Historique de l'opération MINURCAT

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MINURCAT       Centrafrique Tchad

Mission des Nations Unies en République Centrafricaine et au Tchad (2007-2010)

 

La Mission des Nations Unies en République Centrafricaine et au Tchad (MINURCAT) a été créée le 25 septembre 2007 par la résolution 1778 du Conseil de sécurité des Nations Unies dans le cadre d’une opération multidimensionnelle destinée à restaurer les conditions de sécurité nécessaires au retour volontaire et durable des réfugiés et personnes déplacées par les conflits dans cette région des Trois frontières à cheval entre le Tchad, la République Centrafricaine et le Soudan. Cette mission a été le pendant tchado-centrafricain de la MINUAD, mission hybride des Nations Unies et de l’Union Africaine au Darfour soudanais. Elle a cessé ses activités le 31 décembre 2010.



La région des Trois frontières partagées par le Tchad, le Soudan et la République Centrafricaine est le théâtre de conflits opposant les gouvernements établis à une diversité de groupes rebelles (notamment le Front démocratique du peuple centrafricain -FDPC- et l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement –UFDR- en République Centrafricaine; l’Armée/Mouvement de libération du Soudan – A/MLS – et le Mouvement pour la justice et l’égalité – MJE- au Darfour soudanais; l’Union des Forces pour la Démocratie et le Développement –UFDD- le Rassemblement pour la Démocratie et la liberté – RDL- le Rassemblement des Forces Démocratiques –RFD- le Socle pour le changement, l’unité nationale et la démocratie – SCUD- et le Front uni pour le changement – FUC- issu de l’alliance entre le SCUD et le RDL au Tchad). Ces conflits qui portent sur des luttes de pouvoir et de partage interne des ressources sont nourris par l’instabilité des pays voisins : afflux massif de réfugiés et de personnes déplacées par les conflits et l’instabilité (au Tchad : plus de 232000 réfugiés soudanais, 48 000 réfugiés centrafricains et 170000 personnes déplacées; en République Centrafricaine : 30000 personnes déplacées dans le nord-est, 180000 dans le nord-ouest et 2500 réfugiés soudanais), multiples bandes armées, soutien d’un gouvernement aux rebelles du pays voisin. L’étroite imbrication de ces conflits requérait une solution à dimension régionale.

 

Les gouvernements tchadiens, centrafricains et soudanais ont été confrontés à une recrudescence des activités insurrectionnelles à partir de 2000. En République Centrafricaine, une tentative de coup d’État orchestrée par François Bozizé, conduit au déploiement de la Force multinationale de la CEMAC dans le pays (la FOMUC) en décembre 2002. Celle-ci n’empêchera pourtant pas la prise de pouvoir du même François Bozizé en mars 2003, confronté depuis lors à divers mouvements rebelles dans le nord-est et le nord-ouest, mais bénéficiant de l’appui des soldats français de l’opération Boali. Le gouvernement soudanais, alors en voie de conclure un accord avec la rébellion du Sud, doit également faire face à une rébellion au Darfour qu’il réprime dans le sang, en particulier depuis 2003. Le déploiement d’une mission de l’Union Africaine au Soudan (MUAS) ne parvient pas à atténuer la souffrance des 2 millions de personnes déplacées et réfugiées. Le gouvernement tchadien affaibli par des dissensions, puis des rébellions, y compris des membres de son clan, résiste dans un premier temps aux pressions internationales pour déployer une force de paix sur son territoire.

 

Les événements qui ont précipité la création de la Mission des Nations Unies en République Centrafricaine et au Tchad remontent à l’année 2006, lorsque l’activité insurrectionnelle reprend de plus belle après une période d’accalmie. Le gouvernement tchadien, dirigé par un président isolé tentant de se maintenir au pouvoir envers et contre tous, est pris en tenailles entre différents groupes rebelles. Le gouvernement manque de tomber en avril 2006 lorsque, après plusieurs gains territoriaux, le RDL défie les forces gouvernementales dans la capitale N’Djamena avant d’être défait et contraint à la fuite. Réfugiés au Soudan, les rebelles entreprennent différentes incursions sur le territoire tchadien, dont celle majeure d’octobre 2006, incursions qui ont pour effet de donner une raison aux militaires tchadiens de mener leur contre-offensive sur le territoire soudanais. Le gouvernement soudanais pour sa part, tout en protestant contre ces offensives tchadiennes sur son territoire, soutient l’action des milices Janjawids au Darfour, y compris lorsque celles-ci violent le territoire tchadien en y poursuivant rebelles et réfugiés. Dans le nord de la Centrafrique, le président Bozizé est confronté à des rebellions internes et à des groupes rebelles tchadiens opposés à son allié tchadien, Idriss Déby Itno. Les rebelles centrafricains de l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR) s’emparent des villes de Birao, d’Ouadda Djallé et de Sam Ouandja après de violents combats avec les forces gouvernementales entre le 30 octobre et la mi-novembre – ces villes seront reprises début décembre par les forces armées centrafricaines appuyées par la FOMUC et par les quelque 300 soldats français de l’opération Boali.

 

La Communauté internationale s’inquiète de la régionalisation du conflit au Darfour soudanais. À commencer par la France qui, par la voie de son ministre des affaires étrangères, M. Philippe Douste-Blazy, propose l’envoi d’une force de paix le long des frontières communes aux Tchad, à la République Centrafricaine et au Soudan, le 12 novembre 2006. Après une mission humanitaire en Centrafrique à la fin novembre 2006, Ibrahima Fall, haut responsable onusien, déclare qu’une tragédie est « en préparation » et que les rebelles centrafricains sont liés à des mouvements similaires au Tchad et au Soudan. Jan Egeland, Secrétaire Général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires accuse quant à lui les trois gouvernements d’être responsables de ce drame en aidant les mouvements rebelles. Pour leur part, les gouvernements des trois pays se rejettent la responsabilité de la situation : s’ils se sont parfois accusés mutuellement de soutenir leurs rebellions respectives, François Bozizé et Idriss Déby Itno accusent principalement Omar El-Béchir de soutenir activement les groupes rebelles tchadiens et centrafricains, accusations que le gouvernement soudanais retourne volontiers aux envoyeurs.

 

Malgré des avancées notables telles que la signature d’accords de paix (accord de paix entre le gouvernement soudanais et la faction majoritaire de l’ALS le 5 mai 2006, accord de paix du 2 février 2007 entre le gouvernement et les rebelles centrafricains, accord de paix de Tripoli entre le gouvernement tchadien et les rebelles du FUC le 24 décembre 2006, puis avec l’UFDD et le RFC le 26 octobre 2007,) et, de temps à autre, un semblant de concorde entre les trois gouvernements (accord de Tripoli du 8 février 2006 par lequel les gouvernements soudanais et tchadien s’engagent à renoncer à toute forme d’assistance aux forces rebelles du pays voisin), la spirale insurrection-répression ne faiblit pas. L’espoir de créer un mécanisme tchado-centrafricain de surveillance de la frontière commune conformément à l’accord de Tripoli du 8 février 2006 et à l’accord de N’Djamena du 26 juillet 2006, est déçu par la méfiance réciproque des deux alliés. Tel semble être également le sort de la proposition d’une Force internationale de paix entre le Tchad et le Soudan. D’où la proposition d’une mission internationale, moins problématique, entre le Tchad et la République Centrafricaine, complémentaire d’une mission hybride ONU/UA au Darfour soudanais.

 

Le 14 janvier 2007, les membres du Conseil de Sécurité conviennent de dépêcher une mission d’évaluation au Tchad et en République Centrafricaine afin d’évaluer « les besoins d’une éventuelle mission de paix des Nations Unies ». L’Union africaine n’est pas en reste et, après avoir appelé au déploiement d’une telle force, elle entame des préparatifs de sa participation éventuelle en envoyant une mission d’information au Tchad, au Soudan et en République Centrafricaine le 13 février 2007.

 

À la mi-février, le Secrétaire-Général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, recommande l’envoi dans l’est du Tchad et dans le nord-ouest de la République Centrafricaine, d’une force multidimensionnelle de 6000 à 11000 personnes, comportant un volet politique, une mission de police et un volet militaire pris en charge par l’Union Européenne. Cette force aurait pour mission le rétablissement des conditions nécessaires au retour volontaire, durable et en toute sécurité des personnes réfugiées et déplacées (protection des réfugiés, personnes déplacées et autres civils en danger, facilitation de l’aide humanitaire, création des conditions favorables à la reconstruction et au développement économique et social dans la région). Elle viendrait compléter une éventuelle mission hybride ONU/UA au Darfour soudanais (MINUAD).

 

Le 25 septembre 2007, le Conseil de sécurité vote la résolution 1778 portant création d’une présence multidimensionnelle « composée de divers éléments dont l’élément spécial tchadien de maintien de l’ordre, des éléments de l’ONU comprenant des policiers, un personnel d’appui technique et la force militaire composée de troupes de l’Union européenne » . La Mission des Nations Unies en République Centrafricaine et au Tchad (MINURCAT) sera composée, au maximum, de 300 policiers, 50 officiers de liaison militaires et un personnel civil et l’opération militaire européenne baptisée Eufor-Tchad-RCA de 2500 à 3000 soldats.

 

Le mandat de la MINURCAT est prolongé et renforcé en janvier 2009 par la résolution 1861 du Conseil de sécurité. Ce renforcement de mandat est rendu nécessaire par le retrait de l'EUFOR Tchad-RCA, mission militaire déployée par l'Union européenne, en mars 2009. La MINURCAT hérite ainsi d'un volet militaire, ces responsabilités relevant auparavant de l'EUFOR.

 

Les effectifs de la mission n'atteindront cependant jamais le plafond théorique de 6000 hommes. Le président tchadien, Idriss Déby, sera prompt à qualifier la mission d'« échec » en janvier 2010 et exigera son non-renouvellement.

 

Alors que l'ONU et le gouvernement négocient les modalités du retrait de la MINURCAT, le mandat de la mission sera prorogé en mars, mai et octobre 2010. Le retrait progressif des troupes de la mission débute le 16 mai 2010 et la MINURCAT cesse d'exister le 31 décembre 2010.