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Fiche d'information

Brésil


Politique de maintien de la paix

La politique externe du Brésil s’est orientée, sous la présidence de Fernando Enrique Cardoso (1995-2002), vers la consolidation des liens commerciaux avec ses partenaires du Cône sud (MERCOSUR), le positionnement du pays comme médiateur d’éventuelles crises intra- et interrégionales, et la promotion de sa candidature comme membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Ce dernier élément est devenu l’une des priorités de la politique internationale de son successeur Luiz Inácio Lula da Silva (2002-).

En matière de maintien de la paix, le Brésil défend une perspective multidimensionnelle qui inclut, en plus des déploiements militaires, des actions de prévention de conflits, de promotion du dialogue, d’assistance humanitaire, de protection des Droits Humains, et de reconstruction post-conflictuelle. Le maintien de la paix est ainsi relié, dans l’optique des autorités brésiliennes, à la promotion du développement socioéconomique et à la consolidation des institutions politiques (plus concrètement de celles qui garantissent la sécurité interne).

Pour y parvenir, le Brésil propose deux leviers d’action dans ce domaine. D’une part, la diplomatie préventive réfère aux mécanismes de règlement pacifique des différends prévus par la Charte des Nations Unies. Sur ce plan, le pays encourage les États membres de l’ONU à coopérer dans le cadre du système de sécurité collective et des organismes internationaux (et régionaux). Les autorités brésiliennes estiment que l’incapacité de la « communauté internationale » à créer les conditions propices au maintien de la paix s’explique par l’incohérence de l’action des différents organismes internationaux. La mise en place d’efforts multilatéraux concertés est donc un pré-requis pour améliorer l’efficacité des acteurs régionaux et internationaux œuvrant dans le domaine du maintien de la paix.

D’autre part, par rapport à la construction de la paix dans la période post-conflictuelle, le pays favorise la mise en place de missions de paix qui ne se réduisent pas à des déploiements militaires. La situation en Haïti est, selon les autorités brésiliennes, paradigmatique car elle démontre que l’établissement et le maintien d’une paix durable vont au-delà des questions militaires (voir plus bas). Parmi les tâches considérées comme étant essentielles pour accroître l’efficacité des gardiens de la paix, on peut mentionner la mise en place de :

- Plans de reconstruction étatique (rétablissement de la règle de droit, réforme des organismes étatiques, et reconstruction de l’infrastructure productive des pays) ;
- Initiatives de transformation des relations sociales, c’est-à-dire de « réconciliation » (entre les belligérants), d’assistance humanitaire (à la population civile), et de désarmement, démobilisation, et réinsertion des combattants (DDR) ;
- Programmes de redressement économique ; le succès de l’ONU ne passe pas seulement par l’appui du Conseil de sécurité aux opérations de paix, mais aussi par la participation du Conseil économique et social (ECOSOC) et des organismes financiers internationaux (FMI, Banque Mondiale, OMC, et les entités régionales).

Cet agenda politique reflète les ambitions du Brésil d’user de son statut de puissance régionale pour promouvoir son propre agenda de paix et de sécurité sur l’échiquier politique international, bien que le pays partage la réticence de nombreux pays latino-américains quant à la possibilité d’utiliser la force pour imposer la paix (dans la mesure où ceci va à l’encontre du principe d’autodétermination des peuples).

Évolution de la participation

La participation du Brésil aux opérations de paix de l’ONU trouve son origine en 1956, lorsque le gouvernement a autorisé l’envoi d’un bataillon d’infanterie en Égypte et en Israël (FONU I). Par la suite, le pays a participé aux missions déployées au Congo (ONUC), en Guinée occidentale (ONSF), en Inde et au Pakistan (UNIPOM), et en République Dominicaine (DOMPREP). Au Congo, le pays a envoyé 179 militaires chargés des opérations militaires et du transport. Ce rôle proactif diminue pendant le régime militaire (1964-67). La succession de juntes militaires ne prendra fin qu’à la promulgation de la Constitution de 1988, qui marque également le rétablissement d’une politique extérieure plus dynamique en tout ce qui a trait à la contribution du pays à la paix sur le plan international.

En Afrique, par exemple, le gouvernement a autorisé l’envoi de troupes, de policiers, et d’observateurs militaires et électoraux en Angola (UNAVEM I, II, et III), au Mozambique (ONUMOZ), au Rwanda (MINUAR), au Libéria (MONUL), et en Ouganda (MONUOR). En Europe, les missions en Croatie (ONURC puis MONUP) ont également bénéficié de la contribution du Brésil. En Asie, du personnel a été déployé au Timor oriental (INTERFET, ATNUTO, et MANUTO). Enfin, en Amérique latine, le pays a participé aux efforts déployés en Amérique centrale (ONUCA), au Salvador (ONUSAL), et au Guatemala (MINUGUA). Au début 2007, des effectifs brésiliens étaient déployés au Kosovo (MUNUK), Érythrée et Éthiopie (MINUEE), Libéria (MINUL), Côte d’Ivoire (ONUCI), Soudan (MINUS), Timor Oriental (MINUT) et Haïti (MINUSTAH). À noter, c’est dans ce dernier pays que le Brésil entend jouer son rôle de puissance régionale. La participation du Brésil à la MINUSTAH s’élève à 1212 militaires et 4 policiers, ce qui place le pays au premier rang des contributeurs de cette opération de paix. Le mot d’ordre des troupes brésiliennes est de maintenir l’activité militaire au strict minimum, tout en assurant le respect des objectifs fixés par le mandat (notamment en ce qui concerne le contrôle de la violence dans les rues des centres urbains). Par ailleurs, et en lien avec les principes de construction de la paix déjà mentionnés, le Brésil a effectué des efforts diplomatiques auprès de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) et des organismes financiers internationaux afin d’obtenir les ressources nécessaires à la reconstruction post-conflictuelle du pays. Les autorités brésiliennes ont approché, par exemple, la Banque mondiale pour obtenir plus d’un million de dollars pour offrir de la nourriture à 35 000 écoliers haïtiens. Elles ont aussi établi des contacts avec la Banque interaméricaine de développement pour débloquer des fonds destinés à des initiatives de coopération technique. Enfin, le Ministère des relations extérieures a souscrit trois accords de coopération agricole avec le gouvernement d’Haïti en décembre 2004.

L’avenir

En plus du caractère multidimensionnel de sa politique de maintien de la paix, le Brésil souligne souvent, lors de ses interventions à l’ONU, le besoin d’améliorer les ressources techniques et humaines associées aux opérations de paix. Dans ce cadre, le pays a activement appuyé l’établissement du Département d’opérations de maintien de la paix de l’ONU. De même, le gouvernement brésilien estime qu’il est essentiel d’améliorer les règles administratives pour permettre des déploiements rapides. La création de la base logistique de Brindisi (Italie), qui met à la disposition de l’ONU des ressources stratégiques en permanence, est un pas dans l’objectif d’accroître l’efficacité de cet organisme multilatéral.

Par ailleurs, le Brésil appuie l’agenda commun du Groupe de Río (entité créée en 1986 et regroupant l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, l’Équateur, le Mexique, Panama, le Paraguay, le Pérou, le Venezuela, l’Uruguay, et un représentant des Caraïbes/CARICOM, pour élaborer des positions latino-américaines communes sur des enjeux régionaux et internationaux) centré, entre autres, sur le perfectionnement des mécanismes de remboursement des frais initiaux des pays contributeurs aux opérations de paix, et sur l’établissement de programmes intégraux de formation du personnel à déployer. Enfin, au plan technique, les autorités brésiliennes soutiennent certains points spécifiques de discussion, comme la nécessité de mieux définir le rôle de la police civile et du personnel non-militaire sur le terrain, tout en prenant en considération leur potentiel en termes de soutien aux efforts de reconstruction institutionnelle pendant la phase post-conflictuelle.

En 2006, lors de son passage à la LXI assemblée générale de l’ONU, le Président Lula da Silva affirmait : « …la faim alimente la violence et le fanatisme ; un monde d’affamés ne sera jamais un endroit sécuritaire (…) la sécurité arrivera quand tous auront droit au développement social et économique ». En bref, la politique de maintien de la paix du Brésil reflète la pensée du Président, qui articule l’action internationale du pays autour de la promotion du développement socioéconomique. Dans cette perspective, les inégalités et l’exclusion sociale sont la principale source de violence et d’insécurité, tant au plan national qu’international.

Fernando A. Chinchilla
Candidat au doctorat., science politique (Université de Montréal)
Chercheur invité, science politique (Universidad de Los Andes)

Janneth Angélica Vargas
Étudiante de maîtrise, science politique (Universidad de Los Andes)





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