Renforcement des capacités africaines

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La Communauté internationale a développé ces vingt dernières années une approche globale en matière de prévention et de gestion des conflits en Afrique. La création de l’Union Africaine (UA), en 2002, a véritablement contribué à donner une nouvelle impulsion au processus de renforcement des capacités africaines. Avec la reconnaissance de l’UA comme un interlocuteur privilégié, la mise en place de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (AAPS) fait l’objet de nombreux soutiens.

 

La France - le Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix (RECAMP)

Créé en 1997, ce concept est à l’origine une initiative de la France, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, adoptée au sommet France-Afrique du Louvre (1998). Son objectif principal est de contribuer au développement des capacités civiles et militaires des Etats africains. RECAMP a été plusieurs fois réactualisé depuis sa création en fonction de la transformation de l’environnement international et de l’évolution des opérations de maintien à la paix en Afrique.

 

Suite à la création de l’APSA en 2002 et à l’adoption du projet de Force africaine en attente en 2003, la France a envoyé un coopérant militaire auprès de l’UA, de la CEDEAO, de la CEEAC et du directeur de l’EASFCOM (Eastern Africa Standby Force Coordination Mechanism). Le soutien de la France, à travers la Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD), passe aussi par la formation de stagiaires africains dans le cadre du réseau des écoles nationales à vocation régional (ENVR) réparties sur l’ensemble du continent.

 

Dans le cadre du discours du Cap, du 28 février 2008, le Président Nicolas Sarkozy propose l’adaptation du dispositif des forces françaises stationnées en Afrique et des accords de défense pour permettre une adéquation entre le dispositif militaire français et le processus de montée en puissance de la FAA. Le concept RECAMP s’inscrit dans une approche à la fois africaine, du fait de l’engagement auprès de l’UA et des CER, et multilatérale, en associant l’UE et les Nations unies. Il porte une vision stratégique des enjeux de paix et de sécurité à l’horizon 2015, échéance prévue pour l’opérationnalisation de la FAA.

 

Depuis 2007, RECAMP est complété par le partenariat stratégique entre les pays africains et l’Union européenne (EURORECAMP). Dans le cadre du partenariat stratégique Afrique-UE adopté au Sommet de Lisbonne en 2007, l’Union européenne a adopté le concept EURORECAMP. Il reprend le principe de RECAMP d’un cycle d’entrainement combinant des séminaires et des ateliers et se terminant par un exercice de commandement. Le cycle AMANI AFRICA I, mené en partenariat avec l’UA s’est achevé en octobre 2010. EURORECAMP ne constitue pas une « européanisation » du concept français mais il correspond au cadre proposé par l’Union européenne pour soutenir la mise en place de l’APSA, conformément à la Stratégie de 2007.

 

La Grande-Bretagne - Africa Conflict Prevention Pool (ACPP)

Depuis 2001, les efforts de la Grande-Bretagne pour encourager les capacités africaines de maintien de la paix s’intègrent dans un vaste projet de prévention des conflits : l’Africa Conflict Prevention Pool. L’ACPP est un mécanisme interdépartemental qui réunit les moyens du Département pour le Développement International (DFID), le Bureau des Affaires étrangères et du Commonwealth (FCO) et le Ministère de la défense (MOD). Cette approche globale se traduit notamment par l’intérêt porté aux causes économiques et financières des conflits. Dans cette optique, la Grande-Bretagne a créé un fond spécial pour l’Afrique, l’Africa Pool. La politique britannique de coopération militaire, tout en portant une attention particulière au processus de sortie de crise, se définit aussi en coordination avec RECAMP.

 

Au niveau continental, elle apporte une assistance technique et financière à la division des opérations de soutien à la paix (PSOD) de l’UA. Elle soutient les composantes régionales de la FAA. Un officier de liaison britannique est présent à la CEDEAO. En Afrique de l’Est, le Royaume Uni agit comme point focal pour coordonner le soutien international apporté à l’East African Standby Force (EASF). L’action des Britanniques pour le renforcement des capacités africaines dans le cadre des opérations de soutien à la paix (OSP) est assurée par le réseau des attachés de défense et conseillers présents en Afrique. Le Royaume Uni fournit également un appui aux centres de formation au maintien de la paix, notamment le Kofi Annan International Peace Training Center (KAIPTC) au Ghana, le Peace Support Training Center (PSTC) au Kenya, l’International Military Advisory and Training Team (IMATT) en Sierra Leone. La Grande-Bretagne est présente au Kenya, en Afrique du Sud et au Nigeria à travers les British Peace Support Training Team (BPSTT).

Les Etats-Unis - Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (U.S. AFRICOM)

Le Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (U.S AFRICOM) a été créé en 2007 pour coordonner les relations militaires entre les Etats-Unis et tous les États africains, à l’exception de l’Égypte qui dépend du Commandement central américain (CENTCOM). L’annonce de la création de ce commandement a engendré de nombreuses polémiques autour de son éventuelle implantation en Afrique. Il est aujourd’hui basé à Stuttgart. AFRICOM sert de cadre pour la synchronisation des efforts militaires avec ceux des autres administrations américaines. Sa création est le résultat d’une réorganisation interne des structures de commandements américains dictée par l’accroissement des intérêts américains en Afrique. Sa mission est « la protection, la défense de l’intérêt national américain par le renforcement des capacités militaires des pays africains et des organisations régionales, et si nécessaire, par la conduite des opérations militaires afin de combattre la criminalité internationale et de créer un environnement de paix susceptible de garantir la bonne gouvernance et le développement durable en Afrique ». AFRICOM est présent au camp Lemonnier à Djibouti dans le cadre du Combined Joint Task Force-Horn of Africa (CJTF-HOA), rappelant que l’une de ses vocations premières est la lutte préventive et active contre le terrorisme. L’importance des moyens financiers, matériels et humains qu’il mobilise démontre sa dimension stratégique pour les Etats-Unis.

 

L’Allemagne - Afrika Konzept

La position allemande a considérablement évolué durant ces dernières années. Sa politique est avant tout fondée sur le développement et la gestion durable des ressources, l’Afrika Konzept.

 

Elle fournit une aide financière à la Force africaine. L’Allemagne qui a envoyé un représentant à la CEDEAO et à l’Ecole du maintien de la paix de Bamako, participe à l’initiative P3+.

 

La France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis agissent de concert dans le cadre du P3. Indépendamment de l’adaptation de leur politique de sécurité ou de leur participation à des missions de stabilisation, les Etats participant au P3+ (Allemagne, Canada, Pays-Bas, Danemark) sont engagés dans une coopération en matière de développement avec l’Afrique. Ce partenariat, dont l’objectif est de doter les Etats et les institutions africaines de moyens financiers suffisants, s’inscrit dans une logique de long terme. Au-delà du P3, la Grande-Bretagne a insisté sur la nécessité de coordonner les activités des Etats membres de l’UE avec des pays non européens, comme le Canada et la Norvège.

 

Le Portugal - Programa de Apoio às Missões de Paz em África

Depuis le début des années 1990, le Portugal a développé une coopération technique et militaire avec les Pays africains de langue officielle portugaise (PALOP). Le Portugal a aussi son propre programme de soutien des capacités africaines de maintien de la paix, le programme pour le soutien des missions de paix en Afrique (PAMPA - Programa de Apoio às Missões de Paz em África). Des exercices ont lieu chaque année entre les armées des pays membres de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), comme l’exercice Félin en 2007. Leur objectif est de permettre l’interopérabilité des forces et de leur donner les moyens d’intervenir notamment sous l’égide de l’ONU.

 

Les autres Etats européens

L’ensemble des Etats membres de l’UE semble de plus en plus convaincus de l’importance de contribuer au renforcement des capacités africaines. L’Italie soutient les pays de la Corne de l’Afrique par des financements et un appui au gouvernement de transition (GFT) en Somalie. La Belgique qui a repris une politique plus active en Afrique, après un large retrait de la scène africaine depuis 1994, est actif en Afrique, y compris en RDC. Les pays nordiques sont particulièrement impliqués dans la Corne de l’Afrique. Ils consacrent des fonds et envois des instructeurs principalement à l’IPTSC et à l’EASF. Le Danemark met l’accent sur la composante terrestre, la Norvège sur les aspects maritimes et la Finlande contribue à l’opérationnalisation de la FAA en 2015.

 

Le Japon - Tokyo International Conference on African Development

Le gouvernement japonais organise depuis 1993 un forum international, le Tokyo International Conference on African Development (TICAD), où les pays africains, les bailleurs de fonds et les organisations internationales discutent des grandes problématiques de l’Afrique. Ces rencontres se font en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), les Nations unies (le Bureau du conseiller spécial pour l’Afrique), la Coalition mondiale pour l’Afrique (CMA) et la Banque mondiale. La bonne gouvernance locale est déterminante pour le Japon pour concrétiser une coopération plutôt axée sur le volet financier.

 

La Chine - China-Africa Cooperation Forum

En 2000, la Chine a organisé sa première conférence du China-Africa Cooperation Forum (CACF), réunissant 45 pays africains, de nombreuses organisations internationales et régionales, ainsi que des représentants du secteur privé. Comme les autres pays émergents, elle ne conçoit pas les interventions autrement que par l’envoi de contingents au titre des opérations de maintien de la paix et de l’aide financière aux opérations en cours. La Chine participe donc financièrement aux opérations africaines (AMISOM et Darfour). Même si les capacités militaires locales bénéficient des programmes de formation, d’équipement et de ventes d’armes, le cadre d’emploi de la FAA ne constitue pas la priorité. Le pays offre de nombreuses formations aux pays africains. La Chine est impliquée dans les opérations navales nationales de lutte contre la piraterie (protection des navires battant pavillon national). Elle a récemment financé les nouveaux locaux de l’UA (200M€).

La Corée du Sud

L’Afrique et la Corée du Sud ont adopté un plan d’action 2009-2010, dans le cadre de la deuxième conférence ministérielle pour la coopération économique (KOAFEC). Cette rencontre qui s’est tenue du 27 au 30 octobre 2008 accueillait notamment le Président de la Banque africaine de Développement (BAD) et le Secrétaire exécutif de la Commission des Nations Unies pour l’Afrique.

 

L’Inde

Le premier sommet Inde-Afrique s’est déroulé en avril 2008 à New-Delhi. Dans ce cadre, a été évoqué le renforcement de la coopération bilatérale entre l’Afrique et l’Inde mais aussi le renforcement progressif par l’Inde de son partenariat avec l’Union africaine et les Communautés économiques régionales. Le CPS de l’UA et l’Inde ont décidé de partager leurs expériences dans le cadre des efforts de maintien de la paix et de reconstruction post conflit.

 

Le Brésil

Le premier sommet qui s’est déroulé à Abuja au Nigéria du 26 au 30 novembre 2006 a été clôturé par une déclaration et un plan d’action qui en matière de paix et de sécurité prévoyait de soutenir les processus de paix et de renforcer les mécanismes de résolution, prévention et gestion des conflits. Le plan d’action d’Abuja est resté pour le moment sans réalisation.

 

Le G8

Composé des sept pays les plus industrialisés auquel s’ajoute désormais la Russie, le G8 s’est fortement impliqué pour promouvoir la paix et la stabilité sur le continent africain. A Kananaskis (2002) a été adopté un Plan d’Action pour l’Afrique (PAA) qui définit la manière dont chacun des pays, collectivement ou individuellement, agit afin d’appuyer le Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD). A Evian (2003), l’adoption d’un plan conjoint Afrique/G8 vise à renforcer les capacités africaines à entreprendre des opérations de soutien de la paix. Cet appui, destiné à l’UA et aux institutions régionales, est désormais bien engagé dans les domaines de l’expertise, du matériel, de la formation, de la logistique et des finances. Les réseaux régionaux des centres de formation (KAIPTC, PSTC) ont aussi bénéficié du concours du G8.

 

Lors des sommets qui ont suivi des mesures ont été adoptées principalement sur la manière de mettre en œuvre les différentes propositions. A Sea Island (2004), les dirigeants du G8 ont accepté un plan d’action qui prévoyait notamment, avant 2010, la formation de soldats et la fourniture de matériel. A Gleneagles (2005), des engagements ont été pris en faveur d’une assistance technique coordonnée à la FAA, une aide à la mise en place d’éléments au niveau de l’UA et des brigades régionales ainsi qu’une aide, notamment sous forme de financement flexible, aux opérations africaines incluant transport, logistique et capacité de gestion financière. Le G8 s’est également engagé à accorder une aide post-conflit. Les Etats envisagent un allégement rapide et flexible de la dette multilatérale et bilatérale de certains pays, ainsi qu’une contribution au financement de la reconstruction. En 2011, lors du sommet de Deauville, le G8 et l’Afrique du Sud, l’Algérie, l’Égypte, l’Éthiopie, le Nigéria et le Sénégal, ainsi que la Commission de l’Union africaine, rappellent l’importance d’un partenariat renforcé entre le G8 et l’Afrique.

 

L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN)

En juin 2005, l’OTAN a commencé à soutenir l’Union africaine, à la demande de celle-ci, dans le cadre de la mission que l’UA mène dans la province du Darfour. Elle a ensuite offert son aide à l’opération hybride UA/ONU au Darfour (MINUAD), qui a succédé à la mission de l’UA au Soudan (MUAS) le 1er janvier 2008. La coopération OTAN-UA a été étendue depuis à de nouveaux domaines notamment au développement de capacités à long terme. En juin 2007, l’OTAN a marqué son accord de principe pour soutenir la mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM). Cet accord, qui portait sur la fourniture d’un soutien dans le domaine du transport aérien, a été prolongé plusieurs fois jusqu’en février 2009. Il a permis la mise en place d’un soutien aérien au Burundi à Mogadiscio. L’OTAN a aussi escorté un bâtiment de l’UA qui transportait des équipements militaires burundais destinés à l’un des bataillons transférés par voie aérienne vers Mogadiscio. Deux experts ont été mis à la disposition de l’Unité de planification et de gestion stratégique (SPMU) de l’UA qui appuie l’AMISOM. Le 5 septembre 2007, dans le cadre du soutien apporté par l’OTAN à l’UA pour le développement de capacités, le Conseil de l’Atlantique Nord, l’organe de décision politique suprême de l’OTAN, a décidé d’aider l’Union africaine à réaliser une étude sur l’évaluation de l'état de préparation opérationnelle des brigades de la Force africaine en attente.

 

Amandine Gnanguenon

Chargée d'études Afrique à l'IRSEM

Mis à jour le 9 octobre 2012