RECAMP

Retour au détail: RECAMP

 

Le programme RECAMP a été initié, développé et piloté par la France depuis 1994. Il est destiné à former, équiper et entraîner progressivement les pays africains afin que ces derniers soient en mesure d'assurer la sécurité du continent, sous l'égide de l'ONU et en accord avec l'Union africaine (UA).

 

Il s’inscrit dans la gamme plus globale d’instruments au service de la stabilité du continent (coopérations bilatérales, aide au développement, etc.) et est régit par les principes de multilatéralisme (sous-régions - CEDEAO, CEEAC, SADC... -comme cadre d’action privilégié), d’ouverture et de transparence. Il se présente comme complément du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD), programme émanant de l’Union Africaine, qui identifie la paix et la sécurité comme des conditions préalables à l’essor économique.

Un programme en trois volets et des acteurs variés

En liaison avec les Nations Unies, les activités dans le cadre de RECAMP visent à former, équiper et entraîner en s’appuyant sur des acteurs de nature différente.

 

La formation a pour objectif de compléter l’instruction militaire des participants, dans des domaines ciblés mais relevant exclusivement du maintien de la paix. Les écoles françaises et des établissements partenaires abritent ces formations, dispensées par des détachements des forces françaises prépositionnées en Afrique ou des pays partenaires. Des formations sont assurées ainsi en France au sein des instituts militaires français comme l’IHEDN ou au Collège Interarmées de Défense (CID). D’autres formations sont assurées en Afrique, dans les quatorze Écoles Nationales à Vocation Régionale (ENVR), notamment dans les écoles d’état-major au Mali et au Gabon. Le concept RECAMP recherche la coordination et la complémentarité des enseignements.

 

La partie entraînement a lieu selon un cycle de 2 ans et consiste en un séminaire politico-militaire, un exercice d’état-major et un exercice majeur avec les troupes sur le terrain. Il est conduit au sein d’une des organisations sous-régionales africaines (la CEDEAO, la CEMAC, l’IGAD, et la SADC) et s’adresse à des unités aptes à travailler en multinational. Des cycles intermédiaires dans les trois autres sous-régions et des exercices hors cycle peuvent être prévus.

 

Le volet Engagement est compris comme le soutien à des forces en opérations. Sous mandat onusien et en accord avec l’Union Africaine, les forces africaines bénéficient, dans l’exécution des missions de paix, du matériel et d’équipement pré-déployés en Afrique par la France et maintenus dans des dépôts sous contrôle français. En fonction des besoins de la mission et des États africains engagés sur le théâtre, un appui dans le domaine du transport stratégique peuvent être assurés par des États donateurs ou contributeurs non africains. Ces offres de projection de troupes restent généralement soumises à un accord d’Etat à Etat. RECAMP sert de cadre à la France pour l’appui à la coordination et la planification de mouvements militaires qui peuvent être terrestres, maritimes ou aériens.

 

Les acteurs sont nombreux mais essentiellement institutionnels et français

Le programme obéit aux principes du multilatéralisme, de l’ouverture à tous les pays africains volontaires sans discrimination, et de transparence des contributions financières. Ayant connu de bons résultats lors de premiers exercices, les cycles RECAMP connaissent désormais un accroissement régulier tant du nombre des pays contributeurs que de celui des pays donateurs. Mais les acteurs restent surtout français, bien que la France coordonne son action avec les Nations Unies et y associe l’Union européenne (UE) ainsi que ses États-membres. Elle mobilise ses deux ministères concernés :

 

Ministère des Affaires Etrangères


Ambassadeur RECAMP, Direction de la coopération militaire et de défense (DCMD), Direction Afrique et Océan Indien (DAOI), Direction générale de la coopération internationale et du développement (DGCID), Direction des Nations unies et des organisations internationales (NUOI), Direction de la coopération européenne (DCE), Le service de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC)

 

Ministère de la Défense


Organisme civil : Cabinet du Ministre, Délégation aux Affaires Stratégiques.

Organisme militaire : État-major des Armées (EMA, notamment Etat-major Interarmés de Force et Entraînement- EMIA-FE), l’Etat-major de chacune des Armées, les services de soutien, le Réseau permanent de coopération militaire (Attachés français de défense en Europe et en Afrique) et les forces françaises prépositionnées en Afrique.

Evolution de cette politique et les déploiements effectués

A ce jour, de nombreux cycles RECAMP ont été ou sont mis en oeuvre :

  • 1996-1998 : au profit principalement des pays de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Ce cycle a réuni quatre Etats et s’est achevé par l’exercice « Guidimakha » (couvrant les territoires du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal), auquel l’UEO a participé à titre d’observateur ;
  • 1998-2000 : au profit principalement des pays de la CEEAC (Communauté des Etats d’Afrique centrale). Il a réuni huit pays contributeurs et s’est conclu par l’exercice « Gabon 2000 ».
  • 2000-2002 : au profit principalement des pays de la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe). Il a réuni plus de 15 participants et s’est achevé par l’exercice « Tanzanite ».
  • 2004-2005 : au profit principalement des pays de la CEDEAO. Il s’achèvera par la tenue d’un exercice au Bénin.
  • 2005-2007 : à destination essentiellement de la CEEAC. Les conférences « retour d’expérience » de l’exercice SAWA 2006 et de clôture sont prévues pour le premier semestre 2007. A noter la participation de la cellule de planification stratégique et de conduite des opérations de l’UE et celle de l’Union africaine.
  • Le volet « engagement » du programme a été mise à l’épreuve a plusieurs reprises par la participation et le soutien à plusieurs opérations de paix :
  • Mise sur pied, équipement et soutien logistique de la MISAB (1997) en République Centrafricaine, composée de contingents provenant de six pays africains, devenue MINURCA en 1998, puis FOMUC en 2003 ;
  • Mise sur pied et soutien logistique d’un bataillon multinational dans le cadre de l’opération menée en Guinée-Bissau (1999) ;
  • Contribution à la mise sur pied de la MONUC en République Démocratique du Congo (2000-2001).
  • Lors de la création, en 2002, de la MICECI en Côte d’Ivoire, devenue aujourd’hui ONUCI.
  • Dans le cadre de la mission MUAS au Darfour, l’Union européenne et ses Etats membres, s’appuyant sur RECAMP ont offert un soutien dans les domaines de la planification, de la logistique, du transport aérien stratégiques et tactiques, ainsi qu’un renforcement des capacités d’observation aérienne, renforcement des capacités de commandement de l’Union africaine, transport des troupes africaines et contribution à leur formation (conférence des donateurs- Ethiopie).

 

Au fil des années, un certain nombre de pays se sont progressivement associés aux programmes mis en œuvre dans le cadre de RECAMP, notamment dans le domaine de la formation des cadres et des contingents africains appelés à participer à des opérations de maintien de la paix . Parmi ces Etats figurent les Etats-Unis, le Royaune-uni et le Danemark. Cependant la collaboration reste limitée, les Britanniques (par l’intermédiaire du British Peace Support Team - BPST) et les Américains (via « African Crisis Response Initiative -ACRI » puis « African Contingency Operations Training Assistance -ACOTA ») ayant leur propre programme d’aide au maintien de la paix en Afrique. Un accord en 1997 (« Accord P3 franco-americano-britannique) tente de coordonner ces initiatives. A travers une collaboration avec le BALBAT (« Bataillon balte de maintien de la paix ») et la BIRFA, le Danemark a mis en place un programme qui s’adresse essentiellement aux pays de la SADC.

 

Afin d’en réduire les coûts, le cercle des États contributeurs et donateurs est devenus essentiellement européen, mais pas uniquement. Il accueille d’autres États comme le Japon, le Canada ou encore l’Inde. RECAMP s’insère progressivement dans la politique africaine de l’Union Européenne et avec d’autres partenaires, afin de soutenir plus efficacement les efforts de l’Union Africaine.

 

Outre les partenaires étatiques, RECAMP se tourne vers les Organisations humanitaires, gouvernementales ou non, afin de faire participer celles-ci aux séminaires politico-militaires, et de permettre aux stagiaires d’avoir une approche globale de la gestion crise, notamment dans sa phase post-conflit. Il s’agit de mieux comprendre les enjeux à mettre en oeuvre conjointement et dans le même mouvement les moyens logistiques des armées des pays impliqués, et les réseaux et la connaissance du terrain des organisations civiles, gouvernementales ou non, afin de permettre une ou des actions rapides et efficaces.

 

RECAMP n’a pas pour vocation première de se transformer en lieu de coopération civilo-militaire. Pourtant les expériences africaines mettent en évidence, d’une part le rôle important des ONG humanitaires dans le rétablissement rapide de la paix, et, d’autre part des sociétés civiles locales pour garantir la paix, particulièrement après un conflit.

 

La voie globale choisie visant à lier les militaires, les ONGs (en les intégrant aux séminaires et en les consultant) et les sociétés civiles (mettre en liaison les besoins de la société civile avec les financements et les savoir-faire pour accomplir certains projets) semble aller dans le sens d’ouverture voulu par le concept, mais aussi dans le sens de l’adaptation de cet outil aux nouvelles données de la gestion de crise.

 

Samir Battiss

Chargé de recherche 
Chaire de recherche du Canada en politiques étrangère et de défense canadiennes
Université du Québec à Montréal (UQAM) 
Doctorant, Université Paris Panthéon-Assas (Paris II)

 

Références

BAGAYOKO-PENONE, Dr. Niagalé, "Le rôle de la CEDEAO dans la gestion des conflits en Afrique de l’Ouest", in Guide du maintien de la paix 2005, Jocelyn Coulon (dir.) Athéna Éditions 2004, pp. 125-145.

BAGAYOKO-PENONE, Dr. Niagalé, , Afrique : les stratégies française et américaine, L’Harmattan, 2003, 619 pages.

BANGOURA, Dominique , "Les Forces Africaines de Paix", Géopolitique africaine, No. 7-8 Eté - Automne 2002

DUMOULIN, Andréì, La France militaire et l’Afrique, Bruxelles - GRIP-Editions Complexe, 1997. 125 p.

DUMOULIN, Andréì, "La France et la sécurité en Afrique subsaharienne", revue Problèmes, Politiques et Sociaux, La Documentation Française, pp. 1-72.

FRANCESCHI, Philippe, "Concept Recamp, PESD et Gendarmerie", Revue Défense Nationale, 2005, vol. 61, p. 101-110

MOUTON, Claude, "Pour une doctrine de sécurité en Afrique sub-saharienne", Géopolitique africaine, No. 5 Hiver 2002.

OLONISAKIN, Funmi. Reinventing peacekeeping in Africa : conceptual and legal issues in ECOMOG operations, The Hague ; Boston : Kluwer Law International, 2000. vol xxiii, 246 p.

PIAT DUROZOI, Isabella, "Le Concept Recamp revu et repensé à l’occasion de la crise ivoirienne", in La politique de sécurité de la France en Afrique, ed. L’Harmattan 2004 p. 243-253

ROTBERG Robert I., ALBAUGH, Ericka A., Preventing conflict in Africa : possibilities of peace enforcement / by. Cambridge, Mass. : World Peace Foundation, 1999. 109 p.

Ministère français de la Défense nationale, Etat-major des Armées, Concept de renforcement des capacités africaines au maintien de la paix (R.E.C.A.M.P.), document PIA 03.121 N° 970/DEF/EMA/EMP.1/NP du 21 Septembre 2004

 

Documents

 

22 sept. 2011

Concept interarmées - Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix


France, Ministère de la Défense et des anciens combattants

PDF 5 Mo
 
Tous les documents +

Références