Historique de l'opération MINUT

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MINUT       Timor-Leste

Mission Intégrée des Nations Unies au Timor-Leste

 

Le Conseil de sécurité crée la Mission intégrée des Nations Unies au Timor-Leste le 25 août 2006 par le vote de la résolution 1704. Cette mission remplace le Bureau des Nations unies au Timor-Leste (BUNUTIL), avec comme grands objectifs d’appuyer le gouvernement timorais aux niveaux politique et sécuritaire, notamment par la réforme du secteur de la sécurité. Elle se termine le 31 décembre 2012, les élections nationales s'étant déroulées dans le calme et les forces de sécurité timoraises étant jugées comme aptes à assurer la sécurité du pays.



 

Contexte historique


Ancienne colonie portugaise, le Timor-Leste acquiert son indépendance le 20 mai 2002, 26 ans après que l’armée indonésienne ait envahi l’île en décembre 1975. L’occupation indonésienne est marquée par une lutte sanglante, la Commission pour la réception, la vérité et la réconciliation au Timor-Leste (CAVR, l’acronyme portugais) estimant qu’au moins 100 000 personnes ont été tuées entre 1974 et 1999. L’occupation n’a jamais été reconnue par l’ONU et, bien que des pourparlers réguliers aient été menés à partir de 1982 avec l’Indonésie et le Portugal, ce n’est qu’en 1999, après la démission du président indonésien Suharto, que les habitants de l’île peuvent entamer une consultation sur l’avenir de leur île. Le référendum, supervisé par l’ONU le 30 août, envoie un message clair lorsque 78,5% de la population timoraise se prononce en faveur de l’indépendance face à l’Indonésie.


La répression sanglante ayant suivi le scrutin mène toutefois à l’envoi d’une force multinationale sous commandement australien chargée de rétablir la sécurité, la Force Internationale pour le Timor Leste (INTERFET). Elle est mise en place le 15 septembre 1999 par la résolution 1264 et permet la création de l’Administration transitoire des Nations Unies au Timor oriental (ATNUTO). Autorisée par la résolution 1272 du 25 octobre 1999, celle-ci dispose de pouvoirs législatifs et exécutifs afin d’administrer le territoire jusqu’à son indépendance. L’INTERFET prend fin en 2000 et l’ONU officialise le passage de son action au Timor d’un rôle d’administration vers un rôle d’appui suite à l’indépendance du pays par la résolution 1410 du 17 mai 2002, résolution qui permet à la Mission d’appui au Timor Oriental (MANUTO) de succéder à l’ATNUTO. La MANUTO, qui doit assurer la sécurité de manière intérimaire et appuyer le développement de la police timoraise, sera elle-même remplacée en 2005 par un bureau politique, le Bureau des Nations Unies au Timor Leste (BUNUTIL).


Quatre ans après avoir acquis son indépendance, le Timor-Leste connait sa première crise grave en 2006. Le conflit opposant les militaires rebelles aux forces de police et à l’armée régulière est emblématique des problèmes post-indépendance du jeune État timorais, confronté à une crise économique, à des questions identitaires et à la normalisation de la vie politique suite à long conflit armé. Les soldats rebelles, considérés comme des héros nationaux par la population, réclament un traitement à la hauteur de leur contribution à l’indépendance. Originaires principalement de l’ouest, ils s’estiment victimes de discrimination par rapport à leurs homologues de l’est, une division déjà sensible pendant la lutte pour l’indépendance et aggravée par la structure du pouvoir mise en place depuis l’indépendance. En effet, les hautes fonctions gouvernementales sont occupées par d’anciens exilés et des représentants de l’est. Sourd aux revendications des 600 soldats rebelles, le gouvernement du Front révolutionnaire pour l'indépendance du Timor-Oriental (FRETILIN) dirigé par Mari Alkatiri décide au contraire de les révoquer. Les premières contestations violentes éclatent le 28 avril 2006 au cours d’une manifestation en faveur des soldats destitués. À partir de cette date, les troubles gagnent en intensité alors que des milices pro-gouvernementales se joignent aux forces régulières, et que des milliers d’habitants fuient la capitale Dili.

 

Le 24 mai, les autorités timoraises demandent aux gouvernements de l’Australie, de la Malaisie, de la Nouvelle-Zélande et du Portugal l’envoi urgent de forces militaires et policières, dans le but d’aider à rétablir rapidement l’ordre public, le respect de la loi, la normalité et la stabilité. Le 26 mai, les premiers éléments des forces multinationales de l’opération sont déployés afin de sécuriser l’aéroport de Dili dans le cadre de la Force internationale de stabilisation au Timor-Leste (ISF). Les violences de 2006 se seront soldées par la destruction de plusieurs habitations, la mort de 37 individus et le déplacement de 15 000 personnes, soit 15% de la population totale du Timor-Leste.

 

Le 21 juin, le président Xanana Gusmao, héros de la résistance élu à la présidence en 2001 avec l’appui de neuf partis politiques, mais sans celui du FRETILIN, menace de démissionner si le Premier ministre Alkatiri ne démissionne pas lui-même. Le Président accuse M. Alkatiri, d’avoir aidé à armer les milices pro-gouvernementales et d’avoir ordonné l’assassinat d’adversaires politiques. Cette dernière accusation sera plus tard rejetée par une commission d’enquête indépendante de l’ONU. Le 25 juin, les dirigeants du parti FRETILIN se réunissent pour discuter de l’avenir politique d’Alkatiri. Malgré les milliers de manifestants demandant la démission du Premier ministre pour éviter celle du président, les hauts responsables décident de maintenir Alkatiri à la tête du gouvernement. Cette décision entraîne la démission immédiate du ministre des Affaires étrangères et de la Défense, José Ramos-Horta. Le lendemain, le Premier ministre, malgré le soutien de son parti, décide tout de même de donner sa démission afin d’éviter celle du président. Suite au départ d’Alkatiri, José Ramos-Horta, qui n’appartient à aucun parti, retire sa démission et prend la tête du gouvernement de manière intérimaire. Il est finalement nommé de façon permanente au poste de Premier ministre par le président le 9 juillet 2007. Bien que ce changement à la tête du gouvernement ramène un semblant de calme dans le pays, les tensions entre les partisans du Premier ministre déchu et ceux du président continuent d’alimenter l’instabilité politique laissant ainsi présager un processus de réconciliation et de normalisation politique particulièrement mouvementé alors que se profilent les élections de 2007. De plus, la présence d’armes dans la population et l’impunité de ceux qui ont commis des crimes lors de la crise menacent également la stabilité.

 

La création de la MINUT


C’est dans ce contexte que l’Envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU au Timor-Leste, Ian Martin, recommande le déploiement d’une mission élargie de l’ONU dans le pays afin d’assurer la crédibilité des élections prévues en 2007. Selon M. Martin, « l’échec central révélé par la crise récente dans le pays concerne le secteur de la sécurité, et la reconstitution d’un service de police au Timor Leste est au cœur de la tâche qui attend cette nouvelle mission ».

 

Prenant en considération les recommandations de M. Martin, le Conseil de sécurité décide de déployer la Mission intégrée des Nations Unies au Timor-Leste (MINUT)  en adoptant le 25 août 2006 la résolution 1704. Cette nouvelle mission, d’une durée initiale de six mois, remplace ainsi le BUNUTIL avec des effectifs autorisés de 1608 personnes au sein de sa composante civile et de 34 officiers d’état-major et de liaison militaire. Le mandat de la MINUT est vaste et inclut notamment l’appui au gouvernement dans la consolidation des acquis et pour les élections parlementaire et présidentielle de 2007, ainsi qu’une collaboration avec la police et le secteur de la sécurité afin d’assurer le respect des droits de la personne. Toutefois, le climat politique et les conditions de sécurité restent instables dans la région. Le Conseil de sécurité de l’ONU décide donc, par la résolution 1745 du 22 février 2007, de proroger une première fois le mandat de la MINUT jusqu’au 26 février 2008.

 

L’action de la MINUT et les défis inhérents à sa mission


La MINUT s’active grandement dans l’encadrement des élections présidentielles de 2007, qui se déroulent dans un calme relatif. En mars 2007, le Président Gusmao annonce qu’il ne se représentera pas lors de l'élection présidentielle afin de se présenter aux élections législatives à la tête d’un nouveau parti politique, le Congrès national de reconstruction timoraise (CNRT). Ce sont ainsi le Premier ministre et candidat indépendant, Jose Ramos-Horta, et le président du FRETILIN, Francisco Guterres, qui arrivent en tête du premier tour de l’élection présidentielle du 9 avril. Lors du deuxième tour, qui a lieu le 9 mai, M. Ramos-Horta l’emporte avec près de 70% des voix. Par la suite, ce sont principalement les élections parlementaires du 30 juin 2007 qui occupent la mission. Bien que le FRETILIN, dirigé par Alkatiri, arrive en tête avec 21 députés élus, cela représente un important recul pour le parti de soit 34 sièges par rapport aux élections précédentes. Le CNRT quant à lui arrive en deuxième place avec 18 sièges. Aucun des sept partis ayant obtenu des sièges lors des élections n’étant en mesure de former un gouvernement majoritaire, d’intenses négociations s’engagent pour obtenir un consensus sur la formation du gouvernement. Suite aux élections, la MINUT s’engage tout de même à travailler de concert avec le futur gouvernement, en particulier dans les domaines de la gouvernance démocratique, de l’état de droit, du secteur de la sécurité et des programmes de développement socioéconomique.

 

Après un mois de concertations et de négociations extrêmement difficiles, en particulier en raison de l’animosité entre Gusmao et Alkatiri, le Président Ramos-Horta demande finalement au CNRT de former le gouvernement, le CNRT, contrairement au FRETILIN, étant parvenu à s’allier avec d’autres petits partis pour former l’Alliance de la majorité parlementaire (AMP) rassemblant 37 sièges. Le FRETILIN dénonce initialement ce gouvernement comme inconstitutionnel et plusieurs de ses militants manifestent avec violence, particulièrement dans l’est du pays. Cependant, le parti se résigne finalement à entrer dans l’opposition. En septembre 2007, le nouveau gouvernement est officiellement formé. En janvier 2008, le Secrétaire général de l’ONU invite néanmoins le Conseil de sécurité à proroger le mandat de la MINUT pour une durée de 12 mois, arguant que « malgré l’amélioration générale de la situation sécuritaire dans l’ensemble du pays, le Timor-Leste continue de faire face à d’énormes défis ».

 

Le 11 février 2008, des attentats menés par des soldats mutins blessent grièvement le président José Ramos-Horta à sa résidence tandis que le convoi du Premier ministre Xanana Gusmão échappe de peu à une embuscade, entrainant l’instauration de l’état d’urgence. Le chef des soldats dissidents, Alfredo Reinado, est tué lors de l’incident. Si elle est bien gérée par le gouvernement, cette crise remet néanmoins les problèmes de sécurité sur le devant de la scène. Le 25 février 2008, le mandat de la MINUT est renouvelé par le Conseil de sécurité jusqu’au 26 février 2009 (résolution 1802). La résolution étend le mandat de la mission, indiquant qu’elle doit poursuivre ses efforts afin d’améliorer l’efficacité du système judiciaire, appuyer la coordination des donateurs dans les domaines du renforcement des capacités institutionnelles et redoubler d’efforts pour contribuer à la poursuite de la formation, de l’encadrement, du développement institutionnel et du renforcement de la Police nationale timoraise.

 

Malgré les attentats de février 2008, la situation au pays demeure relativement stable. En mars 2008, le gouvernement timorais lance le Pacte international pour le Timor-Leste à l’issue de la première rencontre des partenaires du pays depuis 2006, qui a lieu du 27 au 29 mars. Les priorités nationales 2008 sont la sécurité et la sûreté publique, la protection et la solidarité sociale, les jeunes, l’emploi et la création de revenus, les services sociaux et la mise en place d’un gouvernement honnête et efficace. La MINUT élabore également une stratégie à moyen terme qui identifie quatre domaines d’action prioritaires : examen et réforme du secteur de la sécurité, renforcement de l’état de droit, promotion d’une culture de gouvernance démocratique et du dialogue et développement économique et social. Le gouvernement timorais et la MINUT signent également un accord général prévoyant le transfert graduel des responsabilités en matière de police vers la police nationale du Timor-Leste (PNTL). Tel que relevé par le Secrétaire général de l’ONU dans son rapport du 4 février (S/2009/72), ce transfert doit débuter en 2009 et se faire selon quatre critères : a) la capacité de la PNTL à intervenir de manière appropriée dans un district donné; b) la certification définitive d’au moins 80 % des policiers d’un district ou d’une unité devant être transférés; c) la disponibilité des moyens logistiques initiaux nécessaires; d) la stabilité institutionnelle, c’est-à-dire notamment la capacité à exercer les fonctions de commandement et de contrôle et l’acceptation par la communauté.

 

C’est dans ce contexte que, le 26 février 2009, le mandat de la MINUT est prorogé jusqu’au 26 février 2010 par la résolution 1867. Dans cette résolution, le Conseil de sécurité autorise la mission à fournir, dans les limites de son mandat, l’appui  nécessaire en prévision des élections locales prévues pour 2009, en réponse à la demande formulée par le gouvernement. Signe que la situation s’améliore, les 65 camps de déplacés mis en place à Dili et Baucau sont officiellement fermés sans incident notable en août 2009. Les élections locales, lors desquelles 67,5% des Timorais désignent les chefs et conseils des 442 villages du pays (sucos), se tiennent également avec succès en octobre. En janvier 2010, 92% des policiers de la PNTL ont reçu les certifications nécessaires pour fonctionner indépendamment. La transition des districts s’amorce en mai 2009 sur une base progressive. L’intégralité des districts doit être mise sous la responsabilité de la PNTL avant la fin 2010, mais le calendrier doit être repoussé. Ainsi, le Secrétaire général de l’ONU indique en février 2010 que le transfert de responsabilité à la PNTL n’a été fait que dans huit des onze districts du pays, la MINUT devant encore bien souvent aider les policiers timorais dans leurs tâches quotidiennes.

 

Calendrier préliminaire de transition

Date

Nom du district

14 mai 2009

Lautém

30 juin 2009

Oecussi

25 juillet 2009

Manatuto

11 septembre 2009

L’académie de police

septembre 2009 à janvier 2010

Viqueque

septembre 2009 à janvier 2010

L’unité maritime et les services de renseignement

12 avril 2010

Ainaro

16 avril 2010

Baucau

7 septembre 2010

Liquiça

10 septembre 2010

Ermera

 


En janvier 2010, une équipe d’évaluation technique de l’ONU conclut que « toute la classe politique ainsi que la société civile dans son ensemble » souhaitent que l’ONU poursuivre son appui jusqu’en 2012 dans les quatre domaines prioritaires identifiés en 2008, à savoir le secteur de la sécurité, l’état de droit, la gouvernance et développement économique et social. Leurs conclusions sont présentées dans le rapport du Secrétaire général du 12 février 2010 (S/2010/85). Quelques jours plus tard, la nouvelle chef de la MINUT, Ameerah Haq, entrée en fonction au début de l’année, témoigne devant le Conseil de sécurité de l’ONU et affirme que des progrès remarquables ont été faits depuis les évènements de 2006 et que le Timor-Leste a atteint une nouvelle étape où les efforts doivent se concentrer sur les mesures nécessaires à la durabilité de la stabilité, à la consolidation de la démocratie, à la réduction de la pauvreté et au renforcement des institutions.

 

Le mandat de la MINUT est ainsi prorogé le 26 février 2010 par le Conseil de sécurité jusqu’au 26 février 2011 (résolution 1912) pour permettre la restitution de la sécurité de la totalité des districts à la PNTL. Le Conseil de sécurité demande de plus à la MINUT de fournir, dans les limites de son mandat, l’appui nécessaire en prévision des élections municipales si le gouvernement timorais le demande. Le gouvernement reportera finalement ces élections après l’élection présidentielle et les élections législatives de 2012 pour des raisons logistiques. La résolution 1912 prévoit également la reconfiguration de la composante policière de la MINUT, notamment par une baisse des effectifs, à mesure que le processus progressera.

 

En avril 2010, lors de la huitième réunion annuelle des partenaires du développement du Timor Leste, le Premier ministre Gusmao lance un plan de développement stratégique intitulé « Du conflit à la prospérité » portant sur la période 2011-2030. En soulignant que l’agriculture, les ressources naturelles et le tourisme sont des secteurs stratégiques qui devraient permettre de lancer la croissance économique, M. Gusmao espère ainsi faire du Timor « un pays à revenu moyen dans les 15 à 20 ans ». Des consultations publiques sont organisées dans chacun des 65 sous-districts du pays, entre le 19 avril et le 11 septembre, afin d’expliquer les principaux objectifs du projet, d’indiquer comment les communautés locales peuvent participer au développement du pays et de répondre aux questions et propositions de la population.

 

En septembre, le vice-Premier ministre du Timor-Leste, Mario Carrascalao, annonce sa démission en raison d’un différend avec le chef du gouvernement à propos d’une affaire de corruption présumée. Toutefois, le Parti social-démocrate auquel il appartient fait publiquement savoir qu’il ne se retirerait pas de la coalition gouvernementale AMP, afin de ne pas compromettre la stabilité du gouvernement.

 

Au cours de l’année 2010, plusieurs districts continuent d’être transférés sous la responsabilité de la PNTL. La police nationale reprend ainsi sa fonction principale dans le district d’Ainaro le 12 avril, de Baucau le 16 avril, de Liquiça le 7 septembre,  d’Ermera le 10 septembre,  d’Aileu le 21 septembre et de Manufahi le 24 septembre. La PNTL reprend également la responsabilité du Service des gardes frontières, du Service des migrations et du Bureau national d’Interpol. Avec ces transferts, la PNTL assume de nouveau ses responsabilités dans 10 districts et 6 services. Le programme d’enregistrement, de sélection et de certification des gants de police progresse, atteignant au taux de certification de 94%.

 

En octobre 2010, la chef de la MINUT affirme devant le Conseil de sécurité que la planification du transfert des activités de la MINUT aux institutions timoraises jusqu’en 2012 constitue un élément essentiel pour garantir la stabilité politique et sécuritaire du pays. En effet, bien que la situation soit généralement calme, plusieurs accrochages violents entre groupes de jeunes continuent de poser des risques sécuritaires, le plus grave d’entre eux ayant fait un mort, deux blessés et détruit 24 habitations le 16 décembre 2010. Ainsi, dans son rapport S/2011/32 du 25 janvier 2011, le Secrétaire général de l’ONU recommande de proroger le mandat de la MINUT pour 12 mois afin que la composante police de la MINUT soit encore présente durant les élections, après quoi il est prévu de procéder à une réduction rapide de cette composante, en tenant compte de la situation sur le terrain et des conclusions d'une évaluation indépendante de la Police nationale. Le 24 février 2011, le Conseil de sécurité adopte ainsi la résolution 1969 qui prolonge le mandat de la MINUT jusqu’au 26 février 2012. Le Conseil demande à la mission de fournir l’appui nécessaire en prévision des élections parlementaires et présidentielles de 2012 en fonction des demandes du gouvernement timorais et conformément aux recommandations formulées par une mission d’évaluation électorale déployée par le département des affaires politiques du 7 au 17 février 2011. Le Conseil réaffirme également l'importance d'achever le renforcement des capacités et la réforme de la PNTL et demande par conséquent à la MINUT de continuer à soutenir le développement institutionnel et le renforcement des capacités. Finalement, la résolution réaffirme l'importance du soutien que la MINUT apporte au gouvernement du Timor-Leste en particulier dans la réforme de la justice, la coordination de l'assistance internationale, la réduction de la pauvreté et l'amélioration de l'éducation ainsi que d'autres domaines.

 

Le 27 mars 2011, une cérémonie est organisée à Dili à l’occasion du onzième anniversaire de la PNTL. Cette cérémonie marque également la reprise par la PNTL des responsabilités relatives à la direction, au commandement et au contrôle de toutes les opérations de police menées sur l’ensemble du territoire national.  Ce transfert complet de responsabilités a pu être effectué grâce à une série d’évaluations conjointes du gouvernement et de la MINUT, qui établissent que 12 districts et neuf unités répondent aux critères mutuellement convenus. De plus, dans un échange de lettres entre le gouvernement et la MINUT, datées du 26 mars, le gouvernement s’engage à pleinement remédier aux lacunes restantes mises en évidence dans les évaluations de tous les districts et unités dans un délai raisonnable en appliquant les arrangements, dont les activités de formation et de renforcement des capacités décrites dans le Plan de développement conjoint de la Police nationale et de la police de la MINUT signé le 23 février. Ce plan précise entre autres cinq domaines d’intervention prioritaires pour l’appui au renforcement des capacités : législation, formation, administration, discipline et opérations. Par ailleurs, en application de l'échange de lettres du 26 mars et de la demande du commandant général de la PNTL, la police de la MINUT continue de fournir, après le 27 mars, un appui opérationnel à la PNLT dans des domaines tels que la protection rapprochée, les patrouilles conjointes et la surveillance des frontières.

 

Bien que le transfert complet des responsabilités à la police n’ait pas nui au maintien d’un faible taux de criminalité dans le pays, un certain nombre d’incidents violents impliquant des groupes d’arts martiaux et des groupes de jeunes ont toujours lieu. En août, les policiers de la MINUT, des membres de la PNTL et des responsables locaux se rencontrent afin d’établir une stratégie pour lutter contre le problème chronique des jets de pierre par les jeunes dans la capitale, Dili. Quelque jour plus tard, à Zumalai, un officier de la PNTL qui n’était pas en service, est poignardé à mort et une autre personne est blessée dans un combat opposant deux groupes de pratiquants d’arts martiaux. Le lendemain, des violences perpétrées par le groupe dont faisait partie le policier décédé se solde par l’incendie de 58 maisons et le déplacement de 168 familles, obligeant la PNTL à intervenir avec l’aide des policiers de la MINUT pour maîtriser la situation. Suite à l’incident, les autorités suspendent pour six mois toutes les activités des groupes d’arts martiaux à Covalima. En septembre, la Ministre de la solidarité sociale et le PNUD animent conjointement un dialogue traditionnel de consolidation de la paix relativement à l’incident dans le village de Tashilin, un sous-district de Zumalai. Par ailleurs, des désaccords entre la PNTL et les membres des forces armées du Timor causent certains incidents violents, dont le plus grave fait deux blessés légers parmi les membres de la police le 22 avril. Outre une enquête criminelle et des procédures disciplinaires à l’encontre d’un officier des forces armées, l’incident conduit à la création d’une commission mixte qui recommande, le 7 septembre 2011, de dispenser une nouvelle formation aux membres des forces armées et de la PNTL sur leurs rôles respectifs afin de diminuer les tensions entre les deux organisations.

 

La préparation des élections présidentielle et législative de 2012 occupe une place centrale dans les activités de la MINUT au cours de l’année 2011. En juillet, les policiers de la MINUT effectuent le premier d’une série d’exercices conjoints avec la PNTL à Dili. Ces exercices ont pour objectif de préparer les forces de police à aborder les périodes électorales, mais aussi les catastrophes naturelles et les troubles publics. Le 1er septembre 2011, le chef de l’armée nationale, José Maria de Vasconcelos, dit Taur Matan Ruak, démissionne de son poste afin de retourner à la vie civile en prévision de l’élection présidentielle. Il est remplacé le 6 octobre par le général de division Lere Anan Timu lors d’une cérémonie dirigée par la Président Ramos-Horta. En décembre, lors d’une conférence de presse conjointe avec la PNTL, le chef de la police de la MINUT, le commissaire Luís Carrilho, assure à la population que des mesures adéquates seront prises pour assurer la sécurité lors des élections présidentielles et législatives timoraises. De leur côté, les partis politiques continuent leurs préparatifs en vue des élections tandis que leurs dirigeants lancent plusieurs appels à la retenue pour qu’aucun débordement ne vienne perturber la sécurité et la stabilité durant la période électorale. En janvier 2012, le président Ramos-Horta annonce son intention de briguer un second mandat consécutif à la présidence du pays.

 

En novembre 2011, lors d’un débat sur la situation au Timor Leste organisé par le Conseil de sécurité de l’ONU, la chef de la MINUT affirme que les progrès substantiels réalisés permettent d’envisager un retrait de la MINUT fin 2012. Elle précise qu’à l’approche des élections, la mission concentrera son action sur le développement institutionnel et le renforcement des capacités de la PNTL. Comme proposé par le Secrétaire général, les membres du Conseil de sécurité retiennent la date du 31 décembre 2012 pour le retrait de la MINUT et adoptent le 22 février 2012 la résolution 2037, prorogeant une dernière fois le mandat de la mission jusqu’à cette date. Au cours de la période de janvier 2011 à janvier 2012, les effectifs policiers de la MINUT se sont maintenus à près de 1 200 policiers, dont près de 500 au sein d’unités de police constituées parmi lesquels environ 285 été déployés à Dili.

 

Le premier tour de l’élection présidentielle a finalement lieu le 17 mars 2012, dans une atmosphère globalement pacifique. Douze candidats briguent le poste de président, dont le président sortant José Ramos-Horta, le président du FRETILIN Francisco Guterres et l’ancien chef des l’armée nationale, Taur Matan Ruak qui se présente comme candidat indépendant avec l’appui du CNRT. Dès le lendemain, la commission électorale annonce que le président sortant est arrivé en troisième position avec 18 % des votes derrière Guterres et Ruak, qui obtiennent respectivement 28,7 % et 25,7% des voix. Le deuxième tour de l’élection a lieu le 16 avril, également dans le calme. Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, félicite ainsi la population timoraise pour le bon déroulement de ces élections présidentielles, estimant que « la manière paisible et ordonnée avec laquelle le peuple de Timor-Leste a exercé son droit de vote reflète une fois de plus son engagement envers la stabilité, la démocratie et l'unité nationale ». Ces éloges sont reprises par la chef de la MINUT, qui se déclare très impressionnée de voir les citoyens timorais réaffirmer leur engagement envers les principes démocratiques qui sont chers à cette nation, et qui félicite les entités chargées de la gestion électorale et la PNTL pour leur travail. Dès le lendemain de l’élection, les résultats provisoires donnent Taur Matan Ruak gagnant avec 61% des votes, ce qui est confirmé le 24 avril par la Cour d'appel du Timor-Leste. L’investiture officielle a lieu le 20 mai 2012 un peu après minuit lors d'une cérémonie très symbolique tenue en plein air à Taci Tolu, non loin de la capitale Dili. Même les anciens « ennemis » sont présents à la cérémonie, notamment le président de l'ex-puissance coloniale portugaise, Anibal Cavaco Silva, et le président de l'Indonésie, Susilo Bambang Yudhoyono.

 

Les élections législatives ont lieu le 7 juillet 2012, elles aussi dans le calme. Une équipe intégrée composée de 170 membres de la MINUT et du PNUD est déployée en amont du scrutin afin d’aider le Secrétariat technique et la Commission électorale nationale à préparer ces élections. Cette équipe est notamment responsable de la planification opérationnelle, de l’éducation civique et électorale, des activités de renforcement des capacités et de la logistique. Le jour des élections, la MINUT fournit également des services aériens pour transporter des agents électoraux et amener le matériel de vote jusqu’aux bureaux qui ne sont pas accessibles. L’assistance fournie par l’ONU reste toutefois bien inférieure à celle fournie pour le scrutin de 2007, puisque les capacités nationales se sont considérablement développées dans l’intervalle. Les élections sont remportées par le CNRT, le parti du Premier ministre sortant Gusmao, qui obtient 30 sièges avec 36,6% des votes avec. Le FRETILIN, toujours dirigé par Mari Alkatiri, arrive en deuxième position avec 25 sièges et 29,8% des voix. Les seuls autres partis à obtenir des sièges au parlement sont le parti démocratique, huit députés, et le parti Frenti-Mudança deux représentants, ces deux partis étant membres de l’AMP. Immédiatement après l’élection, Alkatiri déclare vouloir tout faire pour assurer au FRETILIN une place au sein du nouveau gouvernement. Le 15 juillet, le CRNT annonce la formation d’une coalition gouvernementale incluant le parti démocratique et le parti Frenti-Mudança, ce qui provoque plusieurs incidents troublant l’ordre public, principalement des jets de pierre et des barrages routiers, de la part des partisans du FRETILIN qui espéraient voir leur parti invité à rejoindre un gouvernement d'unité nationale. La police de la MINUT aide la Police nationale à gérer certains de ces incidents, notamment en déployant des unités de police constituées, ce qui permet un retour à la normale en moins d’une semaine. Le 8 août, Gusmao annonce la composition de son gouvernement qui comprend seize ministres, dont six provenant du CNRT et dix des deux autres partis de la coalition. Le poste de ministère des Affaires étrangères est notamment confié à José Luis Guterres, chef du parti Frenti-Mudanca, et celui de Vice-premier ministre à Fernando de Araujo, chef du parti démocratique. Xanana Gusmao est officiellement investi au poste de Premier ministre par le président le jour suivant.

 

Outre son appui aux élections, la MINUT continue au cours de l’année 2012 son appui au renforcement des capacités institutionnelles du Timor Leste. La police de la MINUT s’attache avant tout à fournir un appui à la mise en œuvre des activités relevant des cinq domaines prioritaires du Plan de développement conjoint de PNTL soit la législation, la formation, l’administration, la discipline et les opérations. Une équipe d’évaluation conjointe, présidée par le commandant général de la PNTL et le chef de la police de la MINUT, continue de se réunir tous les mois pour examiner les rapports d’exécution du Plan et s’assurer que les dispositions nécessaires sont prises pour remédier aux lacunes qui subsistent. La police de la MINUT continue également de fournir un appui et des conseils à l’Unité des gardes-frontière de la Police nationale du Timor-Leste, et à mener des patrouilles conjointes aux cinq postes-frontière avec l’Indonésie. Les forces armées du Timor-Leste renforcent également leurs capacités institutionnelles, grâce à l’appui des partenaires bilatéraux et de la MINUT. C’est ainsi que des officiers de liaison de la MINUT servent de mentor à ceux des forces armées avant leur affectation dans des bases d’opérations avancées. Dans le domaine de la gouvernance démocratique, la MINUT et le PNUD continuent de soutenir la Commission de lutte contre la corruption, notamment en lui fournissant des conseils techniques dans le cadre de l’examen de la Convention des Nations Unies contre la corruption.

 

Le retrait de la MINUT

 

Les effectifs de la MINUT sont progressivement réduits au cours de l’automne 2012, en particulier à partir du mois d’octobre. Parallèlement à ce retrait, la Force internationale de stabilisation au Timor-Leste commence à se retirer du pays le 22 novembre 2012. Le 31 octobre, la MINUT transmet officiellement la responsabilité du maintien de l’ordre sur l’ensemble du territoire à la PNTL, au cours d’une cérémonie à Dili. Au cours du mois de novembre, une délégation du Conseil de sécurité dirigée par Représentant permanent de l'Afrique du Sud auprès de l’ONU, Baso Sangqu, se rend au Timor Leste afin d’évaluer la situation. À l’issue de sa visite, M. Sangu salue les progrès accomplis depuis 10 ans et se réjoui de la manière dont se sont déroulées les élections, tout en affirmant que l’ONU continuera à soutenir le pays en dépit du retrait de la MINUT. Le 19 décembre, quatre jours après le départ des derniers policiers australiens, le président du Conseil de sécurité de l’ONU souligne, dans une lettre officielle (S/PRST/2012/27), les progrès accomplis par le Timor-Leste dans le renforcement de ses institutions publiques, notamment dans les secteurs de la sécurité, de la justice et de la gouvernance, et remercie le gouvernement et tous les Timorais pour avoir résolument participé à l'action menée par la MINUT. Le mandat de la MINUT prend officiellement fin le 31 décembre alors que la majorité du personnel de la mission a déjà quitté le pays. Le soutien international à la formation des policiers est-timorais se poursuivra cependant, notamment grâce à l’aide de l’Australie.

 

Thomas Poulin

Agent de recherche au ROP

2 avril 2013