Historique
La chute du régime dictatorial de Siad Barré en 1991 est suivie de 15 ans de chaos, les nombreux prétendants au trône s’entredéchirant, se disputant leurs fiefs respectifs sans espérer parvenir à contrôler l’ensemble du territoire. La Somalie devient un pays ingouvernable, une situation qui plonge la population dans une extrême pauvreté et une insécurité quotidienne, à la merci des rackets des milices et des seigneurs de guerre.
L’année 2006 est décisive pour la Somalie qui voit successivement la déroute des seigneurs de guerre, une paix relative assortie toutefois de privations de liberté sous le règne éphémère de l’Union des Tribunaux Islamiques et la victoire des forces gouvernementales soutenues par l’armée éthiopienne.
Cette victoire ouvre ainsi la voie à l’extension de l’influence du gouvernement transitoire au-delà de la ville de Baïdoa et inaugure une période d’incertitude en matière de sécurité. Les forces gouvernementales sont peu équipées pour faire face aux attaques répétées des milices islamiques et claniques alors que l’interventionnisme éthiopien reçoit un accueil pour le moins mitigé au moment où le gouvernement de transition en quête de légitimité s’emploie à réconcilier les Somaliens.
Le déploiement prévu depuis 2005 de la mission de l’IGAD (IGASOM) en Somalie n’étant plus à l’ordre du jour, l’Union africaine (UA) cherche à tester sa capacité à gérer simultanément un conflit majeur et un chaos, à condition de dépasser le scepticisme de certains bailleurs de fonds.
Vers le déploiement d’une force de maintien de la paix
Le 8 janvier 2007, l’ambassadeur somalien en Éthiopie, Abdulkarin Farah, déclare que le coût d’une force africaine de paix en Somalie s’élève à environ 160 millions de dollars pour six mois, selon une estimation du Conseil de paix et de sécurité de l’UA. L’ambassadeur précise que l’UA sera chargée de former cette force, et non plus simplement les sept pays membres de l’IGAD, tel que prévu, ajoutant que le Conseil de sécurité de l’ONU doit se prononcer sur ce point.
De son côté, l’Union européenne (UE), dans un communiqué daté du 16 janvier, souhaite plutôt le déploiement en Somalie de troupes internationales sous mandat de l’ONU dans le cadre d’une opération de paix. Le Haut représentant de l’UE pour la Politique extérieure et de sécurité commune, Javier Solana, s’est clairement prononcé à New York pour un mandat onusien plutôt que de l’UA en Somalie, soulignant que l’UA porte déjà « un lourd fardeau en matière de maintien de la paix au Darfour » et le coût financier d’une telle opération.
Dans un projet de déclaration, l’UE affirme également être « prête à offrir un soutien financier à un mécanisme de stabilisation dans le cadre d’un effort international concerté mettant l’accent sur l’importance d’un dialogue politique inclusif et d’une véritable réconciliation » en Somalie. L’UE envisage ainsi le déblocage de 15 millions d’euros pour financer une force internationale « aussitôt que les conditions nécessaires seront remplies, notamment l’autorisation de l’ONU et le mandat requis ».
Finalement, l’UA accepte le déploiement d’une force de paix en Somalie. Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA se prononce le 19 janvier en faveur d’un déploiement d’une force de paix en Somalie pour une période de six mois, à compter de ce jour et au terme de laquelle l’ONU devra prendre le relais.
Après de nombreux débats portant sur les aspects financiers et l’hésitation de nombreux pays africains à envoyer des troupes, l’AMISOM se concrétise avec l’engagement de nouveaux pays (Nigéria, Burundi, Malawi, Ghana et Ouganda). Le Commissaire à la paix et la sécurité de l’UA, Saïd Djinnit, annonce d’ailleurs, le 12 février 2007, le lancement de la « phase opérationnelle » de la mission, espérant envoyer le plus rapidement possible les trois premiers bataillons.
Le Commissaire de l’UA chargé de la paix et de la sécurité, Saïd Djinitt indique que « le CPS a décidé d’autoriser le déploiement de l’AMISOM (Mission de l’Union Africaine en Somalie) pour six mois à compter de la date de la décision pour aider et soutenir le gouvernement fédéral de transition, faciliter les opérations humanitaires en Somalie et consolider la paix et la stabilité en Somalie. L’AMISOM devra assurer les tâches suivantes : appuyer le dialogue, assurer la protection des institutions de transition et leurs infrastructures. »
L’AMISOM comprendra 9 bataillons d’infanterie de chacun 850 hommes appuyés par des composantes maritime et aérienne, ainsi que par une composante civile appropriée, y compris une équipe de formation de la police, - le déploiement initial impliquera au moins 3 bataillons d’infanterie avec des dispositions adéquates pour que des bataillons supplémentaires puissent suivre rapidement.
La situation somalienne reste toutefois encore très instable, malgré le déploiement de l’AMISOM. Dès la cérémonie de bienvenue des soldats, le 6 mars 2007, la mission est attaquée, et, depuis, les violences se poursuivent quasi-quotidiennement contre elle. De plus, sur les 8000 soldats prévus, seuls 1500 soldats ougandais avaient été déployés le 18 juillet 2007, lors de la première prorogation de 6 mois du mandat de la mission par l’UA. L’AMISOM souhaite toujours une aide logistique et financière provenant de l’ONU, qui se fait attendre. Le 21 août 2007, le Conseil de sécurité proroge lui aussi le mandat de l’AMISOM, tout en priant le Secrétaire général de débuter les procédures pour que des Casques bleus prennent la relève en Somalie.
Toutefois, le 9 novembre 2007, le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, s’oppose au déploiement d’une force de paix de l’ONU en Somalie pour remplacer l’AMISOM, estimant que les conditions politiques et sécuritaires ne mènent pas vers un déploiement réaliste et viable. Le Secrétaire général suggère d’envisager d’autres options, comme l’envoi d’une force multinationale composée de pays volontaires (coalition des braves). Pendant ce temps, le soutien logistique et financier de la mission reste insuffisant, minant à l’exécution de son mandat. En janvier 2008, 440 soldats burundais se joignent aux 1600 soldats ougandais en place, ce qui reste loin du nombre de 8000 soldats prévus à l’origine par l’UA.
Le 20 février 2008, le Conseil de sécurité de l’ONU proroge le mandat de l’AMISOM jusqu’au 18 septembre 2008 par la résolution 1801. Dans sa résolution, le Conseil exhorte les États membres de l’UA à apporter leur concours à l’AMISOM pour contribuer à faciliter le retrait complet des autres forces étrangères de Somalie et à créer les conditions d’une paix et d’une stabilité durables dans le pays. Le nouveau Secrétaire général de l’ONU présente, le 14 mars suivant, un rapport dans lequel il élabore divers plans d’action pour une éventuelle mission intégrée de maintien de la paix en Somalie.
Mandat
Selon les termes de la résolution 1744 votée le 20 février 2007 par le Conseil de sécurité de l’ONU, l’AMISOM a pour mandat de :
« Favoriser le dialogue et la réconciliation en Somalie en concourant à assurer la liberté de mouvement, les déplacements en toute sécurité et la protection de tous ceux qui prennent part au dialogue [de réconciliation nationale] ;
Assurer, le cas échéant, la protection des institutions fédérales de transition afin qu’elles soient en mesure d’assumer leurs fonctions et veiller à la sécurité des infrastructures clefs ;
Aider, selon ses moyens et en coordination avec d’autres parties, à la mise en oeuvre du Plan national de sécurité et de stabilisation et en particulier au rétablissement effectif et à la formation des forces de sécurité somaliennes sans exclusive ;
Contribuer, à la demande et selon ses moyens, à la création des conditions de sécurité nécessaires à l’acheminement de l’aide humanitaire ; [et de,]
Protéger son personnel, ainsi que ses locaux, installations et matériel, et assurer la sécurité et la liberté de mouvement de son personnel. »
6 juin 2008