Fiche d'information de l'État : Kenya Kenya

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Kenya

Le Kenya est un pays d'Afrique orientale bordé par l'Océan Indien et partageant ses frontières terrestres à l'ouest avec l'Ouganda, au sud la Tanzanie, à l'est la Somalie, et au Nord le Soudan du Sud et l'Éthiopie. Le Kenya est membre de cinq organisations mandatées pour conduire des opérations de paix : l'ONU (1963), l'Union africaine (ex-OUA, 1963), l’EAC (2000), le Commonwealth (1963) et l'IGAD (1986).

Politique de maintien de la paix

 

Le Kenya bénéficie auprès des organisations onusiennes d'une grande crédibilité liée notamment à sa stabilité politique et à ses efforts en faveur de la stabilité régionale. Les autorités du pays s’appliquent à remplir les obligations de la Charte des Nations Unies en contribuant à de nombreuses opérations de paix. Les principes de base de sa politique étrangère sont articulés autour du bon voisinage et de la coexistence pacifique, du règlement pacifique des conflits, de la non-intervention dans les affaires internes d'un autre État, du non-alignement et de l'adhésion à la Charte des Nations Unies et de l'Union africaine. La paix et la stabilité constituent, selon les termes de sa politique étrangère, le pré-requis du développement socio-économique kenyan.


Le Kenya affiche sa préférence pour le règlement multilatéral des conflits à travers l’ONU et, dans une moindre mesure, l’UA. Le pays a ainsi souscrit au système de forces en attente des Nations Unies.


La priorité du pays pour le maintien de la paix et le multilatéralisme se traduit notamment par l’inauguration à Nairobi, en août 2001, de l’International Peace Support Training Centre (IPSTC), une école de formation à vocation régionale contribuant au programme de renforcement des capacités est-africaines. La participation du pays aux OMP est également nourrie par l’envoi régulier d’officiers de l'armée kenyane en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Pakistan et en Inde pour des formations complémentaires dans des institutions qui consacrent une partie de leur enseignement aux opérations de paix ou à la résolution des conflits. Enfin, le Defence Staff College Karen assure un certain nombre de formations en maintien de la paix, tant au niveau opérationnel qu’au niveau stratégique.  


Les autres thèmes liés au maintien de la paix auxquels le Kenya donne une importance particulière sont les réfugiés, l’environnement, la prolifération des armes légères, le terrorisme et la piraterie. Ces thèmes représentent tous, selon les dirigeants, des menaces pour l’Afrique de l’est en général et le pays en particulier.


Structures décisionnelles politiques et militaires

 

Lorsque le Kenya est sollicité pour participer à une OMP, cette sollicitation est étudiée par l’attaché militaire de la Représentation permanente du pays auprès des Nations Unies. La demande est ensuite transmise, avec les recommandations de l’attaché militaire, au ministère de la Défense qui en informe alors le Président du pays et l’ensemble du gouvernement. Le gouvernement rédige ensuite un rapport qui est présenté devant le Parlement. Aucun vote n’est toutefois pris sur le sujet au sein de l’Assemblée. Le ministre de la Défense, selon le résultat des différentes recommandations et consultations, au sein du gouvernement et avec le Président, donne alors une réponse à l’organisation demandeuse.

Il est intéressant de noter que le domaine de la politique étrangère est une prérogative du Président, le ministre des Affaires étrangères n’ayant qu’un rôle de conseil et d’exécution face aux décisions du Président en la matière.

En cas de déploiement, le quartier général de l'armée est responsable de la sélection et de l'entraînement des officiers et des hommes participant aux missions de paix. Il établit les objectifs de la formation, fournit la logistique, identifie les installations pour l'entraînement et supervise la formation.

Évolution de sa participation aux opérations de paix

 

Bien que le Kenya soit un pays relativement petit, il s'est imposé dans les débats sur la gestion des conflits par sa participation active et ancienne aux opérations de paix. Il fait partie, avec le Ghana et l'Afrique du Sud, des leaders africains en matière de prévention des conflits et de médiation. Il s'est ainsi impliqué aux niveaux diplomatique, humain et financier dans 36 missions de paix. Cet activisme en faveur de la paix a valu au pays d’être élu à deux reprises en tant que membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU en 1973-1974, puis en 1997-1998.  


La médiation

Depuis la crise au Congo dans les années 1960, le Kenya a été un élément très actif des médiations entreprises par l'Union africaine et l'IGAD. Il a acquis une crédibilité importante en matière de règlement pacifique des conflits et multiplié les entreprises de conciliation au Mozambique, en Angola, au Tchad, lors du conflit Erythrée-Éthiopie, etc. Il a également accueilli sur son territoire la conférence de réconciliation nationale somalienne. Au sein de l'IGAD, le Kenya s'est particulièrement illustré dans le processus de paix soudanais initié en 1993. Ses tentatives de conciliation visant à rétablir les relations diplomatiques entre l'Ouganda et le Soudan ont également été couronnées de succès. En 1997, l'ancien Président Moi avait réuni à Eldoret les Présidents ougandais et soudanais. Les négociations, menées avec le soutien du Centre Carter, aboutirent à l'accord de Nairobi en 1999. C'est également sous les auspices de son successeur Mwai Kibaki qu'a été signée la Déclaration de Nairobi de juin 2004 scellant l'accord de paix conclu entre le Gouvernement soudanais et le Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan. Enfin, plus récemment, le pays a joué un rôle important de médiateur dans la crise post-électorale en Côte d’Ivoire.


Le maintien de la paix


Le Kenya a largement collaboré aux efforts de maintien de la paix depuis l'envoi d'observateurs militaires au Zimbabwe en 1979 dans le cadre de la Force de supervision du Commonwealth (CMZF) et le déploiement de son premier contingent militaire en Namibie en 1989. Son action se concentre dans la corne de l'Afrique et dans son environnement régional proche mais des contingents kenyans ont également été déployés au Moyen Orient, dans les Balkans et en Asie.


La participation du Kenya en termes de ressources humaines s'est à la fois modifiée et accrue lors du changement démographique du personnel des opérations de paix dans les années 1990. En effet, si dans les premières missions de paix auxquelles il a participées, le Kenya a essentiellement déployé des observateurs militaires, le pays envoie en 1992 plus de 1000 troupes dans les Balkans, dans le cadre de la FORPRONU, qui suit un mandat plus robuste. Le pays a également servi de base arrière logistique à des opérations de paix notamment américaines au Sud-Soudan, en Somalie, dans la région des Grands lacs et dans le cadre du conflit Erythrée/Éthiopie. Plusieurs officiers de l'armée kenyane ont en outre occupé des postes importants au sein des missions onusiennes de la MINUL (Liberia), la MONUL (Liberia), la FORPRONU (République fédérale de Yougoslavie) ou encore de la MONUP (Croatie).


Si la fin du conflit yougoslave et la 2ème moitié des années 1990 voient Nairobi diminuer sa participation aux OMP, les années 2000 confortent à nouveau la place du pays parmi les principaux contributeurs au maintien de la paix sur le continent africain. Le Kenya participe ainsi à la MINUSIL (Sierra Leone) et à l’ATNUTO (Timor Leste) où plus de 1200 personnels sont déployés en 2000, puis également à la MINUEE (Ethiopie – Erythrée) et à l’ONUB (Burundi), la participation du pays dépassant la barre des 2200 troupes en 2004.  La 2ème moitié des années 2000 voit toutefois la participation du pays redescendre en dessous de la barre des 1000 personnels déployés, le principal lieu de déploiement étant le Soudan, où les autorités kenyanes poursuivent leurs efforts de paix suite à la déclaration de Nairobi entre Khartoum et le SPLM/A.


En octobre 2011, l’enlèvement de quelques touristes dans le nord du pays par des éléments du groupe islamiste Al-Shebab implanté en Somalie – enlèvements qui menacent l’industrie touristique du pays -  et les menaces que représentent les shebabs pour la stabilité régionale, incitent les autorités à déployer de manière unilatérale plus de 3000 soldats en appui à l’AMISOM. Ces militaires, qui permettent à la mission africaine de regagner le contrôle d’une grande partie du territoire somalien, sont finalement intégrés sous la bannière de l’UA en mars 2012.


En date du 30 mai 2012, le Kenya déploie 4019 troupes dans sept missions sur deux continents, dont 852 sous la bannière de l’ONU et 3158 sous la bannière de l’UA, ce qui en fait le 6ème principal fournisseur de personnels aux OMP. 

 

Sandrine PERROT

Chercheure post-doctorale au Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM).

Mis à jour le 19 juin 2012


Références

 

15 févr. 2012

The Kenyan Military Intervention in Somalia


International Crisis Group

PDF 5 Mo
 

 

31 juill. 2004

Les engagements africains envers la prévention de conflits et le maintien de la paix : Une revue de huit pays du NEPAD


ANING Kwesi, ADDO Prosper, BIRIKORANG Emma & SOWATEY Emmanuel. African Human Security Initiative

PDF 304 Ko
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