu de William Tubman, se présente pour le compte du Congrès pour le Changement Démocratique à la place de George Weah, qui est candidat au poste de vice-président. Deux semaines après toutefois, la Cour suprême suspend la campagne électorale au Libéria, suite à des conflits juridiques autour de l’éligibilité de la présidente Johnson Sirleaf et de cinq autres candidats de son parti qui, selon leurs opposants, ne satisfont pas aux critères minimum de résidence requis. La Cour avalise toutefois ces candidatures une semaine avant les élections, estimant qu'il n'est pas nécessaire de résider dans le pays pendant une guerre civile pour pouvoir se présenter en tant que candidat.


Jean-Guilhem Barguès

Agent de recherche au Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix

30 septembre 2011