Historique de l'opération MINUSTAH

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MINUSTAH       Haïti

Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti

 

Ayant estimé que la situation en Haïti continuait de constituer une menace pour la paix et la sécurité internationales dans la région et agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, le Conseil de sécurité a décidé, par sa résolution 1542 du 30 avril 2004, d'établir la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) et a demandé que la passation des pouvoirs de la Force multinationale intérimaire à la MINUSTAH se fasse le 1er juin 2004. La MINUSTAH a pour mandat d'assurer un climat sûr et stable, d'appuyer le processus politique et de contribuer au respect des droits de l'homme.



Historique des interventions internationales

 

En dépit d’avoir été la 1ère république libre à voir le jour dans les Antilles, Haïti est, au début du XXe siècle, en état d'insurrection quasi permanente, notamment à cause des clivages entre les élites dites « noires » et « mulâtres » du pays. Cette situation favorise l'invasion et l’occupation de l'île par les troupes américaines de 1915 à 1934. Suite au retrait des troupes américaines, le pays est de nouveau plongé dans une instabilité politique intermittente. En septembre 1957, François Duvalier remporte les élections présidentielles, marquant le début du règne d’une dynastie dictatoriale qui ne prendra fin qu’en 1986 lorsque Jean-Claude Duvalier, surnommé « Baby Doc », sera renversé par une insurrection populaire et que la démocratie s'établira peu à peu en Haïti. En décembre 1990, l'ancien prêtre Jean-Bertrand Aristide remporte les élections présidentielles, mais un coup d'État militaire mené par lieutenant-général Raoul Cédras, soutenu par la bourgeoisie d'affaires haïtienne et par les États-Unis, le renverse dès le mois de septembre. Aristide s'exile aux États-Unis.

 

C’est dans ce contexte d’extrême volatilité politique que se déploie en février 1993 la première intervention des Nations Unies en Haïti, la Mission civile internationale conjointe ONU-OEA en Haïti (MICIVIH), afin de surveiller le respect des droits humains sous le régime militaire. En septembre 1993, le Conseil de sécurité établit la première opération de maintien de la paix dans le pays, la Mission des Nations Unies en Haïti (MINUHA) créée à l’origine pour aider à appliquer certaines dispositions de l’Accord de Governors Island signé par MM. Aristide et Cédras le 3 juillet 1993. Toutefois, la MINUHA ne pourra être complètement déployée en raison du refus de coopérer de la part des autorités militaires haïtiennes.

 

Le 31 juillet 1994, le Conseil de sécurité autorise, par sa résolution 940, le déploiement d’une force multinationale de 20 000 membres pour faciliter le retour rapide des autorités haïtiennes légitimes, maintenir la sécurité et la stabilité dans le pays et promouvoir l’état de droit. Suite à une médiation américaine, Raoul Cédras accepte de partir en exil au Panama le 18 septembre 1994, laissant la voie libre au déploiement de cette force multinationale et au retour au pouvoir de Jean-Bertrand Aristide. Ce déploiement international est suivi d’une série de missions successives des Nations Unies de 1994 à 2001, dont notamment la MINUHA qui réussit finalement à assumer l’intégralité de ses fonctions de mars 1995 à juin 1996. Par la suite, la Mission d’appui des Nations Unies en Haïti (MANUH) est déployée de juin 1996 à juillet 1997 pour appuyer le gouvernement haïtien dans ses efforts pour améliorer les compétences professionnelles de la police et pour maintenir des conditions de sécurité et de stabilité propices au succès des efforts en cours pour créer et former une force de police nationale efficace.

 

La Mission de Transition des Nations Unies en Haïti (MITNUH) poursuit les efforts de professionnalisation de la Police nationale entre juillet et novembre 1997, notamment en formant trois unités spécialisées dans le contrôle des foules, les interventions rapides et la sécurité du Palais présidentiel. Finalement, la Mission de Police civile des Nations Unies en Haïti (MIPONUH) entend parachever l’assistance onusienne pour la professionnalisation de la Police nationale et la formation d’unités spécialisées entre novembre 1997 et mars 2000.

 

Tout au long de cette période, des faits positifs sont enregistrés mais les réformes sérieuses tardent à se concrétiser. À l’issue des élections présidentielles et parlementaires de 2000, le Président Aristide et son parti Fanmi Lavalas se déclarent vainqueurs alors que le taux de participation n’a pas dépassé 10 %. L’opposition ainsi que les membres de la communauté internationale contestent les résultats et accusent le gouvernement de manipulation. Le dialogue engagé ultérieurement entre le gouvernement et l’opposition n’aboutit pas et les relations entre les deux parties se détériorent. La CARICOM et le Groupe des Six, à savoir les Bahamas (pour la CARICOM), le Canada, l’Union européenne, la France, l’OEA et les États-Unis, offrent d’ailleurs, sans succès, leur médiation.

 

Insurrection de 2004

 

Au début de février 2004, une insurrection éclate dans la ville des Gonaïves et les combats touchent quelques jours plus tard d’autres villes. Les insurgés prennent progressivement le contrôle d’une grande partie du nord du pays. À partir de ce moment, certains membres des forces armées, dont les unités avaient été dissoutes par Aristide, reviennent dans le pays et occupent des villes du plateau central. Divers groupes armés hétéroclites constitués par des communautés locales, des paramilitaires, des milices, des bandes criminalisées ou encore par des prisonniers évadés, se joignent aux insurgés. Cette insurrection entraine l’effondrement presque total des institutions chargées de la sécurité dans le pays.

 

Malgré les efforts diplomatiques, l’opposition armée menace de marcher sur la capitale haïtienne. Tôt le matin, le 29 février 2004, M. Aristide quitte le pays et, le soir même, le Représentant permanent d’Haïti auprès de l’ONU présente la demande d’assistance du Président intérimaire, Boniface Alexandre, par laquelle l’autorisation est donnée aux contingents internationaux d’entrer en Haïti. Pour faire suite à cette demande, le Conseil adopte ce même jour la résolution 1529 autorisant le déploiement d’une force multinationale intérimaire, se déclarant prêt à créer ensuite une force de stabilisation des Nations Unies. La Force multinationale intérimaire se déploie sans délai en Haïti.

 

Le 4 mars, un conseil tripartite est mis sur pied. Ce conseil est constitué de trois personnes représentant le parti Fanmi Lavalas, la Plate-forme démocratique et la communauté internationale. Ce groupe désigne le lendemain sept personnalités éminentes pour former un Conseil des sages représentant des secteurs clefs de la société haïtienne. Le 17 mars 2004, le Premier ministre, Gérard Latortue, forme son gouvernement. Afin de parvenir à un large consensus politique concernant les activités du gouvernement de transition, un pacte politique dénommé le « Consensus de transition politique » est signé par le Premier ministre au nom du gouvernement de transition, les membres du Conseil des sages, les représentants des groupes politiques et les organisations de la société civile. Le parti Fanmi Lavalas, reste toutefois en marge du Consensus.

 

Les signataires du Pacte parviennent à un accord général sur la transition politique, qui se concrétise par la tenue d’élections municipales, parlementaires et présidentielles en 2005 et qui prendra fin avec l’installation du nouveau président élu. Le Pacte définit aussi les actions que le gouvernement de transition doit entreprendre dans un ensemble de domaines, dont la sécurité, le développement, la lutte contre l’impunité et la corruption, la professionnalisation de la Police nationale, la réinsertion des anciens éléments armés, la réforme judiciaire et le renforcement institutionnel des partis politiques et des organisations de la société civile. De plus, des Commissions sont prévues pour examiner les violations des droits de l’Homme et les questions relatives à l’ancienne armée. Le Pacte prévoit également que les signataires engagent des discussions avec l’ONU concernant le statut de la Force multinationale intérimaire et de l’opération de maintien de la paix qui la remplacera.

 

La création et les premières années de la MINUSTAH

 

Le 30 avril 2004, le Conseil de sécurité adopte la résolution 1542, qui établit la MINUSTAH pour une période initiale de six mois afin de prendre la relève de la force multinationale intérimaire à partir du 1er juin 2004. Dans son rapport au Conseil de sécurité sur la MINUSTAH, daté du 13 mai 2005, le Secrétaire général indique que depuis sa création, la MINUSTAH a réalisé des progrès fragiles et que des problèmes essentiels restent encore à régler au moment où la transition politique entre dans une phase cruciale. De plus, le Secrétaire général mentionne que le programme de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) ne progresse pas assez rapidement pour que la situation en matière de sécurité s’améliore. Par conséquent, il propose que la mission déploie un bataillon d’infanterie supplémentaire de 750 soldats afin d’intervenir rapidement aux « points chauds » pendant la période préélectorale ainsi qu’une hausse des effectifs militaires et policiers. Il recommande également que le mandat de la mission soit prorogé jusqu’au lendemain du processus électoral et l’installation du nouveau gouvernement élu en Haïti.

 

Par sa résolution 1608 du 22 juin 2005, le Conseil proroge le mandat de la MINUSTAH jusqu’au 15 février 2006 et accepte les propositions du Secrétaire général concernant le renforcement temporaire de la mission. Au cours de l’année 2005, La mission fait face à de graves difficultés dans les domaines politiques et sécuritaires. Bien que le processus électoral ait progressé, des obstacles d’ordre technique et l’état embryonnaire du dialogue politique ralentissent le déroulement des actions de la mission. Les élections sont repoussées.

 

En août 2006, suite à la tenue pacifique des élections présidentielles et législatives  au cours desquelles René Préval et son parti sont réélus, le Conseil de sécurité décide de proroger le mandat de la MINUSTAH et d’augmenter à nouveau ses effectifs (résolution 1702) à 7200 soldats et près de 2000 policiers. En plus de poursuivre son programme de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR), la mission lance aussi des opérations de police contre la violence et le crime organisé à Cité-Soleil. Malheureusement, plusieurs bandes en profitent pour se réfugier dans les campagnes, où ils terrorisent les habitants. Malgré les manifestations contre sa présence et quelques décès de Casques bleus, la MINUSTAH continue ses engagements en lien avec son mandat, qui est à nouveau prorogé en octobre 2007 (résolution 1780) par le Conseil de sécurité qui augmente les effectifs de la composante policière.

 

La MINUSTAH apporte un soutien sécuritaire et logistique à la Commission électorale provisoire dans l’organisation des élections locales, municipales et législatives du 29 avril 2007 qui se déroulent dans un calme relatif. Au début de l’année 2008, la MINUSTAH poursuit ses activités avec la Police haïtienne et le gouvernement quant à l’amélioration de la sécurité aux frontières. De plus, elle élargit ses activités aux ports en mettant en place une unité maritime.  Le Conseil de sécurité proroge le mandat de la mission pour une année supplémentaire en octobre 2008 et souscrit à la recommandation du Secrétaire général (S/2008/586) de ne pas reconfigurer la MINUSTAH avant que l’important renforcement prévu des capacités de la Police nationale d’Haïti ne permette de réévaluer la situation.

 

Un an plus tard, le Conseil de sécurité proroge de nouveau le mandat de la mission et raffine celui-ci en ce qui concerne le rôle de la mission dans le processus politique en cours en Haïti, notamment lors du processus devant mener aux élections de février 2010. Les effectifs globaux autorisés sont donc maintenus mais reconfigurés en faveur de la composante policière. Cette décision reflète bien l’évolution de la situation sécuritaire et politique sur le terrain. En effet, d’une part, la situation dans le pays est redevenue relativement calme et il est peu probable que la mission soit appelée à moyen terme à mener des opérations sécuritaires à grande échelle : les principales menaces potentielles à la stabilité sont désormais liées aux bandes organisées, aux criminels et autres groupes armés, à la corruption et à la violence qui accompagnent les trafics illicites, ainsi qu’aux troubles civils d’envergue. D’autre part, la reconfiguration de la mission répond à un désir des dirigeants haïtiens de voir la mission délaisser une approche principalement sécuritaire au profit de la promotion du développement économique.


Tremblement de terre du 12 janvier 2010

 

Au début de l’année 2010, une terrible catastrophe vient anéantir en grande partie les progrès effectués par la MINUSTAH dans la reconstruction de l’État haïtien. Le 12 janvier, un tremblement de terre de magnitude sept sur l'échelle de Richter frappe Haïti. Plus de 220 000 personnes trouvent la mort, plusieurs milliers sont gravement blessés, et environ 1,5 million se retrouvent sans-abri. Le tremblement de terre a détruit une partie de la capitale, a rendu plusieurs infrastructures vitales inutilisables et a sérieusement hypothéqué l’économie déjà fragile du pays, compromettant ainsi les efforts de consolidation de la paix en cours. Il devient évident que les élections prévues en février ne pourront pas avoir lieu et que le gouvernement, dont certains membres sont morts ou portés disparus, ne sera pas en mesure de redevenir rapidement fonctionnel. De plus, de nouvelles menaces apparaissent suite au tremblement de terre, notamment celles posées par les anciens meneurs de bandes organisées qui se sont échappés de prison, avec dans certains cas des uniformes et des armes volés à la Police nationale. Certains d’entre eux regagnent d’ailleurs leurs anciens quartiers, provoquant des luttes pour le pouvoir entre anciens et nouveaux chefs.

 

La MINUSTAH est également sévèrement affectée par ce séisme. Le quartier général de la MINUSTAH à l’hôtel Christopher s’est effondré et les bureaux et autres installations d’organismes des Nations Unies situés aux alentours ont été gravement endommagés. Au total, 101 employés de la mission ont perdu la vie, dont les principaux dirigeants, y compris le Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la MINUSTAH, Hédi Annabi. Le 14 janvier, le Secrétaire général dépêche en Haïti le Sous-secrétaire général chargé du Bureau des opérations au Département des opérations de maintien de la paix, Edmond Mulet, pour y être Représentant spécial par intérim.

 

L’ampleur des destructions causées par le tremblement de terre provoque d’importants problèmes pour les premiers secours, particulièrement en ce qui concerne l’accès aux personnes dans le besoin. L’aéroport de Port-au-Prince est rouvert le 13 janvier et, suite à la réouverture du port le 22 janvier, l’accès aux secours s’améliore rapidement. L’arrivée de la saison des pluies complique aussi grandement la relocalisation des personnes ayant perdu leur foyer. En dépit des pertes considérables qu’elle a subies, la MINUSTAH fait des efforts extraordinaires pour rapidement rétablir ses capacités à venir en aide à la population et assurer la sécurité des opérations humanitaires.

 

Le 19 janvier 2010, en adoptant la résolution 1908, le Conseil de sécurité approuve la recommandation du Secrétaire général d’augmenter les effectifs de la mission afin d’appuyer les efforts immédiats de relèvement, de reconstruction et de stabilisation.

 

Suite à cette catastrophe, la question de la reconstruction d’Haïti devient pressante. Le 18 février, le Premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive, lance officiellement une mission d’évaluation des besoins conduite par le gouvernement haïtien, la Banque interaméricaine de développement, la Banque mondiale et l’Union européenne. Cette évaluation est utilisée par le gouvernement pour formuler un Plan d’action pour le relèvement et le développement national d’Haïti. Le 31 mars, ce Plan d’action est présenté aux donateurs internationaux réunis à New York. Ceux-ci s’engagent à verser plus de 9 milliards de dollars, dont 5 milliards pendant la période 2010-2011. Le gouvernement haïtien indique qu’il confiera, dans un premier temps, la gestion des fonds à la nouvelle Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti, coprésidée par M. Bellerive et par l’ancien président américain Bill Clinton. Cependant, lors de la première rencontre de la Commission, seuls le Brésil et la Norvège transmettent à la Banque Mondiale l'argent promis.

 

Premier tour des élections présidentielle et législatives de 2010-2011 (voir dossier spécial)

 

Le 30 juin 2010, le président haïtien René Préval signe un décret fixant la date du premier tour des élections présidentielles et législative au 28 novembre 2010. La première étape du processus électoral, outre la mise en œuvre des nombreux préparatifs logistiques et sécuritaires, est la période de validation des candidatures. Une mission d’observation électorale conjointe de l’OEA et de la CARICOM est déployée au mois d’août. Suite à la validation des candidats par le CEP, cette mission conjointe estime le processus pré-électoral crédible et les deux organisations annoncent leur intention de déployer une importante mission d’observation électorale en Haïti. La campagne électorale du premier tour est marquée par l’éclatement d’une épidémie de choléra et par le passage dévastateur de l’ouragan Tomas. Devant la gravité de la situation, quatre des 19 candidats à la présidence demandent un report du scrutin. Cependant, l’idée de repousser les élections est rejetée par plusieurs acteurs internationaux, notamment par l’UE et par l’ONU qui estiment qu’un tel report pourrait mettre en péril la stabilité politique du pays.

 

Les élections vont ainsi de l’avant et le scrutin, le 28 novembre 2010, se déroule dans un calme relatif. Plus de 3 200 agents de police de la MINUSTAH, 4 500 policiers haïtiens et 4 200 agents de sécurité sont déployés à travers le pays pour assurer la sécurité. Toutefois, quelques allégations de fraude poussent douze des candidats présidentiels à demander une annulation du scrutin. Au lendemain des élections, des milliers d’Haïtiens manifestent à Port-au-Prince, marquant le début d’une longue période de protestation des résultats. La réaction des observateurs électoraux  varie beaucoup, certains qualifiant le scrutin de « farce évidente », alors que la mission d’observation conjointe OEA- CARICOM estime que les irrégularités n’empêchent pas le scrutin d’être valide. Bien que la contestation vise principalement le CEP, l’ONU est également accusée d’avoir manipulé le vote lors du transport de certaines urnes par la MINUSTAH.

 

Jusqu’à quelques heures avant la divulgation officielle des résultats, de nombreuses sources laissent entendre que Martelly et Manigat disposent d’une avance confortable sur les autres candidats. C’est donc la surprise qui prévaut lorsque le CEP annonce que Mirlande Manigat arrive en tête et que Jude Célestin devance légèrement Michel Martelly. Immédiatement, cette annonce entraîne des manifestations violentes dans les rues de la capitale et des affrontements avec les forces de l’ordre font quatre morts et plusieurs blessés. Face à cette situation, le CEP décide d’enclencher le 9 décembre une procédure d’urgence exceptionnelle de vérification. Cette annonce ne parvient pas entièrement à rétablir le calme chez les partisans de Martelly

 

Finalement, l’OEA décide de mettre sur pied à la fin décembre une mission d’assistance technique afin de superviser le recomptage. En attendant les résultats de cette mission, le CEP décide de repousser à une date ultérieure le deuxième tour. Le 13 janvier, la mission de l’OEA remet aux autorités haïtiennes son rapport final dans lequel elle recommande l’élimination du candidat du parti au pouvoir (Inité), Jude Célestin. Cette recommandation n’est pas appliquée par le gouvernement ou le CEP et c’est finalement le parti Inité qui décide de retirer son candidat.  Le 29 janvier, le CEP annonce la tenue du deuxième tour pour le 20 mars 2011.


Deuxième tour des élections présidentielle et législatives de 2010-2011

 

Le 20 mars, le 1er second tour d’une élection présidentielle dans l’histoire d’Haïti se déroule dans un calme relatif sous la surveillance des Casques bleus déployés à travers le pays. Le déroulement du scrutin est néanmoins marqué par de nombreux problèmes logistiques et un certain nombre d’irrégularités. De plus, des incidents violents causent la mort de trois personnes. La Mission d’observation électorale conjointe OEA-CARICOM affirme que le scrutin s’est déroulé selon les normes internationales : Michel Martelly est élu président tandis que le parti Inité récolte 46 des 99 sièges au Parlement et 17 des 30 sièges au Sénat.

 

Cependant, l’ONU et les principaux bailleurs de fonds font rapidement part de leurs doutes concernant les résultats des législatives. Par ailleurs, le président haïtien demande pour sa part une enquête indépendante afin de faire la lumière sur les allégations de plus en plus nombreuses de fraudes électorales dans le scrutin législatif. Une nouvelle mission d'experts de l’OEA et de la CARICOM recommande que le CEP annule l’élection de 19 candidats, 17 députés et deux sénateurs, appartenant majoritairement au parti Inité et soupçonnés de fraude électorale en collusion avec le CEP.

 

Dans 15 cas, le CEP suit les recommandations de la Mission Conjointe OEA-CARICOM et adopte les résultats préliminaires qui avaient déjà été publiés. Toutefois, dans trois cas, le CEP a, inexplicablement, ignoré les recommandations des observateurs, ce qui conduit à de nouvelles contestations et à la reprise du scrutin dans ces circonscription. De plus, une commission sénatoriale est créée par le président pour enquêter sur les allégations de fraude électorale et des mandats d’arrêt sont lancés contre trois membres du Conseil électoral provisoire, y compris son président.

 

Formation du gouvernement et projets politiques

 

L’opposition contrôlant à la fois l’Assemblée et le Sénat, la formation d’un gouvernement et la nomination d’un Premier ministre se révèlent être problématique pour le président Martelly ce qui conduit à une crise politique. Après deux nominations rejetées et un blocage de plusieurs mois, le président présente un troisième candidat, Gary Conille. En dépit de l’opposition de plusieurs élus, le parlement approuve finalement la candidature de M. Conille le 16 septembre, suivi par le sénat le 5 octobre. Les sénateurs et les députés approuvent la politique générale du nouveau Premier ministre suite à un compromis entre l'exécutif et le parlement. Un nouveau gouvernement est ainsi formé mettant fin à près de six mois d’impasse politique.

 

L’un des principaux projets mis de l’avant par le président et son nouveau gouvernement est la reconstitution d’une armée nationale, l’armée haïtienne ayant été démantelée en 1997 par l’ancien président Aristide après son retour d'exil. Peu après son élection, le nouveau président précise son projet de nouvelles forces armées expliquant avoir le soutien de la MINUSTAH pour mettre sur pied un force moderne qui puisse participer au développement du pays, avec un corps d'ingénierie, un corps médical, des agents forestiers, ainsi qu’une équipe qui puisse intervenir en cas de catastrophe naturelle et surveiller les frontières et les côtes afin de lutter contre les trafiquants de stupéfiants. Suite à la nomination du gouvernement, M. Martelly annonce la mise sur pied d'une commission civile responsable d'établir un calendrier en vue du retour des Forces armées d'Haïti. Au début janvier 2012, cette commission remet un premier rapport au président sur le mandat de la future armée.


Controverses : Choléra et abus sexuel

 

En 2010 et 2011, la MINUSTAH a été au centre de controverses qui ont ternis son image et sa réputation au sein de la population et qui ont ravivé le débat quant à son éventuel retrait. La première de cette controverse est le déclenchement de l’épidémie de choléra en octobre 2010 dont la responsabilité a depuis été attribuée à des Casques bleus népalais. Le 21 octobre 2010, l’Association médicale haïtienne annonce que le pays est touché par une épidémie de choléra qui a déjà fait 135 morts et infecté 1500 personnes. L’épidémie se déclare au nord de Port-au-Prince sur les rives du fleuve Artibonite et sa propagation est favorisée par les dégâts causés par l’ouragan Tomas et le nombre élevé de personnes encore déplacées suite au séisme du 12 janvier.  Le bilan de l’épidémie s’alourdit rapidement et la colère de la population se tourne contre la MINUSTAH, en particulier contre le contingent népalais, accusé d’être à l’origine de l’épidémie. Fin juin, une étude confirme la parfaite corrélation entre l'arrivée du bataillon népalais venant d'une région du Népal où sévissait une épidémie de choléra et l'apparition des premiers cas en Haïti. À la fin de l’année 2011, le choléra touche 5% de la population haïtienne soit quelque 450 000 personnes et menace de devenir endémique.

 

D’autre part, des soldats de la MINUSTAH ont été impliqués dans un scandale d’abus sexuel. Le 2 septembre 2011, la justice haïtienne déclare avoir ouvert une enquête sur le viol présumé d'un jeune homme de 18 ans par quatre soldats uruguayens de la MINUSTAH, après avoir pris connaissance d’une vidéo de l’agression circulant sur Internet. Les soldats et leur commandant sont rapidement rapatrié par dans leur pays et inculpés par la justice militaire. En attendant leur procès, les accusés sont toutefois libérés sous condition. Au début de l’année 2012 l’ONU ouvre une enquête sur de nouvelles allégations de viols et d’abus sexuels par des policiers de la MINUSTAH.


Vers un retrait de la mission?

 

En août 2011, le Secrétaire général de l’ONU présente un rapport (S/2011/540) qui recommande un retrait partiel de la MINUSTAH. Au cours de l’automne, les pays contributeurs à la mission font part de leur volonté de réduire le nombre de troupes déployées. En septembre, les ministres de la Défense et les ministres des Affaires étrangères des pays de l’Union des Nations Sud-américaines (UNASUR) contribuant à la MINUSTAH réunis à Montevideo en Uruguay estiment que le niveau de stabilisation du pays permet de réduire le nombre de troupes. Suite à cette réunion, le nouveau chef de la MINUSTAH, Mariano Fernandez, annonce vouloir demander  au Conseil de sécurité de réduire les effectifs de la mission. L’idée d’amorcer un retrait progressif de la mission est soutenue par le président Martelly et le Secrétaire général de l’ONU.  Toutefois, le sénat haïtien adopte une résolution fixant à octobre 2012 la fin du mandat de la MINUSTAH. Finalement en octobre 2011, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution par laquelle il proroge d’un an le mandat de la mission, et réduit ses effectifs militaires et policiers en retirant les renforts déployés suite au tremblement de terre.


16 février 2012