Fiche d'information de l'État : Jordanie Jordanie

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Jordanie

Le Royaume Hachémite de Jordanie, pays du Moyen-Orient, est membre d’une seule organisation intergouvernementale engagée dans la conduite d’opérations de maintien de la paix : l’ONU (1955).

Politique de maintien de la paix

 

Depuis la création d’Israël en 1948, l’animosité entre l’État hébreu et ses voisins arabes a conduit à plusieurs conflits au Moyen-Orient. La Jordanie a été activement impliquée dans deux de ces guerres. Ces conflits ont mené au fil des ans à la mise en place de près de 10 missions de paix dans la région, principalement sous l’égide de l’ONU, dont quatre sont encore en cours : la FINUL, la FMO, la FNUOD et l’ONUST. Cette dernière mission, qui est chargée d’observer la trêve entre Israël et ses voisins, plus particulièrement ceux n’ayant pas encore signé de traité de paix avec Jérusalem (Syrie et Liban), est d’ailleurs en partie déployée en territoire jordanien.

 

La politique étrangère de la Jordanie, et par extension sa politique de maintien de la paix, est à bien des égards modelée par ces conflits passés et par les tensions présentes. La Jordanie voit ainsi sa politique étrangère et sa participation à l’ONU, notamment au travers de son engagement dans les opérations de paix, comme des instruments pouvant lui permettre de concilier son besoin immédiat de sécurité (désamorçage de tensions régionales) et son objectif - à plus long terme - de voir la région jouir d’un climat politique et sécuritaire serein propice au développement économique et à la libéralisation politique.

 

Selon le ministère jordanien de la Défense, la participation du pays aux efforts de paix et de sécurité découle d’une doctrine formée de cinq dimensions distinctes.

 

1 – Dimension politique. Toute participation du pays à une OMP doit permettre de défendre les intérêts nationaux, de manière directe ou indirecte. La défense de ces intérêts n’a cependant pas à être l’objectif premier de l’engagement du pays dans les OMP.

 

2 – Dimension sécuritaire. Selon les autorités jordaniennes, la stabilité du pays est inextricablement liée à la stabilité de la région. La sauvegarde de la stabilité au Moyen-Orient est donc vue comme un pilier de la politique de défense du pays.

 

3 – Dimension humanitaire. La participation de la Jordanie aux OMP ne se cantonne pas aux seules tâches traditionnelles de maintien de la paix. Elle inclut également une importante dimension humanitaire.

 

4 – Dimension religieuse. La Jordanie considère les OMP comme un moyen de transmettre et de promouvoir le message d’un Islam pacifique et tolérant, notamment dans les pays déchirés par des conflits ethnico-religieux impliquant des musulmans comme en Côte d’Ivoire ou au Soudan.

 

5 – Dimension internationale. La paix et la sécurité internationales ne sont pas l’apanage du Conseil de sécurité de l’ONU mais sont plutôt une responsabilité collective devant être partagée par chaque membre de la communauté internationale. Cette responsabilité peut être défendue par le respect des normes et traités internationaux, mais également par la promotion des principes de neutralité et d’impartialité.

 

La Jordanie est un pays aux moyens limités. Elle défend à ce titre une hausse des taux de remboursement pour le matériel appartenant aux contingents (COE). En tant qu’un des principaux fournisseurs de contingents de l’ONU, la Jordanie prône l’adoption de mandats plus clairs. C’est ainsi que les autorités du pays critiquent le concept de « Chapitre 6 et demi » et l’ambivalence de l’usage de la force par les troupes onusiennes qui l’accompagne. Le pays défend aussi toute initiative visant à combler le fossé grandissant entre les pays fournisseurs de contingents et les pays qui contribuent au budget de l’ONU et des OMP. Enfin, la Jordanie milite en faveur – avec les autres États du groupe des Small 5 (le Costa Rica, le Liechtenstein, la Suisse et Singapour) - d’une réforme des méthodes de travail du Conseil de sécurité.

Structures et processus décisionnels

Parmi les tâches que la Constitution jordanienne attribue aux forces armées du pays, aucune mention n’est faite à une quelconque participation à des efforts de paix dans un autre pays. Aucune interdiction de déploiement à l’étranger n’est toutefois explicitement présente dans la loi organique du pays et cette absence a ainsi été interprétée par les autorités jordaniennes comme un accord tacite à une participation du pays à des OMP.

 

La Jordanie étant une monarchie, l’engagement des troupes du pays dans des opérations de paix est régi par un décret royal. Ce décret, qui date du 15 novembre 2001 et qui est en fait un amendement de la Loi de 1964 sur le rôle des forces armées du pays, stipule pour la première fois que l’armée jordanienne peut prendre part à des opérations de paix sous la bannière de l’ONU « ou avec toute autre force internationale ». Ce document stipule également que les autorités jordaniennes peuvent déployer des soldats dans un pays afin d’en aider les forces armées, sur demande expresse du gouvernement légitime de ce pays, et afin de porter secours aux victimes d’une guerre ou d’une catastrophe naturelle.

 

Il convient de noter que cet amendement a soulevé l’ire de plusieurs parlementaires qui jugeaient que l’envoi de Casque bleus jordaniens dans des missions caractérisées par un contexte sécuritaire de plus en plus précaire contrevenait à la Constitution qui interdit de placer de manière délibérée des vies jordaniennes en danger.

 

La décision de déployer des troupes à l’extérieur des frontières nationales repose sur le Commandant suprême des forces armées, c'est-à-dire le roi. Lorsque l’ONU souhaite voir la Jordanie prendre part à l’un de ses efforts de paix, une demande est formulée au ministre de la Défense. Une étude de cette requête est effectuée par l’État-major de l’armée qui en transmet les conclusions au ministre de la Défense. Ce dernier fait ensuite part de ses recommandations au roi qui prend enfin une décision. Au cours de ce processus, le ministère des Affaires étrangères est informé, mais pas consulté. Afin que la Jordanie déploie des troupes dans une mission, il faut que celle-ci soit dument autorisée par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.

 

Depuis le début des années 2000, le pays déploie un nombre croissant de bataillons entiers, afin que ces unités formées soient plus efficace plus rapidement lors d’un déploiement. En ce qui concerne les Unités de police constituées, leurs différentes composantes ne sont toutefois pour l’instant assemblées que deux mois avant déploiement, d’où une efficacité moins optimale en début d’engagement.

Évolution du maintien de la paix

Depuis sa première participation à une OMP en 1989, la Jordanie a connu une évolution tant quantitative que quantitative de son engagement pour la paix. Ainsi, d’une douzaine d’observateurs militaires déployés au sein de l’UNAVEM I entre 1989 et 1991, le pays est passé, au cours des années 2000, à près de 4000 militaires, observateurs militaires, policiers et experts civils disséminés dans une dizaine de missions réparties sur quatre continents.

 

Parmi les jalons ayant marqué l’évolution de cette participation, il est important de mentionner l’engagement des troupes jordaniennes en ex-Yougoslavie dans le cadre de la FORPRONU qui verra le nombre de Casque bleus nationaux déployés sous la bannière de l’ONU passer de 15 à 3589 entre novembre 1991 et novembre 1994. La seconde moitié des années 1990 verra le pays réduire considérablement sa participation aux OMP. Celle-ci augmentera à nouveau entre 1999 et 2000, passant d’environ 200 Casques bleus à près de 3500, grâce à la décision des autorités du pays de s’impliquer dans la MINUSIL, la MINUK et l’ATNUTO. Dès lors, le niveau de participation ne descendra que très rarement en-dessous du seuil des 1500 Casques bleus grâce à une série de déploiements d’envergure au sein de la MINUEE, de la MINUSTAH, de l’ONUCI puis de la MINUAD.

 

L’évolution de la participation de la Jordanie s’est – tel que mentionné plus haut - également faite au niveau qualitatif. Si l’UNAVEM a permis au pays de s’habituer au déploiement d’observateurs militaires, la FORPRONU a donné aux troupes jordaniennes la possibilité de se confronter à la réalité d’une mission déployée sous le Chapitre VII de la Charte de l’ONU et dans un contexte sécuritaire difficile. Elle sera aussi l’occasion pour l’État-major jordanien l’occasion de déployer le premier hôpital de campagne d’une longue série, cet appui étant devenu au fil des années l’une des spécialités de l’armée jordanienne.

 

La fin des années 1990 permettra quant à elle au pays de procéder à ses premiers déploiements policiers, ce qui s’avèrera être une expérience positive en même temps qu’un tournant, puisqu’en date du 31 juillet 2011, le pays est le 2ème plus important contributeur de policiers avec 1886 CIVPOL déployés.

 

En 1996, l’armée ouvrira également un centre de formation visant à outiller les soldats devant être déployés au sein d’opérations de paix. A partir de 2003, ce centre accueillera ses premiers « étudiants » étrangers et deviendra rapidement le seul centre d’excellence de ce type dans la région. Des cours destinés au déploiement de civils seront également mis sur pied. La diversification grandissante des cours proposés et l’élargissement progressif du bassin de soldats et d’officiers formés en maintien de la paix auront eu un impact positif sur la participation du pays aux OMP au cours des années 2000.

 

Enfin, l’engagement du pays dans les OMP a récemment connu un autre tournant avec l’implication de troupes jordaniennes dans le processus de consolidation de la paix du Libéria au sein de la MINUL. Le pays dirige d’ailleurs depuis septembre 2010 la configuration spécifique de la Commission de consolidation de la paix pour le Liberia. En date du 31 juillet 2011, la Jordanie déploie 3958 Casques bleus dans sept OMP différentes.


Damien Larramendy

Agent de recherche au ROP


8 septembre 2011


Références