Politique de maintien de la paix
L’Égypte souscrit au maintien de la paix en vertu de ses engagements internationaux (Charte de l’ONU et Charte d’Addis Abeba) et nationaux (articles 180 et 183 de la Constitution Nationale de 1971). Ses objectifs prioritaires en matière de paix et de sécurité demeurent le renforcement des alliances de sécurité au niveau régional et la participation aux opérations de paix (OP). Le maintien de la paix constitue un élément essentiel de la politique internationale de l’Égypte, en raison de sa position géostratégique, à proximité de plusieurs foyers de tension (Israël-Palestine, Syrie-Liban, Irak, Soudan-Lybie). À cet effet, le pays a joué un rôle de médiation à plusieurs reprises, dans les crises régionales et sous-régionales qui affectent la contrée (autant au Proche-Orient que dans la Corne de l’Afrique, au Soudan, Éthiopie-Érythrée). L’Égypte entend contribuer activement à la prévention des conflits et au règlement pacifique des différends dans la sous-région.
Structures décisionnelles politiques et militaires
L’Égypte participe aux OP sur décision du président de la République. En vertu de la constitution, le président est commandant suprême des Forces Armées Égyptiennes (FAE) et a la responsabilité d’autoriser leur participation dans les OP. Le Parlement, communément appelé Assemblée du peuple (Majlis as Shaab), a la responsabilité d’approuver la décision du président de la république. La constitution prévoit également la création d’un conseil de défense nationale qui peut agir comme organe consultatif entre le président et les structures politiques et militaires (Ministère de la Défense, Ministère des affaires étrangères) concernées lors du processus décisionnel. Avant le déploiement des FAE, le président de la république peut consulter les hauts-responsables du Ministère de la défense, (officiers d’états-majors…) pour choisir la meilleure option possible pour l’engagement des troupes égyptiennes lors des missions de paix.
Parmi les structures politiques qui jouent un rôle important lors du déploiement des FAE dans les OP, on retrouve le Bureau de Liaison des Organisations Internationales (LAWIO), organe central de coordination. Ce bureau est placé sous le commandement direct du chef des renseignements militaires du Ministère de la Défense. Lorsqu’une organisation internationale comme l’ONU souhaite recourir aux services des FAE au sein d’une OP, elle doit adresser une requête officielle au gouvernement égyptien, par l’intermédiaire du Bureau de Liaison (LAWIO) et de la mission permanente de l’Égypte à l’ONU. La demande est transmise au Ministère des Affaires Étrangères (MAE), puis au Ministère de la Défense Nationale, par l’intermédiaire du Bureau de Liaison. Après approbation par les principales instances politiques (Président de la République, Parlement et Ministère de la Défense), c’est le Bureau de Liaison qui a encore la responsabilité de contacter les unités militaires devant être déployées dans les OP. Les FAE généralement déployées pendant une période de douze mois, effectuent une rotation de la moitié de leurs unités à tous les 6 mois, pour des missions de longue durée. Les observateurs militaires et les officiers d’état-major sont déployés pendant un an, avant une rotation complète de leurs effectifs.
L’Égypte dans les opérations de paix
L’Égypte a accueilli sur son territoire plusieurs missions de paix onusiennes. La première OP de l’ONU (l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance et de la trêve (ONUST) y était déployée déjà en 1948. En 1956, l’Égypte a accueilli la première Force d’urgence des Nations Unies (FUNU I), puis, un peu plus tard, l’ONU déploya dans la région du Sinaï, une FUNU II. Après la signature du Traité de paix israélo-égyptien à Washington, l’Égypte accueille depuis le 26 mars 1979, des observateurs militaires de la FMO (force multinationale et observateurs), lesquels sont chargés de veiller au respect des limitations en personnel et équipement militaires dans les zones établies par le Traité de Paix (Détroit de Tiran, Golfe d’Aqaba).
Dans le contexte onusien
L’Égypte est également reconnue pour être l’un des premiers pays à contribuer aux OP. Des parachutistes et observateurs militaires égyptiens ont participé à la mission de l’ONU au Congo (ONUC) en juillet 1960. Ils avaient la responsabilité d’assurer le retrait des forces belges du Congo et de soutenir le gouvernement national pour le maintien de l’ordre public. À ce jour, l’Égypte a contribué à plus d’une trentaine de missions de paix onusiennes (notamment au Rwanda, avec la MINUAR, au Mozambique dans le cadre de l’ONUMOZ, en Slavonie Orientale, avec l’ATNUSO, en Somalie, avec l’ONUSOM I et II, en Angola avec le déploiement d’une brigade et trois bataillons d’infanterie, au sein de l’UNAVEM II et III, en Bosnie Herzégovine, avec la MINUBH). Les contingents militaires et policiers égyptiens sont actuellement déployés dans 11 des 22 missions de paix de l’ONU (au Sahara occidental, au Timor Oriental, au Népal, au Libéria, en Haïti, en RDC, en Sierra Léone, au Burundi, au Soudan, en République Centrafricaine et en Géorgie). En mars 2008, l’Égypte figurait parmi les 20 premiers pays qui contribuaient le plus aux OP onusiennes, avec un personnel militaire et policier estimé à plus de 1230 hommes (186 policiers, 80 observateurs militaires et 964 soldats, dont 815 au Soudan, au sein de la MINUS).
Plusieurs dirigeants politiques et responsables militaires égyptiens ont occupé de hautes fonctions au sein des OP de l’ONU. M. Boutros BOUTROS-GHALI a été secrétaire général de l’ONU de janvier 1992 à 1996, en plus d’avoir été l’initiateur de l’Agenda pour la Paix en 1993. Le major général Hussein Ahmed Eissa Gobashie, a été commandant de la force de la Mission d’observation onusienne en Géorgie (MONUG), de mai 2004 à juin 2005. Le major général Mahmoud Talha, a été commandant de la Mission d’observation de l’ONU au Libéria (MONUL) de décembre 1995 à juin 1996. Le 19 février 2008, 11 policiers égyptiens de la MINUSTAH ont reçu des distinctions honorifiques pour leur collaboration aux efforts de paix et de formation des policiers haïtiens. La composante égyptienne de la MINUSTAH, forte de 35 policiers, s’est illustrée par sa capacité à coordonner simultanément plusieurs activités de sécurité avec le personnel policier haïtien.
Dans le cadre de l’UA
Au sein de l’UA, l’Égypte est activement engagée dans la résolution de la crise au Soudan (déploiement en 2004, de contingents militaires dans la Mission de l’UA au Soudan (MUAS). L’Égypte est l’un des pays qui contribuent le plus à la Mission de l’ONU et de l’UA au Darfour (MINUAD) avec 1200 soldats et policiers. En 2006, l’Égypte a déployé ses contingents militaires au sein de la Mission de l’Union Africaine pour la surveillance des élections aux Comores (MUASEC).
Au sein de coalitions internationales
En 1994, en compagnie de la France et de 5 autres pays africains, l’Égypte s’est engagée au sein de l’Opération Turquoise pour offrir un corridor de sécurité aux réfugiés et personnes déplacées au Rwanda. En 1995, elle s’impliquait aussi en Bosnie Herzégovine en déployant un bataillon d’infanterie au sein de la Force de mise en œuvre (IFOR) de l’OTAN, pour offrir un soutien logistique et assurer la protection des organismes humanitaires.
Formation et coopération multilatérale
L’Égypte revendique une triple appartenance arabe, africaine et méditerranéenne (elle a signé plusieurs accords multilatéraux pour soutenir les efforts de paix et de sécurité au niveau régional, dont le Protocole d’Alexandrie, la Déclaration de Barcelone, la Charte de Djeddah...). L’Égypte s’implique dans la formation théorique et pratique des diplomates égyptiens et africains au sein de l’Institut d’Études Diplomatiques (IED). Le pays abrite depuis 1995 au Caire, le Centre d’entraînement et de formation à la résolution des conflits et au maintien de la Paix. Ce centre reconnu internationalement a vocation d’offrir des cours sur le maintien de la paix à plus de 200 participants francophones et anglophones (4 cours par an sont offerts en diplomatie préventive, en résolution de conflit). Le Centre du Caire développe des accords de coopération avec d’autres institutions de maintien de la paix et de résolution des conflits, telles que le Centre Pearson pour le Maintien de la paix du Canada, le “United Kingdom Staff College” à Camberly et “The Austrian Peace Academy”, à Vienne. Le Centre du Caire collabore également avec le Mécanisme de Prévention de Gestion et de Résolution des Conflits de l’UA pour une meilleure coordination régionale dans la prévention des conflits et la résolution pacifique des différends.
Mountaga Diagne
Doctorant et chargé de cours UQAM
4 juin 2008