Fiche d'information de l'État : Irlande Irlande

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Irlande

L’Irlande compte parmi les pays neutres du continent européen. Elle est membre de quatre organisations habilitées à conduire des opérations de paix : l’ONU (1955), l’Union européenne (1973), l’OSCE (1975) et du Partenariat pour la Paix (PpP) de l’OTAN (1999).

LA POLITIQUE DE MAINTIEN DE LA PAIX

 

La particularité de ce pays est son attachement à la neutralité. Cette politique est suivie notamment dans le contexte de la guerre civile espagnole dès 1937. En effet, le « Spanish Civil War (Non-Intervention) Act » interdit les citoyens irlandais de prendre part à cette guerre. Cette politique culmine lors de la Seconde guerre mondiale. A titre d’exemples, les ambassades allemandes et japonaises sont restées actives au même titre que celles des alliés, et ce en dépit du fait que Dublin ait toujours penché du côté des Alliés. Pendant la Guerre Froide, le pays refusera de s’engager au sein de l’OTAN ou de prendre part au Pacte de Varsovie. En outre, l’Irlande ne s’est jamais engagée dans les mécanismes de sécurité collective prévus par le Traité de Bruxelles de 1948, à l’origine de l’Union de l’Europe occidentale, à laquelle l’Irlande participe seulement en tant qu’observateur depuis 1993. Aujourd’hui encore, le pays revendique cette position, comme lors des guerres d’Afghanistan et d’Irak sur lesquelles le gouvernement n’a jamais pris position. En temps de paix, cette neutralité se manifeste par le refus d’adhésion à toute alliance militaire.

 

 

Cependant, lorsqu’il s’agit d’agir sous mandat de l’ONU ou du Conseil de Sécurité, l’Irlande s’investit. En effet, 120 militaires irlandais ont pris part à la Force internationale d’assistance de sécurité (FIAS) sous mandat onusien et, en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité, le pays a voté oui à la résolution 1441 concernant le désarmement de l’Irak sous Saddam Hussein. On constate donc que la neutralité militaire n’a jamais empêché un engagement très large et actif des forces irlandaises dans le monde, pour la promotion de la paix et de la sécurité internationales, dans le cadre des Nations Unies et, plus récemment, de l’UE et de l’OTAN.

 

 

Cet engagement se fonde sur les principes énumérés à l’article 29.1 de la Constitution irlandaise, concernant la conduite des relations internationales : « l’Irlande affirme sa dévotion aux idéaux de paix et de coopération amicale parmi les nations, fondées sur la justice internationale et sur la moralité ». L’Irlande affirme également son adhésion au principe de la résolution pacifique des différends internationaux et reconnaît les principes du droit international comme étant les règles de sa conduite dans ses relations avec les autres États.

 

 

Parmi les rôles des forces armées approuvés par le gouvernement en 1993 figure la participation aux missions de l’ONU pour la promotion de la paix internationale. Dans les White Paper on Foreign Policy de 1996 et 2000, le gouvernement irlandais prend également acte de l’évolution du contexte géostratégique. En effet, depuis la fin des années 1980, le nombre croissant de conflits interétatiques a sollicité une intervention de plus en plus importante de l’ONU dans le cadre des opérations du maintien de la paix. Ne pouvant pas soutenir toute seule cet effort, l’ONU a encouragé d’autres organisations régionales à s’engager dans la prévention et dans la gestion des conflits, dans le maintien et dans la consolidation de la paix.

 

 

Face à cet élargissement des acteurs internationaux engagés dans le maintien de la paix, le gouvernement irlandais a mis à jour la formulation des tâches des forces armées. Ainsi, le White Paper on Defence de février 2000 affirme que la participation de l’Irlande dans le maintien de la paix reste une tâche des forces armées. Cette participation se fait au sein des missions de l’ONU, mais aussi au sein des opérations de sécurité régionale qui bénéficient de l’autorisation de l’ONU.

 

 

Le White Paper Defence 2015 réaffirme ces principes et engagements et insiste sur l’évolution des menaces qui se trouvent être de plus en plus complexes, multidimensionnelles, transnationales et interdépendantes. Il y est donc affirmé que, dans leurs intérêts, les forces armées doivent s’assurer que les pays limitrophes à l’Union européenne ainsi que son voisinage proche restent stables, prospères et sécurisés. L’Irlande réaffirme donc l’importance du multilatéralisme face à ses nouveaux défis, notamment à travers les opérations de maintien de la paix.

 

 

Suite à l’élargissement du concept et de l’action de l’OTAN, qui, en tant qu’organisation régionale, intervient de plus en plus hors de sa zone, l’Irlande a rejoint, le 1er décembre 1999, le Partenariat pour la paix. Ce Partenariat fournit au pays un cadre de coopération bilatérale avec l’Organisation en ce qui concerne des initiatives liées à la sécurité, à la défense et à l’aide humanitaire. Une telle participation ne remet aucunement en cause la neutralité de l’Irlande et ne présuppose pas son adhésion à l’article 5 du Pacte Atlantique (défense collective).

 

 

Membre de l’UE, l’Irlande soutient le développement d’une Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) ainsi que d’une Politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Dans le cade de l’Objectif global d’Helsinki, l’Irlande s’est engagée à fournir 850 hommes aptes à être déployés en 30 jours.

 

 

LES STRUCTURES DÉCISIONNELLES

L’Irlande se réserve le droit de décider au cas par cas de la possibilité de participation de ses forces dans des opérations du maintien de la paix. L’engagement de personnel irlandais dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU est régulé par le Defence Act et le Garda Síochána Act (Garda Síochána est la police irlandaise, qui littéralement, signifie « les gardiens de la paix »). En 1993, certaines dispositions du Defence Act ont été amendées pour permettre à l’Irlande de participer à des opérations ayant également un caractère coercitif, notamment ONUSOM II en Somalie. Au niveau politique, l’engagement des forces irlandaises lors des missions internationales se fonde sur le mécanisme dit de triple-lock. En effet, tout déploiement n’est possible qu’avec l’autorisation de trois acteurs : le Gouvernement irlandais, le Dáil Éireann, c’est-à-dire la chambre des députés du Parlement irlandais, et le Conseil de sécurité des Nations Unies.

 

 

D’après l’article 15 de la Constitution irlandaise, seul le Parlement, le Oireachtas, est investi du droit de mobiliser et de maintenir les forces armées et militaires. Le Président détient le commandement suprême des forces armées irlandaises. L’exercice de ce pouvoir est régulé par la loi. La législation en vigueur est contenue dans le Defence Act 1954-1998. Sous la direction du Président et sous réserve des dispositions du Defence Act, le commandement des forces armées ainsi que tous les pouvoirs exécutifs et administratifs qui y sont liés, y compris le pouvoir de déléguer le commandement et l’autorité, doivent être exercés par le gouvernement, à travers le Ministre de la Défense. La structure actuelle des cadres supérieurs de la défense est assez récente et elle se base sur la législation promulguée en 1998, résultat du Defence Forces Review Implementation Plan (1996-1998).

 

 

ÉVOLUTION DE LA PARTICIPATION

L’engagement de l’Irlande au sein des opérations de l’ONU commence en 1958. Elle a ainsi participé à un nombre élevé d’opérations de maintien de la paix de première génération. On retrouve tout d’abord des contingents irlandais au sein des premières missions militaires d’observation comme la GONUL au Liban, l’ONUST au Moyen-Orient et l’UNIPOM à la frontière entre l’Inde et le Pakistan. Un contingent militaire irlandais participe pour la première fois à une mission de maintien de la paix entre 1960 et 1964. Il s’agit de l’ONUC au Congo (aujourd’hui Congo démocratique) pour laquelle l’Irlande a mis à disposition de l’ONU, 6 191 hommes.

 

 

Depuis, l’effort irlandais s’est focalisé principalement sur le Moyen-Orient. L’Irlande participe ainsi à la FINUL avec 199 militaires. Toujours au Levant, elle a également pris part à la GONMUII entre l’Iran et l’Irak, à la MONUIK entre l’Irak et le Koweït et à la FUNU II. A partir de 1974, sa participation est aussi très importante au sein de la UNFICYP sur l’île de Chypre.

 

 

À partir de la fin de la Guerre froide, l’engagement irlandais dans le maintien de la paix a considérablement augmenté, en élargissant son champ d’action. L’Irlande a ainsi participé aux missions de paix de l’ONU dans le monde entier (en Afrique, en Asie, en Amérique centrale mais aussi sur le continent européen). Depuis 1989, l’Irlande déploie également du personnel issu de la Garda Síochána dans les missions internationales. En 1989, pour la première fois, une cinquantaine d’hommes de la Garda ont participé à la GANUPT en Namibie. Ces forces ont joué par la suite un rôle important dans d’autres missions de l’ONU : en 2016, on estime que 400 hommes y ont pris part. Le personnel de Garda Síochána participe également aux missions de l’UE et de l’OSCE en ex-Yougoslavie, comme, par exemple, la Mission de Police de l’UE (MPUE) en Bosnie-Herzégovine.

 

Aujourd’hui l’Irlande prend part à 7 missions sous mandat onusien : la FINUL et l’UNDOF, qui se trouvent être les missions qui mobilisent le plus de militaires (199 pour la première et 137 pour la seconde). Elle est également impliquée dans l’UNTSO au Liban et dans l’UNFICYP à Chypre. En Afrique, le pays est présent au Sahara Occidental (MINURSO), en République Démocratique du Congo (MONUSCO) et en Côte d’Ivoire (UNOCI).

 

 

En 1993, la United Nations Training School Ireland (UNTSI) a été établie en tant qu’école du Collège Militaire dans le but de préparer au mieux les forces irlandaises engagées dans le maintien de la paix. Un Inter-Departmental Committee on Peacekeeping a également été mis en place par le Gouvernement en 1996 pour considérer toutes les questions liées à la participation irlandaise aux opérations de peacekeeping. C’est donc dans cette continuité que s’inscrit le New Institute for Peace Support and Leadership Training dont la création est envisagée par le gouvernement irlandais dans le White Paper on Defence de 2015. Cet institut aurait une vocation internationale et devrait contribuer au développement global de la connaissance et de l’expérience dans le domaine du soutien à la paix et de la résolution des conflits. De par sa neutralité historique, l’Irlande a à cœur de régler les conflits pacifiquement. L’objectif de cet Institut serait donc de répondre aux besoins nationaux et internationaux dans le secteur de l’enseignement de la sécurité. Pour ce faire, il adopterait une approche qui engloberait tous les acteurs concernés par la résolution des conflits, leur prévention et la consolidation de la paix.

 

 

Aujourd’hui, l’Irlande participe également aux missions de paix de l’OTAN, de l’UE et de l’OSCE. Ainsi on enregistre une présence irlandaise au sein de missions de cette dernière à travers l’OMIK au Kosovo et l’OSCEBIH en Bosnie-Herzégovine. Cependant aucun militaire n’est impliqué. Les contingents irlandais ont été mis à disposition de l’OTAN, au sein de SFOR (600 hommes) en Bosnie-Herzégovine. Des militaires irlandais participent encore aujourd’hui à la KFOR au Kosovo mais alors que l’effectif total est de 4882 militaires seulement 13 sont irlandais. Cependant ce sont les missions de l’Union européenne auxquelles l’Irlande participe le plus actuellement : elle est présente dans dix opérations de paix, notamment dans les pays baltes, en Afghanistan (EUPOL), mais aussi en Géorgie et en Ukraine. L’Irlande assure également une présence en Afrique (Niger et Mali) et en Palestine.

 

 

Par rapport à sa taille, l’Irlande fournit une contribution consistante au sein des opérations de maintien de la paix. Dans le cadre des missions de l’ONU quelque 50,000 Irlandais ont participé aux missions de paix, 85 sont décédés au cours de ces opérations et un est actuellement porté disparu. Au total ce sont donc 20 opérations de maintien de la paix impliquant l’Irlande qui sont actuellement en cours, mobilisant 371 militaires. En 2014, ce nombre faisait du pays le 6ème plus gros contributeur de l’Union européenne aux opérations de maintien de la paix onusiennes.

 

Alessia BIAVA
Institut européen de l'Université de Genève (IEUG)
Fiche mise à jour le 21 octobre 2016 par Gaëtane Bes de Berc,
Stagiaire au Centre d’Étude des Crises et des Conflits Internationaux (CECRI)


Références

 

28 févr. 2001

Realigning Neutrality? Irish Defense Policy


Daniel Keohane, Institute for Security Studies, Occasional Paper 24

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